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  • Cinéma et Audiovisuel au Cameroun

    Cinéma et Audiovisuel au Cameroun

    Mon frère, ma sœur, asseyez-vous bien, hein ! Qui allait croire que le cinéma camerounais, celui-là même qu’on regardait sur des CD rayés au quartier, allait un jour se retrouver sur Netflix ? Hééé, même Canal+ commence à comprendre que ce n’est pas ici qu’on joue avec le talent ! The Fisherman’s Diary, Therapy, Mambar Pierrette… ces films ne sont plus seulement pour les mbenguistes nostalgiques, mais ils font trembler les écrans du monde entier.

    Ecrans Noirs: le festival du cinéma africain

    Mais attendez, ce n’est pas la magie, hein ! Les boss du game comme Jean-Pierre BekoloRosine Mbakam et Kang Quintus ne sont pas venus jouer. Ils ont mis les pieds dans le plat avec des histoires qui sentent le pays, des réalités bien camerounaises, des scénarios qui donnent chaud au cœur. Et heureusement, les festivals comme Écrans Noirs et le Yaoundé Film Festival sont là pour pousser la chose. Si tu veux voir du vrai talent, c’est là-bas qu’il faut être, pas dans les histoires de série brésilienne qu’on nous met matin, midi, soir !

    Mais soyons sérieux un peu : faire un film au Cameroun, c’est du sport de haut niveau ! Tu veux tourner une scène ? Lumière, zéro ! Tu cherches un financement ? Tout le monde fait comme s’il n’a pas vu ton projet. Même distribuer ton film devient une aventure digne d’un film d’action. Mais comme on dit souvent, quand tu refuses, on force ! Nos réalisateurs ne baissent pas les bras, le gouvernement commence à débloquer un peu les choses, et nos mbenguistes investissent petit à petit.

    Alors, la vraie question c’est quoi ? Est-ce que le cinéma camerounais est prêt à go haut haut, ou bien on est encore dans le rêve ? Est-ce qu’on peut déjà dire que notre industrie a trouvé son pied ou bien on continue seulement de « gérer » ? Mets-toi bien, parce qu’on va tout décortiquer ici-même ! 🎥🔥

    Festival International Du Premier Film 11ème Edition Du 19 Au 26 Janvier 2025 à Yaoundé
    1. LÀ OÙ TOUT A COMMENCÉ – LE CINÉMA CAMEROUNAIS, ENTRE DÉBROUILLE ET DÉTERMINATION
      1. Des Films à Petits Moyens, Mais à Grand Cœur
      2. Quand la Télé a Pris le Pouvoir et a Boosté le Cinéma Camerounais
        1. La Télé Prend Position et Ouvre la Voie
        2. Quand les Productions Indépendantes Ont Commencé à Prendre Leur Place
        3. La Galère des Cinéastes Indépendants : Rien n’est Facile, Mais On Forcera
        4. Et Maintenant, On Va Où Avec Tout Ça ?
    2. CINÉMA CAMEROUNAIS – ON LUTTE OU BIEN ON DÉCOLLE ?
      1. Quand on veut construire sans briques
      2. On met ça en ligne, mais est-ce que ça paye ?
        1. Netflix et les Camerounais : On entre dans la danse, mais on ne mène pas encore
        2. Les plateformes locales : On veut faire les choses nous-mêmes
        3. L’argent dans tout ça : Diffuser, c’est bien, mais est-ce que ça rapporte ?
        4. Moins cher de produire, mais toujours compliqué de financer
        5. Festivals et reconnaissance : On célèbre nos talents, mais après ?
        6. Le public camerounais : Il veut du local, mais regarde encore beaucoup l’étranger
      3. 🎬 Cinéma Camerounais : On Reste Assis ou Bien On Bouge ?

    LÀ OÙ TOUT A COMMENCÉ – LE CINÉMA CAMEROUNAIS, ENTRE DÉBROUILLE ET DÉTERMINATION

    Ah Cameroun ! Toujours en train de jongler entre talent pur et galères interminables. Si on vous dit que le cinéma camerounais a commencé depuis les années 60, vous allez dire qu’on blague, non ? Pourtant, c’est la vérité ! À l’époque où on ne connaissait pas encore les tournages en mode « action ! », des têtes dures comme Jean-Paul Ngassa et Thérèse Sita-Bella faisaient déjà des documentaires costauds. Ces gens-là n’avaient ni gros moyens ni projecteurs en abondance, mais ils savaient déjà que raconter nos histoires était une mission sérieuse.


    Des Films à Petits Moyens, Mais à Grand Cœur

    Jean-Paul Ngassa décide de braquer la caméra sur nos réalités et sort Aventure en France (1962). Il voulait qu’on voie comment nos étudiants vivaient là-bas chez les blancs. Pas de gros budget, pas de matériel dernier cri, mais beaucoup de courage.

    Jean-Paul Ngassa – Aventure en France (1962) : Premier film camerounais tourné en France ! Un jeune Camerounais débarque en Europe avec plein d’espoirs, mais il va vite capter que la vie là-bas, ce n’est pas les rêves qu’on vend dans les kwattas. Un des premiers films qui a montré les illusions et désillusions de l’immigration.

    Pendant ce temps, une femme qui n’avait pas froid aux yeux, Thérèse Sita-Bella, prend la caméra et tourne Tam-Tam à Paris (1963). C’est elle qu’on considère aujourd’hui comme la première réalisatrice d’Afrique subsaharienne, rien que ça !

    Thérèse Sita-Bella – Tam-tam à Paris (1963) : Première femme réalisatrice camerounaise ! Elle casse les codes avec ce documentaire qui célèbre la musique africaine en plein Paris. Elle a montré que l’art africain pouvait vibrer sur la scène internationale.

    Mais le vrai déclic, le moment où on a tous compris que le Cameroun pouvait aussi faire du cinéma qui secoue, c’est en 1975 avec Muna Moto de Jean-Pierre Dikongué Pipa. Ce film, c’était pas du jeu : il parlait de mariage forcé, des traditions qui écrasent les gens, des réalités du village. C’était fort ! Tellement fort que le film part au FESPACO en 1976 et claque le Grand Prix. Là, les gens ont commencé à regarder le Cameroun autrement.

    Jean-Pierre Dikongué Pipa – Muna Moto (1976) : Premier film camer à Cannes et grand gagnant du FESPACO ! Il raconte l’histoire d’un jeune homme qui veut se marier, mais qui doit affronter les traditions compliquées de la dot. Un film culte qui expose le poids des coutumes et les injustices sociales.

    D’autres réalisateurs ont suivi le mouvement. Urbain Dia Moukouri tente quelque chose avec Point de vue n°1 en 1965, et Daniel Kamwa sera connu pour Boubou cravate en 1962 ou encore Pousse-pousse en 1975. Ces films, même s’ils n’avaient pas des millions en production, montraient déjà que nos histoires avaient du poids, qu’on n’était pas là juste pour décorer.

