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  • Traditions et Croyances au Cameroun

    Traditions et Croyances au Cameroun

    Au Cameroun, tradition c’est le geste transmis qui règle la vie — nommer l’enfant, saluer les aînés, marier, enterrer. Croyance c’est ce qui fait tenir ces gestes : les ancêtres qui bénissent ou sanctionnent, les forces des lieux, Dieu qui voit. Le visible et l’invisible marchent ensemble.

    Regarde le pays Mofu : avant un grand acte, on consulte un devin (mbidla) ; s’il parle de sacrifice, on suit le protocole — animal choisi, couteau réservé, sang posé un instant sur l’autel, parts codifiées, paroles dites. Là-bas, le sacrifice aux ancêtres est courant, concret, et c’est lui qui relie maison, lignage et terroir. Tu vois non ?

    Plus bas vers Maroua (Diamaré), même la forme des tombes parle : en montagne et en plaine, deux manières d’ensevelir qui expriment des rapports différents aux morts et aux ancêtres ; les fouilles laissent entrevoir un culte des ancêtres actif dès le début du IIᵉ millénaire. Le paysage social s’est tissé avec des allers-retours de populations, et ça se voit dans les façons d’habiter, de prier, d’enterrer.

    Donc, quand on parle de traditions et de croyances au Cameroun, on parle de répertoires où chacun puise selon le moment : la chefferie qui arbitre et protège, la famille qui “fait passer” un âge de la vie, la prière à l’église ou à la mosquée, la consultation du thérapeute. En ville comme au village, ça se combine, ça se discute, ça se réinvente — mais toujours avec ce bouclage du geste et du sens, du visible et de l’invisible. Et même la manière de parler — « Tu es même comment ? » → on rappelle la règle attendue sans la nommer, « Tu acceptes, non ? » → on attend un oui qui scelle le geste. La parole confirme l’acte. — rappelle que parler et croire vont ensemble.

    1. Héritages, gestes et cosmologies : le socle “traditionnel”
      1. Rites qui ordonnent la vie (naître, grandir, s’unir, partir)
        1. Naître sous protection — Noms, bénédictions, protections d’enfance
        2. Devenir quelqu’un — Initiations, apprentissages, responsabilités
        3. Faire alliance — Mariage, dot, parenté, médiations
        4. Rejoindre les ancêtres — Funérailles, mémoires, continuité du lignage
      2. L’invisible en cartes : ancêtres, forces et médiateurs
        1. Les ancêtres présents — mémoire, bénédiction, sanction
        2. Forces et interdits — chance, malchance, “propreté/impureté”
        3. Médiateurs du lien — chefs, notables, thérapeutes, devins
        4. Objets et lieux puissants — masques, reliquaires, arbres, sources
    2. Recompositions, cohabitations et controverses contemporaines
      1. Religions instituées et traditions locales : cohabiter, traduire, contester
        1. Traductions du sacré — catéchèses, islam local, syncrétismes, renaissances
        2. Ruptures et interdits — dénonciations de pratiques “incompatibles”.
        3. Nouveaux médiateurs — pasteurs, imams, prophètes, thérapeutes.
        4. Éthique du quotidien — soins, commerce, réussite, protection, justice.
      2. Villes, mobilités et écrans : traditions en mouvement
        1. La ville comme laboratoire — Nouveaux voisinages, recompositions d’entraide
        2. Soigner et croire autrement — Pharmacies, cliniques, thérapeutes, “prières-soins”
        3. Diaspora et retours — Réinventions, transferts, solidarités transnationales
        4. Le religieux en ligne — Prédications, rituels à distance, rumeurs, fact-checking
        5. Au bout du chemin : traditions et croyances qui tiennent la maison

    Héritages, gestes et cosmologies : le socle “traditionnel”

    Ekié, chez nous on voit d’abord ce qui se touche : masques, autels, tambours, chefferies, funérailles — le visible. Mais tous ces gestes tiennent parce qu’ils branchent les vivants sur des forces, des ancêtres, des interdits et des protections — l’invisible. Sur les Hauts-Plateaux, l’art de cour relie les chefs, quasi-sacrés, au monde des aïeux ; chaque siège perlée, chaque porte sculptée, sert de relais entre ici et là-bas (exposition “Du visible à l’invisible”). Au Littoral, le Ngondo des peuples Sawa organise la rencontre rituelle avec les puissances de l’eau pour parler santé du fleuve, pêche, avenir commun. Dans l’Ouest, les Bamilékés gardent des objets “chauds” (masques, reliquaires) dont l’efficacité symbolique peut faire et défaire le lien social — demande à Bamendou : le masque tukah qu’on réclame “au pays” reste au centre des conversations de la chefferie. Bref, on fait pour croire et on croit pour faire. Plus loin, on verra comment la ville, l’école, les Églises de réveil et la mémoire des traumatismes (par ex. les fiέ’ mènzhɛ “rites de la route” chez les Yemba) ont recomposé ces équilibres — mais gardons d’abord le socle.


    De la grossesse aux funérailles, les rites balisent les âges de la vie et accrochent l’individu à sa famille, son lignage et son terroir. Ce sont des obligations “douces” mais sérieuses : on ne joue pas avec les choses des ancêtres, abeg.


    Naître sous protection — Noms, bénédictions, protections d’enfance

    Dès la grossesse, on ferme les portes et on ouvre les bénédictions, tu vois non ? Chez les Beti, la mère qui est bèlè (enceinte) se tient loin des enterrements, évite certains animaux et nourritures : l’idée, c’est que « l’enfant mange ce que mange sa mère » et que, jusqu’à la naissance, leurs deux corps n’en font qu’un. Ces interdits protègent la vie en formation et, en même temps, règlent la conduite du couple ; si tu déroges, ce n’est pas seulement “mauvais signe”, c’est toute la maison qui porte le poids.

    Dans le nord du Cameroun, Kodoko, jeune femme Mouktélé, attend son deuxième enfant. Un rite d’exorcisme va être pratiqué pour extraire de son corps le Matsam, âme néfaste des Mouktélé autrefois exécutés pour sorcellerie, qui se loge dans le corps des femmes enceintes.

    Le nom protège aussi en ruse. Dans bien des groupes, on garde un nom secret, ou on évite d’appeler l’enfant par son nom la nuit, en brousse ou sur l’eau ; toujours chez les Ewondo (Beti), on passe par un nom codé (ekiga) : mieux vaut que l’invisible n’attrape pas ton vrai nom. Ces précautions disent une chose simple : le nom, c’est déjà un morceau de la personne ; si on le manipule mal, ça chauffe.

    Nommer, ce n’est pas seulement dire ; c’est façonner. Chez les Bamilékés, le garçon prend souvent son nom après la circoncision, la fille après le perçage des oreilles : on appelle cela shu tèsè, « envoyer le nom » ; le geste grave le statut et installe la protection qui va avec. Chez les Banen (Centre), on remet le nouveau-né à la doyenne du côté du père (ou de la mère si elle est banen) avant d’imposer le nom : qu’il prenne les qualités de celle qui le porte, non ? En filigrane, la bénédiction passe par la bonne main qui nomme.

    Quand le bébé arrive, on n’étale pas son nom n’importe comment : on lui dit d’abord, on l’attache au lignage, puis à la communauté, et c’est là que les bénédictions se déposent. Chez les Mafa (Nord Cameroun), l’aîné qui nomme mâche un peu de boule de mil et en postillonne sur l’enfant en soufflant le nom : parole + salive = vie qui prend. Chez les Kera (voisins du Logone), le père appelle le nom trois fois (garçon) ou quatre fois (fille) avant de recevoir l’enfant des bras de la mère et d’invoquer les ancêtres. Chez les Douala, on s’assure qu’un défunt a bien “pris corps” dans un nouveau-né par la reprise de son nom : ainsi, le nom devient pont entre maison des vivants et maison des anciens. Partout, le nom est bénédiction socialisée : il fait entrer l’enfant “dedans” et place la famille sous regard des aïeux.

    Et quand l’enfant “ne va pas”, on ne reste pas là à regarder. Chez les Wuli/Mfumte (Nord-Ouest), on renforce par de petits sacrifices au(x) autel(s) ; ailleurs, on change le nom pour réaligner sa trajectoire : « ce n’était pas son vrai nom », disent les anciens, on lui donne celui qui convient et, souvent, la santé revient. Même logique quand la famille lit la maladie comme un désordre relationnel : on consulte, on prie, on traite, on renomme parfois ; l’important, c’est de refermer les brèches autour de l’enfant.


    Devenir quelqu’un — Initiations, apprentissages, responsabilités

    Grandir au pays, ce n’est pas seulement « avoir l’âge » : c’est entrer dedans, apprendre les limites, et prendre sa part. Chez les Wuli encore, on “fabrique” la personne par des passages réglés autour des « sociétés initiatiques », dont : on y apprend la maîtrise de soi, les alliances utiles et la manière de parler aux puissances. Le “sacrifice” ne se fait pas dans la précipitation ; il se décompose en gestes précis — poulet immolé, libations, dépôts sur autels — qui ferment les brèches et ouvrent la route, sous l’autorité de gardiens d’objets et de paroles (transmission souvent héréditaire). Là-bas, un cycle de rites saisonniers se double d’un foisonnement de rituels “à la demande” qui initient, protègent, ou réparent ; l’initié sort avec des droits, des devoirs, et un réseau d’entraide et de justice coutumière.

    Comment devient-on un homme dans la tradition Ewondo ?

    Dans bien des maisons, la maladie ou la turbulence sont lues comme un désordre relationnel : quelqu’un a “touché” l’enfant, ou le lien entre proches s’est gâté. Chez les Beti, on nomme kong une forme de prédation occulte qu’on accuse aux fortunes trop rapides ; chez les Bamiléké, on parle de famla pour la même logique d’attaque et de capture. Ailleurs, chez les Bassa’a, on craint m’song (envoûtement par objet), et chez les Manguissa/Ossananga, mengboto viserait surtout les jeunes, comme si la réussite devait être arrêtée à la source.

    Dans ces contextes, la réponse combine parole familiale, médiation d’aînés, recours aux tradithérapies ou au devin-thérapeute, et, de plus en plus, accompagnement psychothérapeutique qui prend au sérieux la plainte de sorcellerie pour réduire l’angoisse et réorganiser les relations. Le fil commun est clair : fermer les frontières de la maison, remettre chacun à sa place, et donner à l’enfant une trajectoire où il peut respirer.

    Au bout du compte, devenir quelqu’un reste une affaire de mains multiples : les sociétés d’initiation et leurs maîtres forment et obligent ; les doyens et les thérapeutes cadrent et soignent ; la famille veille et répond. Les formes varient d’un terroir à l’autre, mais la logique est la même : on devient adulte en acceptant des règles visibles qui parlent à des puissances invisibles, et en assumant publiquement les responsabilités qui vont avec — parce que chez nous, « la personne se tient par les autres ».


