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  • Traditions et Croyances au Cameroun

    Traditions et Croyances au Cameroun

    Au Cameroun, tradition c’est le geste transmis qui règle la vie — nommer l’enfant, saluer les aînés, marier, enterrer. Croyance c’est ce qui fait tenir ces gestes : les ancêtres qui bénissent ou sanctionnent, les forces des lieux, Dieu qui voit. Le visible et l’invisible marchent ensemble.

    Regarde le pays Mofu : avant un grand acte, on consulte un devin (mbidla) ; s’il parle de sacrifice, on suit le protocole — animal choisi, couteau réservé, sang posé un instant sur l’autel, parts codifiées, paroles dites. Là-bas, le sacrifice aux ancêtres est courant, concret, et c’est lui qui relie maison, lignage et terroir. Tu vois non ?

    Plus bas vers Maroua (Diamaré), même la forme des tombes parle : en montagne et en plaine, deux manières d’ensevelir qui expriment des rapports différents aux morts et aux ancêtres ; les fouilles laissent entrevoir un culte des ancêtres actif dès le début du IIᵉ millénaire. Le paysage social s’est tissé avec des allers-retours de populations, et ça se voit dans les façons d’habiter, de prier, d’enterrer.

    Donc, quand on parle de traditions et de croyances au Cameroun, on parle de répertoires où chacun puise selon le moment : la chefferie qui arbitre et protège, la famille qui “fait passer” un âge de la vie, la prière à l’église ou à la mosquée, la consultation du thérapeute. En ville comme au village, ça se combine, ça se discute, ça se réinvente — mais toujours avec ce bouclage du geste et du sens, du visible et de l’invisible. Et même la manière de parler — « Tu es même comment ? » → on rappelle la règle attendue sans la nommer, « Tu acceptes, non ? » → on attend un oui qui scelle le geste. La parole confirme l’acte. — rappelle que parler et croire vont ensemble.

    1. Héritages, gestes et cosmologies : le socle “traditionnel”
      1. Rites qui ordonnent la vie (naître, grandir, s’unir, partir)
        1. Naître sous protection — Noms, bénédictions, protections d’enfance
        2. Devenir quelqu’un — Initiations, apprentissages, responsabilités
        3. Faire alliance — Mariage, dot, parenté, médiations
        4. Rejoindre les ancêtres — Funérailles, mémoires, continuité du lignage
      2. L’invisible en cartes : ancêtres, forces et médiateurs
        1. Les ancêtres présents — mémoire, bénédiction, sanction
        2. Forces et interdits — chance, malchance, “propreté/impureté”
        3. Médiateurs du lien — chefs, notables, thérapeutes, devins
        4. Objets et lieux puissants — masques, reliquaires, arbres, sources
    2. Recompositions, cohabitations et controverses contemporaines
      1. Religions instituées et traditions locales : cohabiter, traduire, contester
        1. Traductions du sacré — catéchèses, islam local, syncrétismes, renaissances
        2. Ruptures et interdits — dénonciations de pratiques “incompatibles”.
        3. Nouveaux médiateurs — pasteurs, imams, prophètes, thérapeutes.
        4. Éthique du quotidien — soins, commerce, réussite, protection, justice.
      2. Villes, mobilités et écrans : traditions en mouvement
        1. La ville comme laboratoire — Nouveaux voisinages, recompositions d’entraide
        2. Soigner et croire autrement — Pharmacies, cliniques, thérapeutes, “prières-soins”
        3. Diaspora et retours — Réinventions, transferts, solidarités transnationales
        4. Le religieux en ligne — Prédications, rituels à distance, rumeurs, fact-checking
        5. Au bout du chemin : traditions et croyances qui tiennent la maison

    Héritages, gestes et cosmologies : le socle “traditionnel”

    Ekié, chez nous on voit d’abord ce qui se touche : masques, autels, tambours, chefferies, funérailles — le visible. Mais tous ces gestes tiennent parce qu’ils branchent les vivants sur des forces, des ancêtres, des interdits et des protections — l’invisible. Sur les Hauts-Plateaux, l’art de cour relie les chefs, quasi-sacrés, au monde des aïeux ; chaque siège perlée, chaque porte sculptée, sert de relais entre ici et là-bas (exposition “Du visible à l’invisible”). Au Littoral, le Ngondo des peuples Sawa organise la rencontre rituelle avec les puissances de l’eau pour parler santé du fleuve, pêche, avenir commun. Dans l’Ouest, les Bamilékés gardent des objets “chauds” (masques, reliquaires) dont l’efficacité symbolique peut faire et défaire le lien social — demande à Bamendou : le masque tukah qu’on réclame “au pays” reste au centre des conversations de la chefferie. Bref, on fait pour croire et on croit pour faire. Plus loin, on verra comment la ville, l’école, les Églises de réveil et la mémoire des traumatismes (par ex. les fiέ’ mènzhɛ “rites de la route” chez les Yemba) ont recomposé ces équilibres — mais gardons d’abord le socle.


    De la grossesse aux funérailles, les rites balisent les âges de la vie et accrochent l’individu à sa famille, son lignage et son terroir. Ce sont des obligations “douces” mais sérieuses : on ne joue pas avec les choses des ancêtres, abeg.


    Naître sous protection — Noms, bénédictions, protections d’enfance

    Dès la grossesse, on ferme les portes et on ouvre les bénédictions, tu vois non ? Chez les Beti, la mère qui est bèlè (enceinte) se tient loin des enterrements, évite certains animaux et nourritures : l’idée, c’est que « l’enfant mange ce que mange sa mère » et que, jusqu’à la naissance, leurs deux corps n’en font qu’un. Ces interdits protègent la vie en formation et, en même temps, règlent la conduite du couple ; si tu déroges, ce n’est pas seulement “mauvais signe”, c’est toute la maison qui porte le poids.

    Dans le nord du Cameroun, Kodoko, jeune femme Mouktélé, attend son deuxième enfant. Un rite d’exorcisme va être pratiqué pour extraire de son corps le Matsam, âme néfaste des Mouktélé autrefois exécutés pour sorcellerie, qui se loge dans le corps des femmes enceintes.

    Le nom protège aussi en ruse. Dans bien des groupes, on garde un nom secret, ou on évite d’appeler l’enfant par son nom la nuit, en brousse ou sur l’eau ; toujours chez les Ewondo (Beti), on passe par un nom codé (ekiga) : mieux vaut que l’invisible n’attrape pas ton vrai nom. Ces précautions disent une chose simple : le nom, c’est déjà un morceau de la personne ; si on le manipule mal, ça chauffe.

    Nommer, ce n’est pas seulement dire ; c’est façonner. Chez les Bamilékés, le garçon prend souvent son nom après la circoncision, la fille après le perçage des oreilles : on appelle cela shu tèsè, « envoyer le nom » ; le geste grave le statut et installe la protection qui va avec. Chez les Banen (Centre), on remet le nouveau-né à la doyenne du côté du père (ou de la mère si elle est banen) avant d’imposer le nom : qu’il prenne les qualités de celle qui le porte, non ? En filigrane, la bénédiction passe par la bonne main qui nomme.

    Quand le bébé arrive, on n’étale pas son nom n’importe comment : on lui dit d’abord, on l’attache au lignage, puis à la communauté, et c’est là que les bénédictions se déposent. Chez les Mafa (Nord Cameroun), l’aîné qui nomme mâche un peu de boule de mil et en postillonne sur l’enfant en soufflant le nom : parole + salive = vie qui prend. Chez les Kera (voisins du Logone), le père appelle le nom trois fois (garçon) ou quatre fois (fille) avant de recevoir l’enfant des bras de la mère et d’invoquer les ancêtres. Chez les Douala, on s’assure qu’un défunt a bien “pris corps” dans un nouveau-né par la reprise de son nom : ainsi, le nom devient pont entre maison des vivants et maison des anciens. Partout, le nom est bénédiction socialisée : il fait entrer l’enfant “dedans” et place la famille sous regard des aïeux.

    Et quand l’enfant “ne va pas”, on ne reste pas là à regarder. Chez les Wuli/Mfumte (Nord-Ouest), on renforce par de petits sacrifices au(x) autel(s) ; ailleurs, on change le nom pour réaligner sa trajectoire : « ce n’était pas son vrai nom », disent les anciens, on lui donne celui qui convient et, souvent, la santé revient. Même logique quand la famille lit la maladie comme un désordre relationnel : on consulte, on prie, on traite, on renomme parfois ; l’important, c’est de refermer les brèches autour de l’enfant.


    Devenir quelqu’un — Initiations, apprentissages, responsabilités

    Grandir au pays, ce n’est pas seulement « avoir l’âge » : c’est entrer dedans, apprendre les limites, et prendre sa part. Chez les Wuli encore, on “fabrique” la personne par des passages réglés autour des « sociétés initiatiques », dont : on y apprend la maîtrise de soi, les alliances utiles et la manière de parler aux puissances. Le “sacrifice” ne se fait pas dans la précipitation ; il se décompose en gestes précis — poulet immolé, libations, dépôts sur autels — qui ferment les brèches et ouvrent la route, sous l’autorité de gardiens d’objets et de paroles (transmission souvent héréditaire). Là-bas, un cycle de rites saisonniers se double d’un foisonnement de rituels “à la demande” qui initient, protègent, ou réparent ; l’initié sort avec des droits, des devoirs, et un réseau d’entraide et de justice coutumière.

    Comment devient-on un homme dans la tradition Ewondo ?

    Dans bien des maisons, la maladie ou la turbulence sont lues comme un désordre relationnel : quelqu’un a “touché” l’enfant, ou le lien entre proches s’est gâté. Chez les Beti, on nomme kong une forme de prédation occulte qu’on accuse aux fortunes trop rapides ; chez les Bamiléké, on parle de famla pour la même logique d’attaque et de capture. Ailleurs, chez les Bassa’a, on craint m’song (envoûtement par objet), et chez les Manguissa/Ossananga, mengboto viserait surtout les jeunes, comme si la réussite devait être arrêtée à la source.

    Dans ces contextes, la réponse combine parole familiale, médiation d’aînés, recours aux tradithérapies ou au devin-thérapeute, et, de plus en plus, accompagnement psychothérapeutique qui prend au sérieux la plainte de sorcellerie pour réduire l’angoisse et réorganiser les relations. Le fil commun est clair : fermer les frontières de la maison, remettre chacun à sa place, et donner à l’enfant une trajectoire où il peut respirer.

    Au bout du compte, devenir quelqu’un reste une affaire de mains multiples : les sociétés d’initiation et leurs maîtres forment et obligent ; les doyens et les thérapeutes cadrent et soignent ; la famille veille et répond. Les formes varient d’un terroir à l’autre, mais la logique est la même : on devient adulte en acceptant des règles visibles qui parlent à des puissances invisibles, et en assumant publiquement les responsabilités qui vont avec — parce que chez nous, « la personne se tient par les autres ».


    Faire alliance — Mariage, dot, parenté, médiations

    Chez les Mouktélé des Monts Mandara, au nord du Cameroun, on n’épouse pas une nga (femme) comme on buy une mangue au marché. Le mariage suit des étapes codifiées : d’abord les demandes formelles portées par des émissaires, ensuite les dons et contre-dons qui balisent la route, puis la résidence de la femme fixée par accord, enfin le haddama, prix de la fiancée, soigneusement mesuré pour ne pas froisser. Autour de ces étapes gravitent un faisceau d’interdits : respect du beau-père et de la belle-mère, conduites sexuelles réglées, et sanctions prévues pour ceux qui transgressent. Quand les choses se compliquent — stérilité, lévirat (quand un frère prend la veuve de son cadet), exogamie — des procédures reconnues par la coutume interviennent pour que la maison ne s’effondre pas. Ici, l’alliance n’est pas un simple contrat entre deux individus mais une affaire de maisons entières, une mise en circulation de femmes, de biens et de paroles qui doivent rester alignées, sinon la jalousie ou le conflit empoisonnent le village.

    Le mariage traditionnel au Cameroun, un véritable parcours du combattant

    Dans les Grassfields de l’Ouest, les Bamiléké, Bamoun et voisins multiplient les médiations : on envoie des notables, on convoque des témoins, on scelle l’accord avec des “paroles fortes” qui valent serment. La dot, appelée aussi « vin de palme de la fiancée », n’est jamais une simple transaction. C’est une attache sociale qui oblige les deux familles à collaborer et à se respecter. Le refus de restituer la dot en cas de séparation signifie clairement que l’alliance n’est pas “prêt à l’essai” : comme on dit chez nous, « on n’emprunte pas une femme deux fois ». Derrière ce proverbe, c’est tout un système juridique qui se dessine : la dot établit des droits sur les enfants, légitime les héritiers, règle les échanges de biens.

    Du côté du Littoral, chez les Sawa, les alliances s’accompagnent souvent de rites liés à l’eau et aux ancêtres : les libations de vin de palme, les prières devant les esprits de l’eau rappellent que l’union doit être bénie par le monde invisible. Les ancêtres sont invités à « boire d’abord » avant les mariés, à protéger la fertilité et la paix du foyer. Dans plusieurs villages bassa, on ne commence pas un repas de noces sans verser quelques gouttes au sol, pour que ceux qui ont précédé continuent de marcher avec les vivants.

    Partout, les logiques diffèrent, mais la trame reste la même : l’alliance crée un pont entre lignages, fonde des droits et des devoirs, obtient la bénédiction des ancêtres et cherche à neutraliser les risques — la stérilité, la jalousie, la sorcellerie. Les montants et les règles varient selon qu’on est dans les Mandara, les Grassfields ou au bord du Wouri, mais la finalité demeure : maintenir l’équilibre entre deux familles et transformer une femme et un homme en charnière vivante de deux mondes. Car ici, “se marier” ne signifie pas seulement s’aimer : c’est faire tenir les maisons ensemble.


    Rejoindre les ancêtres — Funérailles, mémoires, continuité du lignage

    Quand quelqu’un part, ce n’est pas seulement un corps qu’on enterre : c’est un passage qu’on doit ouvrir correctement, sinon la maison entière risque de “prendre”. Chez les Bamiléké de l’Ouest, la mémoire passe par les crânes gardés dans des autels reliquaires. Ces restes visibles deviennent des points de contact : on y verse vin de palme, on y dépose viande et farine de maïs. Chaque offrande entretient la présence des aïeux dans la maison et sur le champ. Si l’autel est négligé, on dit que la récolte elle-même se fâche.

    Chez les Wuli (Mfumte, Nord-Ouest), la continuité se scelle par des sacrifices organisés autour du mort. On “ferme les attaques” en immolant poulet ou chèvre, et l’on accompagne l’âme du défunt pour qu’il trouve place du côté des protecteurs. Ne pas faire ces gestes, c’est courir le risque que le disparu reste errant, sans rôle assigné, et revienne troubler les vivants par maladie ou malchance.

    Au Littoral, chez les Sawa, la grande fête du Ngondo dit publiquement ce lien : sur le fleuve, les chefs coutumiers dialoguent avec les esprits de l’eau, les Miengu/Jengu. On y plonge un message rituel qui “remonte” la réponse. Si la communauté a respecté ses devoirs, les esprits promettent protection et abondance ; si elle a fauté, on redoute accidents, disette ou naufrages. Ce pacte rappelle à chacun que la paix du groupe dépend de la fidélité au contrat avec l’invisible.

    Dans la chefferie Bamendou (Ouest, Grassfields), l’exemple du masque tukah illustre la force prêtée aux objets fondateurs. Même conservé loin, au musée en Europe, on raconte qu’il a “répondu” par colère, brisant les arbres sacrés du village. Pour les habitants, ce masque n’est pas un bois sculpté : c’est un sujet rituel qui protège ou sanctionne selon qu’on l’honore ou qu’on l’offense.

    Le masque camerounais tukah, soustrait à son peuple dans les années 1950

    Derrière ces pratiques, la logique est constante : la “bonne mort” fait la “bonne mémoire”. Si on respecte le code, le mort devient un ancêtre utile, protecteur, moteur de bénédiction. Si on bâcle les funérailles ou qu’on oublie les reliques, l’aïeul pourrait retourner en errant dangereux.


    Le visible (imposition, salive, scarification, oreille percée) et l’invisible (bénédiction, ancêtres, peurs) marchent ensemble, donc. Or ces passages de la vie n’ont de force qu’adossés à une carte de l’invisible.


    Chez nous, ce qui ne se voit pas commande souvent ce qui se voit. Les villages ont leurs “plans” de l’invisible : les ancêtres qu’on nourrit, les génies qu’on consulte, les interdits qu’on respecte, et des passeurs — chefs de maison, doyens, devins, thérapeutes — qui tiennent la ligne.


    Les ancêtres présents — mémoire, bénédiction, sanction

    Dans les montagnes du Diamaré (Mofu), on fait d’abord boire et manger les anciens avant soi : on verse à terre la première gorgée de bière de mil, mepesey, puis l’on présente aux autels des parts codifiées — viande grillée ou en sauce avec boule de mil — comme à des vivants qui gardent leurs habitudes d’antan. La parole est libre pour prier, mais les gestes suivent un code serré ; les femmes préparent, les hommes offrent, et personne ne doit “toucher” l’ustensile au hasard, sinon l’ancêtre refuse. Ici, bénédiction ou colère se lisent dans l’acceptation du sacrifice, et la moindre entorse peut « fâcher » ceux d’en haut.

    Dans Mondoblog Audio, Écclésiaste Deudjui nous raconte le déroulé d’un enterrement traditionnel en pays Bassa.
    Un article à lire ici : https://achouka.mondoblog.org/2023/01…

    Plus au sud-ouest, chez les Bangwa (Grassfields), la continuité des personnes commence à la naissance : le cordon, l’eau, le feu, la porte de la case deviennent des marqueurs de passage. Ces symboles guident des prescriptions autour du nouveau-né et de sa mère ; ils relient le bébé à la maison des aïeux et tracent d’emblée l’axe des bénédictions à venir.

    Dans tout l’arc Mandara (Mafa, Mofu-Gudur, Kapsiki, Fali, Bura, Gemjek…), la place du mort — assis, couché, selon l’âge, le sexe, la “manière” de mourir — annonce aussi son statut futur parmi les anciens ; la tombe, sa forme, son emplacement dans le cimetière de clan parlent comme un dernier message.

    Deux types de sépultures des populations montagnardes

    Forces et interdits — chance, malchance, “propreté/impureté”

    L’invisible n’est pas que douceur ; il cadre la vie par des « on ne fait pas ça » qui protègent et disciplinent. Encore chez les Mofu, on sépare nettement deuil et sacrifice : celui qui revient d’un enterrement ne boit pas la bière rituelle pendant quatre jours, pour ne pas mêler tristesse et joie, mort et offrande — la “contagion” de la mort doit rester dehors. Ils connaissent aussi des sacrifices non sanglants (libations, offrandes végétales) qui montrent que la force ne vient pas que du sang, mais du respect du temps, des gestes et des matières “propres”.

    Chez les Bangwa, les premiers mois de l’enfant sont bordés par des petites défenses : éviter certains feux, certaines eaux, certaines sorties. Rien n’est gratuit : chaque micro-interdit tient un fil entre la maisonnée et les puissances, pour “tenir le destin tranquille”.

    Les Béti eux, considèrent la stérilité de la femme comme une malédiction; elle retiendrait les enfants à venir en son sein (Nkom). Cet état pourrait venir de la rupture d’un interdit, l’action d’une puissance maléfique, d’un mauvais sort, de la pratique de la sorcellerie, du mécontentement d’un parent lésé lors du partage de la dot, ou encore d’un mariage qui est fait sans l’accord de la famille. Bref toutes les raisons sont bonnes pour rendre un fait naturel, surnaturel. Cela provoque surtout un puissant stress lors de la grossesse. C’est pourquoi les femmes Béti ne se confient d’abord qu’à une autre femme plus expérimentée dont elle ne la soupçonne pas de pratiques maléfiques; c’est là, la première protection que reçoit l’enfant à venir. En effet la croyance veut que la femme qui ne se montre pas discrète perdrait son enfant à cause d’une des raisons évoquée plus tôt.


    Médiateurs du lien — chefs, notables, thérapeutes, devins

    Au pays, le « chef » n’est pas qu’un administrateur : c’est la bouche du village et le gardien des passages vers l’invisible. L’État le reconnaît comme auxiliaire administratif (trois degrés de chefferies depuis le décret de 1977), mais sa légitimité locale s’enracine dans des charges rituelles, des sociétés coutumières et des lieux interdits au profane.

    Chez les Bamouns, on voit bien l’articulation entre autorité politique et autorité rituelle : le Ngouon est une séquence codifiée où des chefs rituels consultent le peuple, entrent de nuit au palais et « parlent » avec le Mfon (roi) pour dire l’état du royaume — un contrôle du pouvoir par le sacré autant que par la parole publique.

    Le Nguon désigne une série de rituels entre le Mfon (monarque) et son peuple. Destinés à promouvoir le dialogue, l’harmonie et la paix, ces rituels sont observés par la communauté Bamoun de la région de l’Ouest du Cameroun. Les rituels sont transmis de manière informelle et comprennent des consultations communautaires, un « procès » public sur la gouvernance du monarque et des réjouissances populaires. Les rituels du Nguon sont considérés comme une source de cohésion sociale et de résilience et comme un moyen de défendre des valeurs telles que la responsabilité et l’humilité.

    Dans les Grassfields bamiléké, autour du fo (chef), des notables et sociétés (ex. dignitaires wabo) gardent tambours sacrés, instruments et secrets ; ils tiennent la main sur certaines opérations rituelles et sur la « police » du sacré.

    Plus localement, chez les Bafou (bamiléké), chaque famille dispose d’un sanctuaire pour entrer en communion avec ses ancêtres ; le chef de lignage et les notables y orchestrent offrandes et sacrifices, preuve que la médiation n’est pas que royale : elle descend jusqu’au foyer.

    Il y a toujours quelqu’un pour “tenir la parole” entre visibles et invisibles. En pays Mofu, avant tout grand geste, on s’assure auprès du devin inspiré — mbidla, parfois femme-devin facalao — que la route est ouverte. Le responsable du sacrifice obéit alors à l’ordonnance donnée : tel ancêtre doit être servi d’abord, telle offrande doit précéder telle autre ; sans cela, le grand rite reste bloqué. Dans la cour, le sacrificateur ouvre, le doyen ponctue, chacun prend la parole à son rang — l’autorité sociale s’entrelace à l’autorité spirituelle, sans micro ni mairie, mais avec un sérieux qui ne souffre pas le désordre.

    Côté thérapeutes, la figure du nganga (devin-guérisseur) reste centrale : il enquête sur la cause « invisible » du mal, dramatise la consultation (mise en scène, parole performative) et encadre le patient au sein d’une communauté d’initiés — parfois véritable « famille de substitution » le temps de la cure. Ces pratiques de divination/soin sont décrites de l’intérieur par l’ethnographie, et le Cameroun reconnaît officiellement la médecine traditionnelle comme un sous-secteur du système de santé.

    Sur la côte Sawa, les autorités coutumières servent aussi d’intermédiaires lors du Ngondo : on « consulte » les Miengu/Jengu (esprits de l’eau) — les chefs traditionnels portent la parole du peuple vers l’élément-eau, puis ramènent la réponse oraculaire.

    Au moment des funérailles dans les monts Mandara, ce sont les jeunes hommes qui portent le corps en position assise ; ce rôle n’est pas anodin : il forme et affiche publiquement ceux qui, demain, auront charge de famille et parole rituelle.


    Objets et lieux puissants — masques, reliquaires, arbres, sources

    Les masques ne sont pas de simples « œuvres » : ils portent des charges et des procédures. Dans les Grassfields, les masques d’éléphant de la société Kùosi (perles, textile, bois) signalent rang, protection et justice rituelle. Les grandes expositions l’ont montré en insistant sur la logique « du visible à l’invisible » : trônes perlés, ndop, danses… sont des supports d’efficacité sociale.

    Les reliquaires du Sud forestier (peuples Fang/Betsi/Bulu au Cameroun) donnent la version la plus explicite du lien ancêtres/objets : une boîte d’écorce contenant os/secs d’ancêtres est coiffée d’une figure byeri (nlo/eyema byeri) — gardien qui protège, éduque (initiations) et condense des qualités morales (force calme, vitalité). La statuaire a circulé dans les musées, mais la fonction première reste la garde et l’accès aux reliques familiales.

    La société secrète Byeri et le culte des ancêtres

    Pour les arbres et forêts sacrées des bam’s par exemple, le couple chef/ancêtres se matérialise en bordure des palais : bois sacrés, cimetières royaux, cases d’initiation et autels, sous la protection d’arbres « piliers » (baobabs, fromagers/Ceiba pentandra). Ces forêts sont espaces de serments, d’enterrements de princes, de rites d’agrégation et de consultations — et, de fait, un ancien dispositif de conservation du vivant.

    L’invisible aime les bonnes “adresses”. Chez les Mofu, les autels familiaux, avec leurs bols dédiés, sont le point d’ancrage des offrandes ; la viande y est déposée par parts soigneusement réglées, la bière arrose les autels et quelques gouttes vont “aux lointains”. Le lieu, l’objet et la formule font bloc : c’est la combinaison qui donne la force.

    Les sources et rochers sacrés tiennent la même place d’interface : à Bansoa (bamiléké), un site appelé tsu’Ssi combine source, roches et autels en pierre ; on y sacrifie et on y jure au nom des fondateurs divinisés — preuve que l’eau « parle » quand elle est mise en autel.

    Sur la côte Sawa, l’eau est littéralement oracle pendant le Ngondo.

    Enfin, les crânes eux-mêmes sont des objets-relais : chez les Bamilékés, leur entretien et leur consultation maintiennent le pacte entre vivants et morts ; on redoute leur colère si le lien est rompu — une autre façon de dire que la maison, la case sacrée et le reliquaire sont des « postes » de communication.


    Recompositions, cohabitations et controverses contemporaines

    Aujourd’hui, le Cameroun vit une triple articulation délicate : les chefferies traditionnelles qui revendiquent leur légitimité ancestrale, les religions missionnaires importées (christianisme, islam) désormais solidement implantées, et un État républicain qui affirme sa laïcité. Cette configuration produit à la fois des tensions et des hybridations : les chefs coutumiers gardent leur rôle de gardiens de valeurs et d’identité, tandis que les Églises et mosquées introduisent d’autres normes spirituelles et sociales, souvent concurrentes. Entre héritages locaux et modèles venus d’ailleurs, la question centrale reste la même : comment concilier la force des traditions et la neutralité d’un État pluraliste, dans un contexte où cohabitent croyances anciennes, religions instituées et modernités urbaines .


    Au pays, les mondes chrétiens et musulmans ne sont pas venus balayer ce qu’on avait déjà ; ils se sont greffés dessus. L’islam est entré par le Nord au XVIII/XIXᵉ siècle, porté par les Foulbé et les lamidats, et s’est frotté aux groupes dits Kirdi. Le christianisme arrive plus tard via les missions (protestantes d’abord, puis catholiques), avec écoles, catéchèses et traductions en langues du pays. Depuis, on vit la cohab’ : dimanche à l’église ou à la mosquée, mais les affaires d’ancêtres, de protections et de tabous continuent de structurer les familles. Et côté langage même, on cause « à la camerounaise » — le français, le pidgin et les langues locales se mélangent et déplacent les normes : tu vois non ?


    Traductions du sacré — catéchèses, islam local, syncrétismes, renaissances

    Depuis un siècle et demi, l’islam (par le Nord, avec les lamidats foulbé) et le christianisme (vagues missionnaires, écoles, catéchèses) se sont greffés sur des régimes rituels plus anciens. Aujourd’hui, la majorité se dit chrétienne (≈60 %), l’islam pèse lourd (≈35 %), et les héritages “traditionnels” restent actifs, surtout à l’Ouest, au Sud et à l’Est : on prie au temple, mais on garde les gestes de maison pour la santé, la réussite et la protection. C’est la cohabitation serrée qui fait le style camer : on traduit, on arrange, on met des limites quand “ça chauffe”.

    Missionnaire français avec le sultan de Ngaoundéré en 1920.

    Chez les Dii (Nord), l’histoire résume bien la greffe double : contact ancien avec l’islam au XIXᵉ ; au XXᵉ, vagues missionnaires et gros chantier de Bible en dii (comité de langue structuré dès 1962, Nouveau Testament bouclé vers 1970 et publication moderne en 2001). Chaque mot devient un carrefour : reprendre un terme indigène du divin ou le bannir pour éviter l’étiquette « fétiche » ?

    L’implantation n’est pas sortie du néant. Côté islam, la poussée foulbé issue du djihad d’Ousman dan Fodio a maillé les plaines d’Adamaoua et du Nord de lamidats où coran, école et justice musulmane ont circulé avec les caravanes ; la carte actuelle de l’islam (fort en Adamaoua, Nord et Extrême-Nord, présent aussi chez les Bamouns de l’Ouest) en garde la trace.

    Côté christianisme, les baptistes anglais débarquent très tôt (mission de Bimbia-Bonabéri en 1843), suivis par d’autres familles protestantes puis par l’Église catholique, qui organise aujourd’hui 20+ diocèses ; l’ensemble propulse catéchèses, écoles et traductions bibliques en langues locales.

    Lettre du Pr. Kum’a Ndumbe III au Synode Général de l’Eglise Evangélique du Cameroun 2012
    Photo: Joseph Kuoh, Charles Maître, Joseph Ekollo, Elie Allégret, Jacob Modi Din (right)

    Les catéchèses ont lancé un gros chantier de traduction biblique (comités de langue, lexiques, choix des mots pour « Dieu », « esprit », etc.). Tout le monde ne veut pas le même style : certains récupèrent des termes anciens pour « apprivoiser » la Bible, d’autres disent « danger de syncrétisme ». Résultat : ni copie, ni rupture — une foi traduite qui parle comme on parle au village et en ville.

    Dans les lamidats, l’islam lui aussi se localise : prières et apprentissages coraniques au centre, mais tolérance pragmatique pour certaines médiations coutumières (parentés rituelles, arbitrages des notables) tant que l’ordre social tient. Ce double ajustement — mosquée/église d’un côté, coutumes de l’autre — explique pourquoi, sur le terrain, beaucoup vivent la religion comme une traduction continue plus que comme un « switch » définitif.

    Chez les Beti/Fang, le parcours courant c’est baptême–confirmation–mariage à l’Église, et, en même temps, couverture spirituelle pour le commerce et la vie sociale. Gérer une boutique au marché, devenir mfan mot (statut reconnu), viser le mvoe (bien-être accompli), tout ça demande de “caler” l’Invisible : veillées, jeûnes, prières dans les Églises de réveil, parfois consultation d’un nganga de confiance pour fermer les chemins au kong (attaque occulte) et neutraliser la jalousie. Les enquêtes sur les petits commerçants beti/fang à Yaoundé décrivent clairement ce capital magico-religieux mobilisé pour sécuriser réputation, clients et chiffre du jour. Là où ça marche, “tu n’as pas la pression” ; si tu négliges, “c’est caillou”.

    À l’Ouest, Bamilékés et Bamouns conjuguent liturgies chrétiennes (paroisses denses, catéchèses) et forte centralité des chefferies/ancêtres. On peut communier le matin et, le soir, verser une libation au pas de porte, nourrir l’autel familial, ou participer à une danse de sortie de deuil. La Route des chefferies a bien rappelé ce fil “du visible à l’invisible” : masques, reliquaires, forêts sacrées, tout un patrimoine qui continue d’ordonner la mémoire et la protection, tout en dialoguant avec l’art chrétien et l’art contemporain. Côté Bamoun (islamisé de longue date), mosquées et chefferie co-régulent la vie morale, avec un islam local intégré aux institutions du royaume.

    Chez les Sawa du Littoral, la carte est lisible : catholicisme et protestantisme bien installés en ville (réseaux paroissiaux, catéchèses, envois massifs de catéchistes — par ex. à Douala), et, chaque année, le Ngondo réaffirme, sur l’eau, l’alliance avec les esprits du fleuve et la mémoire des lignages. C’est un bon exemple de syncrétisme à la camerounaise : calendrier chrétien d’un côté, fête “de la maison” de l’autre, sans forcément mélange confusionnel — plutôt une gestion des registres selon le contexte.


    Ruptures et interdits — dénonciations de pratiques “incompatibles”.

    Dès l’époque missionnaire, beaucoup de gestes “de maison” (libations, reliquaires, bains, consultations) sont reclassés fétichisme et priés de sortir de la scène publique. Les Églises s’implantent par les catéchèses, l’école et la paroisse, et posent leurs lignes rouges ; côté islam, les lamidats rappellent les distinctions halal/haram et challengent certaines pratiques locales. Cette moralisation a posé, très tôt, une grammaire du “compatible / incompatible” avec la foi importée. Aujourd’hui encore, l’équilibre national se lit dans les chiffres : majorité chrétienne, islam fort, et héritages toujours actifs — une cohabitation qui produit régulièrement des arbitrages serrés.

    Dans les paroisses très denses de l’Ouest, du Littoral et des grandes villes, la prédication comme la formation de milliers de catéchistes rendent plus visibles les dénonciations de “pratiques non compatibles” (culte des crânes, bains rituels, consultations). À Douala, l’envoi d’environ 1 000 catéchistes en décembre 2023 montre à quel point l’appareil ecclésial encadre la vie morale et appelle à “rompre avec les œuvres des ténèbres” — ce qui met la pression sur les rituels familiaux gardés en sourdine.

    Sur le terrain, le discours “Reste à Jésus, leave les choses d’avant” fait que, chez les Dii (Adamaoua–Nord), plusieurs gestes autrefois publics (paroles aux autels, bains protecteurs, dons codifiés) passent low profile : on ne les proclame plus, on les délocalise hors du regard paroissial, pendant que la foi se traduit en langue et en catéchisme.

    L’expansion des Églises de réveil en ville rend aussi la frontière plus bruyante : délivrances publiques, dénonciation de la “sorcellerie familiale”, promesses de protection et de prospérité. À Douala, les études décrivent la multiplication d’assemblées prophétiques qui occupent l’espace sonore et symbolique, bousculent les normes classiques et contestent les médiations anciennes (chefferies, notables, thérapeutes “à l’ancienne”). Résultat : des conflits ouverts autour du “qui a l’onction” pour trancher les affaires de malchance, de maladie ou de business qui “ne monte pas”.

    Quant aux dérives, au fil des décennies, le registre juridique s’en mêle. L’espace public retrouve régulièrement des controverses sur “sorcellerie” et “escroqueries spirituelles” (promesses de miracles contre argent, violences symboliques). Les autorités publiques tirent deux leviers :

    • Freiner les abus : rappels à l’ordre contre les “sectes” agressives, discours officiels sur l’emprise de la sorcellerie et l’urgence d’une délivrance qui ne vire pas à l’arnaque ; interpellations, fermetures de lieux, appels à la prudence pastorale.
    • Ouvrir une porte au vérifiable : reconnaissance encadrée de la médecine traditionnelle (bulletin officiel 2020, projet de code d’éthique, pharmacovigilance), afin de séparer nganga sérieux et charlatans. Le message est clair : “tradition, oui ; tromperie, non”.

    Au quotidien, la ligne bouge selon les lieux, les autorités en présence et… les urgences de vie. Un prêtre ou un imam peut condamner la libation à haute voix, pendant que la famille verse une goutte au sol “pour les vieux” à la maison. Une Église de réveil peut interdire les “bains”, mais proposer ses prières d’onction et de jeûne toute la semaine. L’État, lui, peut poursuivre l’escroquerie spirituelle et, en même temps, labelliser des praticiens traditionnels et des produits de pharmacopée. Entre “à proscrire” et “à réaménager”, on négocie en continu — parce que, pour beaucoup, la sécurité de la maison, la santé et le business ne se jouent pas seulement au visible.

    Dans ce climat de dénonciation de la sorcellerie, certains publics deviennent cibles (par ex. les personnes albinos, exposées à des imaginaires magico-marchands) ; les autorités sanitaires et religieuses multiplient les mises en garde pour protéger les vulnérables et couper court aux trafics “mystiques”. Là aussi, frontière mobile : sanctionner les crimes et défaire les rumeurs.


    Nouveaux médiateurs — pasteurs, imams, prophètes, thérapeutes.

    Depuis le temps des missions et des lamidats, l’autorité spirituelle au Cameroun ne se limite plus à la maison ancestrale. Elle s’est ramifiée en trois pôles qui se répondent :

    • Églises et mosquées (curés, catéchistes, pasteurs, imams) ;
    • Thérapeutes/nguɛnga, nganga, et autres praticiens de la pharmacopée ;
    • Chefferies/notables, qui gardent les règles de la parenté et l’accès aux autels.

    Cette tripode s’est renforcée avec l’urbanisation : à Douala, Yaoundé, Bafoussam, Garoua, les veillées, délivrances, ruqya, jeûnes collectifs et conseils pastoraux structurent le quotidien religieux, pendant que l’État tente de sécuriser l’offre de soins et de casser l’arnaque mystico-commerciale.

    Côté catholique, la médiation n’est pas que le prêtre du dimanche : le pays vit au rythme des catéchèses et des missions de terrain. Rien que dans l’Archidiocèse de Douala, plus de 1 000 catéchistes ont été envoyés en mission fin 2023, signe d’un encadrement serré de la prière, de l’accompagnement et de la morale dans les quartiers.

    Archidiocèse de Douala

    Côté protestant/pentecôtiste, les Églises de réveil ont pris une place de big médiateurs en ville : séances de délivrance, diagnostics de “blocages” (sorcellerie, jalousie), prières de prospérité pour le commerce et la santé, counseling familial. À Douala, la recherche décrit un maillage d’assemblées prophétiques qui occupent l’espace sonore et social et reconfigurent la médiation religieuse urbaine.

    Dans le Centre-Sud, chez les Beti/Fang, le pasteur devient coach mystico-éthique qui aide à tenir le business, à calmer les “kong” (attaques) et à garder la paix de la maison (source ethnographique fournie).

    Au Nord/Adamaoua, l’imam n’est pas seulement officiant : c’est un arbitre moral et un guérisseur religieux (lecture de Coran, ruqya, jeûnes, aumône) qui remplace les bains ou sacrifices jugés illicites et cadre les conflits domestiques. Historiquement adossés aux lamidats, ces imams portent une médiation sociale (conciliation, charité) autant que rituelle, avec des rappels constants halal/haram (cadre général : poids de l’islam et cartographie religieuse nationale).

    Les nganga/nguɛnga n’ont pas disparu avec les Églises et la mosquée. Quand ils sont reconnus par la communauté ou adoubés par des notables, ils restent les points d’appui pour les soins, la protection et même la palabre (médiation). L’État a choisi de faire le tri :

    • 2000s–2010s : montée d’alertes publiques contre les escroqueries spirituelles et quelques “sectes” agressives en ville.
    • 2014 : annonce d’un projet de loi pour organiser la médecine traditionnelle, poser un code d’éthique et démarrer une pharmacovigilance (sécurité des produits).
    • 2020 : Bulletin officiel du Ministère de la Santé sur la Médecine traditionnelle : définition, enregistrement des praticiens/produits, collaboration avec les hôpitaux, idée d’un sous-secteur intégré au système national de santé.

    Dans les Grassfields (Ouest), là où les Bamiléké tiennent des forêts sacrées et un système de notables, on consulte encore des spécialistes ad hoc pour la fécondité, la paix des maisons, la protection des champs ; mais on évite le tapage, par crainte de “chauffer” la chefferie et d’empiéter sur les rituels réservés. Les palais gardent les autels et les objets fondateurs ; quand ça dépasse le cadre, le chef appelle soit l’imam/pasteur, soit un thérapeute reconnu.

    Chez les Bafou (Menoua), les modalités d’offrandes et le choix des experts (sacrificateur, devin) restent codés : ce sont des médiations contrôlées par la parenté et les notables.


    Éthique du quotidien — soins, commerce, réussite, protection, justice.

    Au Cameroun, le quotidien ne se gère pas qu’avec les mains et les calculs, mais aussi avec l’invisible. Depuis la période précoloniale, l’équilibre des familles et des communautés a toujours reposé sur un double registre : ce qu’on fait devant les gens (cultiver, commercer, juger, soigner) et ce qu’on règle avec les puissances (prières, bénédictions, protections, interdits). Avec la colonisation puis les indépendances, ces gestes n’ont pas disparu. Ils se sont déplacés : désormais, ils cohabitent avec les messes, les sermons du vendredi, les écoles et les tribunaux. L’État a reconnu officiellement la médecine traditionnelle dans le système de santé (2020), signe que même au niveau national, on sait que les réalités de la vie quotidienne ne se règlent pas qu’à l’hôpital ou au tribunal.

    Justement en parlant de santé, dans les années 1960 déjà, les études ethnographiques montraient que les Camerounais passaient facilement d’un médecin moderne à un nganga, selon la nature du problème. Pour la fièvre ou une plaie : clinique. Pour la stérilité, les convulsions inexpliquées, ou une série de malheurs : thérapeute traditionnel. Aujourd’hui encore, les familles combinent. Les hôpitaux de Douala ou Yaoundé reçoivent des patients qui, en parallèle, poursuivent un traitement de plantes ou des rituels de protection. L’État a tenté de “nettoyer le champ” pour éviter les arnaques, mais il reconnaît que la demande populaire pour la pharmacopée et les pratiques rituelles reste trop forte pour être ignorée.

    Côté commerce et réussite sans alliés d’en-haut, c’est djôk! La réussite sociale ici ne se résume pas à “avoir l’argent” : on mobilise des alliés spirituels comme un entrepreneur mobilise des capitaux financiers.

    Ce qui nous mène à la protection et la justice, du village à la ville. Traditionnellement, la justice ne se limitait pas à un jugement rationnel, elle se scellait par des épreuves rituelles (serments, bénédictions, sacrifices). Dans les Grassfields, par exemple, les chefferies gardaient (et gardent encore) les forêts sacrées comme lieux où se traitent les gros litiges : l’accusé doit jurer, et c’est l’invisible qui tranche. À l’époque coloniale, les tribunaux européens ont tenté de supprimer ces épreuves, mais après l’indépendance, certains gestes ont refait surface sous d’autres formes. Dans les années 1980, on a vu des tribunaux s’appuyer sur l’expertise de thérapeutes pour juger des affaires de sorcellerie, un signe que la frontière entre “justice moderne” et “justice invisible” reste poreuse.

    Aujourd’hui, même la diaspora camerounaise continue de lire sa vie quotidienne en termes d’alliances spirituelles. Un blocage administratif en France ou en Allemagne est souvent interprété comme un obstacle invisible. Une percée professionnelle devient motif d’action de grâce. Les réseaux sociaux amplifient ces logiques : prophètes en ligne, pasteurs de réveil qui diffusent en direct, discussions de WhatsApp où l’on mêle français, pidgin et camfranglais pour analyser les coups de chance et les blocages. La langue elle-même devient signe du bricolage : on saute d’un “Alléluia” à un “tu vois non ?” pour dire la même chose — que le visible et l’invisible marchent ensemble.

    Ces cohabitations ne restent pas théoriques : elles s’éprouvent dans la ville, les migrations et les écrans, où traditions et croyances prennent de nouvelles formes.


    Depuis que les villes camerounaises gonflent comme ballon de foot, que l’école coloniale a brassé tout le monde sur les bancs, et que WhatsApp a débarqué jusque dans les villages, les traditions ne restent plus figées. La vraie question : qu’est-ce qui disparaît en route, et qu’est-ce qui se transforme pour continuer à marcher avec le quartier, la diaspora et le numérique ?


    La ville comme laboratoire — Nouveaux voisinages, recompositions d’entraide

    Depuis l’époque coloniale, les villes du pays sont devenues comme des marmites pleines de condiments : tout le monde dedans. Douala, capitale économique, et Yaoundé, capitale politique, ont commencé à gonfler sec dans les années 1950–60, quand les colons ont eu besoin de main-d’œuvre pour les chantiers, les bureaux et les services. À cette époque, les grandes familles étendues du village, où on vit en bloc avec tontons, tantines et cousins, se fragmentent. En ville, chacun cherche son coin, on se retrouve à habiter dans des concessions mélangées où Bassa, Bamiléké, Beti et Haoussa deviennent voisins de palissade. C’est là que la survie oblige les gens à inventer de nouveaux systèmes pour “tenir ensemble”.

    Au départ, dans les années 1960–70, les Camer se tournent vers les tontines urbaines, ces réunions d’argent qui remplacent les champs communautaires du village. Rapidement, ça devient plus qu’une affaire de cash : on y gère mariages, funérailles, voyages et même règlements de dettes. Dans les quartiers populaires, les associations de quartier prennent le relais. À côté, les églises, surtout les paroisses catholiques et protestantes, deviennent des nouveaux foyers de parenté : tu arrives seul à Yaoundé, mais ton groupe de chorale devient comme ta famille d’accueil.

    Chez les Bam’s, ça se formalise fort : les « réunions » (associations villageoises urbaines) rejouent carrément le modèle de la chefferie. Dans les années 1980–90, avec la grande vague de migrations vers Douala et Yaoundé, ces associations deviennent incontournables. Elles organisent les mariages et funérailles des membres, elles collectent les cotisations pour rapatrier un corps au village, elles arbitrent même des palabres entre citadins. Bref, elles recréent un mini-village dans la ville, avec son “chef” et ses notables.

    Au Nord, les dynamiques sont différentes mais le principe reste pareil. Les Peuls (Foulbé) qui tiennent les lamidats et les marchés apportent leur modèle : la mosquée devient centre de solidarité, et les marchés sont aussi des lieux d’entraide. Les groupes dits Kirdi, longtemps marginalisés, trouvent eux aussi dans la ville un espace pour recomposer leurs solidarités : ils créent des associations de migrants où la mémoire des rites villageois cohabite avec l’islam ou le christianisme.

    Aujourd’hui, avec les « villes nouvelles » comme Bonamoussadi à Douala, ou l’axe Nsimalen–Yaoundé en pleine extension, la logique s’accélère. Chaque bloc ou quartier devient un mini-laboratoire social. À Bonamoussadi, par exemple, tu retrouves côte à côte des cadres Bamiléké, des commerçants Bassa, des étudiants Beti, et des Peuls qui tiennent le bétail urbain. Chacun vient avec ses codes, mais il faut cohabiter. Résultat : on invente ses propres règles pour gérer dettes, jalousies, funérailles. Même dans les résidences modernes avec portails et vigiles, les logiques d’entraide continuent via les groupes WhatsApp du kwatt : collecte pour un malade, soutien après un décès, contributions pour la sécurité du bloc.

    La ville camer est donc devenue un vrai “laboratoire social” : on a quitté les grandes concessions lignagères, mais on a bricolé des équivalents modernes. Tantôt avec les tontines, tantôt avec les réunions villageoises, tantôt dans les Églises de réveil qui “refont famille” à travers les veillées de prière. Bref, même si les murs du village sont loin, la solidarité et les pratiques coutumières se sont juste déplacées et habillées aux couleurs du kwatt.


    Soigner et croire autrement — Pharmacies, cliniques, thérapeutes, “prières-soins”

    Au pays, la santé, c’est pas one-way. Depuis l’époque coloniale, les hostos ont pris le lead, les nganga sont passés un peu “backstage”. Mais dès les années 1970 (ambiance Alma-Ata à l’OMS), le discours a viré: on ne soigne pas le Kamer en zappant la pharmacopée locale et les tradis. Chez nous, l’État a formalisé ça noir sur blanc: la médecine traditionnelle fait partie du système national, avec bulletin dédié, cadre d’enregistrement et push pour la pharmacovigilance depuis 2020. Les textes rappellent aussi que la majorité de la population y recourt – point pour les feuilles, les racines et les mains qui savent.

    Concrètement, en ville on fait le tour de table thérapeutique: on commence à la pharmacie, on file voir l’herboriste du kwatt, puis on “fait prière” chez le pasteur pour une délivrance ou chez l’imam pour une ruqya. Cette circulation n’est pas d’hier: déjà à Ebolowa dans les années 1980, les enquêtes montraient comment les médocs circulaient aussi par le marché informel, les gens jonglant entre ordonnance et comprimés achetés “au taxi-bus”. L’anthropologie du médicament a documenté ce mix pharmacie/kwatt comme une réponse aux stress sociaux et au coût des soins.

    Depuis 2024, on a même step-up côté règle du jeu: loi n° 2024/018 qui reconnaît et organise officiellement la médecine traditionnelle et complémentaire, avec autorisation d’exercer, registre des praticiens et normes de sécurité des produits. L’idée: sécuriser les bons tradis et chasser les faux prophètes/charlatans, histoire que la feuille qui soigne ne devienne pas poison.

    Dans les pratiques, ça mixe fort selon les ethnies et les villes. Chez les Ewondo (Beti, Centre), on continue les bains de purification et protections, mais on “habille” ça en vocabulaire chrétien (on parle de bénédiction, on jeûne, on veille) pour rester clean au regard des Églises. Chez les Douala (Sawa, Littoral), des femmes combinent clinique et rituels liés au Ngondo pour “laver la route” – tu vas à l’écho, tu prends l’ordonnance, mais tu n’oublies pas l’offrande à l’eau pour la paix du foyer. Et dans les Grassfields (Bamiléké), les décoctions maison cohabitent avec l’hôpital de district; en cas de “mains qui poussent” (sorcellerie supposée), on peut compléter par prière-soin chez un prophète du Réveil. Ce pluralisme thérapeutique est devenu le mode normal: ordonnance + décoction + prière = “on ferme la porte au mal” et on avance sans pression.

    Côté gouvernance, la feuille de route est claire: enregistrer, former, contrôler la qualité (pharmacopées et labos), et articuler hôpital/therapeute/culte pour éviter les débordements. Les débats restent chauds – jusqu’où va la délivrance? quelle place pour la vente de médocs au marché? – mais la tendance lourde, c’est cohabiter intelligemment: biomédecine pour le diagnostic et l’urgence, tradipraticien sérieux pour les savoirs locaux, et communautés religieuses pour la force morale et la protection. Bref, au Kamer, on soigne en réseau: hosto – kwatt – chapelle/mosquée, chacun joue sa note pour que la vie “ne se casse pas”.


    Diaspora et retours — Réinventions, transferts, solidarités transnationales

    Depuis le temps des luttes politiques, la route du Mbeng n’a jamais été neutre. Dans les années 1950–70, les premiers grands départs sont liés aux exils UPC : des militants fuient la répression, certains trouvent asile en Guinée, au Congo ou en Europe de l’Est. Dans les années 1980–90, c’est une autre vague : étudiants, chercheurs, footballeurs, mais aussi jeunes en quête d’eldorado qui prennent la route de la France, de l’Allemagne, de la Belgique. Le Camerounais devient peu à peu ce qu’on appelle un “mbengiste” : celui qui a traversé et qui doit prouver son worth en envoyant le nkap (argent) au pays.

    Face à cette mobilité massive, l’État a longtemps joué à la méfiance, surtout dans les années 1990 où la diaspora alimentait l’opposition politique. Mais en 2014, revirement : lancement du programme officiel de gestion des Camerounais de l’étranger. Désormais, on parle de la diaspora comme d’un « partenaire stratégique » du développement.

    Aujourd’hui, les chiffres sont clairs : la diaspora envoie plus d’argent que l’aide internationale. Les transferts dépassent régulièrement les centaines de milliards de FCFA, soutenant non seulement la consommation des familles, mais aussi les investissements dans les villages. Mais l’attente des familles ne se limite pas au cash : au village, on compte sur le cousin à Mbeng pour financer l’église, la maison familiale ou les funérailles. Dans les Grassfields (Ouest, Bamiléké), on parle même de “retour” quand un notable installe une toiture flambant neuve sur la maison de chefferie ou sponsorise les danses traditionnelles pendant les fêtes du village. Ce geste n’est pas juste de prestige : il réaffirme la continuité entre la réussite en ville/diaspora et la légitimité lignagère au pays.

    À Yaoundé, chez les Fang-Beti (Centre-Sud), les mbengistes ramènent aussi des nouvelles formes religieuses : des Églises pentecôtistes importées de Belgique qui installent leurs antennes dans les quartiers périphériques, ou des prières par Zoom qui relient les fidèles de Mvog-Ada à ceux de Bruxelles. On voit naître des solidarités transnationales où une veillée funèbre locale est financée par des cotisations via Western Union, où un mariage traditionnel reçoit l’appui d’une chorale venue en live depuis Paris par visio.

    Résultat : le mvoe (le bien-être accompli, la tranquillité matérielle et sociale) se construit désormais dans un va-et-vient permanent entre Douala et Paris, Bamenda et Bruxelles, Yaoundé et Montréal. La réussite ne se mesure plus seulement au champ qu’on cultive ou à la boutique qu’on tient, mais aussi à la capacité à mobiliser cette chaîne transnationale de nkap, de prières, de savoirs et de prestige.


    Le religieux en ligne — Prédications, rituels à distance, rumeurs, fact-checking

    Depuis les années 2000, Internet a ouvert une nouvelle “paroisse” où chacun peut se brancher sans quitter son kwatt. Les pasteurs de réveil streament leurs cultes en direct sur Facebook Live ou YouTube, avec chœurs et délivrances visibles par des milliers de fidèles. Les imams font des causeries islamiques sur WhatsApp et TikTok, donnant des rappels de foi à des abonnés dispersés du Cameroun jusqu’à Dubaï. Même les nganga ont pris le train : sur WhatsApp, ils prescrivent des remèdes, envoient des vidéos de bains rituels ou des audios de prières. Bref, le smartphone est devenu une nouvelle calebasse sacrée.

    Mais ce numérique, c’est vraiment couteau à double tranchant. D’un côté, il permet à la diaspora de rester connectée : une messe à Mbalmayo peut être suivie en direct par une tante à Bruxelles, les cotisations pour un deuil se font par mobile money ou Western Union, et les prières de délivrance passent désormais aussi par Zoom. De l’autre, il amplifie les tensions : une vidéo de délivrance spectaculaire, un exorcisme bruyant ou une prophétie douteuse se retrouvent viralisés en quelques heures. Résultat : gros kongossa digital, palabres en ligne, partages massifs sur les groupes WhatsApp familiaux.

    Les jeunes, surtout, n’hésitent plus à fact-checker les hommes de Dieu. Quand un pasteur annonce un miracle, certains montent des threads entiers sur Twitter (X) pour démonter le show : “regarde bien, la sœur marchait déjà avant”, “ce médicament, c’est vendu au marché Mokolo hein”. Pareil pour les rumeurs de sorcellerie : elles circulent vite, mais elles se heurtent aussi à des contre-discours portés par journalistes, blogueurs et influenceurs.

    Au final, le religieux en ligne n’est pas seulement un prolongement du temple ou de la mosquée : c’est devenu un espace de débat public. Les autorités spirituelles ne sont plus intouchables, car tout est filmé, partagé, commenté, critiqué. Entre les vidéos virales, les preuves qu’on exige et les contre-discours qui se construisent, la foi se vit désormais aussi sur l’écran — entre croyance, soupçon et palabre numérique.


    Au finish, l’affaire est claire comme l’eau du marigot : chez nous, le geste (visible) et le sens (invisible) marchent ensemble, main dans la main. Tradition, ce n’est pas caillou figé ; croyance, ce n’est pas nuage sans prise. C’est un répertoire où chacun pioche selon le moment : la chefferie qui cadre, la famille qui fait passer l’âge, la prière à l’église ou à la mosquée, le coup d’œil chez le nganga quand la route se bloque. On mixe, on ajuste, on met la limite quand ça chauffe — et la vie tient. Tu vois non ?

    Le fil rouge qu’on a suivi depuis le début — du visible à l’invisible, et retour — tient au pays comme un nœud bien fait. Mofu là-haut : on ne joue pas avec le protocole, on consulte mbidla, on sacrifie propre, on parle aux autels, et la maison respire. Bamiléké à l’Ouest : reliquaires, forêts sacrées, masques qui gardent la mémoire — et pourtant paroisse pleine le dimanche. Beti/Fang au Centre-Sud : boutique bénie, mvoe visé, jalousie calmée. Sawa au bord de l’eau : Ngondo pour sceller le pacte, et culte à la chapelle pour tenir la semaine. En ville comme au village, on garde la même logique : on fait le geste juste, on dit la parole juste, et l’invisible répond.

    La phrase-synthèse ? Traditions et croyances au Cameroun, c’est l’art de faire tenir la maison : ça prend les règles du terroir, ça cause avec Dieu et les ancêtres, ça écoute l’imam, le pasteur, le thérapeute, et ça cherche la paix du kwatt sans perdre la face. Ce n’est ni “ancien vs moderne”, ni “Église vs coutume” ; c’est cohabitation inventive. On nettoie ce qui abîme, on garde ce qui soigne, et on avance — step by step, sans pression.

  • Société et Identités Culturelles au Cameroun

    Société et Identités Culturelles au Cameroun

    Au Cameroun, on est toujours “quelqu’un de quelque part” avant même d’être citoyen. Mais qu’est-ce qui nous unit malgré tout ?

    Cameroun: la culture comme ferment de l’identité nationale

    Quand on te parle de la société camerounaise, ou du “Continent” comme certains aiment dire pour rigoler ou pour se moquer, on parle en fait de tout ce qui organise notre vie ensemble : la famille élargie, les amis du quartier, l’école, l’église, les chefferies, les institutions, et même le marché du coin. C’est là que se fabriquent nos habitudes, nos règles de vie, nos façons de coopérer… mais aussi nos disputes, nos tensions et nos inégalités. Bref, c’est le cadre dans lequel on essaie de tenir debout tous ensemble.

    Et quand on évoque les identités culturelles, c’est ce qui façonne notre manière d’être et de nous reconnaître les uns les autres. Tu connais bien : rien qu’au nom ou à la langue, les parents disent déjà « il est de telle ethnie ». Ce sont aussi les traditions qu’on respecte, les croyances qu’on suit, les musiques qui nous ambiancent, les plats qui nous rassemblent, les symboles qui nous marquent. C’est tout ce qui fait que chacun de nous n’est pas juste “un individu”, mais porte aussi une histoire, une culture, un ancrage.

    Ces deux réalités sont liées comme le corps et l’ombre. La société, c’est le cadre collectif qui essaie de nous unir ; les identités culturelles, c’est ce qui donne une couleur particulière à la façon dont chacun y trouve sa place. Et c’est là que la grande question se pose pour le Cameroun : comment faire pour être un seul peuple sans effacer nos différences ? Est-ce que cette diversité est vraiment une richesse qui nous rend plus forts, ou bien un poids qui entretient nos divisions ?

    Cet article essaiera donc de décortiquer ça : d’abord en regardant la société, ensuite en explorant nos identités culturelles, et enfin en voyant comment les deux se croisent dans notre vie de tous les jours.

    1. SOCIÉTÉ CAMEROUNAISE : UN MOSAÏQUE VIVANTE
      1. Les fondations sociales traditionnelles
        1. La famille élargie, c’est ton vrai réseau de survie
        2. Chefferies : ces anciens cheikhs qu’on respecte… même en ville
        3. Rites : se souvenir, se retrouver, se reconnaître
        4. Solidarité communautaire : tontines et groupes qui lèvent tout
      2. Les transformations contemporaines
        1. Urbanisation, scolarisation, médias — le poids des traditions dans la ville
        2. WhatsApp, diaspora — les traditions en portage numérique
    2. IDENTITÉS CULTURELLES : ENTRE FIERTÉ ET TENSIONS
      1. Diversité des cultures, langues et croyances
        1. Une mosaïque d’ethnies — diversité spectaculaire
        2. Richesse mais aussi fragmentations
      2. Identités hybrides et enjeux actuels
        1. Jeunesse urbaine : traditions × globalisation (musique, mode, réseaux)
        2. Replis identitaires et vivre-ensemble
        3. Le rôle de la diaspora dans la redéfinition des identités
    3. SOCIÉTÉ ET IDENTITÉS CULTURELLES : DES MONDES QUI S’ENTRECROISENT

    SOCIÉTÉ CAMEROUNAISE : UN MOSAÏQUE VIVANTE

    Au Cameroun, une personne est une mosaïque : elle appartient à une famille (souvent élargie), à un quartier où elle réside, à village sous une chefferie, à des rites/fêtes ou religion qui la situent, et à des réseaux de solidarité (tontine, association, diaspora). Et tout ça s’emboîte dans une mosaïque plus grande : le pays, urbain et rural, bilingue et polyglote, avec plus de 200 groupes ethnolinguistiques.

    La famille élargie, c’est ton vrai réseau de survie

    Au Cameroun, tu n’es pas juste « fils de papa-maman », tu fais partie d’une team XXL : oncles, tantes, grands-parents, cousins, parrains, « mères sociales », aînés du quartier… Tous jouent un rôle. Ils t’envoient un mandat d’argent pour une tournée moto, s’occupent de ton neveu à l’école, prêtent une oreille quand le boulot va mal. C’est ce que montrent les études sur le fosterage et les obligations familiales, ce lien solide et souvent obligatoire qui te garde en vie sociale et financière.

    Zoom sur le Festival des Solidarité au Cameroun – Festival des Solidarités

    Chefferies : ces anciens cheikhs qu’on respecte… même en ville

    Chaque coin a toujours eu un chef : village, quartier, groupement. Aujourd’hui encore, ces chefferies existent, et sont même reconnues par l’État depuis le décret 77/245. Ce sont les auxiliaires de l’administration, ils règlent tes petits problèmes (voisin qui pique, attestation de résidence, funérailles). C’est “feed-back” entre modernité (l’administration) et tradition (le chef), qui garde la cohésion.


    Rites : se souvenir, se retrouver, se reconnaître

    Les rituels ne sont pas vieux et démodés, on en compte presque autant qu’il y a d’ethnies : exemple du Ngondo chez les Sawa (Douala) et Nguon des Bamoun (Foumban) sont patrimoine immatériel de l’UNESCO.

    Le Ngondo, ce sont des rituels annuels autour des oracles de l’eau (caravane culturelle, plongée rituelle dans le Wouri, message aux communautés); le Nguon, c’est ce deux-annuel où le roi (Mfon) évalue son règne avec son peuple. Ces moments, c’est du lien social incarné. C’est ce qui, au fond, te rappelle : « je suis de là, tu es de là, et on est ensemble ».


    Solidarité communautaire : tontines et groupes qui lèvent tout

    Tu connais les tontines ! Ce système d’épargne tournante, parfois appelé njangi dans le Grand Ouest, est ton kit de survie économique. Tu fais tourner, tu gagnes, tu perds, mais surtout : tu restes en lien, tu réponds aux appels de la communauté. Et puis il y a les associations des enfants du village, en ville ou dans la diaspora : elles lèvent des fonds pour creuser un puits, reconstruire l’église ou financer une école. Ces groupes fonctionnent comme des cellules autonomes de solidarité, actives et efficaces.


    Urbanisation, scolarisation, médias — le poids des traditions dans la ville

    Le village, c’était ton village. Mais la ville ? Douala, Yaoundé… on y vit, mais les réseaux traditionnels courent toujours à l’intérieur de toi. Quand tu débarques en ville pour étudier ou bosser, ta famille élargie reste ton appui moral et financier, surtout face au coût du logement, des transports, de la vie chère. Ce lien familial dépasse les kilomètres, c’est ton réseau de départ.

    La scolarisation aussi amène du neuf : les enfants, aujourd’hui, vont à l’école publique ou privée, apprennent d’autres valeurs que celles des rites comme chez les Nso, par exemple, où jadis les jeunes n’allaient pas à l’école comme nous aujourd’hui.

    Scolarisation de tous les enfants camerounais | AFD – Agence Française de Développement

    Ils apprenaient à devenir des adultes grâce aux rites d’initiation, aux cérémonies, aux contes et aux mentors — c’était la traditionnelle éducation orale, sociale et symbolique. Ceux-là te transmettaient les règles de vie, les savoir-faire, et le respect des anciens sans classe, sans livre — juste avec la parole, le geste, le collectif. Cette étude montre qu’en perdant ces valeurs éducatives traditionnelles, les adolescents perdent un repère d’identité culturelle fort ; pour les Nso, cela menace le sens communautaire et le respect intergénérationnel.

    Les médias et le smartphone, eux, font entrer le monde chez toi : radio, télé, réseaux sociaux, ça t’ouvre à l’ailleurs mais ça peut aussi t’éloigner de ton terroir. Le message reste : la tradition s’en va souvent dans l’ombre si tu la laisses.


    WhatsApp, diaspora — les traditions en portage numérique

    Avant, on se parlait en personne : on allait voir le chef, on assistait au Ngondo, on participait à la tontine en vrai. Aujourd’hui, le groupe WhatsApp, c’est un peu ta place au round-table traditionnel, mais en virtuel. Tu envoies un autocollant, un mot en dialecte, une image de chez toi, et ça maintient le lien.

    La diaspora, elle, fait bouger la solidarité traditionnelle : les enfants du village exilés en Europe, en Amérique ou ailleurs créent des associations en diaspora, envoient des fonds pour construire un puits, une école, un centre… et tout ça sans jamais oublier les ancêtres, les fêtes, les rites. Ils réinventent la tradition à distance, en gardant le cœur au sol natal.

    Les fondations sont toujours là, mais elles ont changé de matériau et de forme. Ta tante qui t’aidait en face, c’est maintenant un message sur WhatsApp. Le chef qui priait avec toi au festin du Ngondo, c’est parfois un enregistrement vidéo ou un post festif. La tontine qui se réunissait autour du « Tchop » est devenue un groupe virtuel où tu fais envoyer ton rapatriement colis…

    La vraie question : est-ce que nos traditions se contentent de survivre, ou est-ce qu’elles s’adaptent et se renouvellent pour continuer à t’ancrer dans la mosaïque camerounaise ? La modernité n’est pas l’effacement de nos racines, mais bien leur réinvention—à condition qu’on s’y branche.


    IDENTITÉS CULTURELLES : ENTRE FIERTÉ ET TENSIONS

    Frère, nos traditions peuvent changer de forme, mais nos identités ne meurent pas pour autant : elles se recollent, elles se réinventent. Être Camerounais aujourd’hui, c’est un peu comme porter un pagne cousu avec plusieurs tissus : dedans, il y a les ancêtres, les langues de la maison, les rites du village, mais aussi les bruits de la ville, les images de la télé, les vibes de la mondialisation. Tu peux être Bamiléké et ambiancer avec le Mbolé, musulman et vibrer sur du Bikutsi, Sawa à Mbeng mais toujours connecté au groupe WhatsApp de ton quartier à Douala.

    C’est ça qui fait notre force : cette pluralité qui refuse de disparaître. Mais en même temps, c’est là où le caillou fait mal. Avec plus de 200 ethnies, plusieurs religions et toujours l’ombre lourde de la colonisation, notre identité est comme un miroir éclaté : elle brille par mille reflets, mais parfois ces morceaux se frottent trop fort et ça chauffe sur la question du vivre-ensemble.


    Une mosaïque d’ethnies — diversité spectaculaire

    Le Cameroun, on l’appelle souvent en à raison « l’Afrique en miniature » — voire le « Continent ». C’est réel. Le pays est un vrai kaléidoscope humain, chaque coin a sa couleur, sa langue, son style. En chiffres, ça choque même :

    • Il y a plus de 240 à 250 ethnies, selon plusieurs sources officielles. On trouve jusqu’à 278 groupes ethniques estimés dans certains recensements encore plus détaillés.
    • On parle aussi de plus de 250 langues, voire jusqu’à 300 langues, parfois même plus selon certaines estimations.
    • Selon Cambridge University Press, le Cameroun est le 6ᵉ pays le plus diversifié ethniquement au monde, avec un score de diversité de 0,8870 — ce qui est énorme.

    Et cette diversité, ce n’est pas que des statistiques. Chaque ethnie a sa propre vibe : une langue qui façonne la manière de raisonner, des rituels qui rythment la vie, des danses qui enjaillent les veillées, des plats qui font saliver rien qu’à l’odeur, des habits qui marquent les grands jours, des contes qui font réfléchir, parfois même une royauté encore bien vivante. Tout ça, mis ensemble, nourrit l’imaginaire et la créativité du pays.

    Regarde seulement la carte culturelle :

    • Les Bantous majoritaires au sud et à l’ouest,
    • Les Semi-Bantous des Grassfields avec leurs chefferies puissantes,
    • Les peuples soudanais au nord,
    • Les Pygmées forestiers dans le sud-est…
      Chaque zone est comme une bibliothèque vivante d’histoires et d’humanités.

    Et puis le Camerounais, il est naturellement plurilingue. En dehors du français et de l’anglais (les langues officielles héritées de la colonisation), tu peux l’entendre switcher entre le fulfulde, le pidgin, l’éwondo, le bassa, le bulu, ou toute autre langue locale. Certains jonglent même avec trois ou quatre langues voire plus, dans une seule journée : à la maison une, au marché une autre, à l’école le français ou l’anglais…

    C’est cela qui rend le Cameroun unique : on ne peut pas réduire la culture à un seul visage. Chaque citoyen porte une part de cette mosaïque en lui — les langues, les voix, les traditions croisent sa vie, dans chaque village, chaque quartier, chaque église, chaque marché.

    Parlons concret. Pour prendre la mesure de cette mosaïque, on pose quelques repères région par région — pas pour enfermer qui que ce soit dans une étiquette, mais pour montrer comment les langues, les pratiques et les histoires locales composent, ensemble, le visage du pays.


    Adamawa — Mboum (Mbum/Mboum)

    Quand on dit Mboum, on pense direct à Ngaoundéré, Meiganga et tous ces plateaux qui sentent l’air frais de l’Adamaoua. Ce peuple-là est parmi les premiers qui ont posé bagages dans la zone, bien avant que les Peuls ne descendent avec leurs troupeaux. Même la grande ville de Ngaoundéré porte leur marque : en langue mboum, ça veut dire le nombril de la montagne, clin d’œil au mont qui surveille toute la plaine comme un vieux patriarche.

    Leur langue, le mbum, continue de vivre dans les familles et les rituels, mais comme les Peuls ont pris une grosse place depuis les XVIIIᵉ–XIXᵉ siècles, le fulfulde est devenu la grande langue véhiculaire de la région. Résultat : beaucoup de Mboum sont bilingues, et parfois même double culture, à la fois ancrés dans leurs traditions et intégrés dans l’univers peul.

    Dans la vie de tous les jours, les Mboum mélangent agriculture et élevage. On retrouve le mil, le maïs, l’arachide ou le sorgho dans leurs champs, pendant que certains gèrent aussi du bétail, souvent en collaboration ou en voisinage avec les pasteurs peuls. La famille élargie joue un rôle central : ce sont les lignages qui décident, partagent les terres et assurent la solidarité lors des cérémonies et des moments difficiles.

    Sur le plan spirituel, les Mboum ont longtemps mis les ancêtres au centre : cultes, rituels de protection, divination… tout ça structurait la vie. Mais aujourd’hui, l’islam et le christianisme se partagent largement la communauté. Beaucoup vont à l’église le dimanche ou à la mosquée le vendredi, mais gardent quand même des pratiques héritées du culte ancien, preuve que la mémoire spirituelle ne disparaît jamais totalement.

    Historiquement, les Mboum ont aussi souffert des djihads peuls au XIXᵉ siècle. Certains ont été contraints de se convertir à l’islam, d’autres se sont retrouvés intégrés de force dans l’ordre social des lamibé peuls. C’est une page douloureuse mais qui explique bien pourquoi aujourd’hui, chez les Mboum, tu entends à la fois les sons du mbum et du fulfulde dans les marchés, les maisons et les cérémonies.


    Centre — Beti/Ewondo

    Si tu entends Yaoundé, la capitale, il faut savoir que derrière le béton, les collines et les embouteillages, il y a l’âme des Beti, avec au centre les Éwondo. Leur langue, l’éwondo, fait partie du grand ensemble beti-pahuin : fang, bulu, ewondo… tous ces parlers se répondent comme des cousins proches. Avant que le français ne prenne le dessus dans l’administration et l’école, c’était la langue de tous les jours en ville. Même aujourd’hui, tu l’entends encore dans les familles, les quartiers et les petites palabres du soir.

    Quand on parle des Beti, on ne peut pas sauter le bikutsi. À l’origine, c’était les femmes qui frappaient les tambours et les balafons dans les veillées, pour dire leurs douleurs, leurs espoirs et aussi pour accompagner les rituels de fécondité. Mais regarde aujourd’hui : ce rythme est sorti du village pour devenir un symbole urbain, une musique qui chauffe les boîtes et les concerts, une carte d’identité culturelle qui voyage du Cameroun jusqu’à Paris ou Bruxelles.

    Sur le plan social, la structure tournait autour des chefferies lignagères. Le chef incarnait l’ancêtre fondateur, gardien des terres et des coutumes. La colonisation et la christianisation sont venues bousculer cet équilibre, mais elles n’ont pas effacé les valeurs centrales : hospitalité, solidarité, honneur. Ce sont encore ces repères qui tiennent la communauté, même dans le brouhaha moderne.

    Et dans le quotidien, les traces de l’ancien monde sont là : les récits qu’on raconte au coin du feu, les danses qui ponctuent les mariages et les funérailles, les règles de conduite qui rappellent ce qu’il faut faire ou éviter pour garder la cohésion. Les missions chrétiennes, présentes dès le XIXᵉ siècle, ont imposé leurs fêtes et leurs normes. Mais au Cameroun, on ne vit pas dans le choix exclusif : on peut aller à la messe dimanche matin et, le soir, se retrouver dans une veillée où les tambours bikutsi font vibrer les corps et les mémoires.


    Est — Les Baka

    Quand tu parles des Baka, faut direct penser aux profondeurs de la forêt équatoriale, là-bas vers l’Est et le Sud du pays. Eux, leur vie est collée à la forêt comme l’écorce colle à l’arbre. Chasse, pêche, cueillette… tout ça, c’est pas seulement une activité, c’est un art de vivre. Les Baka connaissent chaque piste, chaque saison, chaque plante qui soigne. Tu veux un remède naturel ? Demande à un Baka, il va te sortir une racine ou une feuille que même les grands professeurs n’ont pas encore mis dans leurs bouquins.

    Leur culture, c’est aussi la musique. Pas la musique des boîtes de nuit hein, mais les polyrythmies qui sortent des tambours, des chants qui font vibrer toute la forêt. Pendant l’ejengi, ce rite où l’esprit de la forêt descend danser avec les hommes, tu comprends que chez les Baka, le son n’est pas juste pour s’amuser : c’est une prière, une mémoire et une école à ciel ouvert. Et niveau organisation sociale, pas de Fon, pas de sultan : ici, on discute ensemble, on décide ensemble. C’est la démocratie version forêt, sans protocole.

    Mais les choses ont commencé à se gâter quand l’État et les grands projets sont venus mettre leur ordre. Routes, parcs nationaux, exploitations forestières : petit à petit, les Baka ont été poussés hors de leurs territoires. On les a obligés à se sédentariser, à quitter la logique nomade qui faisait leur force. Résultat : droits fonciers fragiles, pauvreté qui s’installe, marginalisation. Même aller à l’école ou se soigner devient un combat, parce que l’accès reste limité et les discriminations avec les voisins bantous sont toujours là.

    Aujourd’hui, il y a des ONG et quelques programmes qui essaient de valoriser leur culture, d’améliorer leur accès à la citoyenneté. On enregistre leurs chants, on documente leurs savoirs, on tente de leur donner plus de place dans le Cameroun moderne. Mais le dilemme reste entier : comment préserver un mode de vie fait pour la forêt quand tout autour pousse vers la modernisation ?


    Extrême-Nord — Les Mafa

    Quand tu entends Mafa, tu dois directement imaginer les pentes rocheuses des monts Mandara, là-bas au Nord. Les villages sont perchés en hauteur comme des nids d’aigle, accrochés aux collines. Les gars ont transformé la pierre en alliée : avec leurs terrasses agricoles, ils retiennent l’eau, protègent la terre et cultivent mil, sorgho, arachide… dans un climat sec et rude. C’est pas un hasard si les chercheurs citent souvent leur modèle comme un exemple d’agriculture durable : ça fait des siècles que les Mafa domptent la montagne.

    Mais la montagne chez eux, ce n’est pas seulement pour manger. C’est aussi un lieu sacré. Certains sommets, certaines pierres dressées servent d’autel pour les ancêtres ou les esprits. Même les tombes, souvent juste à côté des maisons, rappellent que les vivants et les morts vivent ensemble, dans la continuité de la lignée. Leur architecture en pierres sèches, avec des murs ronds et des toits coniques en chaume, épouse parfaitement le terrain. Tu regardes un village mafa : tu vois direct une harmonie entre l’homme et son environnement.

    Côté social, c’est la communauté d’abord. Le travail agricole se fait ensemble, chacun aide l’autre dans les champs. Les rites d’initiation marquent les étapes de la vie, et rappellent que l’individu n’existe pas seul mais toujours dans le groupe. Leur langue, le mafa, appartient à la grande famille tchadique. Mais comme les Peuls dominent le commerce et les échanges dans la région, beaucoup de Mafa parlent aussi le fulfulde. Ce bilinguisme montre bien leur ouverture : même perchés sur leurs montagnes, ils sont connectés aux autres peuples du Nord.


    Littoral — Les Duala (Sawa)

    Quand tu dis Duala, ça sonne directement comme Douala, la grande ville qui fait battre le cœur du commerce au Cameroun. Ce n’est pas un hasard : c’est le nom de ce peuple côtier installé depuis des siècles autour de l’estuaire du Wouri. Les gars ont toujours eu le pied dans l’eau et l’œil sur l’horizon : pêche, échanges, navigation… Leur vie, c’est le fleuve et l’océan.

    Dès le temps des comptoirs portugais, puis avec les Allemands, les Anglais et les Français, les Duala ont appris à jouer le rôle d’intermédiaires. C’est eux qui négociaient, qui traduisaient, qui savaient parler avec l’étranger sans pour autant perdre leurs bases. Ce sens du commerce et de la médiation est resté comme une marque de fabrique.

    Leur langue, le duala, a longtemps été la grande voix de la côte. C’était la lingua franca du Littoral, mais aussi une langue de culture : les premiers missionnaires l’ont utilisée pour traduire la Bible, écrire des textes religieux et diffuser l’école. Aujourd’hui, même si le français domine dans la ville moderne, le duala reste une identité vivante — dans la musique, dans les proverbes, dans les cérémonies.

    Côté organisation, les Duala fonctionnent par lignages et chefferies. Les familles Bell, Akwa ou Deido ne sont pas seulement des patronymes célèbres : ce sont des institutions qui ont résisté aux excès de la colonisation allemande dès la fin du XIXᵉ siècle. Ces chefferies urbaines restent des repères : elles jouent encore un rôle de médiation, entre coutume et modernité.

    Mais s’il y a un moment où l’âme sawa se montre en grand, c’est bien pendant le Ngondo. Chaque année, sur les rives du Wouri, on entre dans un univers où le sacré et le festif marchent ensemble. Consultation des oracles de l’eau, hommage aux ancêtres, courses de pirogues, danses et parades colorées : c’est à la fois un rituel spirituel profond et une fête qui rassemble toute la ville. Pour beaucoup, le Ngondo c’est la preuve que la tradition n’a pas disparu : elle s’est adaptée et brille encore au milieu de la modernité.

    Aujourd’hui, les Duala incarnent cette double identité : peuple ancien du fleuve, mais aussi acteurs majeurs de la cité moderne. Leur héritage lié à l’eau, au commerce et à la fête continue d’irriguer la mémoire nationale et de nourrir l’imaginaire du Cameroun tout entier.


    Nord — Les Peuls (Fulani/Fulbe)

    Quand on parle du septentrion camerounais, difficile de ne pas croiser la silhouette d’un berger peul avec son troupeau de zébus. Les Peuls — qu’on appelle aussi Fulani ou Fulbe — font partie des peuples les plus visibles et influents du Nord. Leur arrivée remonte aux grandes migrations parties du Sahel au XVIIIᵉ siècle, quand les pâturages plus verts du bassin tchadien ont attiré leurs troupeaux. Plus tard, les djihad peuls ont redessiné la carte politique de la région : création d’émirats, installation de lamibé, et diffusion massive de l’islam dans les plaines. C’est ce souffle qui explique leur forte implantation dans des villes comme Ngaoundéré, Garoua, Maroua ou Rey-Bouba.

    Le fulfulde, leur langue, est devenu comme l’air qu’on respire dans le Nord. Que tu sois Peul ou non, si tu veux être dans le système tu dois comprendre le fulfulde, qui unit des dizaines d’ethnies différentes. Ce rôle vient directement de l’histoire : parce que les Peuls ont dominé la vie politique, économique et religieuse de la région à travers leurs lamidats et leurs marabouts.

    Côté religion, leur empreinte est tout aussi forte. Les Peuls sont de grands vecteurs de l’islamisation du Cameroun au début du XIXè siècle. Les madrasa (écoles coraniques) accueillent encore aujourd’hui les enfants dès le bas âge, les grandes fêtes comme le Ramadan ou la Tabaski rythment l’année sociale, et la prière collective structure le quotidien. Mais ce serait faux de croire que tout est homogène : l’islam peul a toujours dialogué avec les traditions voisines, qu’elles soient agricoles ou animistes, créant une cohabitation de croyances qui fait partie du paysage camerounais.

    Leur mode de vie pastoral reste le cœur de leur identité. Ici, la vache n’est pas qu’un animal : c’est un signe de richesse, de dignité, de statut social. Un homme est respecté par la taille de son troupeau. Mais avec le temps, beaucoup de Peuls ont diversifié leurs activités. Dans les campagnes, certains pratiquent l’agriculture et combinent champs et bétail. Dans les villes comme Garoua ou Maroua, on retrouve des familles peules commerçantes, transporteurs, fonctionnaires — mais qui gardent toujours, dans la mémoire et dans les gestes, l’attachement au bétail et à la vie pastorale.

    Leur culture matérielle et symbolique est un vrai bijou. L’architecture des concessions, avec des cases rondes coiffées de toits en chaume, est pensée pour résister au climat et accueillir la grande famille élargie. Les calebasses décorées de motifs géométriques ne servent pas seulement à boire : elles racontent une esthétique raffinée. Et que dire des chants pastoraux, portés par des voix et des flûtes, qui accompagnent les bergers dans les plaines au coucher du soleil ? Même dans les métropoles, on continue de voir fièrement les grands boubous brodés des hommes, les voiles colorés des femmes, et les amulettes protectrices héritées de traditions anciennes.


    Nord-Ouest — Les Nso

    Quand tu mets les pieds à Kumbo, le cœur du pays Nso, tu comprends vite que tu n’es pas dans un village ordinaire. Ici, tout tourne autour du Fon, ce chef-roi qui est à la fois père symbolique, guide spirituel et garant de l’unité du royaume. Mais attention : il n’est pas seul maître à bord. Autour de lui, il y a tout un conseil de notables, représentants des grands lignages. Ensemble, ils prennent les décisions, équilibrent les pouvoirs et rappellent que dans la culture Nso, gouverner c’est d’abord écouter la communauté. C’est une vraie école de la politique locale, héritée des logiques de chefferie des Grassfields.

    La langue Lamnso, parlée avec fierté, ce n’est pas juste pour causer. C’est une bibliothèque vivante. À travers les proverbes, les contes, les chants, on transmet les récits fondateurs, les règles de conduite, la philosophie de vie. Même si l’anglais et le pidgin dominent dans l’administration et les marchés, le Lamnso’ reste le ciment de l’identité nso, encore très présent dans les familles et les cérémonies.

    Chaque année, le peuple se soude autour du Ngam Ngonso, grande fête culturelle qui rend hommage à Ngonso’, la fondatrice mythique du royaume. Là, les danses, les costumes, les symboles royaux résonnent comme un rappel d’histoire et une réaffirmation d’unité. C’est un pacte renouvelé entre générations. On se retrouve, on célèbre, et surtout on se rappelle que l’identité Nso vient de loin et doit aller loin.

    L’art chez les Nso parle fort. Sculptures en bois, masques, trônes, parures royales : chaque pièce a un sens politique et spirituel. Le tambour ne sert pas seulement à donner le rythme, il appelle les ancêtres. La calebasse décorée, ce n’est pas juste un objet : c’est un signe d’autorité. Ici, l’esthétique et le sacré marchent ensemble.

    Et puis il y a les sociétés initiatiques. Elles forment les jeunes, pas seulement à connaître les rites, mais à devenir des hommes et des femmes responsables. Respect, solidarité, courage : ce sont des valeurs qu’on n’apprend pas dans les livres, mais dans la forêt sacrée, au cœur des cérémonies. C’est ça qui a permis aux Nso de traverser les époques : l’époque coloniale allemande, l’administration britannique, et maintenant les turbulences de la mondialisation.


    Ouest — Les Bamoun

    Si tu mets les pieds à Foumban, capitale historique, tu sens tout de suite que tu es sur une terre pas comme les autres. Ici, les Bamoun ont gardé quelque chose de rare au Cameroun : un royaume encore vivant, avec un sultan qui incarne à la fois l’histoire et le présent. L’identité bamoun se porte comme une couronne : riche, fière et profondément enracinée dans la mémoire de son peuple.

    Difficile de parler des Bamoun sans évoquer le sultan Ibrahim Njoya (1860-1933). Ce roi-là n’était pas seulement un chef politique, c’était aussi un visionnaire. À la fin du XIXᵉ siècle, il crée une écriture unique : le Shü-mom. Plus de 500 signes pour transcrire la langue bamoun, utilisés dans des chroniques, une imprimerie locale, même des manuels scolaires. C’était une façon claire de dire : « Nous aussi, on a nos lettres, notre science, notre mémoire ». Le Shü-mom servait autant à écrire l’histoire des dynasties qu’à consigner les savoirs médicinaux et les règles de la cour. En pleine époque coloniale, alors que les Allemands puis les Français imposaient leurs cadres, cette invention marquait une autonomie intellectuelle et culturelle impressionnante.

    La vie bamoun, c’est aussi ses grandes cérémonies. La plus célèbre, c’est le Nguon. Tous les deux ans, le peuple se rassemble autour du sultan pour une fête qui mélange art et politique. Danses, chants, masques, costumes royaux… mais aussi un moment unique où le roi rend des comptes symboliquement devant son peuple. C’est à la fois un festival et une institution : la monarchie y montre qu’elle écoute, qu’elle vit avec son peuple, et pas seulement au-dessus de lui.

    Les Bamoun sont aussi des maîtres des arts. Le bois sculpté, le bronze coulé, les masques imposants et les objets décorés de symboles royaux ont fait de Foumban une véritable capitale artistique. Jusqu’à aujourd’hui, la ville attire visiteurs, chercheurs et acheteurs du monde entier. Les ateliers d’artisans perpétuent une tradition séculaire où chaque objet raconte un morceau de l’histoire royale.

    Dans leur quotidien, les Bamoun sont restés proches de la terre : maïs, arachide, taro, café — l’agriculture rythme la vie familiale. Mais ils se distinguent aussi par leur savoir-faire artisanal : forge, broderie, céramique… tout cela a nourri une réputation de peuple travailleur et créatif. Leur organisation sociale, c’est un mélange de structures royales (la chefferie du sultan), de familles étendues et d’associations de quartier ou de lignage qui organisent la solidarité.

    Aujourd’hui, les Bamoun se voient comme une communauté-pont. Ils portent avec eux une tradition royale prestigieuse, mais ils participent aussi pleinement à l’identité camerounaise moderne. Le palais de Foumban, l’écriture Shü-mom, le festival du Nguon : tous ces symboles dépassent le seul royaume bamoun pour nourrir l’image d’un Cameroun pluriel, où chaque héritage a sa place et enrichit l’ensemble.


    Sud — Les Bulu

    Quand tu descends vers Ebolowa, Sangmélima ou Kribi, tu entres en plein pays Bulu. Ici, on est chez une des grandes branches du vaste ensemble Beti-Pahuin, aux côtés des Éwondo et des Fang. Leur langue, le bulu, reste encore très vivante : on l’entend dans les foyers, dans les palabres de cour familiale, dans les chants rituels. Mais à l’école, au bureau ou devant l’administration, c’est le français qui prend la main, créant ce va-et-vient constant entre héritage et modernité.

    Leur organisation sociale a longtemps reposé sur la parenté lignagère. Chaque village avait ses patriarches, ces anciens qui faisaient office de juges, de médiateurs, mais aussi de gardiens de la mémoire. Avec la colonisation allemande, puis l’administration française, on a redessiné la carte du pouvoir en installant des chefferies reconnues par l’État. Pourtant, jusque dans les patronymes et les noms de lieux, on sent toujours l’empreinte des familles fondatrices. Ici, un nom de clan, c’est une carte d’identité et une boussole historique.

    Les missionnaires protestants et catholiques ont débarqué tôt, dès la fin du XIXᵉ siècle. Ils ont bâti églises et écoles, et le christianisme s’est ancré profondément. Mais les Bulu n’ont jamais coupé le lien avec leurs rites : une messe peut finir par une cérémonie de protection, un baptême peut s’accompagner de gestes traditionnels pour sceller l’enfant au monde invisible. C’est ce mélange qui fait la singularité du pays bulu : vivre dans deux systèmes de croyances, sans contradiction apparente.

    Sur le plan économique, le cacao a tout changé. Dès les premières décennies du XXᵉ siècle, les Bulu l’ont adopté comme culture de rente. La forêt a été défrichée, les villages se sont étirés le long des pistes, et les sacs de fèves ont relié les campagnes aux marchés de Douala et Yaoundé. La cacaoculture, ce n’était pas seulement une activité agricole : c’était un passeport pour l’école missionnaire, puis pour l’administration coloniale. Beaucoup de cadres et de fonctionnaires camerounais viennent de ces villages où le cacao avait payé les cahiers, les uniformes et les études.

    Aujourd’hui, les Bulu restent visibles à double titre. D’un côté, ils préservent un patrimoine de chants polyphoniques, de récits mythiques sur les ancêtres, de rites de naissance et de funérailles qui continuent d’ancrer les familles dans leur histoire. De l’autre, ils occupent une place forte dans la modernité : figures politiques, entrepreneurs, cadres de l’État. Même dans la diaspora, cette dualité reste vivante. Le week-end, on organise une messe en bulu, puis un gala où les jeunes montent sur scène en costumes modernes. C’est ce va-et-vient entre tradition et ouverture qui fait que le pays bulu garde son souffle, ici et ailleurs.


    Sud-Ouest — Les Bakweri

    Quand tu parles des Bakweri, tu es obligé de lever la tête vers le Mongo ma Ndemi, le Mont Cameroun. Ce n’est pas juste une montagne, c’est le souffle de tout un peuple. Dans leur imaginaire, ce volcan est la maison des dieux et des ancêtres. Il nourrit la terre, il protège, mais il impose aussi ses interdits. Jusqu’aujourd’hui, certains lieux sacrés du flanc sud restent tabous pour ceux qui n’ont pas reçu l’initiation.

    Avant que les colons ne débarquent avec leurs plantations, les Bakweri vivaient dans un équilibre simple mais solide : pêche sur les côtes, cultures de piémont (taro, banane plantain, huile de palme). Chaque récolte s’accompagnait de chants, de libations et de gestes de mémoire pour rappeler aux ancêtres que la survie du clan dépendait aussi de leur bienveillance. La famille élargie, avec ses rites d’initiation, formait la colonne vertébrale : tu n’étais pas seulement l’enfant de ton père, tu étais celui d’une lignée.

    Mais la fin du XIXᵉ siècle a cassé cet ordre. Les terres, cœur de leur identité, ont été avalées par les grandes plantations coloniales. Les Allemands d’abord, puis les Britanniques, ont tracé leurs CDC estates (Cameroon Development Corporation) pour bananes, cacao, thé. Résultat : un peuple déplacé sur son propre sol, obligé de voir ses champs transformés en exploitations industrielles. Cette plaie foncière, elle n’est jamais vraiment refermée. Encore aujourd’hui, associations et élites bakweri montent au créneau pour réclamer restitution ou compensation.

    Côté religion, le christianisme a trouvé très tôt une place à Buea et Limbé, grâce aux missions protestantes. Mais il n’a jamais effacé les cultes traditionnels. Chez les Bakweri, un mariage ou un enterrement, c’est souvent une scène double : d’un côté la messe, de l’autre les libations pour les esprits de la montagne. Comme beaucoup d’ethnies du Cameroun, ils ont appris à marcher avec deux béquilles spirituelles, sans se renier.

    Aujourd’hui, malgré l’urbanisation rapide, le Mont Cameroun reste le fil conducteur. Même la fameuse Race of Hope, chaque année, n’est pas seulement une performance sportive : pour les Bakweri, c’est comme une cérémonie moderne qui réactive le pacte avec la montagne. Entre le bruit des villes et la mémoire des ancêtres, ce peuple prouve qu’on peut être dans le présent tout en gardant un pied ferme dans l’histoire.


    Richesse mais aussi fragmentations

    Massa, parler de la culture camerounaise, c’est vraiment comme causer d’une mosaïque. Tu vois une mosaïque non ? C’est beau seulement quand chaque petit caillou de couleur se colle avec les autres pour faire un dessin. Et chaque morceau-là, même tout seul, a déjà sa valeur. C’est ça le Camer : chaque ethnie, chaque tradition, c’est un bijou qu’on met ensemble pour former un gros trésor. Chacun porte une part de ça dans son dos : la langue que tu entends à la maison, le tchop que tu manges le soir, la danse que tu fais aux fêtes, les histoires que les grands racontent au feu. Tout ça, ça fabrique ton identité.

    Et puis, pour chaque peuple, cette diversité c’est une manière de dire : “nous aussi on compte, on existe”. Préserver les rites, faire vivre la chefferie, transmettre les proverbes… c’est une manière de garder la dignité. À l’échelle du pays entier, c’est encore plus fort : ce grand stock d’histoires, de savoir-faire, de symboles, ça devient une fierté collective, un levier même pour montrer au monde que le Camer n’est pas petit.

    Mais attends, mosaïque aussi peut avoir ses fissures. Quand les morceaux refusent de dialoguer, chacun veut briller seul, là ça devient la fragmentation. En langage simple : au lieu que la différence nous enrichisse, ça nous sépare. Tu vois ça dans les relations entre ethnies, entre régions, parfois même à l’intérieur d’une même ville.

    Et il faut dire la vérité : les blancs sont venus mettre leur propre sel dans cette affaire. La colonisation a beaucoup fabriqué ces fissures. Les Allemands d’abord, après les Français et les Anglais, ont dessiné des frontières bizarres, sans respecter nos logiques de territoire. Ils ont aussi pratiqué ce qu’on appelle l’administration indirecte : en gros, passer par les chefs pour gouverner. Mais ce système-là favorisait certains groupes et marginalisait d’autres, comme au Rwanda. Résultat : hiérarchies imposées, rivalités accentuées. Bref, ils ont creusé des fossés dans notre mosaïque, et jusqu’aujourd’hui, on vit encore avec ces lignes de séparation.

    Pourtant, après les colons, le Camer a récupéré un héritage lourd. L’indépendance est venue avec l’espoir, mais aussi avec un casse-tête : comment gérer un pays avec autant de différences sans que ça parte en palabre ? L’État a pris une société pleine de couleurs, mais au lieu de mélanger ça comme ciment national, souvent ça a été utilisé comme balance politique. Dans les nominations, dans la manière de partager les gâteaux (ressources, postes, projets), on sent que l’ethnie a trop souvent servi de ticket d’entrée. Du coup, chaque peuple guette si « son frère » est assis à la bonne place. Tu vois ? Ce jeu-là, au lieu de renforcer l’unité, transforme la diversité en compétition.

    Et puis, viens voir les stéréotypes. Hein ! Ça circule au quartier comme à l’assemblée : « tel peuple aime trop le commerce », « tel autre c’est les guerriers », « ceux-là sont rusés », « ceux-ci sont paresseux ». Ces clichés, souvent hérités des blancs ou des vieilles rivalités, enferment les gens dans des cases. Tu ne vois plus la vraie personne, tu vois seulement l’étiquette. Ça nourrit la méfiance, ça crée des distances, parfois même des insultes déguisées. Là où la différence devait nous apprendre quelque chose, elle devient prétexte à se juger.

    Regarde même le langage politique : pendant les élections, on entend moins « Camerounais », on entend plus « mon candidat ». Chaque groupe veut « protéger son fils » ou « attendre son tour ». Tu comprends la nuance ? La mosaïque, qui devrait être un grand tissu multicolore, se transforme en champ de bataille où chacun veut tirer le pagne de son côté.

    Voilà pourquoi le Camer, malgré sa richesse culturelle spectaculaire, vit toujours avec cette tension. C’est un pays où les différences sont une beauté mais aussi une épreuve permanente. La mosaïque, elle brille fort, mais parfois elle se fissure sous le poids des rivalités. Et le vrai défi, c’est d’arriver à transformer ces différences en force collective, au lieu de les laisser devenir des murs de séparation.


    Jeunesse urbaine : traditions × globalisation (musique, mode, réseaux)

    Frère, notre mosaïque-là ne dort pas, hein. Elle bouge, elle change, elle se frotte tous les jours dans les villes. Ici c’est les jeunes qui commandent la vibe. Je wanda sur les chiffres : en 2024, déjà 59,9 % de la population vit en ville (Banque mondiale), et en 2025 la médiane d’âge, c’est 18 ans seulement. Tu comprends non ? Ça veut dire qu’on est un pays de jeunes, citadins, branchés à la fois sur les traditions du quartier et sur les flux du monde entier. Ajoute encore 12,4 millions d’internautes (41,9 % de la population) et 5,45 millions de comptes actifs sur les réseaux sociaux (18,5 %) (DataReportal 2025). Résultat : nos cultures locales sont en train de se mélanger avec ce qui circule sur TikTok, Insta ou YouTube.

    Dans cette affaire, la jeunesse urbaine se retrouve au carrefour. D’un côté, tu grandis avec les codes de ta famille : les langues de la maison, la zik du village, les habits traditionnels pour les mariages, les rites pour les grands moments. De l’autre, tu scrolls chaque jour des images et des sons venus du monde entier. Pas question de choisir entre les deux, hein : tu mixes ! Tu fabriques une identité hybride qui peut donner du feu — mais qui parfois aussi crée des tensions.

    Regarde seulement côté musique. Le Mbolé, qui a commencé comme son des veillées populaires à Yaoundé dans les années 1990-2000, est devenu en dix ans un hymne urbain. Percus improvisées, chants en call-and-response, ambiance communautaire — mais la montée en puissance, c’est YouTube, Facebook et TikTok qui ont poussé ça. Aujourd’hui des gars comme Petit Malo ou Happy d’Effoulan sont suivis partout, et des médias comme RFI, TV5, VOA, Africanews en parlent comme d’un phénomène majeur. Pareil pour le Bikutsi pop : racines beti solides, mais guitare électrique et beats électroniques par-dessus. Preuve que le Camer sait prendre ses traditions et les rhabiller façon mondiale depuis longtemps.

    Même chose pour le style et la manière de socialiser. À Yaoundé, des chercheurs ont parlé des “digital fashionistas” : les jeunes qui s’échangent looks, photos et conseils via WhatsApp et Insta. À Buea, c’est TikTok qui chauffe : danses, challenges, sketchs… On prend nos propres références, on les mélange aux trends mondiaux, et ça fait un cocktail 100 % made in 237. Mais attention, ce n’est pas que pour rigoler : les études montrent que ces réseaux influencent aussi la santé, l’image du corps et les manières de vivre des jeunes Camerounais.

    Donc voilà le paradoxe : d’un côté, c’est une richesse, une créativité qui fait briller le Camer ; de l’autre, ça peut creuser un gap avec les anciens, ou avec ceux du village qui ne sont pas connectés. Le vrai défi, c’est de transformer cette hybridité en force collective — pas en nouvelle fracture.


    Replis identitaires et vivre-ensemble

    Gars, notre mosaïque-là est jolie hein, mais parfois les morceaux refusent de causer ensemble. Chacun veut rester collé seulement à son clan, son patelin, sa langue, sa religion. C’est ça qu’on appelle repli identitaire : au lieu de mélanger et partager, tu fermes la porte, tu dis « je reste avec les miens ». Et ça casse l’esprit du vivre-ensemble qu’on aime bien dire dans les discours.

    Regarde un peu ce qui s’est passé en octobre 2016. