Étiquette : Béti

  • Sciences et Philosophie au Cameroun

    Sciences et Philosophie au Cameroun

    Quand les savants parlent aussi comme les sages.


    Depuis le temps des grands-parents, on vit avec des proverbes, des devinettes, des contes effrayants la plupart du temps et les leçons qu’on apprend même sans entrer dans une salle de classe. C’est là-bas que beaucoup ont appris à réfléchir, à observer le monde et à (se) poser les bonnes questions. Même maintenant là, un vieux au village peut te sortir une histoire qui te fait plus réfléchir que tes cours de maths au lycée.

    Charles Romain Mbele

    Mais bon, faut pas seulement regarder derrière. On a aussi des Camerounais qui font bouger les choses là-dehors : des professeurs qui parlent dans les grandes conférences, des chercheurs qui font avancer la médecine, des philosophes qui écrivent des livres lus dans les universités du monde entier. Le problème c’est que, souvent, on ne parle pas assez d’eux. On fait comme si le savoir au pays, c’est un luxe ou bien un décor.

    Professeur Rose Leke – Yaounde, Cameroun Pour la Fondation l’Oreal, For Women in Science.

    Dans cet article, on va marcher des deux côtés : d’abord, on va fouiller les racines, là où nos ancêtres ont caché les vraies fondations du savoir ; ensuite, on va regarder les gens d’aujourd’hui qui chauffent leur tête pour faire avancer le Camer. Le but, c’est pas de comparer ou diviser. On va juste voir que chez nous, la science et la sagesse marchent souvent main dans la main. L’un porte la lampe, l’autre indique la route.

    1. Racines et héritages : Quand la science portait encore le pagne
      1. Quand les ancêtres faisaient déjà la science sans blouse blanche
        1. Le savoir, c’était d’abord les yeux et les oreilles
          1. La pharmacie de la forêt, c’est pas du jeu
          2. Petit à petit, l’État commence à ouvrir les yeux
          3. La contribution des plantes au Cameroun est sans limites
          4. On travaillait et on travaille encore le feu, le fer et la pierre
      2. Philosopher au quartier, c’est pas seulement pour ceux qui ont les lunettes rondes
        1. Les proverbes, c’est des petites phrases, mais qui pèsent fort
        2. Philosophie et jeunesse au Cameroun : de l’éveil à la pensée critique à l’engagement citoyen
          1. Avant l’école : la philosophie dans la vie quotidienne
          2. Le blocage scolaire : la philosophie réservée aux grands
          3. L’absence de “philosophie pour enfants” et ses effets
          4. Les apports attendus si on commençait tôt
          5. La continuité jusqu’aux grands
        3. Ces mythes qui éduquent : penser avec nos ancêtres, transmettre autrement
    2. Les nouveaux visages et les réalités actuelles de la pensée critique made in 237
      1. Les pionniers de la pensée moderne made in 237 : quand la tête chauffe pour faire avancer le pays
        1. Marcien Towa : le gars qui disait que philosopher, c’est pas dormir
        2. Fabien Eboussi Boulaga : le gars qui a dit à l’Église que Dieu parle aussi en africain
        3. Jean-Marc Ela : le prêtre qui pensait avec les pauvres, pas juste pour eux
        4. Henri Hogbé Nlend : le mathématicien qui a mis les équations au service du continent
        5. Joseph Owona : le grand juriste qui a mis le droit en ordre
      2. Sciences et pensées critiques dans le Cameroun d’aujourd’hui : défis et perspectives
      3. Savants d’hier, génies d’aujourd’hui, routes de demain

    Racines et héritages : Quand la science portait encore le pagne

    Pendant que les Occidentaux se sont concentrés sur les découvertes scientifiques qui font leur fierté aujourd’hui, nous on réfléchissait autrement. Chez nous, la tête travaille depuis le temps des ancêtres, c’était le premier outil et ça l’est encore. C’est notre façon de faire, même sans calculatrice ni microscope.

    Dans les villages il y avait toujours des gens qui savaient observer, tester, transmettre. Les grands-mères connaissaient les plantes comme des pharmaciens, les forgerons faisaient fondre le fer comme si c’était le beurre au soleil, les devins lisaient les signes dans les étoiles ou les entrailles de poulet mieux que certains logiciels. Et tout ça, c’était pas du hasard – c’était des logiques bien posées, des méthodes qu’on testait, qu’on validait à force d’expérience.

    On appelait pas ça « science » ou « philosophie », mais c’était dans le fond, une façon d’expliquer la vie, de chercher le vrai, de comprendre pourquoi les choses sont comme elles sont. Et ça se transmettait avec les proverbes, les rites, les contes, les gestes du quotidien. Bref, une école sans salle de classe, mais avec des fondations solides.

    Donc si on veut parler de pensée scientifique au Mboa, faut pas sauter cette étape. Les bases étant posées, ce qu’on vit aujourd’hui, c’est la suite d’un chemin qui a commencé depuis longtemps.


    Le savoir, c’était d’abord les yeux et les oreilles

    Observer la nature, écouter les anciens, tester un truc jusqu’à ce que ça marche, c’était déjà un système scientifique. La grand-mère qui connaît les cycles de la pluie, le chasseur qui lit la forêt comme un livre ouvert… Ce n’était pas du hasard, c’était structuré. C’était une logique posée, qui se transmettait de bouche à oreille, de main à main.


    La pharmacie de la forêt, c’est pas du jeu

    Va seulement demander aux Baka ou aux Gyele. Là-bas, on connaît les plantes mal mauvais! Plus de 500 espèces bien classées : une racine pour la toux, une écorce pour les fièvres, une feuille pour les accouchements. Voici quelques exemples…

    🍃 Goyavier

    Feuilles bouillies → Stop diarrhée direct.
    Tu bois ça chaud-chaud, le ventre se calme comme un bébé après le lait.


    🌶 Piment

    Quand le corps est fatigué et qu’il faut booster la machine.
    Même sans manger, une bonne sauce piquante te remet en poste !


    🧄 Ail

    Anti-paludisme, anti-microbe.
    Tu croques ça cru et tu respires mieux que quelqu’un qui sort du sauna.


    🍈 Avocatier

    Les feuilles : pour la toux.
    Le noyau trait naturellement les problèmes de peau, les douleurs musculaires et articulaires. Bref, ce fruit-là soigne de la tête aux pieds.


    🌳 Baobab

    Pas seulement pour faire joli sur les billets.
    Son écorce soigne les infections, surtout chez les dames. Et en plus, ça booste ton fer si t’es faible.


    🧪 Papayer

    Les graines tu les croques contre les vers.
    Le jus de papaye favorise la digestion donc parfait au cours des repas.


    🌱 Anis

    Un vrai gaz killer. Si ton ventre te joue les tambours militaires, tu prends ça et il comprend le message.


    Des locaux comme Jean Biyiha, qu’on appelle « Docta », te soignent sans ordonnance, mais avec efficacité en s’appuyant sur les bienfaits de ces plantes. Le problème, c’est que la forêt qu’ils utilisent, on est en train de la raser petit à petit pour satisfaire des puissances étrangères et l’intérêt d’autres nations tant ces forêts regorgent de richesses pour tout type d’industries. Petit à petit ce savoir risque donc de disparaitre faute de support pour enseigner.

    Au campement Bella « Docta », le tradipraticien du village cherche les plantes et les écorces nécessaires à la fabrication de médicaments. JOSIANE KOUAGHEU

    Petit à petit, l’État commence à ouvrir les yeux

    En 2021, le ministère de la Santé a validé quatre médicaments issus de notre pharmacopée locale – surtout dans la lutte contre le Covid. C’est un bon début, mais il reste du chemin. Les guérisseurs sont encore trop souvent mis de côté, alors qu’ils ont des réponses concrètes là où les cliniques n’arrivent même pas.


    La contribution des plantes au Cameroun est sans limites

    Le moabi, ou Baillonella toxisperma, est une espèce de plantes à fleurs de la famille des Sapotaceae.

    Pendant la Guerre d’indépendance du Cameroun, quand les maquisards n’avaient ni hôpital ni médicament importé, c’est la forêt qui a pris le relais comme en témoigne cet ouvrage « Soigner par les feuilles, les écorces et le soutien des ancêtres : La pharmacopée traditionnelle et la médecine rituelle au sein de la guérilla nationaliste au Cameroun (1956-1971)« . Le moabi, par exemple, est traditionnellement connu pour ses propriétés médicinales et cosmétiques. Son huile, au même titre que le beurre de karité, possède des vertus adoucissantes pour le corps et les cheveux. Une fois cette huile extraite, ses résidus peuvent être utilisés comme traitement contre les poux. L’écorce est utilisée contre les maux de reins et les douleurs dentaires. Les poumons, les intestins, même les plaies et le paludisme sont autant de maux que cet arbre soignait pour permettre aux braves résistants des maquis de poursuivre leur combat.


    On travaillait et on travaille encore le feu, le fer et la pierre

    Dans les Grassfields ou vers Mokolo, les artisans n’étaient pas des bricoleurs. Ils choisissaient les bons minerais, maîtrisaient les températures, et fabriquaient des outils solides, précis, utiles. Chaque geste était calculé, chaque procédé avait été validé par l’expérience.

    Les forgerons du royaume Bamoun, une notoriété qui traverse les frontières du pays

    Regarde les cases musgum (à gauche) avec leurs formes qui gardent la fraîcheur, ou les maisons en pierre des Podokwo (à droite) qui tiennent depuis des générations. Ce n’est pas juste “du traditionnel”, c’est de l’architecture pensée, réfléchie, adaptée au climat, à la vie communautaire, aux rituels. Ils ne faisaient pas du béton, mais ils faisaient du solide, et du fonctionnel.

    Parce que ce que nos anciens faisaient avec leurs mains et leurs yeux – observer, tester, améliorer – ce n’était pas seulement de la technique. C’était aussi une manière de penser, de donner du sens à ce qu’ils construisaient, soignaient ou cultivaient. Derrière chaque case musgum bien aérée ou chaque remède de forêt, il y a une réflexion sur la vie, la nature, le bien-être de la communauté.

    Et cette réflexion-là, même sans tableaux noirs ni calculatrices, c’est déjà de la philosophie en action. C’est pour ça que dans cette histoire, on ne peut pas parler de science sans parler aussi de philosophie : les deux marchent ensemble, comme les deux jambes d’un même corps. Alors après avoir vu comment nos savoirs traditionnels tenaient debout scientifiquement, allons voir comment, au quartier comme au champ, on philosophe depuis toujours – même sans lunettes rondes.


    Quand on dit « philosophie », certains pensent tout de suite aux livres, aux salles de classe pleines de silence, ou aux débats où chacun veut montrer qu’il connaît Kant. Mais ici au pays, on n’a pas attendu l’école pour réfléchir profond. Chez nous, la vraie philosophie se vit au marché, se raconte à une veillée, se glisse dans les proverbes et les histoires qu’on se transmet de bouche à oreille depuis les ancêtres. C’est une manière de vivre, une façon de voir le monde et de régler les choses sans forcément sortir le dictionnaire.

    Philosophie : Gaston-Paul Effa sur les traces de l’animisme pygmée

    Les proverbes, c’est des petites phrases, mais qui pèsent fort

    Tu vois les proverbes BamilékésBassa ou Beti là ? C’est de la sagesse concentrée. Si un vieux te dit : « Quand tu tombes dans la boue, il faut accepter que tu t’es sali », ce n’est pas pour t’humilier. C’est pour t’apprendre l’humilité.

    « Le singe n’a pas appris à sauter en un jour », ça te parle de patience. Et « Trop de conseils ont rendu le hareng sourd », c’est une gifle douce pour les gens qui veulent tout contrôler. Les proverbes sont flous parfois, oui, mais c’est justement pour t’obliger à penser.


    Philosophie et jeunesse au Cameroun : de l’éveil à la pensée critique à l’engagement citoyen

    Avant l’école : la philosophie dans la vie quotidienne

    Historiquement, les enfants camerounais n’ont pas attendu les bancs de l’école pour être confrontés à la réflexion, aux débats et aux questions existentielles. Dans les sociétés traditionnelles, les veillées, contes, proverbes et rites d’initiation jouaient un rôle central.

    • Les contes servaient à questionner la morale, les choix de vie, les rapports humains (histoire de la tortue rusée, du jeune qui défie les ancêtres, etc.).
    • Les proverbes incitaient à voir au-delà des évidences et à penser en termes de conséquences, d’équilibre et de justice.
    • Les cérémonies et rituels faisaient vivre à l’enfant des expériences symboliques qui invitaient à réfléchir sur sa place dans le monde, la responsabilité envers la communauté et les forces invisibles.

    Ces pratiques formaient un socle philosophique oral, intégré dans la culture, mais non nommé comme « philosophie ».


    Le blocage scolaire : la philosophie réservée aux grands

    Avec l’école coloniale puis le système éducatif actuel, la philosophie est devenue une discipline institutionnelle… mais réservée aux élèves de Terminale (et, depuis peu, aux secondes littéraires).

    Conséquences :

    • L’enfant est exclu de l’apprentissage formel du raisonnement critique avant 16-17 ans.
    • Les enseignants du secondaire et du supérieur considèrent souvent que « philosopher » demande une maturité intellectuelle inaccessible aux jeunes enfants.
    • L’école privilégie la mémorisation et la restitution au détriment du questionnement, ce qui freine la liberté de pensée et la créativité.

    L’absence de “philosophie pour enfants” et ses effets

    La philosophie pour enfants est pratiquée dans plusieurs pays depuis 50 ans, mais reste absente au Cameroun. Selon les travaux de Clément Aladji Godjé, cette absence tient à trois causes :

    1. Ignorance du concept par les décideurs et enseignants.
    2. Attachement au modèle élitiste qui voit la philosophie comme domaine réservé aux adultes.
    3. Manque de formation des instituteurs qui n’ont souvent pas étudié la philosophie eux-mêmes.

    Les apports attendus si on commençait tôt

    Introduire la philosophie dès le primaire apporterait plusieurs bénéfices majeurs :

    a) Développement cognitif et autonomie

    • Permettre à l’enfant de penser par lui-même, sans dépendre uniquement du « maître à penser ».
    • Passer d’une simple mémorisation à une construction active de la pensée, dans le dialogue.

    b) Esprit critique face aux mauvaises pratiques

    • Apprendre à questionner le tribalisme, le népotisme, la corruption.
    • Ne pas accepter aveuglément les coutumes ou croyances néfastes.

    c) Culture démocratique et prévention de la violence

    • Habituer les enfants au débat d’idées, au respect des opinions divergentes.
    • Construire une base de vivre-ensemble et de tolérance, limitant les divisions tribales ou linguistiques.
    • Préparer les jeunes à être des citoyens engagés et pacifiques.

    La continuité jusqu’aux grands

    Si l’on commençait tôt, les effets se feraient sentir à chaque étape. Au collège, les jeunes arriveraient déjà habitués au dialogue et au questionnement. Au lycée et à l’université, ils pourraient approfondir la philosophie classique avec un socle pratique, et non seulement théorique. Dans la vie adulte, cette formation précoce se traduirait par plus de discernement face aux manipulations politiques, aux tensions sociales ou aux crises.

    Réussir un tel projet supposerait de réformer les programmes pour intégrer la philosophie dès la maternelle et le primaire, de former les enseignants à animer des discussions à visée philosophique, et de sensibiliser parents et communautés pour prolonger cet esprit critique au quotidien. La philosophie ne devrait pas être perçue comme une matière de fin de parcours, mais comme une compétence de vie : un outil qui, enraciné dans nos traditions orales, accompagne l’enfant depuis ses premières années jusqu’à sa pleine responsabilité citoyenne.


    Ces mythes qui éduquent : penser avec nos ancêtres, transmettre autrement

    Si on veut vraiment que nos petits réfléchissent tôt, il faut partir de ce qu’on connait déjà. Et chez nous, les premiers terrains d’apprentissage ne sont pas les manuels scolaires, mais les récits de nos ancêtres, nos croyances, nos proverbes et nos mythes fondateurs. Ces histoires ne sont pas que des “contes pour s’endormir” : elles posent des questions profondes sur l’origine du monde, le bien, le mal, le respect de la vie, le rôle de chacun dans la société. En apprenant aux jeunes à écouter, comprendre et discuter ces récits, on les initie déjà à la philosophie sans le dire. On crée un pont entre la sagesse ancienne et la réflexion critique moderne.

    Quand tu écoutes les histoires des Bassa, par exemple, tu entends que leur Dieu originel, Hilolombi, avait abandonné les hommes parce qu’ils ont désobéi. Il était là au début, les conseillait, les guidait. Puis les hommes sont devenus durs, orgueilleux, et Dieu est parti. Résultat : solitude, épreuves, mais aussi une quête, une reconnaissance de la faute et un désir de retour. Dis-moi si ce n’est pas une leçon philosophique complète ? L’homme face à ses limites, face à sa liberté, face au silence du divin.

    Hilolombi: Hou, la Sagesse Eternelle et Universelle, Chez les Bassaa du Cameroun

    Chez les Bamiléké, même idée : Dieu, qu’on appelle “Si”, est unique, créateur, invisible, mais toujours présent. Et ce Dieu ne reste pas là-haut, loin. Il est dans les ancêtres, dans les esprits, dans les rites du quotidien. Quand on parle à son grand-père défunt, quand on lui offre à manger avant de commencer le repas, on ne fait pas du « folklore ». On continue une réflexion sur la vie, la mort, la continuité, la mémoire. L’enfant, dans ce monde-là, grandit avec l’idée que chaque geste compte, que tout est lié : les vivants, les morts, la nature et Dieu. Ce n’est pas juste une croyance, c’est un système de pensée complet.