    Faire alliance — Mariage, dot, parenté, médiations

    Chez les Mouktélé des Monts Mandara, au nord du Cameroun, on n’épouse pas une nga (femme) comme on buy une mangue au marché. Le mariage suit des étapes codifiées : d’abord les demandes formelles portées par des émissaires, ensuite les dons et contre-dons qui balisent la route, puis la résidence de la femme fixée par accord, enfin le haddama, prix de la fiancée, soigneusement mesuré pour ne pas froisser. Autour de ces étapes gravitent un faisceau d’interdits : respect du beau-père et de la belle-mère, conduites sexuelles réglées, et sanctions prévues pour ceux qui transgressent. Quand les choses se compliquent — stérilité, lévirat (quand un frère prend la veuve de son cadet), exogamie — des procédures reconnues par la coutume interviennent pour que la maison ne s’effondre pas. Ici, l’alliance n’est pas un simple contrat entre deux individus mais une affaire de maisons entières, une mise en circulation de femmes, de biens et de paroles qui doivent rester alignées, sinon la jalousie ou le conflit empoisonnent le village.

    Le mariage traditionnel au Cameroun, un véritable parcours du combattant

    Dans les Grassfields de l’Ouest, les Bamiléké, Bamoun et voisins multiplient les médiations : on envoie des notables, on convoque des témoins, on scelle l’accord avec des “paroles fortes” qui valent serment. La dot, appelée aussi « vin de palme de la fiancée », n’est jamais une simple transaction. C’est une attache sociale qui oblige les deux familles à collaborer et à se respecter. Le refus de restituer la dot en cas de séparation signifie clairement que l’alliance n’est pas “prêt à l’essai” : comme on dit chez nous, « on n’emprunte pas une femme deux fois ». Derrière ce proverbe, c’est tout un système juridique qui se dessine : la dot établit des droits sur les enfants, légitime les héritiers, règle les échanges de biens.

    Du côté du Littoral, chez les Sawa, les alliances s’accompagnent souvent de rites liés à l’eau et aux ancêtres : les libations de vin de palme, les prières devant les esprits de l’eau rappellent que l’union doit être bénie par le monde invisible. Les ancêtres sont invités à « boire d’abord » avant les mariés, à protéger la fertilité et la paix du foyer. Dans plusieurs villages bassa, on ne commence pas un repas de noces sans verser quelques gouttes au sol, pour que ceux qui ont précédé continuent de marcher avec les vivants.

    Partout, les logiques diffèrent, mais la trame reste la même : l’alliance crée un pont entre lignages, fonde des droits et des devoirs, obtient la bénédiction des ancêtres et cherche à neutraliser les risques — la stérilité, la jalousie, la sorcellerie. Les montants et les règles varient selon qu’on est dans les Mandara, les Grassfields ou au bord du Wouri, mais la finalité demeure : maintenir l’équilibre entre deux familles et transformer une femme et un homme en charnière vivante de deux mondes. Car ici, “se marier” ne signifie pas seulement s’aimer : c’est faire tenir les maisons ensemble.


    Rejoindre les ancêtres — Funérailles, mémoires, continuité du lignage

    Quand quelqu’un part, ce n’est pas seulement un corps qu’on enterre : c’est un passage qu’on doit ouvrir correctement, sinon la maison entière risque de “prendre”. Chez les Bamiléké de l’Ouest, la mémoire passe par les crânes gardés dans des autels reliquaires. Ces restes visibles deviennent des points de contact : on y verse vin de palme, on y dépose viande et farine de maïs. Chaque offrande entretient la présence des aïeux dans la maison et sur le champ. Si l’autel est négligé, on dit que la récolte elle-même se fâche.

    Chez les Wuli (Mfumte, Nord-Ouest), la continuité se scelle par des sacrifices organisés autour du mort. On “ferme les attaques” en immolant poulet ou chèvre, et l’on accompagne l’âme du défunt pour qu’il trouve place du côté des protecteurs. Ne pas faire ces gestes, c’est courir le risque que le disparu reste errant, sans rôle assigné, et revienne troubler les vivants par maladie ou malchance.

    Au Littoral, chez les Sawa, la grande fête du Ngondo dit publiquement ce lien : sur le fleuve, les chefs coutumiers dialoguent avec les esprits de l’eau, les Miengu/Jengu. On y plonge un message rituel qui “remonte” la réponse. Si la communauté a respecté ses devoirs, les esprits promettent protection et abondance ; si elle a fauté, on redoute accidents, disette ou naufrages. Ce pacte rappelle à chacun que la paix du groupe dépend de la fidélité au contrat avec l’invisible.

    Dans la chefferie Bamendou (Ouest, Grassfields), l’exemple du masque tukah illustre la force prêtée aux objets fondateurs. Même conservé loin, au musée en Europe, on raconte qu’il a “répondu” par colère, brisant les arbres sacrés du village. Pour les habitants, ce masque n’est pas un bois sculpté : c’est un sujet rituel qui protège ou sanctionne selon qu’on l’honore ou qu’on l’offense.

    Le masque camerounais tukah, soustrait à son peuple dans les années 1950

    Derrière ces pratiques, la logique est constante : la “bonne mort” fait la “bonne mémoire”. Si on respecte le code, le mort devient un ancêtre utile, protecteur, moteur de bénédiction. Si on bâcle les funérailles ou qu’on oublie les reliques, l’aïeul pourrait retourner en errant dangereux.


    Le visible (imposition, salive, scarification, oreille percée) et l’invisible (bénédiction, ancêtres, peurs) marchent ensemble, donc. Or ces passages de la vie n’ont de force qu’adossés à une carte de l’invisible.


    Chez nous, ce qui ne se voit pas commande souvent ce qui se voit. Les villages ont leurs “plans” de l’invisible : les ancêtres qu’on nourrit, les génies qu’on consulte, les interdits qu’on respecte, et des passeurs — chefs de maison, doyens, devins, thérapeutes — qui tiennent la ligne.


    Les ancêtres présents — mémoire, bénédiction, sanction

    Dans les montagnes du Diamaré (Mofu), on fait d’abord boire et manger les anciens avant soi : on verse à terre la première gorgée de bière de mil, mepesey, puis l’on présente aux autels des parts codifiées — viande grillée ou en sauce avec boule de mil — comme à des vivants qui gardent leurs habitudes d’antan. La parole est libre pour prier, mais les gestes suivent un code serré ; les femmes préparent, les hommes offrent, et personne ne doit “toucher” l’ustensile au hasard, sinon l’ancêtre refuse. Ici, bénédiction ou colère se lisent dans l’acceptation du sacrifice, et la moindre entorse peut « fâcher » ceux d’en haut.

    Dans Mondoblog Audio, Écclésiaste Deudjui nous raconte le déroulé d’un enterrement traditionnel en pays Bassa.
    Un article à lire ici : https://achouka.mondoblog.org/2023/01…

    Plus au sud-ouest, chez les Bangwa (Grassfields), la continuité des personnes commence à la naissance : le cordon, l’eau, le feu, la porte de la case deviennent des marqueurs de passage. Ces symboles guident des prescriptions autour du nouveau-né et de sa mère ; ils relient le bébé à la maison des aïeux et tracent d’emblée l’axe des bénédictions à venir.

    Dans tout l’arc Mandara (Mafa, Mofu-Gudur, Kapsiki, Fali, Bura, Gemjek…), la place du mort — assis, couché, selon l’âge, le sexe, la “manière” de mourir — annonce aussi son statut futur parmi les anciens ; la tombe, sa forme, son emplacement dans le cimetière de clan parlent comme un dernier message.

    Deux types de sépultures des populations montagnardes

    Forces et interdits — chance, malchance, “propreté/impureté”

    L’invisible n’est pas que douceur ; il cadre la vie par des « on ne fait pas ça » qui protègent et disciplinent. Encore chez les Mofu, on sépare nettement deuil et sacrifice : celui qui revient d’un enterrement ne boit pas la bière rituelle pendant quatre jours, pour ne pas mêler tristesse et joie, mort et offrande — la “contagion” de la mort doit rester dehors. Ils connaissent aussi des sacrifices non sanglants (libations, offrandes végétales) qui montrent que la force ne vient pas que du sang, mais du respect du temps, des gestes et des matières “propres”.

    Chez les Bangwa, les premiers mois de l’enfant sont bordés par des petites défenses : éviter certains feux, certaines eaux, certaines sorties. Rien n’est gratuit : chaque micro-interdit tient un fil entre la maisonnée et les puissances, pour “tenir le destin tranquille”.

    Les Béti eux, considèrent la stérilité de la femme comme une malédiction; elle retiendrait les enfants à venir en son sein (Nkom). Cet état pourrait venir de la rupture d’un interdit, l’action d’une puissance maléfique, d’un mauvais sort, de la pratique de la sorcellerie, du mécontentement d’un parent lésé lors du partage de la dot, ou encore d’un mariage qui est fait sans l’accord de la famille. Bref toutes les raisons sont bonnes pour rendre un fait naturel, surnaturel. Cela provoque surtout un puissant stress lors de la grossesse. C’est pourquoi les femmes Béti ne se confient d’abord qu’à une autre femme plus expérimentée dont elle ne la soupçonne pas de pratiques maléfiques; c’est là, la première protection que reçoit l’enfant à venir. En effet la croyance veut que la femme qui ne se montre pas discrète perdrait son enfant à cause d’une des raisons évoquée plus tôt.


    Médiateurs du lien — chefs, notables, thérapeutes, devins

    Au pays, le « chef » n’est pas qu’un administrateur : c’est la bouche du village et le gardien des passages vers l’invisible. L’État le reconnaît comme auxiliaire administratif (trois degrés de chefferies depuis le décret de 1977), mais sa légitimité locale s’enracine dans des charges rituelles, des sociétés coutumières et des lieux interdits au profane.

    Chez les Bamouns, on voit bien l’articulation entre autorité politique et autorité rituelle : le Ngouon est une séquence codifiée où des chefs rituels consultent le peuple, entrent de nuit au palais et « parlent » avec le Mfon (roi) pour dire l’état du royaume — un contrôle du pouvoir par le sacré autant que par la parole publique.

    Le Nguon désigne une série de rituels entre le Mfon (monarque) et son peuple. Destinés à promouvoir le dialogue, l’harmonie et la paix, ces rituels sont observés par la communauté Bamoun de la région de l’Ouest du Cameroun. Les rituels sont transmis de manière informelle et comprennent des consultations communautaires, un « procès » public sur la gouvernance du monarque et des réjouissances populaires. Les rituels du Nguon sont considérés comme une source de cohésion sociale et de résilience et comme un moyen de défendre des valeurs telles que la responsabilité et l’humilité.

    Dans les Grassfields bamiléké, autour du fo (chef), des notables et sociétés (ex. dignitaires wabo) gardent tambours sacrés, instruments et secrets ; ils tiennent la main sur certaines opérations rituelles et sur la « police » du sacré.

    Plus localement, chez les Bafou (bamiléké), chaque famille dispose d’un sanctuaire pour entrer en communion avec ses ancêtres ; le chef de lignage et les notables y orchestrent offrandes et sacrifices, preuve que la médiation n’est pas que royale : elle descend jusqu’au foyer.

    Il y a toujours quelqu’un pour “tenir la parole” entre visibles et invisibles. En pays Mofu, avant tout grand geste, on s’assure auprès du devin inspiré — mbidla, parfois femme-devin facalao — que la route est ouverte. Le responsable du sacrifice obéit alors à l’ordonnance donnée : tel ancêtre doit être servi d’abord, telle offrande doit précéder telle autre ; sans cela, le grand rite reste bloqué. Dans la cour, le sacrificateur ouvre, le doyen ponctue, chacun prend la parole à son rang — l’autorité sociale s’entrelace à l’autorité spirituelle, sans micro ni mairie, mais avec un sérieux qui ne souffre pas le désordre.