    Daniel Kamwa – Boubou Cravate (1972) : C’est la confrontation entre un jeune Camerounais éduqué à l’européenne et les traditions bien ancrées de son village. Un classique sur la dualité entre modernité et tradition.

    Les années passent et le cinéma camerounais commence à se muscler. Jean-Marie Teno arrive avec Clando en 1996, Jean-Pierre Bekolo balance Quartier Mozart en 1992, et Bassek Ba Kobhio frappe fort avec Sango Malo en 1991. Chacun avec son style, chacun avec sa manière de parler du pays, mais toujours avec cette envie de montrer que notre cinéma ne se résume pas aux telenovelas qu’on nous sert matin, midi, soir à la télé.

    Jean-Pierre Bekolo – Quartier Mozart (1992) : Un film culte sur la vie dans les kwattas de Yaoundé avec des personnages mythiques. Bekolo a mis en image l’esprit des quartiers populaires avec un style bien camerounais.
    Bassek Ba Kobhio – Sango Malo (1991) : Un prof progressiste arrive dans un village et challenge les traditions éducatives. Un film engagé qui critique le système scolaire hérité de la colonisation.

    Mais soyons honnêtes, hein. À cette époque, faire un film ici, c’était du sport. Pas de vrais financements, pas de distributeurs, et ne parlons même pas de la qualité des équipements. Mais malgré ça, ces pionniers n’ont pas lâché l’affaire. Ils ont tracé la route pour que, des années plus tard, on puisse enfin parler du cinéma camerounais avec fierté.

    Ces pionniers sont nombreux et tous ne peuvent pas être cités dans cet article mais nous ne manquerons pas de dédier un article à chacune de ces légendes du Mboa.

    Margaret Fombe Fube – Les femmes avocates (1989) : Un film engagé qui met en avant la lutte des femmes pour s’imposer dans le milieu juridique au Cameroun. Du lourd pour l’époque !
    Jean-Marie Teno – De Ouaga à Douala en passant par Paris (1987)

    Entre-temps, la télévision est venue mettre son grain de sel. Avec les productions locales et les séries qui passaient en boucle sur nos petits écrans, le cinéma n’était plus seulement une affaire d’élites.


    Quand la Télé a Pris le Pouvoir et a Boosté le Cinéma Camerounais

    L’arrivée de la télévision au Cameroun, ça a été un vrai game-changer pour notre manière de consommer les histoires du pays. Avant, les films, c’était un truc rare, réservé à quelques privilégiés qui avaient la chance de voir des bobines tourner dans des salles obscures. Mais dès que la télé a débarqué, le jeu a changé. Petit à petit, on a commencé à voir nos propres acteurs, nos propres histoires, et ça a donné des idées à toute une génération de créateurs.

    Vidéo à regarder : »CRTV : les 1ers visages de la télé« 


    La Télé Prend Position et Ouvre la Voie

    Les premières images sont diffusées le 20 mars 1985 au cours du congrès de l’Union Nationale Camerounaise(UNC) à Bamenda qui donnera naissance au RDPC. La première visite du Pape Jean Paul II au Cameroun est également retransmise pendant cette phase expérimentale. Et directement, ça a tapé fort ! Le gouvernement voulait un outil pour informer et éduquer les Camerounais, mais très vite, les gens ont capté que la télé, ce n’était pas que pour les discours politiques. Pendant longtemps, c’était la CRTV qui régnait seule sur le game. À l’époque, il n’y avait pas d’autres chaînes, donc tout passait par eux.

    Et la CRTV n’a pas perdu de temps ! Très vite, on a commencé à voir des séries bien de chez nous, qui racontaient nos réalités avec nos propres acteurs. L’Orphelin (1988-1989) était une de ces séries et elle a fait vibrer tout le monde, petits et grands. À cette époque, il n’y avait pas encore d’internet, donc quand une série passait, tout le quartier était branché devant la télé. Ça a aussi permis de mettre en avant des acteurs et réalisateurs camerounais qui, jusque-là, galéraient pour se faire connaître.

    C’est dans cette ambiance de « si tu dors, on va t’oublier » que les festivals comme Écrans noirs sont arrivés. Le boss Bassek Ba Kobhio a décidé que non, on ne pouvait pas continuer à juste regarder les autres briller. Depuis 1997, cet événement est devenu l’un des rares endroits où les cinéastes camerounais peuvent montrer leur travail, échanger et rêver plus grand.

    Mais alors, si on a des talents, des films primés, des festivals… pourquoi le cinéma camerounais galère encore autant à s’imposer ?

    À regarder : Cameroun rétro – Photos et films du passé


    Quand les Productions Indépendantes Ont Commencé à Prendre Leur Place

    Dans les années 2000, la télé a commencé à se libérer. Avant, c’était seulement la CRTV qui décidait de ce qu’on regardait, mais avec l’arrivée des chaînes privées, les choses ont changé. Balafon TVSTVVision 4… chacun est venu avec son concept, et surtout, ça a permis à de nouveaux créateurs de proposer du contenu différent.

    Les chaînes Tv camerounaises disponibles sur Canal+

    Les Déballeurs, série Camerounaise mise en scène par Ebenezer Kepombia (Mitoumba) et diffusée sur Canal 2, fait partie des séries qui ont commencé à occuper nos soirées, et là encore, on a vu que les Camerounais avaient un vrai goût pour les histoires qui sentent le vécu. Mais même avec ça, les salles de cinéma se vidaient peu à peu et les réalisateurs devaient trouver d’autres moyens pour faire exister leurs films.

    Ebenezer Kepombia

    C’est là que des séries indépendantes ont vu le jour. Bad Angel en est un bon exemple. Créée en 2015 par Godwin Nganah, cette série a prouvé qu’un projet purement camerounais pouvait tenir tête aux feuilletons brésiliens et aux telenovelas qui envahissaient nos écrans. Le public a accroché direct, et ça a donné confiance aux réalisateurs locaux pour se lancer, sans attendre que la CRTV leur ouvre les portes.


    La Galère des Cinéastes Indépendants : Rien n’est Facile, Mais On Forcera

    Bon, même si l’indépendance, c’est bien beau, il faut dire la vérité : faire un film ou une série ici, c’est toujours un combat.

    Problème d’argent : Faire un film coûte cher, et trouver du financement au Cameroun, c’est souvent mission impossible. Il y a bien quelques aides ici et là, mais rien de solide. La plupart des réalisateurs se débrouillent avec leurs propres moyens, ou font appel à des amis et à la famille pour boucler leurs budgets.

    Matériel et infrastructures : Les grandes industries du cinéma ont des studios bien équipés. Nous ici, souvent, on tourne dans des conditions compliquées. Pas assez de lumières, micros capricieux, logiciels de montage qui plantent… Mais on fait avec ce qu’on a !