    Chez les Beti, la frontière entre magie, religion, divination, justice des ancêtres et pouvoir du ciel est floue, mais profondément structurée. La Terre est une divinité. Le Soleil, une force paternelle. La Lune, un temps sacré. Les ancêtres ne sont pas morts, ils veillent. Et même les chiffres, comme le 9, ont une symbolique d’absolu, de plénitude. Si ça ce n’est pas de la philosophie vivante, je ne sais pas ce que c’est.

    L’histoire raconte que, lors de la traversée de la Sanaga ce sont les mvog Fouda qui ont poussé le Ngãn Medza à s’enfouir dans l’eau, apparemment ils n’avaient pas respecté les consignes

    En fait, nos mythes sont nos premières écoles de philosophie. Ils nous apprennent à vivre, à nous interroger, à chercher le juste et le vrai. Ce serait une erreur de les voir comme des vieilles histoires dépassées. Au contraire, ils sont pleins de clés pour aujourd’hui. Dans un Cameroun où les enfants manquent souvent de repères, pourquoi ne pas puiser là-dedans ? Pourquoi ne pas faire dialoguer Hilolombi avec Socrate, Nyambé avec Descartes ? Pourquoi ne pas enseigner la logique à partir des proverbes, la morale à partir des récits de nos villages, la justice à partir des rituels de nos ancêtres ?

    Les mythes ne sont pas que religieux ou culturels, ce sont des pensées vivantes, des outils pour former des citoyens lucides, responsables, ancrés dans leur histoire mais ouverts sur le monde. Ce sont des passerelles entre passé et futur, entre tradition et modernité. Alors si on veut vraiment faire de la philosophie à l’école, chez les petits comme chez les grands, commençons par là où nos ancêtres nous ont laissés : dans la parole, le symbole, le mythe.


    Les nouveaux visages et les réalités actuelles de la pensée critique made in 237

    Après les palabres de l’indépendance, le Cameroun n’est pas resté les bras croisés. On a vu sortir du lot des têtes bien pleines, des vrais têtes brûlées du cerveau, qui ont fait bouger les lignes dans la philosophie comme dans les sciences dures.

    L’idée ici, c’est de voir comment nos savants, d’hier et d’aujourd’hui, continuent de réfléchir dur sur les problèmes du pays – malgré les galères, malgré la fatigue. Parce que penser au pays, c’est pas un luxe. C’est une manière de survivre, de se projeter, de construire un avenir où le savoir ne reste pas enfermé dans les salles climatisées, mais descend aussi au quat, là où les gens vivent.


    Au pays-là, y’a pas que les Mbengistes qui font les choses. Y’a aussi des gars et des dames qui ont fait chauffer leur cerveau pour nous montrer que réfléchir, c’est pas seulement affaire des Blancs. Ces gens-là ont gratté, contesté, débroussaillé la brousse des idées pour ouvrir la voie à une pensée camerounaise puissante, enracinée et sans complaisance.

    On va pas tous les citer hein, mais voilà quelques têtes qui méritent qu’on les garde dans nos mémoires comme des ancêtres du cerveau.


    Marcien Towa : le gars qui disait que philosopher, c’est pas dormir

    Quand Towa parlait, les gens se grattaient la tête. Pas parce qu’ils comprenaient pas, mais parce qu’il te forçait à sortir de ta zone de confort. Né le 5 janvier 1931, ce monsieur-là ne jouait pas avec les idées : il disait que réfléchir, c’est pas réciter ce que les anciens ont dit ou copier les Européens, c’est remettre tout sur la table et poser les vraies questions.

    Il aimait pas qu’on adore les traditions comme si c’étaient des fétiches. Il disait : si nos ancêtres étaient intelligents, c’est parce qu’ils inventaient. Donc, nous aussi, on doit inventer, pas répéter. Même chose avec l’Occident : c’est pas parce qu’ils ont les avions qu’on doit dire « amen » à tout ce qu’ils pensent. Towa, c’était le champion du « je réfléchis moi-même ».

    Et comme il aimait pas le cinéma inutile, il a même osé taper sur des grosses figures comme Senghor, en disant que la Négritude, c’était parfois une manière chic d’accepter la domination. Pour lui, penser l’Afrique, c’était pas faire la décoration : c’était poser les bases d’une Afrique debout, critique et puissante.


    Fabien Eboussi Boulaga : le gars qui a dit à l’Église que Dieu parle aussi en africain

    Né le 17 janvier 1934. D’abord jésuite, bien rangé, bien propre… mais Eboussi, c’était pas un mouton. Très tôt, il regarde le christianisme et il se dit : « On nous a donné une foi importée, sans nous demander ce qu’on pense, ni ce qu’on vit. » Il commence à écrire des textes qui font mal à l’Église, genre Christianisme sans fétiche, où il dit clairement : « La foi, c’est pas du copier-coller depuis Rome. »

    Et le gars ne blaguait pas : en 1980, il quitte la soutane, il dit qu’il a perdu la foi depuis 1969. Mais il arrête pas de réfléchir pour autant. Il devient un des philosophes africains les plus solides, avec une plume tranchante et des idées profondes.

    Il parle du Muntu, du piège des traditions mortes, de la démocratie qu’on doit construire au lieu d’attendre comme des enfants. Il dit aux Africains : « Ne vous cachez pas derrière l’authenticité ou la religion. Sortez, posez les bonnes questions et construisez un avenir à votre image. » Un vrai penseur debout.


    Jean-Marc Ela : le prêtre qui pensait avec les pauvres, pas juste pour eux

    Né le 27 septembre 1936, Ela, c’est pas un abbé de salon. Ce gars-là a laissé la belle vie pour aller vivre avec les paysans dans le Nord, à Tokombéré. Il a monté des foyers d’alphabétisation, des centres de formation, il a vécu avec les Kirdi et il a compris que la foi, c’est pas réciter des messes en latin, c’est lutter contre la misère.

    Mais attention, Ela, c’est aussi un cerveau béton : doctorat en théologie, en socio, en anthropo… Mais il garde toujours les pieds dans la poussière des villages. Quand son collègue Mveng se fait assassiner, il crie haut, il dénonce. Il est menacé, obligé de fuir au Canada. Mais même là-bas, il continue à écrire, à enseigner, à secouer les consciences.

    Ela, c’est le gars qui te dit que réfléchir, c’est bien, mais réfléchir avec les opprimés, c’est mieux. Il voulait une Église debout, une Afrique qui ne se soumet plus, et des jeunes qui n’attendent plus qu’on vienne les sauver. Il croyait dans l’intelligence du bas, dans le pouvoir du peuple.


    Henri Hogbé Nlend : le mathématicien qui a mis les équations au service du continent

    Quand on te dit que les maths peuvent changer le monde, regarde seulement le parcours de Hogbé Nlend, né le 23 décembre 1939. Premier docteur d’État en maths du Cameroun, premier Africain à occuper une chaire scientifique en France, pionnier de la bornologie (oui, c’est pas du gombo ça). Mais le gars n’est pas resté au labo à faire des calculs pour rien.

    Il a monté des académies scientifiques partout en Afrique, organisé les premiers congrès panafricains pour la science, lancé des programmes de recherche sur le sida, les volcans, les cultures vivrières… Il croyait dur comme fer que la science, si elle est bien orientée, peut sauver l’Afrique.

    Il a même mélangé ses maths avec son militantisme politique : membre de l’UPC, proche de Senghor et Cheikh Anta Diop, ministre de la recherche, candidat à la présidentielle… Ce savant-là, c’était pas un simple prof. C’était un général du savoir.


    Joseph Owona : le grand juriste qui a mis le droit en ordre

    Quand on parle de droit au Cameroun, si ton cœur bat pour la rigueur, tu peux pas esquiver le nom de Joseph Owona né le 23 janvier 1945. Agrégé, professeur, bâtisseur d’institutions… ce gars-là a formé toute une génération de juristes. Même Maurice Kamto est passé par ses bancs.

    Il a servi dans presque tous les gouvernements, conseillé Paul Biya dans les moments de tempête, géré l’éducation, la santé, la fonction publique… toujours avec une main de fer dans un gant de velours. Et pourtant, pas un seul scandale à son actif. Une chose rare au Mboa.

    Mais ce n’est pas juste un homme de l’État. C’était aussi un chef, un patriarche, enraciné dans les traditions Ewondo. Quand il est mort, son cortège a traversé quatre départements. 12 000 personnes. C’est dire à quel point il pesait.


    Ces figures comme Towa, Eboussi, Ela, Owona ou Hogbé Nlend ont prouvé que la pensée, au Cameroun, n’est pas un luxe réservé à certains. Ils ont fait de la philosophie un outil de libération, de la science un levier d’émancipation, et du savoir un acte de service. Leur engagement, enraciné et rigoureux, montre que réfléchir pour le pays, c’est aussi lutter pour sa dignité. Qu’ils soient visibles ou restés dans l’ombre, tous ces penseurs comptent : leur exemple nous rappelle que sans intellectuels debout, un peuple avance à tâtons. Préserver leur pensée, c’est garder vivante notre capacité à rêver, contester, construire. C’est continuer de penser pour ne pas disparaître.