    Côté thérapeutes, la figure du nganga (devin-guérisseur) reste centrale : il enquête sur la cause « invisible » du mal, dramatise la consultation (mise en scène, parole performative) et encadre le patient au sein d’une communauté d’initiés — parfois véritable « famille de substitution » le temps de la cure. Ces pratiques de divination/soin sont décrites de l’intérieur par l’ethnographie, et le Cameroun reconnaît officiellement la médecine traditionnelle comme un sous-secteur du système de santé.

    Sur la côte Sawa, les autorités coutumières servent aussi d’intermédiaires lors du Ngondo : on « consulte » les Miengu/Jengu (esprits de l’eau) — les chefs traditionnels portent la parole du peuple vers l’élément-eau, puis ramènent la réponse oraculaire.

    Au moment des funérailles dans les monts Mandara, ce sont les jeunes hommes qui portent le corps en position assise ; ce rôle n’est pas anodin : il forme et affiche publiquement ceux qui, demain, auront charge de famille et parole rituelle.


    Objets et lieux puissants — masques, reliquaires, arbres, sources

    Les masques ne sont pas de simples « œuvres » : ils portent des charges et des procédures. Dans les Grassfields, les masques d’éléphant de la société Kùosi (perles, textile, bois) signalent rang, protection et justice rituelle. Les grandes expositions l’ont montré en insistant sur la logique « du visible à l’invisible » : trônes perlés, ndop, danses… sont des supports d’efficacité sociale.

    Les reliquaires du Sud forestier (peuples Fang/Betsi/Bulu au Cameroun) donnent la version la plus explicite du lien ancêtres/objets : une boîte d’écorce contenant os/secs d’ancêtres est coiffée d’une figure byeri (nlo/eyema byeri) — gardien qui protège, éduque (initiations) et condense des qualités morales (force calme, vitalité). La statuaire a circulé dans les musées, mais la fonction première reste la garde et l’accès aux reliques familiales.

    La société secrète Byeri et le culte des ancêtres

    Pour les arbres et forêts sacrées des bam’s par exemple, le couple chef/ancêtres se matérialise en bordure des palais : bois sacrés, cimetières royaux, cases d’initiation et autels, sous la protection d’arbres « piliers » (baobabs, fromagers/Ceiba pentandra). Ces forêts sont espaces de serments, d’enterrements de princes, de rites d’agrégation et de consultations — et, de fait, un ancien dispositif de conservation du vivant.

    L’invisible aime les bonnes “adresses”. Chez les Mofu, les autels familiaux, avec leurs bols dédiés, sont le point d’ancrage des offrandes ; la viande y est déposée par parts soigneusement réglées, la bière arrose les autels et quelques gouttes vont “aux lointains”. Le lieu, l’objet et la formule font bloc : c’est la combinaison qui donne la force.

    Les sources et rochers sacrés tiennent la même place d’interface : à Bansoa (bamiléké), un site appelé tsu’Ssi combine source, roches et autels en pierre ; on y sacrifie et on y jure au nom des fondateurs divinisés — preuve que l’eau « parle » quand elle est mise en autel.

    Sur la côte Sawa, l’eau est littéralement oracle pendant le Ngondo.

    Enfin, les crânes eux-mêmes sont des objets-relais : chez les Bamilékés, leur entretien et leur consultation maintiennent le pacte entre vivants et morts ; on redoute leur colère si le lien est rompu — une autre façon de dire que la maison, la case sacrée et le reliquaire sont des « postes » de communication.


    Recompositions, cohabitations et controverses contemporaines

    Aujourd’hui, le Cameroun vit une triple articulation délicate : les chefferies traditionnelles qui revendiquent leur légitimité ancestrale, les religions missionnaires importées (christianisme, islam) désormais solidement implantées, et un État républicain qui affirme sa laïcité. Cette configuration produit à la fois des tensions et des hybridations : les chefs coutumiers gardent leur rôle de gardiens de valeurs et d’identité, tandis que les Églises et mosquées introduisent d’autres normes spirituelles et sociales, souvent concurrentes. Entre héritages locaux et modèles venus d’ailleurs, la question centrale reste la même : comment concilier la force des traditions et la neutralité d’un État pluraliste, dans un contexte où cohabitent croyances anciennes, religions instituées et modernités urbaines .


    Au pays, les mondes chrétiens et musulmans ne sont pas venus balayer ce qu’on avait déjà ; ils se sont greffés dessus. L’islam est entré par le Nord au XVIII/XIXᵉ siècle, porté par les Foulbé et les lamidats, et s’est frotté aux groupes dits Kirdi. Le christianisme arrive plus tard via les missions (protestantes d’abord, puis catholiques), avec écoles, catéchèses et traductions en langues du pays. Depuis, on vit la cohab’ : dimanche à l’église ou à la mosquée, mais les affaires d’ancêtres, de protections et de tabous continuent de structurer les familles. Et côté langage même, on cause « à la camerounaise » — le français, le pidgin et les langues locales se mélangent et déplacent les normes : tu vois non ?


    Traductions du sacré — catéchèses, islam local, syncrétismes, renaissances

    Depuis un siècle et demi, l’islam (par le Nord, avec les lamidats foulbé) et le christianisme (vagues missionnaires, écoles, catéchèses) se sont greffés sur des régimes rituels plus anciens. Aujourd’hui, la majorité se dit chrétienne (≈60 %), l’islam pèse lourd (≈35 %), et les héritages “traditionnels” restent actifs, surtout à l’Ouest, au Sud et à l’Est : on prie au temple, mais on garde les gestes de maison pour la santé, la réussite et la protection. C’est la cohabitation serrée qui fait le style camer : on traduit, on arrange, on met des limites quand “ça chauffe”.

    Missionnaire français avec le sultan de Ngaoundéré en 1920.

    Chez les Dii (Nord), l’histoire résume bien la greffe double : contact ancien avec l’islam au XIXᵉ ; au XXᵉ, vagues missionnaires et gros chantier de Bible en dii (comité de langue structuré dès 1962, Nouveau Testament bouclé vers 1970 et publication moderne en 2001). Chaque mot devient un carrefour : reprendre un terme indigène du divin ou le bannir pour éviter l’étiquette « fétiche » ?

    L’implantation n’est pas sortie du néant. Côté islam, la poussée foulbé issue du djihad d’Ousman dan Fodio a maillé les plaines d’Adamaoua et du Nord de lamidats où coran, école et justice musulmane ont circulé avec les caravanes ; la carte actuelle de l’islam (fort en Adamaoua, Nord et Extrême-Nord, présent aussi chez les Bamouns de l’Ouest) en garde la trace.

    Côté christianisme, les baptistes anglais débarquent très tôt (mission de Bimbia-Bonabéri en 1843), suivis par d’autres familles protestantes puis par l’Église catholique, qui organise aujourd’hui 20+ diocèses ; l’ensemble propulse catéchèses, écoles et traductions bibliques en langues locales.

    Lettre du Pr. Kum’a Ndumbe III au Synode Général de l’Eglise Evangélique du Cameroun 2012
    Photo: Joseph Kuoh, Charles Maître, Joseph Ekollo, Elie Allégret, Jacob Modi Din (right)

    Les catéchèses ont lancé un gros chantier de traduction biblique (comités de langue, lexiques, choix des mots pour « Dieu », « esprit », etc.). Tout le monde ne veut pas le même style : certains récupèrent des termes anciens pour « apprivoiser » la Bible, d’autres disent « danger de syncrétisme ». Résultat : ni copie, ni rupture — une foi traduite qui parle comme on parle au village et en ville.

    Dans les lamidats, l’islam lui aussi se localise : prières et apprentissages coraniques au centre, mais tolérance pragmatique pour certaines médiations coutumières (parentés rituelles, arbitrages des notables) tant que l’ordre social tient. Ce double ajustement — mosquée/église d’un côté, coutumes de l’autre — explique pourquoi, sur le terrain, beaucoup vivent la religion comme une traduction continue plus que comme un « switch » définitif.

    Chez les Beti/Fang, le parcours courant c’est baptême–confirmation–mariage à l’Église, et, en même temps, couverture spirituelle pour le commerce et la vie sociale. Gérer une boutique au marché, devenir mfan mot (statut reconnu), viser le mvoe (bien-être accompli), tout ça demande de “caler” l’Invisible : veillées, jeûnes, prières dans les Églises de réveil, parfois consultation d’un nganga de confiance pour fermer les chemins au kong (attaque occulte) et neutraliser la jalousie. Les enquêtes sur les petits commerçants beti/fang à Yaoundé décrivent clairement ce capital magico-religieux mobilisé pour sécuriser réputation, clients et chiffre du jour. Là où ça marche, “tu n’as pas la pression” ; si tu négliges, “c’est caillou”.

    À l’Ouest, Bamilékés et Bamouns conjuguent liturgies chrétiennes (paroisses denses, catéchèses) et forte centralité des chefferies/ancêtres. On peut communier le matin et, le soir, verser une libation au pas de porte, nourrir l’autel familial, ou participer à une danse de sortie de deuil. La Route des chefferies a bien rappelé ce fil “du visible à l’invisible” : masques, reliquaires, forêts sacrées, tout un patrimoine qui continue d’ordonner la mémoire et la protection, tout en dialoguant avec l’art chrétien et l’art contemporain. Côté Bamoun (islamisé de longue date), mosquées et chefferie co-régulent la vie morale, avec un islam local intégré aux institutions du royaume.

    Chez les Sawa du Littoral, la carte est lisible : catholicisme et protestantisme bien installés en ville (réseaux paroissiaux, catéchèses, envois massifs de catéchistes — par ex. à Douala), et, chaque année, le Ngondo réaffirme, sur l’eau, l’alliance avec les esprits du fleuve et la mémoire des lignages. C’est un bon exemple de syncrétisme à la camerounaise : calendrier chrétien d’un côté, fête “de la maison” de l’autre, sans forcément mélange confusionnel — plutôt une gestion des registres selon le contexte.


    Ruptures et interdits — dénonciations de pratiques “incompatibles”.

    Dès l’époque missionnaire, beaucoup de gestes “de maison” (libations, reliquaires, bains, consultations) sont reclassés fétichisme et priés de sortir de la scène publique. Les Églises s’implantent par les catéchèses, l’école et la paroisse, et posent leurs lignes rouges ; côté islam, les lamidats rappellent les distinctions halal/haram et challengent certaines pratiques locales. Cette moralisation a posé, très tôt, une grammaire du “compatible / incompatible” avec la foi importée. Aujourd’hui encore, l’équilibre national se lit dans les chiffres : majorité chrétienne, islam fort, et héritages toujours actifs — une cohabitation qui produit régulièrement des arbitrages serrés.

    Dans les paroisses très denses de l’Ouest, du Littoral et des grandes villes, la prédication comme la formation de milliers de catéchistes rendent plus visibles les dénonciations de “pratiques non compatibles” (culte des crânes, bains rituels, consultations). À Douala, l’envoi d’environ 1 000 catéchistes en décembre 2023 montre à quel point l’appareil ecclésial encadre la vie morale et appelle à “rompre avec les œuvres des ténèbres” — ce qui met la pression sur les rituels familiaux gardés en sourdine.

    Sur le terrain, le discours “Reste à Jésus, leave les choses d’avant” fait que, chez les Dii (Adamaoua–Nord), plusieurs gestes autrefois publics (paroles aux autels, bains protecteurs, dons codifiés) passent low profile : on ne les proclame plus, on les délocalise hors du regard paroissial, pendant que la foi se traduit en langue et en catéchisme.