    Où montrer son film ? Voilà encore un gros souci. Il n’y a pas beaucoup de cinémas au Cameroun, et pour les plateformes de distribution, c’est compliqué. Certains vendent leurs films sur DVD, d’autres organisent des projections dans les quartiers, mais la majorité mise sur YouTube et Facebook pour se faire connaître.

    Heureusement, la nouvelle génération a compris que le digital est une vraie opportunité. Des plateformes comme WOURI TV et NUMIAA TV permettent maintenant aux cinéastes de diffuser leurs films en streaming. Ça change tout ! Avant, un film pouvait être vu seulement par quelques centaines de personnes. Aujourd’hui, grâce à internet, un réalisateur camerounais peut toucher un public à l’international sans même avoir un gros budget marketing.


    Et Maintenant, On Va Où Avec Tout Ça ?

    Le futur des productions indépendantes au Cameroun dépend de plusieurs choses :

    Des vrais studios et de bonnes salles de tournage : Pour que le cinéma camerounais devienne sérieux, il faut des infrastructures modernes. Si on avait des studios équipés comme à Nollywood, on irait loin.

    Un coup de main du gouvernement : Pour l’instant, les réalisateurs sont un peu livrés à eux-mêmes. Un vrai plan de soutien au cinéma, avec des financements accessibles, pourrait donner un gros coup de boost au secteur.

    Plus de formations et d’événements : Des festivals comme Écrans Noirs et des initiatives comme les Journées du Jeune Cinéaste sont hyper importants. Ils permettent aux jeunes talents d’apprendre, de se faire repérer et de se connecter avec des pros du métier.

    Et bien sûr, on ne peut pas ignorer Netflix et les grandes plateformes de streaming. Ces dernières années, les films africains commencent à percer à l’international. Si un film nigérian comme The Black Book peut faire un carton sur Netflix, pourquoi pas un film camerounais ?

    Les sociétés de production au Cameroun, ces maisons d’infortune

    CINÉMA CAMEROUNAIS – ON LUTTE OU BIEN ON DÉCOLLE ?

    Le cinéma camerounais, c’est comme un moteur qui veut démarrer mais qui cale à chaque coup d’accélérateur. On a les talents, on a les histoires, mais on dirait que le chemin est semé de cailloux trop gros !

    Mais bon, tout n’est pas noir hein ! Le digital commence à ouvrir des portes. YouTube, Netflix, TV5Monde Afrique… certains de nos films commencent à voyager. Les festivals comme Écrans Noirs aident aussi à donner de la visibilité aux productions locales. Et puis il y a la diaspora qui met la main à la pâte, en produisant, en investissant, en connectant nos réalisateurs avec l’extérieur.

    Bref, on est à un tournant. Si on gère bien, le cinéma camerounais peut enfin sortir de l’ombre et prendre la place qu’il mérite. Mais si on continue à marcher avec le frein à main, on risque de rester là où on est, en train de regarder les autres avancer. Alors, qu’est-ce qui bloque vraiment, et qu’est-ce qui peut nous faire décoller ? On va tout décortiquer ici.

    Le cinéma camerounais sous les plateformes digitales, adapté ou supportable ?

    Quand on veut construire sans briques

    Le cinéma chez nous, c’est une maison en chantier depuis trop longtemps. On a les maçons (réalisateurs), le plan (les idées), mais on dirait que le ciment (les moyens) manque toujours pour finir le travail. Dans les années 70-80, on avait 77 salles de cinéma à travers le pays. Aujourd’hui ? Il en reste trois : Abbia à Yaoundé, Waza à Buéa et Bali à Bamenda. Trois salles pour tout un peuple ? C’est comme vouloir donner de l’eau à un village entier avec un seul seau. Et encore, je crois qu’il n’y a plus de salles de cinéma et qu’elles sont à présents des lieux de culte… Je wanda! Résultat ? Les films camerounais galèrent à trouver un public, et l’industrie cinématographique tourne au ralenti.

    Et le nerf de la guerre, c’est quoi ? L’argent ! Avant, il y avait le FODIC, un fonds qui aidait les réalisateurs, mais depuis 1990, il a disparu comme une flamme sous la pluie. Après ça, en 2001, on a créé un Compte d’Affectation Spécial, censé injecter un milliard de francs CFA par an dans le secteur. Mais depuis 2019, silence radio ! Rien ne bouge. Les réalisateurs doivent donc faire avec leurs propres poches, ou aller taper à la porte des amis et des sponsors, qui eux-mêmes ne savent pas où trouver de l’argent. Bref, c’est un vrai parcours du combattant pour monter un film.

    Et même quand un réalisateur réussit à terminer son film, le plus dur commence : comment le montrer aux gens ? Avant, on allait en salle. Aujourd’hui, on vend les films en DVD, on organise des projections privées, et surtout, on mise sur les réseaux sociaux. Mais soyons sérieux : vendre des films sur WhatsApp, c’est bien beau, mais ça ne nourrit pas un homme !

    Mais comme on dit, le Cameroun, c’est le pays de la débrouillardise. Certains refusent de baisser les bras. Des initiatives comme les Journées du Jeune Cinéaste (lancées en 2018) permettent aux jeunes talents de montrer leur travail et d’apprendre le métier. Et puis il y a le Festival Écrans Noirs, qui depuis 1997, continue de donner une scène au cinéma africain. Là-bas, les réalisateurs se rencontrent, discutent, partagent leurs expériences et tentent de construire quelque chose de solide.

    En gros, on est encore en mode « système D ». On se débrouille, on cherche des solutions, on pousse comme du manioc dans une terre sèche. Mais si on ne met pas les moyens qu’il faut, on risque de continuer à tourner en rond pendant longtemps…

    Vidéo à regarder : Cinecamer – Journées du Jeune Cinéaste


    On met ça en ligne, mais est-ce que ça paye ?

    Le numérique est venu bousculer le game du cinéma camerounais comme une pluie d’hivernage qui surprend les gens sans parapluie. Avant, si tu faisais un film ici, il fallait se battre pour trouver une salle où le projeter, et après ça, croiser les doigts pour que les gens viennent regarder. Maintenant, avec les plateformes de streaming, on peut envoyer nos films jusqu’à Tokyo sans quitter Bonabéri. C’est beau en théorie, mais en pratique, est-ce que ça donne ?


    Netflix et les Camerounais : On entre dans la danse, mais on ne mène pas encore

    En 2020, The Fisherman’s Diary de Kang Quintus a atterri sur Netflix, et là, tout le monde a dit : « Ahhh, enfin, on nous voit ! ». Ça, c’était une vraie avancée ! Parce que d’habitude, on regarde juste les Nigérians et les Sud-Africains prendre toute la lumière sur les plateformes internationales. Mais soyons honnêtes : combien de films camerounais ont suivi ce chemin depuis ? C’est bien beau d’être sur Netflix, mais si les producteurs ne touchent pas un vrai cash derrière, ça reste un trophée sans prime.