    Aujourd’hui, la nouvelle vague est bien en place. Achille MbembeJoseph KamgnoThéodore AbobdaSabine Fanta Yadang, entre autres, prouvent que le Camer ne dort pas côté cerveau. Entre gros concepts comme la nécropolitique, vaccins contre le VIH, cœur artificiel ou recherche sur les plantes médicinales, on voit bien que le terrain est encore fertile.


    Ce n’est pas aujourd’hui que les Camerounais ont commencé à chauffer la tête pour faire avancer le pays. Depuis nos Towa, Eboussi, et autres cerveaux du 237, on a vu que penser, chez nous, ce n’est pas seulement philosopher pour philosopher. C’est se lever contre l’injustice, chercher des solutions concrètes, et bousculer l’ordre établi. Eux, ils ont ouvert la route. Et aujourd’hui, d’autres continuent le chantier, souvent dans l’ombre, souvent dans le silence, mais toujours avec cette même rage de comprendre et d’agir.

    Le Cameroun a des cerveaux. Et pas qu’un peu. La vraie question maintenant, c’est : comment faire pour que cette intelligence serve vraiment le pays ? Comment relier la pensée critique à la vie du quat, là où ça chauffe ? Voilà le vrai enjeu.


    Les blocages du système de recherche

    On parle souvent des problèmes de financement, mais ce n’est pas une nouvelle affaire. Depuis l’époque coloniale, les priorités de la recherche au Cameroun ont souvent été décidées de dehors, pas pour les Camerounais mais sur eux. Et même après les indépendances, c’est resté un peu pareil. Par exemple, l’ORSTOM (aujourd’hui IRD – Institut de recherche pour le développement) est toujours actif au Cameroun, comme en témoigne leur site qui recense plusieurs projets en cours (santé, environnement, agriculture, etc.). Cette présence date de la période coloniale, mais elle a perduré jusqu’à aujourd’hui via des accords bilatéraux. D’un côté, l’IRD apporte des financements, du matériel et de la visibilité scientifique. De l’autre, il existe un risque de dépendance : si les projets sont pensés depuis la France, si les données sont rapatriées, si les résultats sont publiés dans des revues étrangères sans accès libre local, cela profite davantage à la science française qu’aux besoins réels du Cameroun.


    Dans les années 1970-1980, l’État a tenté de structurer les choses : création d’un Conseil de l’Enseignement Supérieur, transformation de l’Office de la Recherche en un vrai ministère… mais sans impact profond. Pire, en 1991, l’Institut des Sciences Humaines a été dissous par décret, comme pour dire que la science critique faisait trop de bruit. Même les sociologues ont été accusés de trop causer sur la société, on a fermé leur département à Yaoundé. Ce fut le coup de massue pour la recherche en sciences sociales au Cameroun. Ça montre que depuis, la recherche n’est pas toujours bienvenue dans les hautes sphères. Avec comme conséquences de fragiliser les décisions politiques puisque les sociologues étudient notamment ce domaine et qu’ils ne peuvent plus le faire. Sans eux, on peut assister à des débats publics sans analyse pertinente donc on peut nous raconter n’importe quoi personne ne va contester comme il faudrait et pour finir, on perd notre mémoire sociale.


    Résultat ? La recherche reste souvent coupée de l’action publique. Une étude menée dans les années 2000 par Jean-Claude Mbock, dans le cadre du CODESRIA montrait que 80 % des résultats produits par les chercheurs ne sont pas utilisés par les décideurs. Pourquoi ? Parce que chacun travaille de son côté. Pas de pont entre ceux qui trouvent les solutions, et ceux qui prennent les décisions. Donc on gaspille inutilement des ressources qui ne sont pas déjà très grandes. Les organisations étrangères qui financent les recherches (UE, AFD, CNRS, etc.), profitent bien de la situation car elles récupèrent les données, forment leurs chercheurs, influencent les agendas. Pourtant, ce n’est pas que les Camerounais ne veulent pas utiliser les recherches, c’est que le système n’est pas conçu pour ça. Il n’y a pas de commande publique de recherche stratégique ni de mécanismes clairs pour intégrer les résultats dans les politiques publiques.


    Côté financement, c’est la galère. En 2015, le rapport économique de la recherche confirmait déjà que la part du budget public allouée à la recherche était très faible et que 90 % des projets stratégiques étaient financés de l’extérieur, souvent par les bailleurs étrangers. On se retrouve avec des études qui répondent aux objectifs de la Banque mondiale ou de l’Union européenne, mais pas forcément aux priorités locales.

    Par exemple, en 2019, le programme Horizon 2020 de l’UE a injecté 80 milliards de FCFA (environ 122 millions d’euros) pour financer la recherche camerounaise. Une bonne chose sur le papier. Mais ce sont surtout des projets individuels ou ponctuels qui sont retenus, et pas des plans à long terme qui structureraient tout un secteur.


    En décembre 2024 encore, une conférence nationale a tenté de relancer la machine avec des projets dits “bancables” et transversaux. Mais on sent que c’est souvent la même boucle : on parle, on forme, mais les résultats ne sortent pas vraiment du labo.

    La vérité est que sans volonté politique forte, un chercheur peut inventer une couveuse intelligente comme Serge Njidjou, ou un robot agricole comme Erik Tiam, mais il restera dans son petit atelier de 9m², à chercher des financements sur Facebook pendant que l’État regarde ailleurs. La solution, ce sont les Camerounais eux-mêmes. Si l’État n’investit pas, la société civile, les universités locales, les médias, les start-ups, les communautés de quartiers peuvent créer des fonds mutualisés ou participatifs (type Gofundme local), monter des espaces de recherche populaire (FabLabs, ateliers, résidences de recherche dans les lycées, dans les quartiers), favoriser la vulgarisation massive (TikTok, WhatsApp, radios locales, bistrots scientifiques), et surtout, former les jeunes à l’esprit critique dès l’école, comme le font déjà certains projets (voir projet « PhiloJeunes« ).

    Ce n’est pas simple, mais c’est possible sans l’État, si on considère le savoir comme un bien commun populaire


    Si on compare avec un pays comme le Rwanda, qui a misé sur l’innovation pour chaque secteur (santé, agriculture, éducation…), on voit bien la différence : là-bas, les labos sont connectés à l’action publique, les chercheurs sont intégrés dans les politiques, et les financements sont pensés à long terme. Ils ont misé sur la stratégie « Vision 2020 » puis « Vision 2050 » qui a intégré la science, l’innovation et la technologie dans tous les secteurs.

    Par exemple, le Kigali Innovation City (KIC), une initiative publique-privée, regroupe universités, incubateurs, et centres de recherche. Les étudiants ingénieurs travaillent directement sur des problèmes publics (transport, santé, éducation). Le Health Management Information System (HMIS) est un système de collecte de données de santé en temps réel, utilisé par le ministère de la Santé pour piloter ses décisions. Le Rwanda Education Board co-construit ses contenus éducatifs avec des chercheurs, pour les adapter aux réalités locales.


    Donc oui, le Cameroun a l’intelligence. Ce qui manque, c’est l’organisation, la confiance et surtout la volonté de faire de la science un vrai moteur de développement. Il faut sortir les chercheurs de l’ombre, créer des espaces de dialogue entre eux et les décideurs, et surtout arrêter de gouverner sans savoir. Sinon, on tourne en rond pendant que les solutions existent déjà dans nos universités.

    On cite souvent des sigles : MINRESI, IRAD, IMPM… Mais sur le terrain, les gars du quat ne voient pas toujours ce que ça change dans leur vie. Pourtant, ces structures sont là, elles bossent, elles ont des chercheurs qui cherchent vraiment. Le MINRESI, c’est le ministère qui chapeaute tout ça, celui qui signe les accords, qui promet les primes, qui organise les grandes conférences. Mais entre deux discours officiels, on voit bien que le système manque de souffle. Il n’y a pas de vraie vision à long terme, pas de plan béton qui dit clairement : « Voilà comment la science va aider les Camerounais à mieux vivre, mieux manger, mieux comprendre leur monde. ». On attend les gars, réveillez vous nor?


    L’IRAD, lui, travaille sur les champs, les semences, les méthodes agricoles. Il produit, il expérimente, mais le pont entre ses labos et les petits producteurs reste fragile. Ceux qui plantent le manioc ou élèvent les poules ne savent pas toujours ce que l’IRAD peut leur apporter.


    Même constat pour l’IMPM, qui fait un travail de fou sur les plantes médicinales – mais qui est souvent isolé, sans relais fort, sans vraie reconnaissance politique. Pourtant, quand un enfant fait une crise à minuit, ce n’est pas l’hôpital qui est là, c’est une décoction. Ces plantes-là, elles sauvent, elles soignent. Mais qui les valorise comme il faut ?