    L’expansion des Églises de réveil en ville rend aussi la frontière plus bruyante : délivrances publiques, dénonciation de la “sorcellerie familiale”, promesses de protection et de prospérité. À Douala, les études décrivent la multiplication d’assemblées prophétiques qui occupent l’espace sonore et symbolique, bousculent les normes classiques et contestent les médiations anciennes (chefferies, notables, thérapeutes “à l’ancienne”). Résultat : des conflits ouverts autour du “qui a l’onction” pour trancher les affaires de malchance, de maladie ou de business qui “ne monte pas”.

    Quant aux dérives, au fil des décennies, le registre juridique s’en mêle. L’espace public retrouve régulièrement des controverses sur “sorcellerie” et “escroqueries spirituelles” (promesses de miracles contre argent, violences symboliques). Les autorités publiques tirent deux leviers :

    • Freiner les abus : rappels à l’ordre contre les “sectes” agressives, discours officiels sur l’emprise de la sorcellerie et l’urgence d’une délivrance qui ne vire pas à l’arnaque ; interpellations, fermetures de lieux, appels à la prudence pastorale.
    • Ouvrir une porte au vérifiable : reconnaissance encadrée de la médecine traditionnelle (bulletin officiel 2020, projet de code d’éthique, pharmacovigilance), afin de séparer nganga sérieux et charlatans. Le message est clair : “tradition, oui ; tromperie, non”.

    Au quotidien, la ligne bouge selon les lieux, les autorités en présence et… les urgences de vie. Un prêtre ou un imam peut condamner la libation à haute voix, pendant que la famille verse une goutte au sol “pour les vieux” à la maison. Une Église de réveil peut interdire les “bains”, mais proposer ses prières d’onction et de jeûne toute la semaine. L’État, lui, peut poursuivre l’escroquerie spirituelle et, en même temps, labelliser des praticiens traditionnels et des produits de pharmacopée. Entre “à proscrire” et “à réaménager”, on négocie en continu — parce que, pour beaucoup, la sécurité de la maison, la santé et le business ne se jouent pas seulement au visible.

    Dans ce climat de dénonciation de la sorcellerie, certains publics deviennent cibles (par ex. les personnes albinos, exposées à des imaginaires magico-marchands) ; les autorités sanitaires et religieuses multiplient les mises en garde pour protéger les vulnérables et couper court aux trafics “mystiques”. Là aussi, frontière mobile : sanctionner les crimes et défaire les rumeurs.


    Nouveaux médiateurs — pasteurs, imams, prophètes, thérapeutes.

    Depuis le temps des missions et des lamidats, l’autorité spirituelle au Cameroun ne se limite plus à la maison ancestrale. Elle s’est ramifiée en trois pôles qui se répondent :

    • Églises et mosquées (curés, catéchistes, pasteurs, imams) ;
    • Thérapeutes/nguɛnga, nganga, et autres praticiens de la pharmacopée ;
    • Chefferies/notables, qui gardent les règles de la parenté et l’accès aux autels.

    Cette tripode s’est renforcée avec l’urbanisation : à Douala, Yaoundé, Bafoussam, Garoua, les veillées, délivrances, ruqya, jeûnes collectifs et conseils pastoraux structurent le quotidien religieux, pendant que l’État tente de sécuriser l’offre de soins et de casser l’arnaque mystico-commerciale.

    Côté catholique, la médiation n’est pas que le prêtre du dimanche : le pays vit au rythme des catéchèses et des missions de terrain. Rien que dans l’Archidiocèse de Douala, plus de 1 000 catéchistes ont été envoyés en mission fin 2023, signe d’un encadrement serré de la prière, de l’accompagnement et de la morale dans les quartiers.

    Archidiocèse de Douala

    Côté protestant/pentecôtiste, les Églises de réveil ont pris une place de big médiateurs en ville : séances de délivrance, diagnostics de “blocages” (sorcellerie, jalousie), prières de prospérité pour le commerce et la santé, counseling familial. À Douala, la recherche décrit un maillage d’assemblées prophétiques qui occupent l’espace sonore et social et reconfigurent la médiation religieuse urbaine.

    Dans le Centre-Sud, chez les Beti/Fang, le pasteur devient coach mystico-éthique qui aide à tenir le business, à calmer les “kong” (attaques) et à garder la paix de la maison (source ethnographique fournie).

    Au Nord/Adamaoua, l’imam n’est pas seulement officiant : c’est un arbitre moral et un guérisseur religieux (lecture de Coran, ruqya, jeûnes, aumône) qui remplace les bains ou sacrifices jugés illicites et cadre les conflits domestiques. Historiquement adossés aux lamidats, ces imams portent une médiation sociale (conciliation, charité) autant que rituelle, avec des rappels constants halal/haram (cadre général : poids de l’islam et cartographie religieuse nationale).

    Les nganga/nguɛnga n’ont pas disparu avec les Églises et la mosquée. Quand ils sont reconnus par la communauté ou adoubés par des notables, ils restent les points d’appui pour les soins, la protection et même la palabre (médiation). L’État a choisi de faire le tri :

    • 2000s–2010s : montée d’alertes publiques contre les escroqueries spirituelles et quelques “sectes” agressives en ville.
    • 2014 : annonce d’un projet de loi pour organiser la médecine traditionnelle, poser un code d’éthique et démarrer une pharmacovigilance (sécurité des produits).
    • 2020 : Bulletin officiel du Ministère de la Santé sur la Médecine traditionnelle : définition, enregistrement des praticiens/produits, collaboration avec les hôpitaux, idée d’un sous-secteur intégré au système national de santé.

    Dans les Grassfields (Ouest), là où les Bamiléké tiennent des forêts sacrées et un système de notables, on consulte encore des spécialistes ad hoc pour la fécondité, la paix des maisons, la protection des champs ; mais on évite le tapage, par crainte de “chauffer” la chefferie et d’empiéter sur les rituels réservés. Les palais gardent les autels et les objets fondateurs ; quand ça dépasse le cadre, le chef appelle soit l’imam/pasteur, soit un thérapeute reconnu.

    Chez les Bafou (Menoua), les modalités d’offrandes et le choix des experts (sacrificateur, devin) restent codés : ce sont des médiations contrôlées par la parenté et les notables.


    Éthique du quotidien — soins, commerce, réussite, protection, justice.

    Au Cameroun, le quotidien ne se gère pas qu’avec les mains et les calculs, mais aussi avec l’invisible. Depuis la période précoloniale, l’équilibre des familles et des communautés a toujours reposé sur un double registre : ce qu’on fait devant les gens (cultiver, commercer, juger, soigner) et ce qu’on règle avec les puissances (prières, bénédictions, protections, interdits). Avec la colonisation puis les indépendances, ces gestes n’ont pas disparu. Ils se sont déplacés : désormais, ils cohabitent avec les messes, les sermons du vendredi, les écoles et les tribunaux. L’État a reconnu officiellement la médecine traditionnelle dans le système de santé (2020), signe que même au niveau national, on sait que les réalités de la vie quotidienne ne se règlent pas qu’à l’hôpital ou au tribunal.

    Justement en parlant de santé, dans les années 1960 déjà, les études ethnographiques montraient que les Camerounais passaient facilement d’un médecin moderne à un nganga, selon la nature du problème. Pour la fièvre ou une plaie : clinique. Pour la stérilité, les convulsions inexpliquées, ou une série de malheurs : thérapeute traditionnel. Aujourd’hui encore, les familles combinent. Les hôpitaux de Douala ou Yaoundé reçoivent des patients qui, en parallèle, poursuivent un traitement de plantes ou des rituels de protection. L’État a tenté de “nettoyer le champ” pour éviter les arnaques, mais il reconnaît que la demande populaire pour la pharmacopée et les pratiques rituelles reste trop forte pour être ignorée.

    Côté commerce et réussite sans alliés d’en-haut, c’est djôk! La réussite sociale ici ne se résume pas à “avoir l’argent” : on mobilise des alliés spirituels comme un entrepreneur mobilise des capitaux financiers.

    Ce qui nous mène à la protection et la justice, du village à la ville. Traditionnellement, la justice ne se limitait pas à un jugement rationnel, elle se scellait par des épreuves rituelles (serments, bénédictions, sacrifices). Dans les Grassfields, par exemple, les chefferies gardaient (et gardent encore) les forêts sacrées comme lieux où se traitent les gros litiges : l’accusé doit jurer, et c’est l’invisible qui tranche. À l’époque coloniale, les tribunaux européens ont tenté de supprimer ces épreuves, mais après l’indépendance, certains gestes ont refait surface sous d’autres formes. Dans les années 1980, on a vu des tribunaux s’appuyer sur l’expertise de thérapeutes pour juger des affaires de sorcellerie, un signe que la frontière entre “justice moderne” et “justice invisible” reste poreuse.

    Aujourd’hui, même la diaspora camerounaise continue de lire sa vie quotidienne en termes d’alliances spirituelles. Un blocage administratif en France ou en Allemagne est souvent interprété comme un obstacle invisible. Une percée professionnelle devient motif d’action de grâce. Les réseaux sociaux amplifient ces logiques : prophètes en ligne, pasteurs de réveil qui diffusent en direct, discussions de WhatsApp où l’on mêle français, pidgin et camfranglais pour analyser les coups de chance et les blocages. La langue elle-même devient signe du bricolage : on saute d’un “Alléluia” à un “tu vois non ?” pour dire la même chose — que le visible et l’invisible marchent ensemble.

    Ces cohabitations ne restent pas théoriques : elles s’éprouvent dans la ville, les migrations et les écrans, où traditions et croyances prennent de nouvelles formes.


    Depuis que les villes camerounaises gonflent comme ballon de foot, que l’école coloniale a brassé tout le monde sur les bancs, et que WhatsApp a débarqué jusque dans les villages, les traditions ne restent plus figées. La vraie question : qu’est-ce qui disparaît en route, et qu’est-ce qui se transforme pour continuer à marcher avec le quartier, la diaspora et le numérique ?


    La ville comme laboratoire — Nouveaux voisinages, recompositions d’entraide

    Depuis l’époque coloniale, les villes du pays sont devenues comme des marmites pleines de condiments : tout le monde dedans. Douala, capitale économique, et Yaoundé, capitale politique, ont commencé à gonfler sec dans les années 1950–60, quand les colons ont eu besoin de main-d’œuvre pour les chantiers, les bureaux et les services. À cette époque, les grandes familles étendues du village, où on vit en bloc avec tontons, tantines et cousins, se fragmentent. En ville, chacun cherche son coin, on se retrouve à habiter dans des concessions mélangées où Bassa, Bamiléké, Beti et Haoussa deviennent voisins de palissade. C’est là que la survie oblige les gens à inventer de nouveaux systèmes pour “tenir ensemble”.

    Au départ, dans les années 1960–70, les Camer se tournent vers les tontines urbaines, ces réunions d’argent qui remplacent les champs communautaires du village. Rapidement, ça devient plus qu’une affaire de cash : on y gère mariages, funérailles, voyages et même règlements de dettes. Dans les quartiers populaires, les associations de quartier prennent le relais. À côté, les églises, surtout les paroisses catholiques et protestantes, deviennent des nouveaux foyers de parenté : tu arrives seul à Yaoundé, mais ton groupe de chorale devient comme ta famille d’accueil.

    Chez les Bam’s, ça se formalise fort : les « réunions » (associations villageoises urbaines) rejouent carrément le modèle de la chefferie. Dans les années 1980–90, avec la grande vague de migrations vers Douala et Yaoundé, ces associations deviennent incontournables. Elles organisent les mariages et funérailles des membres, elles collectent les cotisations pour rapatrier un corps au village, elles arbitrent même des palabres entre citadins. Bref, elles recréent un mini-village dans la ville, avec son “chef” et ses notables.

    Au Nord, les dynamiques sont différentes mais le principe reste pareil. Les Peuls (Foulbé) qui tiennent les lamidats et les marchés apportent leur modèle : la mosquée devient centre de solidarité, et les marchés sont aussi des lieux d’entraide. Les groupes dits Kirdi, longtemps marginalisés, trouvent eux aussi dans la ville un espace pour recomposer leurs solidarités : ils créent des associations de migrants où la mémoire des rites villageois cohabite avec l’islam ou le christianisme.

    Aujourd’hui, avec les « villes nouvelles » comme Bonamoussadi à Douala, ou l’axe Nsimalen–Yaoundé en pleine extension, la logique s’accélère. Chaque bloc ou quartier devient un mini-laboratoire social. À Bonamoussadi, par exemple, tu retrouves côte à côte des cadres Bamiléké, des commerçants Bassa, des étudiants Beti, et des Peuls qui tiennent le bétail urbain. Chacun vient avec ses codes, mais il faut cohabiter. Résultat : on invente ses propres règles pour gérer dettes, jalousies, funérailles. Même dans les résidences modernes avec portails et vigiles, les logiques d’entraide continuent via les groupes WhatsApp du kwatt : collecte pour un malade, soutien après un décès, contributions pour la sécurité du bloc.

    La ville camer est donc devenue un vrai “laboratoire social” : on a quitté les grandes concessions lignagères, mais on a bricolé des équivalents modernes. Tantôt avec les tontines, tantôt avec les réunions villageoises, tantôt dans les Églises de réveil qui “refont famille” à travers les veillées de prière. Bref, même si les murs du village sont loin, la solidarité et les pratiques coutumières se sont juste déplacées et habillées aux couleurs du kwatt.


    Soigner et croire autrement — Pharmacies, cliniques, thérapeutes, “prières-soins”

    Au pays, la santé, c’est pas one-way. Depuis l’époque coloniale, les hostos ont pris le lead, les nganga sont passés un peu “backstage”. Mais dès les années 1970 (ambiance Alma-Ata à l’OMS), le discours a viré: on ne soigne pas le Kamer en zappant la pharmacopée locale et les tradis. Chez nous, l’État a formalisé ça noir sur blanc: la médecine traditionnelle fait partie du système national, avec bulletin dédié, cadre d’enregistrement et push pour la pharmacovigilance depuis 2020. Les textes rappellent aussi que la majorité de la population y recourt – point pour les feuilles, les racines et les mains qui savent.

    Concrètement, en ville on fait le tour de table thérapeutique: on commence à la pharmacie, on file voir l’herboriste du kwatt, puis on “fait prière” chez le pasteur pour une délivrance ou chez l’imam pour une ruqya. Cette circulation n’est pas d’hier: déjà à Ebolowa dans les années 1980, les enquêtes montraient comment les médocs circulaient aussi par le marché informel, les gens jonglant entre ordonnance et comprimés achetés “au taxi-bus”. L’anthropologie du médicament a documenté ce mix pharmacie/kwatt comme une réponse aux stress sociaux et au coût des soins.

    Depuis 2024, on a même step-up côté règle du jeu: loi n° 2024/018 qui reconnaît et organise officiellement la médecine traditionnelle et complémentaire, avec autorisation d’exercer, registre des praticiens et normes de sécurité des produits. L’idée: sécuriser les bons tradis et chasser les faux prophètes/charlatans, histoire que la feuille qui soigne ne devienne pas poison.

    Dans les pratiques, ça mixe fort selon les ethnies et les villes. Chez les Ewondo (Beti, Centre), on continue les bains de purification et protections, mais on “habille” ça en vocabulaire chrétien (on parle de bénédiction, on jeûne, on veille) pour rester clean au regard des Églises. Chez les Douala (Sawa, Littoral), des femmes combinent clinique et rituels liés au Ngondo pour “laver la route” – tu vas à l’écho, tu prends l’ordonnance, mais tu n’oublies pas l’offrande à l’eau pour la paix du foyer. Et dans les Grassfields (Bamiléké), les décoctions maison cohabitent avec l’hôpital de district; en cas de “mains qui poussent” (sorcellerie supposée), on peut compléter par prière-soin chez un prophète du Réveil. Ce pluralisme thérapeutique est devenu le mode normal: ordonnance + décoction + prière = “on ferme la porte au mal” et on avance sans pression.

    Côté gouvernance, la feuille de route est claire: enregistrer, former, contrôler la qualité (pharmacopées et labos), et articuler hôpital/therapeute/culte pour éviter les débordements. Les débats restent chauds – jusqu’où va la délivrance? quelle place pour la vente de médocs au marché? – mais la tendance lourde, c’est cohabiter intelligemment: biomédecine pour le diagnostic et l’urgence, tradipraticien sérieux pour les savoirs locaux, et communautés religieuses pour la force morale et la protection. Bref, au Kamer, on soigne en réseau: hosto – kwatt – chapelle/mosquée, chacun joue sa note pour que la vie “ne se casse pas”.


    Diaspora et retours — Réinventions, transferts, solidarités transnationales

    Depuis le temps des luttes politiques, la route du Mbeng n’a jamais été neutre. Dans les années 1950–70, les premiers grands départs sont liés aux exils UPC : des militants fuient la répression, certains trouvent asile en Guinée, au Congo ou en Europe de l’Est. Dans les années 1980–90, c’est une autre vague : étudiants, chercheurs, footballeurs, mais aussi jeunes en quête d’eldorado qui prennent la route de la France, de l’Allemagne, de la Belgique. Le Camerounais devient peu à peu ce qu’on appelle un “mbengiste” : celui qui a traversé et qui doit prouver son worth en envoyant le nkap (argent) au pays.

    Face à cette mobilité massive, l’État a longtemps joué à la méfiance, surtout dans les années 1990 où la diaspora alimentait l’opposition politique. Mais en 2014, revirement : lancement du programme officiel de gestion des Camerounais de l’étranger. Désormais, on parle de la diaspora comme d’un « partenaire stratégique » du développement.

    Aujourd’hui, les chiffres sont clairs : la diaspora envoie plus d’argent que l’aide internationale. Les transferts dépassent régulièrement les centaines de milliards de FCFA, soutenant non seulement la consommation des familles, mais aussi les investissements dans les villages. Mais l’attente des familles ne se limite pas au cash : au village, on compte sur le cousin à Mbeng pour financer l’église, la maison familiale ou les funérailles. Dans les Grassfields (Ouest, Bamiléké), on parle même de “retour” quand un notable installe une toiture flambant neuve sur la maison de chefferie ou sponsorise les danses traditionnelles pendant les fêtes du village. Ce geste n’est pas juste de prestige : il réaffirme la continuité entre la réussite en ville/diaspora et la légitimité lignagère au pays.

    À Yaoundé, chez les Fang-Beti (Centre-Sud), les mbengistes ramènent aussi des nouvelles formes religieuses : des Églises pentecôtistes importées de Belgique qui installent leurs antennes dans les quartiers périphériques, ou des prières par Zoom qui relient les fidèles de Mvog-Ada à ceux de Bruxelles. On voit naître des solidarités transnationales où une veillée funèbre locale est financée par des cotisations via Western Union, où un mariage traditionnel reçoit l’appui d’une chorale venue en live depuis Paris par visio.

    Résultat : le mvoe (le bien-être accompli, la tranquillité matérielle et sociale) se construit désormais dans un va-et-vient permanent entre Douala et Paris, Bamenda et Bruxelles, Yaoundé et Montréal. La réussite ne se mesure plus seulement au champ qu’on cultive ou à la boutique qu’on tient, mais aussi à la capacité à mobiliser cette chaîne transnationale de nkap, de prières, de savoirs et de prestige.


    Le religieux en ligne — Prédications, rituels à distance, rumeurs, fact-checking

    Depuis les années 2000, Internet a ouvert une nouvelle “paroisse” où chacun peut se brancher sans quitter son kwatt. Les pasteurs de réveil streament leurs cultes en direct sur Facebook Live ou YouTube, avec chœurs et délivrances visibles par des milliers de fidèles. Les imams font des causeries islamiques sur WhatsApp et TikTok, donnant des rappels de foi à des abonnés dispersés du Cameroun jusqu’à Dubaï. Même les nganga ont pris le train : sur WhatsApp, ils prescrivent des remèdes, envoient des vidéos de bains rituels ou des audios de prières. Bref, le smartphone est devenu une nouvelle calebasse sacrée.

    Mais ce numérique, c’est vraiment couteau à double tranchant. D’un côté, il permet à la diaspora de rester connectée : une messe à Mbalmayo peut être suivie en direct par une tante à Bruxelles, les cotisations pour un deuil se font par mobile money ou Western Union, et les prières de délivrance passent désormais aussi par Zoom. De l’autre, il amplifie les tensions : une vidéo de délivrance spectaculaire, un exorcisme bruyant ou une prophétie douteuse se retrouvent viralisés en quelques heures. Résultat : gros kongossa digital, palabres en ligne, partages massifs sur les groupes WhatsApp familiaux.

    Les jeunes, surtout, n’hésitent plus à fact-checker les hommes de Dieu. Quand un pasteur annonce un miracle, certains montent des threads entiers sur Twitter (X) pour démonter le show : “regarde bien, la sœur marchait déjà avant”, “ce médicament, c’est vendu au marché Mokolo hein”. Pareil pour les rumeurs de sorcellerie : elles circulent vite, mais elles se heurtent aussi à des contre-discours portés par journalistes, blogueurs et influenceurs.

    Au final, le religieux en ligne n’est pas seulement un prolongement du temple ou de la mosquée : c’est devenu un espace de débat public. Les autorités spirituelles ne sont plus intouchables, car tout est filmé, partagé, commenté, critiqué. Entre les vidéos virales, les preuves qu’on exige et les contre-discours qui se construisent, la foi se vit désormais aussi sur l’écran — entre croyance, soupçon et palabre numérique.


    Au finish, l’affaire est claire comme l’eau du marigot : chez nous, le geste (visible) et le sens (invisible) marchent ensemble, main dans la main. Tradition, ce n’est pas caillou figé ; croyance, ce n’est pas nuage sans prise. C’est un répertoire où chacun pioche selon le moment : la chefferie qui cadre, la famille qui fait passer l’âge, la prière à l’église ou à la mosquée, le coup d’œil chez le nganga quand la route se bloque. On mixe, on ajuste, on met la limite quand ça chauffe — et la vie tient. Tu vois non ?

    Le fil rouge qu’on a suivi depuis le début — du visible à l’invisible, et retour — tient au pays comme un nœud bien fait. Mofu là-haut : on ne joue pas avec le protocole, on consulte mbidla, on sacrifie propre, on parle aux autels, et la maison respire. Bamiléké à l’Ouest : reliquaires, forêts sacrées, masques qui gardent la mémoire — et pourtant paroisse pleine le dimanche. Beti/Fang au Centre-Sud : boutique bénie, mvoe visé, jalousie calmée. Sawa au bord de l’eau : Ngondo pour sceller le pacte, et culte à la chapelle pour tenir la semaine. En ville comme au village, on garde la même logique : on fait le geste juste, on dit la parole juste, et l’invisible répond.