    📺 The Fisherman’s Diary – Official Trailer [HD]

    Les plateformes locales : On veut faire les choses nous-mêmes

    Pendant que Netflix et Canal+ font leur marché à leur rythme, ici, au pays, des gens ont décidé de ne plus attendre qu’on les invite à la table. WOURI TV, CINAF TV, voilà des plateformes 100% camerounaises qui essaient de donner une vitrine à nos films sans qu’on ait besoin de l’approbation des « grands ». Mais bon, elles fonctionnent sur des systèmes de VOD (tu payes pour regarder un film) ou de SVOD (abonnement), et on sait tous que chez nous, quand on parle de « payer pour du contenu », beaucoup commencent à chercher le lien gratuit sur WhatsApp.


    L’argent dans tout ça : Diffuser, c’est bien, mais est-ce que ça rapporte ?

    Les réalisateurs sont contents quand leurs films passent sur Canal+, Netflix ou d’autres plateformes, mais après quelques mois, on entend souvent : « On nous doit l’argent depuis ! ». Les retards de paiement et les contrats pas clairs, c’est un vrai problème. Ajoutons à ça le fait que la plupart des plateformes payent en fonction du nombre de vues ou d’abonnements… Si ton film ne fait pas assez de bruit, ton compte bancaire restera aussi plat qu’une route bien entretenue (et on sait que ça, ce n’est pas au Cameroun !).

    Cameroun : les salles de cinéma transformées en lieu de culte

    Moins cher de produire, mais toujours compliqué de financer

    Avec la technologie actuelle, tourner un film coûte moins cher qu’avant. Plus besoin de vendre ta maison pour acheter du matériel, une bonne caméra et un montage sérieux peuvent suffire à sortir un produit propre. Mais là où ça coince, c’est que même avec ces réductions de coûts, trouver de l’argent pour financer un film reste un casse-tête. Beaucoup de projets ne voient pas le jour faute de budget, et ceux qui se font dépendent trop souvent des efforts personnels des réalisateurs.


    Festivals et reconnaissance : On célèbre nos talents, mais après ?

    Bon, au moins, quand on regarde du côté des festivals, il y a du mouvement. Le FESPACO, par exemple, continue de donner une vitrine aux productions camerounaises et africaines. Mais après les trophées et les applaudissements, est-ce que les réalisateurs trouvent vraiment des opportunités derrière ? Si les récompenses ne débouchent pas sur des contrats sérieux ou des financements pour les prochains projets, ça reste juste une médaille à accrocher au mur du salon.


    Le public camerounais : Il veut du local, mais regarde encore beaucoup l’étranger

    C’est là où la situation est compliquée. 75 % des Camerounais pensent que notre industrie cinématographique est encore au stade bébé, mais quand on leur demande ce qu’ils préfèrent entre un film camerounais et un film nigérian, 80 % choisissent le film du pays. Ça veut dire quoi ? Que l’envie de soutenir est là, mais que le produit doit encore évoluer pour être à la hauteur des attentes. Pour l’instant, les productions américaines et européennes dominent encore le marché, et il faudra élever le niveau pour faire changer les habitudes.


    Alors, on a parlé, on a décortiqué, on a mis les choses sur la table. On sait que le talent est là, que les histoires ne manquent pas, et que nos réalisateurs ne dorment pas. Mais à côté, on voit aussi que les financements sont toujours un rêve, que les salles de cinéma disparaissent plus vite que les bons spots de beignets, et que même quand nos films arrivent sur Netflix ou Canal+, le portefeuille des créateurs ne gonfle pas toujours comme il le devrait.

    TOP 10 DES MEILLEURS ACTRICES CAMEROUNAISES

    Mais bon, on ne va pas seulement rester là à se lamenter hein ! Parce que si on regarde bien, il y a du mouvement : le digital nous ouvre des portes, des plateformes locales comme WOURI TV et CINAF TV tentent de poser les bases d’un streaming 100 % camerounais, et nos festivals comme Écrans Noirs tiennent toujours debout malgré les galères. Donc, rien n’est perdu !

    🙌 Alors, on fait comment ?

    Si on veut que le cinéma camerounais arrête de marcher avec béquilles, il y a des choses qui doivent changer :

    • Un vrai soutien financier : Sans argent, on ne peut pas faire de magie. Il faut que les autorités et les investisseurs privés prennent le secteur au sérieux.
    • Des infrastructures solides : Trois salles de cinéma pour un pays entier ? Ça, ce n’est pas normal ! Il nous faut des lieux de diffusion dignes de ce nom.
    • Mieux encadrer la distribution : Arrêter les contrats flous où on ne sait même pas si le réalisateur va toucher son argent.
    • Changer la mentalité des spectateurs : On veut que les Camerounais regardent leurs propres films, qu’ils acceptent de payer pour du contenu local.

    Le chemin est long, mais une chose est sûre : le cinéma camerounais ne peut plus se contenter de « gérer ». Il faut passer à la vitesse supérieure !

    Et toi, tu en penses quoi ? Est-ce que notre cinéma peut enfin se lever et marcher ? Est-ce qu’on va seulement rester spectateurs pendant que d’autres prennent toute la lumière ? Donne ton avis en commentaire, partage cet article, et surtout, continue à soutenir nos films. Parce qu’au bout du compte, si on ne valorise pas nos propres histoires, qui le fera pour nous ? 🎥🔥

  • L’Art au Cameroun

    L’Art au Cameroun

    Gar, ici l’art ne sert pas à meubler le regard des mbenguistes ni à faire le nyanga. Il sert à organiser la vie sociale, poser des hiérarchies, transmettre des savoirs, régler des rapports de pouvoir. Avant même qu’on parle d’“œuvre”, on parlait d’usage. Une statuette, un masque, un pagne tissé n’étaient pas pensés pour être regardés seuls, mais pour agir dans un cadre précis : chefferie, rituel, transmission familiale. Si tu know lire les formes, tu vois que l’art camer est d’abord un outil social, pas un discours esthétique.

    Ce cadre a commencé à bouger fort à partir des années 1940, quand l’administration coloniale a décidé de mettre des mots, des catégories et des écoles sur ce qui existait déjà. Avec l’arrivée d’un certain Raymond Lecoq en 1945, on ne parle plus seulement d’artisanat mais de “civilisation”, de “patrimoine”, de “trésor de chefferie”. L’intention affichée, c’était la sauvegarde. Les chefferies bamiléké et le royaume bamoun deviennent des “centres culturels”, leurs objets des “collections”. L’art local entre dans un système qui cherche à le documenter, parfois à le cadrer, souvent à le déplacer.

    Masque Bamoun

    Un masque bamoun ne sort jamais pour distraire les pikins du quat. Il intervient dans un moment réglé, avec une fonction claire : affirmer une autorité, rappeler une généalogie, maintenir un équilibre symbolique. Quand Théodore Monod visitait le musée de Foumban dans les années 1940, il parlait d’objets menacés, rongés par l’humidité, mal conservés, et surtout d’un risque : laisser croire que ces sociétés « n’ont pas d’histoire structurée ». Le masque, dans ce contexte, devient un “témoin” d’un système politique, social et spirituel.

    Hervé Youmbi, Visages de masques, 2011-2014, esquisse de la mise en espace de l’œuvre

    C’est là que la tension commence. D’un côté, la volonté de préserver face à l’acculturation coloniale. De l’autre, le risque de figer. Lecoq lui-même pousse ses élèves à rompre avec la simple copie : fini les cygnes, les Vierges importées, les motifs faits pour plaire à l’extérieur. Il demande aux apprentis de reprendre les formes locales, de travailler une pièce du début à la fin, de retrouver une autonomie créative. L’enjeu est clair : sortir de l’allo, des images fabriquées pour répondre au regard colonial, sans perdre la base.

    Aujourd’hui encore, la question reste posée. Comment faire comot un masque de son cadre rituel sans le vider ? Comment l’exposer, le transformer, le traduire sans le réduire à un objet mort ? Certains artistes avancent easy, en prenant appui sur cette histoire : ils déplacent les formes, changent les supports, mais gardent la logique. D’autres cherchent à être en haut sur les circuits internationaux, parfois avec succès, parfois non. Le terrain est chap, souvent sans dos, mais une chose ne change pas : l’art camer continue de se construire dans cette tension, entre usage local, mémoire coloniale et circulation mondiale.


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    L’Art au Cameroun : Mooh d’hier, Penya d’aujourd’hui, Héritage qui Chap !

    Ici, l’art s’attrape dans l’usage avant de se poser sur un mur. Dans un pays qui compte plus de 250 groupes ethniques et près de 300 langues, les formes ont longtemps servi à régler le quotidien : décider, protéger, transmettre. Quand un masque sort, c’est pour un moment précis, devant des témoins précis, avec une fonction claire. Rien à voir avec une mise en scène pour visiteurs pressés. Cette logique traverse les siècles, depuis les sociétés côtières jusqu’aux hautes terres de l’Ouest, et explique pourquoi certaines formes tiennent encore malgré les déplacements coloniaux du XXᵉ siècle.


    Héritage et transmission des savoir-faire

    Les chiffres rappellent le contexte : avec une population passée de 5 à plus de 20 millions d’habitants en cinquante ans, et un taux d’alphabétisation de 77,1 % en 2018, la transmission culturelle devient un enjeu massif. L’art sert alors aussi d’outil pédagogique informel, surtout dans les zones où l’école publique est fragile. Dans ce paysage, les formes traditionnelles et contemporaines cohabitent, se frottent, parfois se heurtent. L’héritage tient parce qu’il s’adapte, pas parce qu’il est sacralisé.

    Cases Mousgoum : habitat emblématique de l ‘Extrême-nord, construit à base de terre et d’herbes

    L’art traditionnel : un héritage qui ne rouille pas

    Dans l’Extrême-Nord, les Cases Mousgoum tiennent depuis des générations avec de la terre, des fibres et une géométrie pensée pour encaisser chaleur et pluies. Leur efficacité n’est pas symbolique : elle est mesurable. Des relevés menés dès les années 1950 montrent que ces structures maintiennent une température intérieure plus stable que beaucoup d’habitats importés. Ici, l’architecture devient une réponse concrète à un environnement donné. Les bâtisseurs apprennent par répétition, en regardant les anciens, en recommençant jusqu’à ce que le geste soit juste. Le savoir circule molo molo, sans manuel, sans diplôme affiché.

    Sculptures Bamoun : couple en bronze et corne de bovidé sculpté

    Dans les chefferies bamoun et bamiléké, les sculptures en bronze, en bois ou en corne jouent un rôle similaire. Elles fixent une hiérarchie, rappellent une généalogie, matérialisent une autorité. Dès 1958, Engelbert Mveng s’appuie sur ces objets pour montrer que l’art local porte une pensée structurée, capable de dialoguer avec d’autres civilisations. Quand, entre 1963 et 1966, l’État camerounais lance les premiers inventaires nationaux après l’indépendance, ces pièces deviennent des repères pour construire une identité culturelle commune. L’enjeu est déjà là : transmettre sans figer, documenter sans vider le sens.


    L’oralité et les symboles : le bouche-à-oreille qui façonne les artistes

    À Bangoulap, comme dans d’autres chefferies de l’Ouest, les fresques murales racontent des scènes de pouvoir, de travail, de filiation. Pas besoin de légende : les codes sont partagés. Le tissu, la posture, la couleur parlent d’eux-mêmes. Ce mode de transmission repose sur la mémoire collective, renforcée par les cérémonies. Funérailles de l’Ouest, fantasias du Nord, danses buma des peuples forestiers : chaque événement est un moment d’apprentissage visuel et corporel. En 1963, la Revue nationale du Cameroun présentée à Paris révèle cette diversité et installe l’idée d’un « art des terroirs » à l’échelle nationale, mobilisant des centaines d’associations culturelles locales dans les années qui suivent.

    L’apprentissage contemporain garde cette logique. Les ateliers remplacent les salles de cours théoriques, les marchés deviennent des espaces d’observation. Un artisan reconnu n’a pas besoin de discours : sa pièce parle pour lui. Quand Ornella Djoukui lance la maison Kroskel dans les années 2010, elle réactive des techniques comme le batik tout en les déplaçant vers d’autres usages. Le geste ancien circule vers le design, sans perdre sa base. C’est là que l’art camer montre sa capacité à comot d’un cadre sans se dissoudre.


    Matériaux et techniques artistiques camerounaises : Quand le Ndolè de l’Art est dans les Détails


    L’importance des matières premières locales (bois, perles, textile, terre cuite…)

    Gar, le point de départ reste simple : l’atelier s’ouvre sur ce qui est disponible autour. Le bois circule entre les mains avant d’entrer dans un discours. Iroko pour les masques rituels, moabi pour les sièges d’autorité, bubinga et acajou pour les instruments ou les sculptures fines : chaque essence est choisie pour sa densité, sa résistance, sa capacité à durer dans un climat humide. Dans les régions forestières comme l’Est ou le Sud, ce choix structure la forme même des objets et conditionne leur usage social, du tambour cérémoniel à l’ustensile domestique. Cette logique impose une canda : travailler lentement, accepter les contraintes du matériau, ajuster le geste plutôt que forcer la matière.

    Valise en vannerie
Vannier : P. FONKEU. Matériaux : rotin et raphia. H 65 cm x l 40 cm x P 80 cm

Photo C. Zeh 2005

    Dans les zones de savane et de transition, le raphia prend le relais. Fibres tressées pour paniers, nattes ou chapeaux, mais aussi pour textiles rituels, il sert à produire vite, réparer, transporter. La vannerie du Nord et de l’Ouest fonctionne comme un chantier permanent : on fabrique, on vend, on recommence, sans attendre validation extérieure.

    Ce rythme répond à une réalité chiffrée : le MINPMEESA explique que l’artisanat contribue à 5% du PIB, mais que près de 80% des artisans bossent dans l’informel, en mode système D. Sur le terrain, cette donnée se traduit par une création continue malgré le manque de reconnaissance administrative.

    La terre cuite s’impose là où le bois se fait rare. Argile façonnée pour jarres, cruches, statuettes ou briques d’habitat, notamment dans le Nord et l’Extrême-Nord. Les poteries servent à conserver l’eau, cuire les aliments, marquer des rites précis. Leur efficacité repose sur des savoirs transmis par répétition, parfois en back-back, sans registre écrit. Les formes varient; qu’on soit Kotoko, Tupuri ou Massa, l’objectif reste le même : produire un objet qui tient dans le temps et dans l’usage quotidien.

    Les perles interviennent sur un autre registre. Verre, céramique, coquillages : elles se cousent sur trônes, costumes et coiffes pour signaler rang et protection. Dans les chefferies Bamoun ou Bamiléké, une perle mal placée c’est comme un texto envoyé à la mauvaise personne. Quand un trône couvert de perles circule au XIXᵉ siècle, il affirme une autorité autant qu’un réseau d’alliances. Aujourd’hui encore, l’ornement garde cette fonction de balise sociale, loin d’une simple recherche décorative.

    Le textile impose son propre tempo. Ndop de Batié, toghu de l’Ouest, bazin et kaba dans le Nord : tissés main, teints à l’indigo ou brodés, ces tissus concentrent des motifs buchés par coeur depuis leur création. D’ailleurs aujourd’hui, les tisserands se font rares comme les pièces de 100 Francs, concurrencés par le secteur industriel. Pourtant, leur savoir-faire reste lourd, précis, patient, incapable de se copier à la chaîne sans perdre l’âme.

    Dans le Littoral et l’Ouest, l’écorce et les fibres végétales complètent cet ensemble. Masques sculptés dans l’écorce, objets tressés en feuilles de palmier : ces matériaux légers facilitent la circulation entre marché, rituel et usage domestique. Leur fragilité oblige à produire régulièrement, ce qui maintient les gestes actifs et empêche la fossilisation des formes.

    L’artisanat contemporain s’inscrit dans cette continuité sans rupture nette. Des ateliers comme Dollars Bijoux trouvent naturellement leur place. Pas besoin de grand chose : de l’acier inoxydable, résistant au temps et au climat, façonné ici, pour ici. Derrière, une équipe, des mains, une vision claire : proposer des pièces solides, accessibles, pensées pour durer et répondre à des contraintes nouvelles : humidité, mobilité, coût. Cette adaptation relève d’un bisgo assumé : produire local, vendre accessible, maintenir une économie viable sans renier les bases techniques héritées.


    Artisanat, sculpture et peinture : des expressions enracinées dans les cultures locales

    L’entrée se fait par la main, et non sur un tableau noir. Pour beaucoup de camer, l’apprentissage commence tôt, souvent dès l’enfance, sans calendrier fixe ni examen de fin d’année. On observe, on répète, on rate, on recommence. C’est une transmission directe qui passe parfois par des périodes difficiles, quand le jeune avance sans outils stables ni soutien formel, mais elle produit une maîtrise durable.

    À l’Ouest du Cameroun, cette logique reste centrale : la sculpture sur bois, pratiquée depuis des siècles dans les chefferies, relève d’un patrimoine culturel immatériel encore actif. La technique repose sur le retrait de matière, geste après geste, jusqu’à faire apparaître une forme liée à un usage précis. À Bandjoun, à Koung-Khi, les décors sculptés des cases sacrées témoignent de cette technique : portes, piliers et figures gardent une fonction symbolique, pas décorative, et structurent encore l’espace rituel.

    Bois sculpté sur la façade de la chefferie Bandjoun à Koung-Khi

    La sculpture sur bois garde ainsi une position centrale, même quand les matériaux évoluent. Encore chez les Bamoun et les Bamiléké, l’intégration du bronze ou du cuivre renforce la présence des figures, alourdit leur poids symbolique et inscrit l’objet dans une hiérarchie sociale lisible. Cette filière artisanale s’est maintenue malgré les pressions extérieures, notamment coloniales, qui ont longtemps poussé à la copie de modèles importés.

    Les réformes lancées entre 1946 et 1950 par Raymond Lecoq partaient d’un constat qui, sur le papier, pouvait sembler propre : arrêter la copie bête des cygnes, des Vierges et des bibelots pensés pour plaire au Blanc, et pousser les apprentis à fabriquer une œuvre du début à la fin. L’idée affichée, c’était de réveiller la créativité locale, de redonner confiance à l’artisan, de le reconnecter à ses formes d’origine. Mais sur le terrain, la sauce n’a pas toujours bien pris.

    Elles ont déplacé le centre de gravité de l’art. Avant, un masque, une statue, un siège existaient parce qu’un usage les appelait. Avec l’école, l’atelier devient le point de départ, pas la communauté. L’œuvre commence à être pensée comme une pièce autonome, qu’on peut montrer, stocker, exposer. Petit à petit, on glisse vers un art qui se regarde plus qu’il ne s’active. Ce n’est pas encore le musée, mais on s’en approche. Et là, l’art camer commence à perdre un truc : sa capacité à être d’abord un acte social avant d’être un objet fini.

    Moses Salihou
    African , b. 1981

    La peinture, elle, a déplacé son terrain sans rompre avec ses sources. Des figures comme Moses Salihou traduisent les émotions humaines en couleurs, sans rompre le fil avec ce qui a précédé. Longtemps inscrite sur les murs des cases, des palais ou des lieux de pouvoir, elle s’est progressivement invitée sur toile, métal ou supports urbains. À Douala, en 2015, Jean-Jacques Ebolo travaillait déjà sous l’ombre des bananiers à Logbaba, collectant feuilles fraîches et sèches pour composer des tableaux à base de fibres naturelles, de raphia, de noix de palmiste ou d’épluchures de maïs. À 35 ans, il disposait d’une quarantaine de toiles dans un atelier modeste, certaines annoncées pour durer jusqu’à dix ans, et avait honoré en 2010 une commande de 190 invitations végétales pour un festival.

    Joseph-Francis Sumégné, La Nouvelle Liberté

    Cette approche matérielle dialogue avec des démarches plus urbaines : Joseph-Francis Sumégné, avec La Nouvelle Liberté, a montré que récupérer, assembler, recomposer pouvait devenir un symbole collectif. Une œuvre née du rebut, longtemps contestée, aujourd’hui intégrée à la ville, preuve que l’art avance parfois à contretemps, mais finit par trouver sa place.


    De l’Héritage à la Swaggitude : Comment l’Art Camerounais Balance Entre Racines et Futur

    Le passage se fait sans annonce. L’objet quitte l’usage strict, entre dans d’autres circuits, mais il garde des traces visibles. Quand une forme sort du cadre rituel pour entrer dans une galerie ou une biennale, ce déplacement ne tombe pas du ciel. Il suit une trajectoire précise, liée aux villes, aux écoles, aux réseaux et aux contraintes matérielles. Depuis les années 1990, les artistes camer s’inscrivent de plus en plus dans des circulations internationales : résidences, foires, expositions collectives. En 2020, plusieurs plasticiens camerounais exposaient simultanément en Europe, en Afrique de l’Ouest et en Amérique du Nord, preuve que la scène a changé de schéma, sans rompre avec ce qui l’a structurée au départ.

    La bascule se voit d’abord dans les thèmes. Migration, urbanisation, écologie, droits humains : ces sujets reviennent parce qu’ils traversent le quotidien. Barthélémy Toguo par exemple travaille depuis les années 2000 sur les déplacements forcés et l’impact de la mondialisation, avec des œuvres présentées au Centre Pompidou, à la Biennale de Venise ou au Guggenheim. Ce rayonnement ne repose pas sur une esthétique exotique, mais sur une lecture directe du réel. Le travail avance nayor, sans chercher à séduire à tout prix, et c’est ce tempo qui lui permet de tenir sur la durée.


    Modernité et influences extérieures


    L’art contemporain camerounais : quand les racines rencontrent le monde

    Les influences extérieures ne sont jamais absorbées telles quelles. Elles passent par le filtre des matériaux, des récits locaux et des usages urbains. Pascale Marthine Tayou assemble sacs plastiques, fils électriques et objets du quotidien pour parler de circulation globale et de consommation. Ses installations, vues à la Tate Modern ou à la Biennale de Lyon, reposent sur des matériaux accessibles, souvent récupérés dans les marchés ou les rues. Cette pratique rejoint une logique déjà présente dans l’artisanat urbain : faire avec ce qui est là, sans cogiter sur les conditions de production.

    Dans cette logique, le parcours de Bili Bidjocka est parlant. Entre Douala, Paris, Bruxelles et New York, son travail s’est construit comme une traversée. Installations, écritures, rituels détournés : il interroge la perte, l’absence, la mémoire confisquée. L’Écriture infinie, montrée notamment à la Biennale de Dakar, utilise livres, papiers et objets ordinaires pour interroger la transmission du savoir à l’ère numérique. Le geste n’est pas nostalgique : il met en tension l’archive et sa circulation actuelle.

    La photographie a suivi le même mouvement. Samuel Fosso s’est mis en scène pour parler de polè, d’identité, de solitude, en utilisant son propre corps comme archive visuelle depuis les années 1970. Ses autoportraits, exposés au MoMA ou à la Fondation Cartier, abordent identité, pouvoir et représentation sans détour. L’image devient un outil critique, lisible ici comme ailleurs, sans se réduire à un produit pour mbenguistes.

    Les participants ne bondissent pas pour les Rencontres d’Arts Visuels de Yaoundé (RAVY) depuis 2008 qui ont contribué à sortir l’art des cercles fermés. En confrontant artistes locaux et internationaux, ces espaces ont permis des échanges directs, parfois rugueux, mais nécessaires. L’art quitte alors les lieux réservés, circule dans la ville, se frotte aux regards ordinaires, et cesse d’être perçu comme un luxe réservé aux mbenguistes.


    Les écoles et centres d’art : les pépinières de talents

    La formation structure cette dynamique. L’Institut des Beaux-Arts de Nkongsamba accueille chaque année plusieurs centaines d’étudiants, avec des cursus mêlant techniques classiques et pratiques contemporaines. On y apprend à construire une démarche, à contextualiser une œuvre, mais aussi à tenir face à des conditions piquantes comme le ndjindja pressé : peu de moyens, ateliers partagés, matériel limité. Cette contrainte produit des artistes capables de s’adapter rapidement à des contextes variés.

    Dans un autre registre, Bandjoun Station, initié par un vaillant bosco, Barthélémy Toguo, fonctionne comme un lieu de respiration. Résidences, expositions, échanges : l’espace permet aux artistes de se poser, de créer sans pression immédiate, de dialoguer avec le territoire. Là-haut, sur les hauteurs bamiléké, tradition et expérimentation se croisent sans s’annuler, dans un équilibre patient.

    La bascule récente se joue aussi ailleurs que dans les galeries. Avec les réseaux sociaux, les foires, les formats numériques, les artistes n’attendent plus l’invitation pour exister. Ils publient, montrent, circulent, parfois sans filtre.

    💡 Un jour une idée avec Eric TAKUKAM Artiste-plasticien & digital: https://www.facebook.com/reel/1889941264795874

    Dans ce way, des démarches comme celle de Eric Takukam montrent une autre voie. En s’appropriant le CryptoArt et les NFT, il ne cherche pas l’effet de mode. Il teste des d’autres couloirs, des espaces où l’artiste n’est plus dépendant des réseaux classiques pour exister et vendre. Le numérique devient alors un outil d’autonomie.

    Le travail de Boris Nzebo suit cette logique d’ancrage et de déplacement. Le man a begin par la peinture sur les enseignes des barbers, il a fait de la coiffure urbaine un langage visuel à part entière. Dans la rue comme en galerie, ses œuvres parlent de rang social, d’identité, de regard porté sur soi. Ce qui me wanda, c’est la continuité : du quat à la scène internationale (Paris, Berlin ou Dubaï), il est resté le même. C’est peut-être là que se joue l’équilibre : avancer, montrer, expérimenter, tout en gardant une ligne claire.

    C’est concret gars, ces lieux d’expression transmettent, structurent, préparent les artistes à affronter des scènes plus larges sans se perdre. La génération actuelle l’a compris : entre réseaux sociaux, expositions et nouvelles technologies, il faut apprendre à naviguer mon frère. Certains sapent leur présence en ligne, d’autres préfèrent la discrétion, mais tous cherchent à garder une cohérence.


    L’Art au Cameroun, Ce Miroir Qui Réfléchit la Vie du Pays

    Il y a des endroits où l’art sert à décorer. Ici, il sert surtout à parler quand la parole est surveillée, à montrer quand le discours tourne en rond. Chaque geste artistique s’inscrit dans le temps long, chargé d’histoire, mais aussi dans l’instant, là où ça brûle. On ne crée pas pour remplir un espace vide, on crée pour répondre, pour déplacer, parfois pour déranger. Même quand la forme change, le fond reste ancré dans le réel, dans ce qui traverse la société jour après jour.

    Ce miroir-là ne renvoie pas une image lisse. Il attrape les tensions, les colères, les silences. Il capte ce que beaucoup vivent sans toujours pouvoir le formuler. C’est pour ça que l’art ici prend vite une dimension politique, même quand il n’en a pas l’air. Il parle de pouvoir, de dignité, de place dans le monde, sans slogan obligatoire, mais avec une intensité qui marque.


    Quand l’art devient une affaire sérieuse : engagement et rébellion

    Avec Mboua Massock, la frontière entre création et combat disparaît presque complètement. Ses toiles ne sont pas pensées pour calmer, mais pour réveiller. Dès la fin des années 1970, il utilise la peinture pour dénoncer un malaise social qu’il juge déjà profond. Plus tard, son engagement sort du cadre de l’atelier : la rue devient espace d’expression, l’action politique prolonge le geste artistique. Les villes mortes des années 1990 ne sont pas une parenthèse, mais la continuité logique d’un regard critique posé depuis longtemps.

    MBOUA MASSOCK – Comptable de formation, artiste peintre par passion et homme politique affirmé : https://www.facebook.com/share/v/15C2Bf4xGz

    Comptable de formation, militant par nécessité, il transforme chaque médium en outil de contestation. Arrestations, procès, incarcérations n’ont jamais arrêté le mouvement. L’art, ici, ne cherche pas à plaire ni à rassurer. Il impose une présence, il sissia, il force à regarder ce qu’on préfère parfois éviter.

    Dans un autre registre, mais avec la même frontalité, Valsero a choisi le micro comme arme. Depuis le début des années 2000, ses textes posent des mots directs sur les frustrations collectives. Il rappe ce que beaucoup murmurent, sans détour ni arrangement. Son engagement politique assumé lui a valu la prison, mais aussi une visibilité accrue. À sa sortie, la parole ne s’est pas adoucie, elle s’est durcie, portée par une conviction intacte.

    Son parcours montre que la musique peut devenir archive du présent. Chaque morceau documente une époque, un climat, une tension. Le rap n’est plus seulement un style musical, il devient espace de confrontation, de mémoire, parfois de projection. Là encore, l’art refuse la neutralité et assume sa charge.

    Le cinéma camerounais n’est pas en reste quand il s’agit de secouer les évidences. Jean-Pierre Bekolo en a fait une signature. Avec Les Saignantes, il mélange science-fiction, satire politique et critique sociale dans une forme qui déstabilise. Le film parle de corruption, de pouvoir, de corps féminins instrumentalisés, sans jamais adopter un ton didactique. Il montre, il suggère, il laisse le spectateur inconfortable.

    Ce cinéma-là ne cherche pas l’adhésion facile. Il interroge la manière dont les récits sont construits, dont l’Afrique est souvent filmée par d’autres. En détournant les codes, Bekolo propose une autre grammaire visuelle, plus libre, plus abrasive. L’image devient un lieu de résistance intellectuelle, un espace où penser autrement reste possible.


    L’art se digitalise : les plateformes et la nouvelle scène

    Avec le numérique, une autre porte s’est ouverte. Les artistes n’attendent plus qu’un producteur ou une institution leur donne une place. Ils publient, diffusent, construisent leur audience eux-mêmes. Des acteurs comme Arthie Le Créatif, de son vrai nom Armand-Thierry Nguélé ont très tôt compris l’enjeu. À travers Studio Darthie en 2012, une agence digitale qui aide les artistes à prendre d’assaut le numérique. Et en 2015, il a poussé encore plus loin avec Label Digital, un label qui permet à des centaines d’artistes d’être écoutés au-delà des frontières.

    Cette dynamique ne concerne pas que la musique. Les plateformes locales comme Deedo, qui cartonne depuis 2017, donnent une visibilité internationale aux artistes africains et offrent des alternatives aux circuits dominants, réduisant la dépendance aux grandes industries culturelles. Le numérique devient alors un espace de stratégie, parfois de débré, où chacun apprend à naviguer sans perdre sa cohérence artistique.

    Dans le champ de l’image et du dessin, Annick Kamgang, connue sous le nom de Kam, incarne cette nouvelle scène. Ses bandes dessinées et dessins de presse circulent largement en ligne, avec un style direct qui aborde les luttes sociales et politiques sans détour. « Lucha, chronique d’une révolution sans armes » (2018) en est un exemple marquant : raconter la contestation sans discours long, en laissant l’image faire le travail. Ici, le digital n’est pas un simple support, mais un prolongement naturel de l’engagement artistique.


    L’Art Camerounais : Toujours Debout, Toujours Fort!

    On arrive au bout du chemin, mais pas à la fin de l’histoire. De la sculpture qui parlait déjà aux ancêtres jusqu’aux œuvres numériques qui circulent aujourd’hui sans demander de visa, l’art camerounais a toujours su tenir l’équilibre. Il change de forme, il change d’outil, mais il garde le même souffle. Rien n’est figé, tout se transforme, et c’est précisément là que réside sa force.

    Les artistes composent avec l’héritage, les influences venues d’ailleurs et les contraintes du présent. Ils prennent ce qui vient, ils trient, ils réinventent. Certains waka entre plusieurs médiums, d’autres creusent un seul geste jusqu’au bout, mais tous racontent le même territoire, avec ses tensions, ses rêves et ses silences.

    2ÈME ÉDITION DE LA DOUALA ART FAIR

    Dans cette dynamique, les événements jouent un rôle clé. La Douala Art Fair s’est imposée comme un espace où la scène locale se montre sans filtre, directement au contact du public et des regards venus d’ailleurs. Le choix de présenter les artistes plutôt que les galeries dit beaucoup : ici, on met la création avant le décor. Les prix décernés, les sélections, les échanges sur place dessinent un marché, mais surtout une communauté qui se structure.

    Ce genre de rendez-vous rappelle que l’art n’existe pas en vase clos. Il a besoin de lieux, de temps forts, de rencontres. Quand des artistes camerounais exposent aux côtés de créateurs venus du Tchad, du Congo ou de la RDC, ce n’est pas juste une vitrine, c’est une conversation. Et dans cette conversation, chacun affine son langage, son positionnement, sa manière de dire le monde.

    Bien sûr, le chemin reste chap. Financements rares, reconnaissance inégale, fatigue accumulée à force de tenir sans filet. Mais malgré tout, ça avance. Les œuvres continuent de naître, les idées circulent, les jeunes regardent, apprennent et prennent le relais. Tant qu’il y aura des créateurs pour inscrire leurs visions dans la matière, l’image ou le son, l’art camerounais restera debout.

    Alors la question se pose sans détour. Est-ce qu’on regarde de loin, ou est-ce qu’on s’implique ? Suivre une expo, partager une œuvre, aller à une foire, soutenir un artiste, c’est déjà faire partie du mouvement. Ici, l’art n’est pas juste beau, il est vivant. Et tant qu’il johnny, il ne s’éteindra pas.

    Merci d’avoir suivi ce voyage artistique.