    La vérité, c’est que tant que la recherche reste coincée entre quatre murs, tant qu’elle ne descend pas au quartier, elle va continuer de chauffer dans le vide. Ce n’est pas que les chercheurs ne veulent pas. C’est que le système n’a pas encore compris qu’on ne peut pas transformer un pays en réfléchissant tout seul dans son coin. Il faut faire bloc : chercheurs, enseignants, jeunes, start-up, anciens du village, journalistes. C’est comme ça que les idées prennent vie, que les données deviennent actions, que la critique devient moteur.

    Les structures comme le MINRESI, l’IRAD ou l’IMPM peuvent jouer ce rôle de colonne vertébrale, mais à condition qu’elles s’ouvrent, qu’elles écoutent, qu’elles sortent du jargon. La recherche camerounaise a un potentiel immense. Maintenant, il faut qu’elle cause avec le peuple, pas seulement avec les bailleurs. C’est là que la vraie pensée critique commence : quand le savoir ne se regarde plus dans le miroir, mais se frotte à la réalité, à la sueur, à la débrouillardise, à la vraie vie.


    Savants d’hier, génies d’aujourd’hui, routes de demain

    On a beaucoup causé. Depuis les anciens qui soignaient avec les feuilles et parlaient en proverbes pleins de sagesse, jusqu’aux têtes brûlées de maintenant qui fabriquent des machines à sauver des vies, on a vu que la matière grise coule ici comme l’eau du Noun.

    Mais le travail n’est pas fini. Ce savoir-là doit encore casser le plafond, quitter les labos et entrer dans la rue, la salle de classe, le marché, la case même. Il faut que chacun sente que la science, c’est aussi son affaire. Que la philosophie refasse partie de notre quotidien, pour pouvoir se questionner et trouver des réponses à nos problèmes les plus profonds.

    Alors si tu as lu jusqu’ici, on te tire notre chapeau. Merci d’avoir écouté les voix des savants, des rebelles du savoir, des chercheurs d’espoir. Si une idée t’a piqué, ne laisse pas ça dormir comme une sucrerie cachée dans l’armoire. Partage, discute, mets ton propre grain de sel dans le débat en répondant à ce formulaire.

  • Gastronomie et Alimentaire au Cameroun

    Gastronomie et Alimentaire au Cameroun

    Goûtez le Cameroun : Là où la Bouffe Raconte l’Histoire. Si le Cameroun est souvent appelé l’Afrique en miniature, c’est pas pour rien ! Niveau djaffe, on a un mélange explosif qui fait danser les papilles. Avec plus de 250 ethnies, chaque coin du pays a son chantier culinaire bien garni. Ici, chaque plat est un héritage, une tradition qui traverse les générations, et une fierté qu’on exhibe sans vergogne. Chez nous, manger, ce n’est pas juste calmer la faim, c’est un moment sacré, un rituel social.

    Que ce soit un eru fumant accompagné de water fufu, un bon ndolé avec du miondo, ou même une simple assiette de puff-puff et haricot, chaque bouchée a une histoire. Dans les circuits et les chantiers, on refait le monde autour d’un poisson braisé bien assaisonné, pendant que le parfum du soya grille doucement sur le feu.

    La cuisine camerounaise, c’est plus qu’un ensemble de recettes. C’est un mode de vie, une affaire de partage, un patrimoine qu’on respecte. Tu goûtes, tu voyages ! Les épices, la cuisson au feu de bois, les plats mijotés des heures durant… Tout ça fait partie d’un héritage que les parents transmettent aux pikin, histoire qu’on n’oublie jamais d’où on vient.

    Des marchés animés de Douala aux plats revisités par la diaspora, la cuisine camerounaise ne cesse de grandir, de s’adapter, mais sans jamais dire mouff ses racines. Ici, quand on mange, c’est un vrai ndem ! Les papilles sont en fête, et le cœur aussi. Alors, prêt à plonger dans ce voyage culinaire made in 237 ?

    1. Héritage et Diversité – Quand le Cameroun SE MET À TABLE
      1. Quand le Kmer Fait Voyager les papilles
        1. Les migrations et le grand brassage des saveurs
        2. Climat et saveurs : Chaque coin du pays a son propre goût
        3. Les peuples et leurs assiettes : Qui mange quoi ?
      2. Quand le Cameroun Sert Ses Plats Signature
        1. Les plats emblématiques qui font le show
        2. Les aliments et ingrédients qui ne trompent pas
    2. Transmission, Modernité et Diaspora – Quand le Ndjaffe Traverse les Frontières
      1. Comment la Tchop Passe de Génération en Génération
        1. Les familles, premières écoles de cuisine
        2. Le repas, un moment sacré
        3. Les marchés, le cœur du ndjaffe
        4. Comment on garde nos traditions vivantes ?
        5. Quand la modernité change la manière de manger
        6. L’agriculture et les marchés, toujours en première ligne
      2. Quand la Bouffe Camerounaise S’adapte et Voyage
        1. La cuisine camerounaise face aux grandes villes et aux influences d’ailleurs
        2. Comment la diaspora fait bouger la cuisine camerounaise à l’étranger
        3. Les chefs camerounais qui mettent la sauce à l’international
          1. Nathalie Brigaud Ngoum : La go qui fait briller la cuisine camerounaise
          2. Émile Engoulou Engoulou : L’homme qui met le Cameroun sur canapé
          3. Christian Abégan : L’homme qui veut “gastronomiser” l’Afrique
          4. Alexandre Bella Ola : L’homme qui fait briller la cuisine africaine à Paris
        4. Les restos camerounais qui font sensation dans les grandes capitales
      3. Le Cameroun Dans l’Assiette, Un Goût Qui Reste Jusqu’ààààà

    Héritage et Diversité – Quand le Cameroun SE MET À TABLE

    Ici, chaque peuple a mis son piment dans la sauce, créant une gastronomie qui mélange traditions ancestrales et influences venues d’ailleurs. Depuis le temps des colons jusqu’aux brassages entre peuples, la cuisine camerounaise s’est enrichie, attrapant des techniques ici et des ingrédients là-bas, pour accoucher d’un véritable patrimoine culinaire qui ne finit jamais de surprendre.

    Avec un pays aussi varié que l’assortiment de condiments dans un bon mbongo ou un nkui, chaque coin a sa touche, son style, sa manière de bien traiter le ventre. Au bord de l’eau, le ndolé règne en maître, accompagné de son fidèle miondo, du bobolo, du manioc ou du plantain bien mûr. Dans l’Ouest, le koki fait le show, enveloppé dans ses feuilles de bananier et dégusté avec du macabo ou de l’igname bien tendre. Au Nord, le mil et le foufou assurent le carburant, avec des sauces relevées qui réveillent même un dormeur. Et quand on traverse les grandes forêts, les épices entrent dans la danse, donnant aux plats un goût qu’on ne trouve ni au marché ni en boîte de conserve.

    Cette partie, c’est le voyage au cœur du ndjaffe camerounais. Comment nos ancêtres ont fait mijoter ce savoir-faire ? Comment chaque région a trouvé sa sauce ? On va décortiquer tout ça, des ingrédients aux méthodes de cuisson, sans oublier les secrets que les mamans ne donnent jamais gratuitement. Allons seulement, le ventre est prêt !


    Les migrations et le grand brassage des saveurs

    Le Cameroun, c’est comme une grande marmite où chacun a mis son épice. Depuis toujours, les gens bougent, se déplacent, s’installent, et à chaque fois, ils viennent avec leurs recettes, leurs épices et leur manière de cuire le poisson ou de piler le taro. Les Bamiléké et les Béti, en descendant sur Yaoundé ou Douala, n’ont pas laissé leur cuisine au village. Au contraire, ils ont mélangé tout ça avec ce qu’ils ont trouvé sur place. Résultat ? Un mix de saveurs, un mariage de techniques où le plantain peut accompagner un plat qu’on mangeait avant uniquement avec du tubercule.

    Mais ce n’est pas seulement les Camerounais qui ont changé le ndjaffe, hein ! Les routes commerciales ont aussi fait leur part. Avant, le manioc et le maïs, on ne connaissait même pas ça ici. Mais avec le temps, c’est devenu des aliments de tous les jours. Maintenant, tu peux pas parler de bouffe camerounaise sans mentionner le miondo ou le couscous de maïs. Même le piment qui fait transpirer les gens au chantier, c’est venu d’ailleurs. Mais comme on aime trop ça, on a pris ça, on a adapté, et puis maintenant, c’est camerounais de A à Z !

    1ère édition du Festival international du manioc à Douala

    Climat et saveurs : Chaque coin du pays a son propre goût

    Le Cameroun, c’est le buffet à volonté de l’Afrique. Selon où tu es, la graille change, les ingrédients changent, et même la manière de préparer change.