    La phrase-synthèse ? Traditions et croyances au Cameroun, c’est l’art de faire tenir la maison : ça prend les règles du terroir, ça cause avec Dieu et les ancêtres, ça écoute l’imam, le pasteur, le thérapeute, et ça cherche la paix du kwatt sans perdre la face. Ce n’est ni “ancien vs moderne”, ni “Église vs coutume” ; c’est cohabitation inventive. On nettoie ce qui abîme, on garde ce qui soigne, et on avance — step by step, sans pression.

  • Gastronomie et Alimentaire au Cameroun

    Gastronomie et Alimentaire au Cameroun

    Goûtez le Cameroun : Là où la Bouffe Raconte l’Histoire. Si le Cameroun est souvent appelé l’Afrique en miniature, c’est pas pour rien ! Niveau djaffe, on a un mélange explosif qui fait danser les papilles. Avec plus de 250 ethnies, chaque coin du pays a son chantier culinaire bien garni. Ici, chaque plat est un héritage, une tradition qui traverse les générations, et une fierté qu’on exhibe sans vergogne. Chez nous, manger, ce n’est pas juste calmer la faim, c’est un moment sacré, un rituel social.

    Que ce soit un eru fumant accompagné de water fufu, un bon ndolé avec du miondo, ou même une simple assiette de puff-puff et haricot, chaque bouchée a une histoire. Dans les circuits et les chantiers, on refait le monde autour d’un poisson braisé bien assaisonné, pendant que le parfum du soya grille doucement sur le feu.

    La cuisine camerounaise, c’est plus qu’un ensemble de recettes. C’est un mode de vie, une affaire de partage, un patrimoine qu’on respecte. Tu goûtes, tu voyages ! Les épices, la cuisson au feu de bois, les plats mijotés des heures durant… Tout ça fait partie d’un héritage que les parents transmettent aux pikin, histoire qu’on n’oublie jamais d’où on vient.

    Des marchés animés de Douala aux plats revisités par la diaspora, la cuisine camerounaise ne cesse de grandir, de s’adapter, mais sans jamais dire mouff ses racines. Ici, quand on mange, c’est un vrai ndem ! Les papilles sont en fête, et le cœur aussi. Alors, prêt à plonger dans ce voyage culinaire made in 237 ?

    1. Héritage et Diversité – Quand le Cameroun SE MET À TABLE
      1. Quand le Kmer Fait Voyager les papilles
        1. Les migrations et le grand brassage des saveurs
        2. Climat et saveurs : Chaque coin du pays a son propre goût
        3. Les peuples et leurs assiettes : Qui mange quoi ?
      2. Quand le Cameroun Sert Ses Plats Signature
        1. Les plats emblématiques qui font le show
        2. Les aliments et ingrédients qui ne trompent pas
    2. Transmission, Modernité et Diaspora – Quand le Ndjaffe Traverse les Frontières
      1. Comment la Tchop Passe de Génération en Génération
        1. Les familles, premières écoles de cuisine
        2. Le repas, un moment sacré
        3. Les marchés, le cœur du ndjaffe
        4. Comment on garde nos traditions vivantes ?
        5. Quand la modernité change la manière de manger
        6. L’agriculture et les marchés, toujours en première ligne
      2. Quand la Bouffe Camerounaise S’adapte et Voyage
        1. La cuisine camerounaise face aux grandes villes et aux influences d’ailleurs
        2. Comment la diaspora fait bouger la cuisine camerounaise à l’étranger
        3. Les chefs camerounais qui mettent la sauce à l’international
          1. Nathalie Brigaud Ngoum : La go qui fait briller la cuisine camerounaise
          2. Émile Engoulou Engoulou : L’homme qui met le Cameroun sur canapé
          3. Christian Abégan : L’homme qui veut “gastronomiser” l’Afrique
          4. Alexandre Bella Ola : L’homme qui fait briller la cuisine africaine à Paris
        4. Les restos camerounais qui font sensation dans les grandes capitales
      3. Le Cameroun Dans l’Assiette, Un Goût Qui Reste Jusqu’ààààà

    Héritage et Diversité – Quand le Cameroun SE MET À TABLE

    Ici, chaque peuple a mis son piment dans la sauce, créant une gastronomie qui mélange traditions ancestrales et influences venues d’ailleurs. Depuis le temps des colons jusqu’aux brassages entre peuples, la cuisine camerounaise s’est enrichie, attrapant des techniques ici et des ingrédients là-bas, pour accoucher d’un véritable patrimoine culinaire qui ne finit jamais de surprendre.

    Avec un pays aussi varié que l’assortiment de condiments dans un bon mbongo ou un nkui, chaque coin a sa touche, son style, sa manière de bien traiter le ventre. Au bord de l’eau, le ndolé règne en maître, accompagné de son fidèle miondo, du bobolo, du manioc ou du plantain bien mûr. Dans l’Ouest, le koki fait le show, enveloppé dans ses feuilles de bananier et dégusté avec du macabo ou de l’igname bien tendre. Au Nord, le mil et le foufou assurent le carburant, avec des sauces relevées qui réveillent même un dormeur. Et quand on traverse les grandes forêts, les épices entrent dans la danse, donnant aux plats un goût qu’on ne trouve ni au marché ni en boîte de conserve.

    Cette partie, c’est le voyage au cœur du ndjaffe camerounais. Comment nos ancêtres ont fait mijoter ce savoir-faire ? Comment chaque région a trouvé sa sauce ? On va décortiquer tout ça, des ingrédients aux méthodes de cuisson, sans oublier les secrets que les mamans ne donnent jamais gratuitement. Allons seulement, le ventre est prêt !


    Les migrations et le grand brassage des saveurs

    Le Cameroun, c’est comme une grande marmite où chacun a mis son épice. Depuis toujours, les gens bougent, se déplacent, s’installent, et à chaque fois, ils viennent avec leurs recettes, leurs épices et leur manière de cuire le poisson ou de piler le taro. Les Bamiléké et les Béti, en descendant sur Yaoundé ou Douala, n’ont pas laissé leur cuisine au village. Au contraire, ils ont mélangé tout ça avec ce qu’ils ont trouvé sur place. Résultat ? Un mix de saveurs, un mariage de techniques où le plantain peut accompagner un plat qu’on mangeait avant uniquement avec du tubercule.

    Mais ce n’est pas seulement les Camerounais qui ont changé le ndjaffe, hein ! Les routes commerciales ont aussi fait leur part. Avant, le manioc et le maïs, on ne connaissait même pas ça ici. Mais avec le temps, c’est devenu des aliments de tous les jours. Maintenant, tu peux pas parler de bouffe camerounaise sans mentionner le miondo ou le couscous de maïs. Même le piment qui fait transpirer les gens au chantier, c’est venu d’ailleurs. Mais comme on aime trop ça, on a pris ça, on a adapté, et puis maintenant, c’est camerounais de A à Z !

    1ère édition du Festival international du manioc à Douala

    Climat et saveurs : Chaque coin du pays a son propre goût

    Le Cameroun, c’est le buffet à volonté de l’Afrique. Selon où tu es, la graille change, les ingrédients changent, et même la manière de préparer change.

    Dans le Grand Nord, là-bas, l’eau ne coule pas comme au robinet, donc on ne fait pas n’importe quoi avec la bouffe. Le mil et le sorgho, c’est la base, parce que ça pousse sans trop d’eau. Pour conserver la nourriture, on sèche, on grille, on met bien les épices pour que ça tienne longtemps.

    À l’Ouest, la terre est fertile, ça veut dire que les tubercules ne manquent pas. Taro, igname, patate douce, tout ça, c’est le carburant des gars d’ici. La fermentation et la cuisson vapeur, c’est leur affaire, pour garder les saveurs intactes et éviter le gaspillage.

    Au Sud, là où la forêt est épaisse, c’est l’abondance ! Manioc, banane plantain, gibier, poissons d’eau douce… Ici, on fait mijoter, on étouffe, on emballe dans des feuilles, et les plats prennent un goût qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. Le n’domba, c’est le boss, poisson ou viande enveloppé dans des feuilles de bananier, avec des épices qui réveillent les papilles.

    Chaque zone a son style, sa signature, sa touche perso. Si tu goûtes un plat sans voir d’où il vient, normalement tu peux deviner la région juste avec le goût !

    Quand un produit alimentaire patrimonialisé arrive en ville. L’exemple de champignons de l’Ouest

    Les peuples et leurs assiettes : Qui mange quoi ?

    Si tu veux savoir qui est qui, regarde juste ce qu’il met dans son assiette.

    Les gars du Littoral, eux, c’est les boss du poisson et des fruits de mer. Ils ont ça en abondance, donc ils savent comment bien le gérer. Ndolé aux crevettes, poissons braisés bien pimentés, miondo à gogo, c’est leur zone, et personne ne fait ça mieux qu’eux.

    Dans la forêt, on se nourrit de ce que la nature donne. Ici, la chasse et la cueillette sont encore bien ancrées. Gibier, champignons, légumes-feuilles, on transforme tout ça en plats bien consistants. Le koki par exemple, massa, haricots mixés avec de l’huile de palme et cuits dans des feuilles. Ça glisse tout seul dans le ventre…

    En haut, chez les Bamiléké et les Bamoun, l’affaire, c’est les tubercules et les feuilles bien pilées. Njapche, taro sauce jaune, couscous de maïs, chaque repas c’est un festival de textures et de goûts, et les sauces sont riches et bien montées hein, des magiciens.

    Ce mélange de saveurs prouve que même si on est un seul pays, chaque coin a son identité culinaire bien marquée. Mais à la fin, tout le monde finit toujours par partager un bon plat autour d’une table, et c’est ça le plus important.

    Au final ? Chaque grain de sel dans nos marmites raconte une histoire, chaque cuillère rappelle un village, un marché, un souvenir. On a pris le meilleur de partout et on en a fait une cuisine qui nous ressemble, qui nous unit et qui fait que, où que tu sois, un bon plat camerounais te ramène toujours à la maison, chez ton voisin, des amis ou un évènement !


    Les plats emblématiques qui font le show

    Au Cameroun, chaque coin du pays a sa sauce, son style, son code, et quand il s’agit de bien remplir le ventre, on ne joue pas avec la qualité. Certains plats ont dépassé les frontières des villages pour devenir de vraies références nationales. Parlons de quelques-uns de ces plats mythiques :

    Ndolé : Si on devait élire un plat national, ce serait lui, sans discussion ! Feuilles amères, pâte d’arachide, épices bien dosées, et une garniture qui peut varier entre poisson séché, viande ou crevettes bien juteuses. On l’envoie avec du miondo, du plantain frit ou bouilli, et quand c’est bien fait, le silence s’installe à table, tu entends seulement les bouches qui mâchent…

    Eru : Si tu passes au Sud-Ouest et que tu ne goûtes pas l’eru, c’est que tu as raté ton voyage. Ce plat, c’est une fusion de feuilles d’okok et de waterleaf, bien mijotées avec des écrevisses, poisson fumé et peau de bœuf. C’est gras, c’est savoureux, et ça accompagne parfaitement le water fufu. Les Bakweri et les Bayangi savent pourquoi.

    Eru avec son fufu

    Koki : Voilà un classique qui fait toujours plaisir. Haricots blancs écrasés, huile de palme rouge, enveloppés dans des feuilles de bananier et cuits à la vapeur. Le résultat ? Un gâteau jaune fondant, qui se déguste avec du macabo, du plantain ou même du bâton de manioc. Chaque bouchée, c’est un bout de tradition qu’on avale.

    Le koki : Ce plat a voyagé d’une communauté à une autre, prenant racine un peu partout. D’abord chez les Mbo, il s’est retrouvé chez les Bazou, les Bafang, et même dans le Sud-Ouest. C’est la preuve qu’au Cameroun, on sait partager le bon goût.

    Mbongo Tchobi : Les Bassa n’ont pas le temps, ils ont créé une sauce qui impose le respect. La sauce ébène, comme certains l’appellent, tire sa couleur du mbongo, une épice qui donne un goût unique. Avec du poisson ou de la viande, bien mariné et mijoté, ça envoie direct au septième ciel mama! À manger avec du riz, du manioc ou du foutou, au choix.

    Mbongo’o tchobi : On raconte que c’est une femme Bassa qui a inventé cette sauce pour empêcher son mari d’aller voir ailleurs. Une fois qu’il a goûté, impossible de manger chez une autre femme. Et depuis, le mbongo tchobi est devenu un symbole de fidélité.

    Les aliments et ingrédients qui ne trompent pas

    Ici, on ne joue pas avec le goût. Quand une sauce est bien montée, on sait que les ingrédients ont été choisis avec soin.

    Miondo : On ne peut pas parler de ndolé sans citer son acolyte fidèle. Le miondo, c’est même le complément parfait pour de nombreux plats au Cameroun. Préparé à base de pâte de manioc fermentée, enveloppée dans des feuilles et cuite à la vapeur, c’est doux, élastique et ça glisse bien avec la sauce. Chez les Sawa, c’est obligatoire.

    Manioc : C’est le MVP des accompagnements. En foufou, en miondo qui est la version petit frère du bâton de manioc, en couscous… Peu importe la forme, il est toujours là pour assurer la base.

    Le bobolo (bien fait de préférence c’est encore mieux)

    Banane plantain : Ça se mange sous toutes les coutures. Frit, bouilli comme on l’a vu plus haut avec le koki, pilé pour accompagner une sauce, ou en mode poulet DG, le plantain n’a jamais déçu quelqu’un.

    Plantain frit (hmmm il a l’air bien sucré même)
    Le plantain pilé

    Arachide : Sans ça, certaines sauces n’auraient pas d’âme et le riz se sentirait seul. Ça épaissit, ça parfume et ça donne un goût sucré-salé qui fait plaisir. Le ndolé lui doit beaucoup ! En met, en sauce ou dans une recette, c’est un ingrédient de qualité.

    Nnam Owondo (met d’arachide)
    Le fameux riz sauce arachide

    Les épices locales : Ici, on ne cuisine pas fade. Djansan, poivre blanc de Penja, pèbè, kotimandjo et bien d’autres… chaque région a son arsenal, et quand c’est bien dosé, le repas devient un événement.

    Djansan
    poivre blanc de Penja
    kotimandjo
    pèbè

    Transmission, Modernité et Diaspora – Quand le Ndjaffe Traverse les Frontières

    Au Cameroun, les recettes ne s’écrivent pas, elles se vivent, elles se racontent, elles se partagent. Depuis toujours, les mamans et les tanties enseignent en direct live, avec des gestes précis et des coups de pilon bien placés. Un bon plat ne se mesure pas en grammes, mais au flair et au coup d’œil, et si tu n’as pas bien regardé, tant pis pour toi, tu vas manger seulement !

    Les plats comme le mbongo’o, cette sauce noire qui fait trembler les papilles, ou encore le njapche, ce mélange de morelle noire et de pistache qui fait suer le couscous de maïs, sont bien plus qu’un simple repas. C’est du patrimoine, c’est la mémoire des ancêtres, c’est ce qui fait qu’un Camerounais reste Camerounais, même à des milliers de kilomètres.

    Au Cameroun, la recette du « mbongo » se transmet de mère en fille

    Mais voilà, les temps changent, et la cuisine ne dort pas non plus. Avec l’urbanisation et la modernisation, on voit de nouvelles habitudes débarquer. Le poulet DG a pris la place du bon poulet dur de village, les jeunes tournent vers les fast-foods, et certains plats traditionnels commencent à se cacher derrière les gros emballages des supermarchés. Mais rassurez-vous, hein, la cuisine camerounaise ne meurt pas, elle s’adapte !

    Dans la diaspora, les gars ne sont pas restés les bras croisés. En Europe, aux États-Unis, même en Asie, les Camerounais font voyager le goût du pays. Des chefs du « Continent » jouent avec les saveurs, mixent les influences, et transforment nos plats en véritables pépites gastronomiques. Même le soya commence à se faire une place dans les grands restos ! Et grâce à des initiatives comme l’UMBA (Union des métiers de bouche africains), notre cuisine gagne du terrain et commence à se faire respecter sur la scène internationale.

    Une Union des Métiers de Bouche Africains, c’est comment ?

    Ici, on va plonger dans l’histoire du ndjaffe camerounais, voir comment il se transmet de génération en génération, comment il s’adapte sans perdre son goût, et surtout, comment la diaspora garde le feu allumé, même loin du pays. Attachez vos pagnes, serrez la ceinture, on y va !


    Les familles, premières écoles de cuisine

    Au Cameroun, apprendre à cuisiner, ce n’est pas une option, c’est une initiation. Ici, personne ne te donne une recette écrite, on te montre, tu regardes, tu fais, et surtout, tu ne poses pas trop de questions sinon on te dit de sortir de la cuisine !

    C’est souvent les mamans et les tanties qui tiennent la marmite, et si tu grandis dans une maison où ça sent pas au moins une bonne sauce en train de mijoter, il y a problème. Les plats comme le njapche, avec ses légumes et les morceaux de pistache, c’est un secret de famille. Une mère apprend à sa fille, une grand-mère surveille le geste, et quand tout le monde est satisfait, le rite de passage est terminé !

    C’est comme ça que chaque famille garde son identité, chaque tribu garde son code culinaire, et surtout, le bon goût ne se perd pas.

    Njapche : L’origine du Njapche, remonte à l’utilisation d’un légume spécifique dans sa préparation : la morelle noire.

    Le repas, un moment sacré

    Chez nous, manger, ce n’est pas juste avaler quelque chose et partir. Non, ici, le repas, c’est un moment de vie, un moment de partage. Manger dans la même assiette, c’est sceller les liens. Quand tu es accepté dans une assiette commune, c’est que tu fais partie du cercle. On pique ensemble, on rigole ensemble, et tant pis pour toi si on t’invite à un djoka et que tu viens pour taper le style!

    Les grandes occasions sont aussi des moments où on mange avec respect. Buffets lors de mariages, baptêmes, funérailles, fêtes traditionnelles ou rassemblements familiaux… Chaque événement a son plat spécial. Le Nguon, par exemple, c’est le moment où les Bamoun ressortent le njapche avec fierté.

    Un de mes meilleurs souvenirs c’est la poisson braisé que tu achètes à la plage de Limbé tu choisis ton poisson, on le braise et on te l’apporte avec les accompagnements que tu as choisis. Non vraiment ce pays est trop doux, c’est jusqu’au matin qu’on mange. Le plantain mûr avec la prune, des brochettes, la viande qu’on a braisée, le maïs et les spécialités que tu découvres en voyageant dans les villages sur les bords des routes…


    Les marchés, le cœur du ndjaffe

    Si tu veux voir où commence un bon plat camerounais, va au marché. Là-bas, les couleurs, les odeurs et l’animation donnent déjà l’appétit avant même d’avoir cuisiné.

    Le marché, c’est la base ! C’est là que les mamans viennent choisir leur manioc, leurs plantains, leurs épices. On y trouve du djansan, du pèbè, du poivre blanc de Penja, du gingembre et tout ce qu’il faut pour que la sauce ne dorme pas dans la bouche.

    Là-bas aussi, on apprend. Les vendeuses ne sont pas là seulement pour te donner la marchandise, elles connaissent les secrets des ingrédients, les bonnes combinaisons, les astuces. Si tu ne sais pas comment bien monter une sauce gombo, demande, on va bien t’expliquer !

    Vidéo: Le Cameroun est l’un des pays qui contient des marchés parmi les plus riches au monde en produits, car on y trouve presque tout.


    Comment on garde nos traditions vivantes ?

    Les gars du pays et ceux de la diaspora ne dorment pas, ils savent que si on laisse la modernité faire son propre travail, certains plats vont disparaître. Alors, on a trouvé des stratégies pour garder le feu allumé.

    Les festivals culinaires comme Diaspora Kitchen, où on montre à la nouvelle génération comment on fait les choses bien, avec le bon dosage, les bons ingrédients et l’amour du bon ndjaffe.

    Les résidences culinaires, où des chefs apprennent comment mieux travailler nos produits locaux, pour que les recettes traditionnelles continuent de briller, même dans des assiettes modernes.

    Vidéo : Festival : la « Diaspora Kitchen » entre chefs camerounais et américains


    Quand la modernité change la manière de manger

    Tout le monde le sait, les villes comme Douala et Yaoundé ne sont plus comme avant. Les gens courent après le temps, les fast-foods poussent comme du macabo après la pluie, et certains plats traditionnels commencent à se cacher.

    Les Bamiléké et les Béti, en quittant leurs villages pour s’installer en ville, ont dû adapter leurs recettes. Moins de temps pour la cuisson ? On réduit le mijotage. Manque de certains ingrédients ? On les remplace. Mais on garde toujours l’essence du plat.

    Les marchés urbains sont devenus un vrai carrefour. Tu trouves autant le bon plantain local que des produits importés, ce qui fait que le ndjaffe évolue et se diversifie avec le temps. Les habitudes alimentaires ont également évolué en raison de la santé (moins de sel, d’arômes), du niveau de vie (les gens qui sortent de la pauvreté ont tendance à manger de meilleurs mets, plus d’aliments occidentaux).


    L’agriculture et les marchés, toujours en première ligne

    Heureusement, même si les habitudes changent, le Cameroun reste un pays où l’agriculture joue un rôle clé. Les terres sont fertiles, les produits abondants, et avec les nouvelles initiatives agricoles, on essaie de moderniser sans dénaturer. Il y a toujours des personnes qui cultivent chez eux en ville et dans les villages on mange ce que la terre fourni et le reste peut aller au marché, chacun se gère.

    Les cultures sont diversifiées, et des projets comme ceux du Centre mondial des légumes et d’autres liés aux nouvelles technologies permettent d’améliorer la qualité et la production de nos aliments.

    À Douala, c’est pas moins de 1 800 tonnes de nourriture qui passent par les marchés chaque jour ! Et les produits locaux dominent toujours, preuve que les habitudes alimentaires camerounaises tiennent bon.


    La cuisine camerounaise face aux grandes villes et aux influences d’ailleurs

    Depuis que Yaoundé et Douala sont devenues des forêts de béton, le ndjaffe aussi a dû s’adapter. Avant, tout le monde connaissait les plats bien mijotés qui prenaient le temps qu’il faut pour bien attraper le goût, mais avec les journées qui filent à toute vitesse, beaucoup ont troqué le bon manioc contre du riz vite fait, et le macabo contre des pâtes express.

    Les fast-foods sont sortis comme des champignons, et les supermarchés font la concurrence aux mamans du marché avec leurs produits importés. Résultat ? Le pain et le spaghetti ont commencé à envahir les cuisines, pendant que le couscous de maïs et le taro cherchent encore leur place.

    Mais ce n’est pas fini hein, les marchés locaux résistent, et les Camerounais ne sont pas encore prêts à dire adieu à leurs plats d’enfance. Même en pleine ville, on trouve toujours le bon poivre blanc de Penja, les épices qui réveillent, et les tubercules bien frais.

    Comment la diaspora fait bouger la cuisine camerounaise à l’étranger

    Tu crois qu’un Camerounais qui voyage laisse tomber son ndolé ? Jamais ! Partout où les gars passent, ils s’arrangent pour qu’un petit circuit apparaisse. Que ce soit à Paris, Montréal, Washington ou même Tokyo, les Camerounais envoient leur soya, leur djama djama et Kati Kati, et petit à petit, les papilles étrangères commencent à comprendre que chez nous, on ne mange pas pour plaisanter !

    En plus, les choses ne se font pas au hasard. Certains ont ouvert des restaurants, des services de traiteur, et même des événements culinaires pour bien vendre la marchandise. Et au pays, des initiatives comme Diaspora Kitchen réunissent les chefs d’ici et d’ailleurs pour qu’on garde la flamme bien allumée et qu’on montre que le Cameroun a aussi sa place dans la gastronomie mondiale.

    La première édition a même attiré une vingtaine de chefs et plusieurs centaines de visiteurs, preuve que quand on parle de bouffe, tout le monde est intéressé. L’objectif est clair : mettre la gastronomie camerounaise sous les projecteurs et s’assurer qu’elle prenne sa place dans la cour des grands.

    Les chefs camerounais qui mettent la sauce à l’international

    Depuis quelques années, certains Camerounais ont pris la cuisine comme un vrai combat, et aujourd’hui, ils portent le drapeau de notre tchop bien haut.

    Des noms comme Nathalie Brigaud NgoumÉmile Engoulou EngoulouChristian Abegan, ou Alexandre Bella Ola, c’est des gars qui ont compris le game ! 🔥👨🏾‍🍳 Eux, ils ne sont pas allés en Europe pour manger seulement, ils sont partis avec leurs marmites et leurs épices dans la valise !

    Ces chefs-là, ils ont pris la tchop camerounaise, l’ont lavé, repassé, remixé avec des techniques modernes, mais sans jamais enlever le vrai goût du pays. Ils ont compris que le bon piment ne se cache pas, que le djansan ne se remplace pas, et que la cuisson au feu de bois a son propre respect.


    Nathalie Brigaud Ngoum : La go qui fait briller la cuisine camerounaise

    Si tu ne connais pas encore la boss, il est temps de te mettre à jour. Cette dame ne blague pas avec la bouffe, et surtout, elle ne fait pas semblant quand il s’agit de mettre en avant les saveurs du pays.

    Née à Douala, Bonabéri, elle a grandi avec le goût des bonnes choses et l’amour des mots. Après un parcours académique bien bétonné entre le Cameroun et la France, elle a bossé en tant que cadre dans le marketing et la distribution, mais au fond, c’est la cuisine qui l’appelait. Alors, elle a tout repris à zéro et est allée chercher son CAP en cuisine à l’École Hôtelière de Paris, histoire d’avoir la technique pour accompagner le talent naturel.

    Depuis, elle ne dort plus. En 2015, elle lance Envolées Gourmandes, un blog culinaire où elle partage des recettes, revisite les produits africains et valorise nos farines locales. En 2019, elle sort son premier livre, Mon imprécis de cuisine, qui lui vaut plusieurs prix, dont le World Gourmand Award et le prix du livre de la Foire de Paris. Elle ne s’arrête pas là. Avec son école itinérante, Envolées Gourmandes Academy, elle forme des pros de la pâtisserie et pousse les saveurs africaines sur le devant de la scène.

    En 2022, elle est sacrée ambassadrice de la gastronomie camerounaise par l’Organisation Mondiale de la Gastronomie. Toujours en mouvement, elle annonce un deuxième livre dédié à la banane plantain, parce qu’au Cameroun, si tu ne respectes pas le plantain, on ne peut pas te prendre au sérieux en cuisine.


    Émile Engoulou Engoulou : L’homme qui met le Cameroun sur canapé

    Si tu n’as jamais goûté un canapé Ndolé-Miondo ou Foss-Bobolo, c’est que tu n’as pas encore croisé Émile Engoulou Engoulou. Chef, formateur et innovateur, il veut mettre la gastronomie camerounaise sur la carte du monde, et même dans les avions !

    Né en 1962 à Douala, il grandit dans une famille nombreuse où la cuisine est un terrain de rivalité, mais sa passion pour les fourneaux finit par l’emporter. Après un parcours en gestion hôtelière à Paris, il rentre au Cameroun en 1988 et dirige plusieurs établissements avant de fonder Help’Hôtel, un cabinet de conseil en hôtellerie.

    Mais en 1999, la perte de sa mère le ramène à ses premières amours : la cuisine. Depuis, il est à la tête du Club Municipal de Yaoundé, où il régale les clients avec des amuse-bouches 100 % camerounais. Son objectif ? Que ses créations comme le Foss-Bobolo et l’Ekoki-Plantain intègrent les menus des compagnies aériennes.

    Visionnaire, il partage aussi son savoir en chroniques culinaires sur la CRTV, et forme la nouvelle génération à travers l’Académie H2T. Il ne s’arrête pas là : il accompagne les enfants des rues vers la street food professionnelle, leur apprenant l’hygiène et leur proposant des équipements innovants.

    Avec lui, la cuisine camerounaise ne se contente plus d’être locale, elle s’invite sur toutes les tables… et bientôt dans les airs !


    Christian Abégan : L’homme qui veut “gastronomiser” l’Afrique

    Christian Abégan est né en 1965 à Garoua, c’est plus qu’un chef, c’est un ambassadeur de la cuisine africaine. La Cuisine gourmande de Michel Guérard, est « sa bible en matière d’équilibre des saveurs » et c’est ce livre qui lui a donné le goût pour la tchop. Formé au Cordon Bleu de Paris, il ouvre Chez Abégan à Douala, puis Le Palenka à Paris, et devient coach dans Star Chef, l’émission panafricaine culinaire. Son livre « Le Patrimoine culinaire africain » marque un tournant, et il est reconnu comme un des plus grands défenseurs de la gastronomie du continent.

    Son combat ? Transformer la cuisine africaine en une haute gastronomie reconnue mondialement. Il veut codifier les plats comme Escoffier l’a fait pour la France, et milite pour une cuisine africaine authentique, débarrassée des bouillons chimiques. Pour lui, la modernité doit respecter la tradition.

    Lauréat du grand diplôme d’honneur de l’Institut de la Gastronomie Française, il défend l’idée que la gastronomie africaine est un outil de soft power, et pousse les gouvernements et investisseurs à enfin la valoriser à sa juste valeur. Son objectif est clair : faire de la cuisine africaine une référence mondiale.


    Alexandre Bella Ola : L’homme qui fait briller la cuisine africaine à Paris

    Alexandre Bella Ola, c’est le genre de chef qui ne lâche rien. Né en 1959 à Yaoundé, il aurait pu finir marionnettiste ou comédien, mais le ndjaffe l’a rattrapé. Fils d’un cuisinier et maître d’hôtel, il a grandi avec les bonnes odeurs de marmite, sans imaginer que lui aussi finirait par tenir une louche.

    En 1995, avec sa femme Vicky, il ouvre Rio dos Camaraos à Montreuil, un restaurant qui porte fièrement l’ancien nom portugais du Cameroun. Mais les débuts sont durs. Trop de répétition dans la carte, la clientèle ne suit pas. Au lieu d’abandonner, il se forme chez Joël Robuchon, apprend les codes de la haute gastronomie, et revient en force. Son resto prend du galon, et son style se peaufine.

    En 2003, il sort son premier livre, « Cuisine actuelle de l’Afrique noire« , et rafle direct le Grand Prix World Cookbook Awards. Ce succès lui ouvre les portes des plateaux télé, il passe sur Europe 1, « C dans l’air » et bien d’autres émissions, et son restaurant commence à faire du bruit.

    Il ne s’arrête pas là. En 2009, il lance « Moussa l’Africain« , un service traiteur à Paris, et commence à donner des cours de cuisine africaine. Toujours dans la dynamique de mettre la cuisine du continent sous les projecteurs, il publie en 2020 « Mafé, Yassa et Gombo », un hommage aux classiques africains.

    Aujourd’hui, Alexandre Bella Ola est plus qu’un chef : c’est un passeur, un ambassadeur du bon goût africain. Il veut que le mafé, le ndolé et le yassa deviennent aussi populaires que les sushis et les pizzas. Et avec sa détermination, ce n’est qu’une question de temps.


    Les restos camerounais qui font sensation dans les grandes capitales

    Les Camerounais de la diaspora ne dorment pas ! À Paris, des restos comme La Doyenne ou Le Wouri à Londres servent du Ndolé, du Poulet DG, du Poisson braisé, et les Européens commencent même à réclamer plus de piment.

    Les restos camerounais ne sont plus seulement pour la communauté expatriée, ils attirent aussi des curieux en quête de nouvelles saveurs. Petit à petit, la sauce arachide, le koki et le mbongo commencent à parler d’eux-mêmes, et bientôt, qui sait, ils seront peut-être sur les grandes tables étoilées ?

    Carte du Wouri à Londres

    Si on a bien appris une chose en parcourant les marmites du pays, c’est que le Cameroun ne fait pas les choses à moitié quand il s’agit de ndjaffe. Des villages aux grandes villes, des marchés animés de Douala aux restaurants de Paris, la bouffe camerounaise est un patrimoine vivant, une histoire qui mijote à feu doux et qui refuse de se perdre.

    On a vu comment chaque région a sa sauce, comment les migrations et les échanges ont enrichi nos recettes, comment les saveurs du pays se baladent à l’étranger grâce aux chefs et aux restos de la diaspora. On a aussi compris que malgré les fast-foods et les supermarchés bien garnis, les Camerounais n’ont pas encore dit adieu au bon goût d’antan.

    Mais le vrai ndem, c’est que la cuisine camerounaise n’a pas encore pris toute la place qu’elle mérite sur la scène mondiale. On a le talent, on a les saveurs, mais il reste à faire briller tout ça au niveau où ça doit être. On ne doit plus seulement manger local, il faut imposer nos plats, nos techniques, nos produits.

    Alors, à toi qui as suivi ce voyage culinaire, la prochaine fois que tu vois un bon plat camerounais, donne-lui le respect qu’il mérite. Que ce soit un ndolé bien monté, un koki encore fumant, ou un soya grillé comme il faut, prends le temps d’apprécier et de partager. Parce qu’au Cameroun, la bouffe, c’est une affaire de cœur et le monde ignore son potentiel!

    Bon avant de nous séparer, réponds à notre formulaire dans le lien ci dessous, puis écris ce que tu as dans le ventre en commentaires, on est là seulement, on digère tout ! 👀🔥

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