    Dans le Grand Nord, là-bas, l’eau ne coule pas comme au robinet, donc on ne fait pas n’importe quoi avec la bouffe. Le mil et le sorgho, c’est la base, parce que ça pousse sans trop d’eau. Pour conserver la nourriture, on sèche, on grille, on met bien les épices pour que ça tienne longtemps.

    À l’Ouest, la terre est fertile, ça veut dire que les tubercules ne manquent pas. Taro, igname, patate douce, tout ça, c’est le carburant des gars d’ici. La fermentation et la cuisson vapeur, c’est leur affaire, pour garder les saveurs intactes et éviter le gaspillage.

    Au Sud, là où la forêt est épaisse, c’est l’abondance ! Manioc, banane plantain, gibier, poissons d’eau douce… Ici, on fait mijoter, on étouffe, on emballe dans des feuilles, et les plats prennent un goût qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. Le n’domba, c’est le boss, poisson ou viande enveloppé dans des feuilles de bananier, avec des épices qui réveillent les papilles.

    Chaque zone a son style, sa signature, sa touche perso. Si tu goûtes un plat sans voir d’où il vient, normalement tu peux deviner la région juste avec le goût !

    Quand un produit alimentaire patrimonialisé arrive en ville. L’exemple de champignons de l’Ouest

    Les peuples et leurs assiettes : Qui mange quoi ?

    Si tu veux savoir qui est qui, regarde juste ce qu’il met dans son assiette.

    Les gars du Littoral, eux, c’est les boss du poisson et des fruits de mer. Ils ont ça en abondance, donc ils savent comment bien le gérer. Ndolé aux crevettes, poissons braisés bien pimentés, miondo à gogo, c’est leur zone, et personne ne fait ça mieux qu’eux.

    Dans la forêt, on se nourrit de ce que la nature donne. Ici, la chasse et la cueillette sont encore bien ancrées. Gibier, champignons, légumes-feuilles, on transforme tout ça en plats bien consistants. Le koki par exemple, massa, haricots mixés avec de l’huile de palme et cuits dans des feuilles. Ça glisse tout seul dans le ventre…

    En haut, chez les Bamiléké et les Bamoun, l’affaire, c’est les tubercules et les feuilles bien pilées. Njapche, taro sauce jaune, couscous de maïs, chaque repas c’est un festival de textures et de goûts, et les sauces sont riches et bien montées hein, des magiciens.

    Ce mélange de saveurs prouve que même si on est un seul pays, chaque coin a son identité culinaire bien marquée. Mais à la fin, tout le monde finit toujours par partager un bon plat autour d’une table, et c’est ça le plus important.

    Au final ? Chaque grain de sel dans nos marmites raconte une histoire, chaque cuillère rappelle un village, un marché, un souvenir. On a pris le meilleur de partout et on en a fait une cuisine qui nous ressemble, qui nous unit et qui fait que, où que tu sois, un bon plat camerounais te ramène toujours à la maison, chez ton voisin, des amis ou un évènement !


    Les plats emblématiques qui font le show

    Au Cameroun, chaque coin du pays a sa sauce, son style, son code, et quand il s’agit de bien remplir le ventre, on ne joue pas avec la qualité. Certains plats ont dépassé les frontières des villages pour devenir de vraies références nationales. Parlons de quelques-uns de ces plats mythiques :

    Ndolé : Si on devait élire un plat national, ce serait lui, sans discussion ! Feuilles amères, pâte d’arachide, épices bien dosées, et une garniture qui peut varier entre poisson séché, viande ou crevettes bien juteuses. On l’envoie avec du miondo, du plantain frit ou bouilli, et quand c’est bien fait, le silence s’installe à table, tu entends seulement les bouches qui mâchent…

    Eru : Si tu passes au Sud-Ouest et que tu ne goûtes pas l’eru, c’est que tu as raté ton voyage. Ce plat, c’est une fusion de feuilles d’okok et de waterleaf, bien mijotées avec des écrevisses, poisson fumé et peau de bœuf. C’est gras, c’est savoureux, et ça accompagne parfaitement le water fufu. Les Bakweri et les Bayangi savent pourquoi.

    Eru avec son fufu

    Koki : Voilà un classique qui fait toujours plaisir. Haricots blancs écrasés, huile de palme rouge, enveloppés dans des feuilles de bananier et cuits à la vapeur. Le résultat ? Un gâteau jaune fondant, qui se déguste avec du macabo, du plantain ou même du bâton de manioc. Chaque bouchée, c’est un bout de tradition qu’on avale.

    Le koki : Ce plat a voyagé d’une communauté à une autre, prenant racine un peu partout. D’abord chez les Mbo, il s’est retrouvé chez les Bazou, les Bafang, et même dans le Sud-Ouest. C’est la preuve qu’au Cameroun, on sait partager le bon goût.

    Mbongo Tchobi : Les Bassa n’ont pas le temps, ils ont créé une sauce qui impose le respect. La sauce ébène, comme certains l’appellent, tire sa couleur du mbongo, une épice qui donne un goût unique. Avec du poisson ou de la viande, bien mariné et mijoté, ça envoie direct au septième ciel mama! À manger avec du riz, du manioc ou du foutou, au choix.

    Mbongo’o tchobi : On raconte que c’est une femme Bassa qui a inventé cette sauce pour empêcher son mari d’aller voir ailleurs. Une fois qu’il a goûté, impossible de manger chez une autre femme. Et depuis, le mbongo tchobi est devenu un symbole de fidélité.

    Les aliments et ingrédients qui ne trompent pas

    Ici, on ne joue pas avec le goût. Quand une sauce est bien montée, on sait que les ingrédients ont été choisis avec soin.

    Miondo : On ne peut pas parler de ndolé sans citer son acolyte fidèle. Le miondo, c’est même le complément parfait pour de nombreux plats au Cameroun. Préparé à base de pâte de manioc fermentée, enveloppée dans des feuilles et cuite à la vapeur, c’est doux, élastique et ça glisse bien avec la sauce. Chez les Sawa, c’est obligatoire.

    Manioc : C’est le MVP des accompagnements. En foufou, en miondo qui est la version petit frère du bâton de manioc, en couscous… Peu importe la forme, il est toujours là pour assurer la base.

    Le bobolo (bien fait de préférence c’est encore mieux)

    Banane plantain : Ça se mange sous toutes les coutures. Frit, bouilli comme on l’a vu plus haut avec le koki, pilé pour accompagner une sauce, ou en mode poulet DG, le plantain n’a jamais déçu quelqu’un.

    Plantain frit (hmmm il a l’air bien sucré même)
    Le plantain pilé

    Arachide : Sans ça, certaines sauces n’auraient pas d’âme et le riz se sentirait seul. Ça épaissit, ça parfume et ça donne un goût sucré-salé qui fait plaisir. Le ndolé lui doit beaucoup ! En met, en sauce ou dans une recette, c’est un ingrédient de qualité.

    Nnam Owondo (met d’arachide)
    Le fameux riz sauce arachide

    Les épices locales : Ici, on ne cuisine pas fade. Djansan, poivre blanc de Penja, pèbè, kotimandjo et bien d’autres… chaque région a son arsenal, et quand c’est bien dosé, le repas devient un événement.

    Djansan
    poivre blanc de Penja
    kotimandjo
    pèbè

    Transmission, Modernité et Diaspora – Quand le Ndjaffe Traverse les Frontières

    Au Cameroun, les recettes ne s’écrivent pas, elles se vivent, elles se racontent, elles se partagent. Depuis toujours, les mamans et les tanties enseignent en direct live, avec des gestes précis et des coups de pilon bien placés. Un bon plat ne se mesure pas en grammes, mais au flair et au coup d’œil, et si tu n’as pas bien regardé, tant pis pour toi, tu vas manger seulement !

    Les plats comme le mbongo’o, cette sauce noire qui fait trembler les papilles, ou encore le njapche, ce mélange de morelle noire et de pistache qui fait suer le couscous de maïs, sont bien plus qu’un simple repas. C’est du patrimoine, c’est la mémoire des ancêtres, c’est ce qui fait qu’un Camerounais reste Camerounais, même à des milliers de kilomètres.

    Au Cameroun, la recette du « mbongo » se transmet de mère en fille

    Mais voilà, les temps changent, et la cuisine ne dort pas non plus. Avec l’urbanisation et la modernisation, on voit de nouvelles habitudes débarquer. Le poulet DG a pris la place du bon poulet dur de village, les jeunes tournent vers les fast-foods, et certains plats traditionnels commencent à se cacher derrière les gros emballages des supermarchés. Mais rassurez-vous, hein, la cuisine camerounaise ne meurt pas, elle s’adapte !

    Dans la diaspora, les gars ne sont pas restés les bras croisés. En Europe, aux États-Unis, même en Asie, les Camerounais font voyager le goût du pays. Des chefs du « Continent » jouent avec les saveurs, mixent les influences, et transforment nos plats en véritables pépites gastronomiques. Même le soya commence à se faire une place dans les grands restos ! Et grâce à des initiatives comme l’UMBA (Union des métiers de bouche africains), notre cuisine gagne du terrain et commence à se faire respecter sur la scène internationale.

    Une Union des Métiers de Bouche Africains, c’est comment ?

    Ici, on va plonger dans l’histoire du ndjaffe camerounais, voir comment il se transmet de génération en génération, comment il s’adapte sans perdre son goût, et surtout, comment la diaspora garde le feu allumé, même loin du pays. Attachez vos pagnes, serrez la ceinture, on y va !


    Les familles, premières écoles de cuisine

    Au Cameroun, apprendre à cuisiner, ce n’est pas une option, c’est une initiation. Ici, personne ne te donne une recette écrite, on te montre, tu regardes, tu fais, et surtout, tu ne poses pas trop de questions sinon on te dit de sortir de la cuisine !

    C’est souvent les mamans et les tanties qui tiennent la marmite, et si tu grandis dans une maison où ça sent pas au moins une bonne sauce en train de mijoter, il y a problème. Les plats comme le njapche, avec ses légumes et les morceaux de pistache, c’est un secret de famille. Une mère apprend à sa fille, une grand-mère surveille le geste, et quand tout le monde est satisfait, le rite de passage est terminé !

    C’est comme ça que chaque famille garde son identité, chaque tribu garde son code culinaire, et surtout, le bon goût ne se perd pas.

    Njapche : L’origine du Njapche, remonte à l’utilisation d’un légume spécifique dans sa préparation : la morelle noire.

    Le repas, un moment sacré

    Chez nous, manger, ce n’est pas juste avaler quelque chose et partir. Non, ici, le repas, c’est un moment de vie, un moment de partage. Manger dans la même assiette, c’est sceller les liens. Quand tu es accepté dans une assiette commune, c’est que tu fais partie du cercle. On pique ensemble, on rigole ensemble, et tant pis pour toi si on t’invite à un djoka et que tu viens pour taper le style!

    Les grandes occasions sont aussi des moments où on mange avec respect. Buffets lors de mariages, baptêmes, funérailles, fêtes traditionnelles ou rassemblements familiaux… Chaque événement a son plat spécial. Le Nguon, par exemple, c’est le moment où les Bamoun ressortent le njapche avec fierté.

    Un de mes meilleurs souvenirs c’est la poisson braisé que tu achètes à la plage de Limbé tu choisis ton poisson, on le braise et on te l’apporte avec les accompagnements que tu as choisis. Non vraiment ce pays est trop doux, c’est jusqu’au matin qu’on mange. Le plantain mûr avec la prune, des brochettes, la viande qu’on a braisée, le maïs et les spécialités que tu découvres en voyageant dans les villages sur les bords des routes…


    Les marchés, le cœur du ndjaffe

    Si tu veux voir où commence un bon plat camerounais, va au marché. Là-bas, les couleurs, les odeurs et l’animation donnent déjà l’appétit avant même d’avoir cuisiné.

    Le marché, c’est la base ! C’est là que les mamans viennent choisir leur manioc, leurs plantains, leurs épices. On y trouve du djansan, du pèbè, du poivre blanc de Penja, du gingembre et tout ce qu’il faut pour que la sauce ne dorme pas dans la bouche.

    Là-bas aussi, on apprend. Les vendeuses ne sont pas là seulement pour te donner la marchandise, elles connaissent les secrets des ingrédients, les bonnes combinaisons, les astuces. Si tu ne sais pas comment bien monter une sauce gombo, demande, on va bien t’expliquer !

    Vidéo: Le Cameroun est l’un des pays qui contient des marchés parmi les plus riches au monde en produits, car on y trouve presque tout.


    Comment on garde nos traditions vivantes ?

    Les gars du pays et ceux de la diaspora ne dorment pas, ils savent que si on laisse la modernité faire son propre travail, certains plats vont disparaître. Alors, on a trouvé des stratégies pour garder le feu allumé.

    Les festivals culinaires comme Diaspora Kitchen, où on montre à la nouvelle génération comment on fait les choses bien, avec le bon dosage, les bons ingrédients et l’amour du bon ndjaffe.

    Les résidences culinaires, où des chefs apprennent comment mieux travailler nos produits locaux, pour que les recettes traditionnelles continuent de briller, même dans des assiettes modernes.

    Vidéo : Festival : la « Diaspora Kitchen » entre chefs camerounais et américains


    Quand la modernité change la manière de manger

    Tout le monde le sait, les villes comme Douala et Yaoundé ne sont plus comme avant. Les gens courent après le temps, les fast-foods poussent comme du macabo après la pluie, et certains plats traditionnels commencent à se cacher.

    Les Bamiléké et les Béti, en quittant leurs villages pour s’installer en ville, ont dû adapter leurs recettes. Moins de temps pour la cuisson ? On réduit le mijotage. Manque de certains ingrédients ? On les remplace. Mais on garde toujours l’essence du plat.

    Les marchés urbains sont devenus un vrai carrefour. Tu trouves autant le bon plantain local que des produits importés, ce qui fait que le ndjaffe évolue et se diversifie avec le temps. Les habitudes alimentaires ont également évolué en raison de la santé (moins de sel, d’arômes), du niveau de vie (les gens qui sortent de la pauvreté ont tendance à manger de meilleurs mets, plus d’aliments occidentaux).


    L’agriculture et les marchés, toujours en première ligne

    Heureusement, même si les habitudes changent, le Cameroun reste un pays où l’agriculture joue un rôle clé. Les terres sont fertiles, les produits abondants, et avec les nouvelles initiatives agricoles, on essaie de moderniser sans dénaturer. Il y a toujours des personnes qui cultivent chez eux en ville et dans les villages on mange ce que la terre fourni et le reste peut aller au marché, chacun se gère.

    Les cultures sont diversifiées, et des projets comme ceux du Centre mondial des légumes et d’autres liés aux nouvelles technologies permettent d’améliorer la qualité et la production de nos aliments.

    À Douala, c’est pas moins de 1 800 tonnes de nourriture qui passent par les marchés chaque jour ! Et les produits locaux dominent toujours, preuve que les habitudes alimentaires camerounaises tiennent bon.


    La cuisine camerounaise face aux grandes villes et aux influences d’ailleurs

    Depuis que Yaoundé et Douala sont devenues des forêts de béton, le ndjaffe aussi a dû s’adapter. Avant, tout le monde connaissait les plats bien mijotés qui prenaient le temps qu’il faut pour bien attraper le goût, mais avec les journées qui filent à toute vitesse, beaucoup ont troqué le bon manioc contre du riz vite fait, et le macabo contre des pâtes express.

    Les fast-foods sont sortis comme des champignons, et les supermarchés font la concurrence aux mamans du marché avec leurs produits importés. Résultat ? Le pain et le spaghetti ont commencé à envahir les cuisines, pendant que le couscous de maïs et le taro cherchent encore leur place.

    Mais ce n’est pas fini hein, les marchés locaux résistent, et les Camerounais ne sont pas encore prêts à dire adieu à leurs plats d’enfance. Même en pleine ville, on trouve toujours le bon poivre blanc de Penja, les épices qui réveillent, et les tubercules bien frais.

    Comment la diaspora fait bouger la cuisine camerounaise à l’étranger

    Tu crois qu’un Camerounais qui voyage laisse tomber son ndolé ? Jamais ! Partout où les gars passent, ils s’arrangent pour qu’un petit circuit apparaisse. Que ce soit à Paris, Montréal, Washington ou même Tokyo, les Camerounais envoient leur soya, leur djama djama et Kati Kati, et petit à petit, les papilles étrangères commencent à comprendre que chez nous, on ne mange pas pour plaisanter !

    En plus, les choses ne se font pas au hasard. Certains ont ouvert des restaurants, des services de traiteur, et même des événements culinaires pour bien vendre la marchandise. Et au pays, des initiatives comme Diaspora Kitchen réunissent les chefs d’ici et d’ailleurs pour qu’on garde la flamme bien allumée et qu’on montre que le Cameroun a aussi sa place dans la gastronomie mondiale.

    La première édition a même attiré une vingtaine de chefs et plusieurs centaines de visiteurs, preuve que quand on parle de bouffe, tout le monde est intéressé. L’objectif est clair : mettre la gastronomie camerounaise sous les projecteurs et s’assurer qu’elle prenne sa place dans la cour des grands.

    Les chefs camerounais qui mettent la sauce à l’international

    Depuis quelques années, certains Camerounais ont pris la cuisine comme un vrai combat, et aujourd’hui, ils portent le drapeau de notre tchop bien haut.

    Des noms comme Nathalie Brigaud NgoumÉmile Engoulou EngoulouChristian Abegan, ou Alexandre Bella Ola, c’est des gars qui ont compris le game ! 🔥👨🏾‍🍳 Eux, ils ne sont pas allés en Europe pour manger seulement, ils sont partis avec leurs marmites et leurs épices dans la valise !

    Ces chefs-là, ils ont pris la tchop camerounaise, l’ont lavé, repassé, remixé avec des techniques modernes, mais sans jamais enlever le vrai goût du pays. Ils ont compris que le bon piment ne se cache pas, que le djansan ne se remplace pas, et que la cuisson au feu de bois a son propre respect.


    Nathalie Brigaud Ngoum : La go qui fait briller la cuisine camerounaise

    Si tu ne connais pas encore la boss, il est temps de te mettre à jour. Cette dame ne blague pas avec la bouffe, et surtout, elle ne fait pas semblant quand il s’agit de mettre en avant les saveurs du pays.

    Née à Douala, Bonabéri, elle a grandi avec le goût des bonnes choses et l’amour des mots. Après un parcours académique bien bétonné entre le Cameroun et la France, elle a bossé en tant que cadre dans le marketing et la distribution, mais au fond, c’est la cuisine qui l’appelait. Alors, elle a tout repris à zéro et est allée chercher son CAP en cuisine à l’École Hôtelière de Paris, histoire d’avoir la technique pour accompagner le talent naturel.

    Depuis, elle ne dort plus. En 2015, elle lance Envolées Gourmandes, un blog culinaire où elle partage des recettes, revisite les produits africains et valorise nos farines locales. En 2019, elle sort son premier livre, Mon imprécis de cuisine, qui lui vaut plusieurs prix, dont le World Gourmand Award et le prix du livre de la Foire de Paris. Elle ne s’arrête pas là. Avec son école itinérante, Envolées Gourmandes Academy, elle forme des pros de la pâtisserie et pousse les saveurs africaines sur le devant de la scène.

    En 2022, elle est sacrée ambassadrice de la gastronomie camerounaise par l’Organisation Mondiale de la Gastronomie. Toujours en mouvement, elle annonce un deuxième livre dédié à la banane plantain, parce qu’au Cameroun, si tu ne respectes pas le plantain, on ne peut pas te prendre au sérieux en cuisine.


    Émile Engoulou Engoulou : L’homme qui met le Cameroun sur canapé

    Si tu n’as jamais goûté un canapé Ndolé-Miondo ou Foss-Bobolo, c’est que tu n’as pas encore croisé Émile Engoulou Engoulou. Chef, formateur et innovateur, il veut mettre la gastronomie camerounaise sur la carte du monde, et même dans les avions !

    Né en 1962 à Douala, il grandit dans une famille nombreuse où la cuisine est un terrain de rivalité, mais sa passion pour les fourneaux finit par l’emporter. Après un parcours en gestion hôtelière à Paris, il rentre au Cameroun en 1988 et dirige plusieurs établissements avant de fonder Help’Hôtel, un cabinet de conseil en hôtellerie.

    Mais en 1999, la perte de sa mère le ramène à ses premières amours : la cuisine. Depuis, il est à la tête du Club Municipal de Yaoundé, où il régale les clients avec des amuse-bouches 100 % camerounais. Son objectif ? Que ses créations comme le Foss-Bobolo et l’Ekoki-Plantain intègrent les menus des compagnies aériennes.

    Visionnaire, il partage aussi son savoir en chroniques culinaires sur la CRTV, et forme la nouvelle génération à travers l’Académie H2T. Il ne s’arrête pas là : il accompagne les enfants des rues vers la street food professionnelle, leur apprenant l’hygiène et leur proposant des équipements innovants.

    Avec lui, la cuisine camerounaise ne se contente plus d’être locale, elle s’invite sur toutes les tables… et bientôt dans les airs !


    Christian Abégan : L’homme qui veut “gastronomiser” l’Afrique

    Christian Abégan est né en 1965 à Garoua, c’est plus qu’un chef, c’est un ambassadeur de la cuisine africaine. La Cuisine gourmande de Michel Guérard, est « sa bible en matière d’équilibre des saveurs » et c’est ce livre qui lui a donné le goût pour la tchop. Formé au Cordon Bleu de Paris, il ouvre Chez Abégan à Douala, puis Le Palenka à Paris, et devient coach dans Star Chef, l’émission panafricaine culinaire. Son livre « Le Patrimoine culinaire africain » marque un tournant, et il est reconnu comme un des plus grands défenseurs de la gastronomie du continent.

    Son combat ? Transformer la cuisine africaine en une haute gastronomie reconnue mondialement. Il veut codifier les plats comme Escoffier l’a fait pour la France, et milite pour une cuisine africaine authentique, débarrassée des bouillons chimiques. Pour lui, la modernité doit respecter la tradition.

    Lauréat du grand diplôme d’honneur de l’Institut de la Gastronomie Française, il défend l’idée que la gastronomie africaine est un outil de soft power, et pousse les gouvernements et investisseurs à enfin la valoriser à sa juste valeur. Son objectif est clair : faire de la cuisine africaine une référence mondiale.


    Alexandre Bella Ola : L’homme qui fait briller la cuisine africaine à Paris

    Alexandre Bella Ola, c’est le genre de chef qui ne lâche rien. Né en 1959 à Yaoundé, il aurait pu finir marionnettiste ou comédien, mais le ndjaffe l’a rattrapé. Fils d’un cuisinier et maître d’hôtel, il a grandi avec les bonnes odeurs de marmite, sans imaginer que lui aussi finirait par tenir une louche.

    En 1995, avec sa femme Vicky, il ouvre Rio dos Camaraos à Montreuil, un restaurant qui porte fièrement l’ancien nom portugais du Cameroun. Mais les débuts sont durs. Trop de répétition dans la carte, la clientèle ne suit pas. Au lieu d’abandonner, il se forme chez Joël Robuchon, apprend les codes de la haute gastronomie, et revient en force. Son resto prend du galon, et son style se peaufine.

    En 2003, il sort son premier livre, « Cuisine actuelle de l’Afrique noire« , et rafle direct le Grand Prix World Cookbook Awards. Ce succès lui ouvre les portes des plateaux télé, il passe sur Europe 1, « C dans l’air » et bien d’autres émissions, et son restaurant commence à faire du bruit.

    Il ne s’arrête pas là. En 2009, il lance « Moussa l’Africain« , un service traiteur à Paris, et commence à donner des cours de cuisine africaine. Toujours dans la dynamique de mettre la cuisine du continent sous les projecteurs, il publie en 2020 « Mafé, Yassa et Gombo », un hommage aux classiques africains.

    Aujourd’hui, Alexandre Bella Ola est plus qu’un chef : c’est un passeur, un ambassadeur du bon goût africain. Il veut que le mafé, le ndolé et le yassa deviennent aussi populaires que les sushis et les pizzas. Et avec sa détermination, ce n’est qu’une question de temps.


    Les restos camerounais qui font sensation dans les grandes capitales

    Les Camerounais de la diaspora ne dorment pas ! À Paris, des restos comme La Doyenne ou Le Wouri à Londres servent du Ndolé, du Poulet DG, du Poisson braisé, et les Européens commencent même à réclamer plus de piment.

    Les restos camerounais ne sont plus seulement pour la communauté expatriée, ils attirent aussi des curieux en quête de nouvelles saveurs. Petit à petit, la sauce arachide, le koki et le mbongo commencent à parler d’eux-mêmes, et bientôt, qui sait, ils seront peut-être sur les grandes tables étoilées ?

    Carte du Wouri à Londres

    Si on a bien appris une chose en parcourant les marmites du pays, c’est que le Cameroun ne fait pas les choses à moitié quand il s’agit de ndjaffe. Des villages aux grandes villes, des marchés animés de Douala aux restaurants de Paris, la bouffe camerounaise est un patrimoine vivant, une histoire qui mijote à feu doux et qui refuse de se perdre.

    On a vu comment chaque région a sa sauce, comment les migrations et les échanges ont enrichi nos recettes, comment les saveurs du pays se baladent à l’étranger grâce aux chefs et aux restos de la diaspora. On a aussi compris que malgré les fast-foods et les supermarchés bien garnis, les Camerounais n’ont pas encore dit adieu au bon goût d’antan.

    Mais le vrai ndem, c’est que la cuisine camerounaise n’a pas encore pris toute la place qu’elle mérite sur la scène mondiale. On a le talent, on a les saveurs, mais il reste à faire briller tout ça au niveau où ça doit être. On ne doit plus seulement manger local, il faut imposer nos plats, nos techniques, nos produits.

    Alors, à toi qui as suivi ce voyage culinaire, la prochaine fois que tu vois un bon plat camerounais, donne-lui le respect qu’il mérite. Que ce soit un ndolé bien monté, un koki encore fumant, ou un soya grillé comme il faut, prends le temps d’apprécier et de partager. Parce qu’au Cameroun, la bouffe, c’est une affaire de cœur et le monde ignore son potentiel!

    Bon avant de nous séparer, réponds à notre formulaire dans le lien ci dessous, puis écris ce que tu as dans le ventre en commentaires, on est là seulement, on digère tout ! 👀🔥

    https://forms.gle/hiZzGVZ6GbJqfys98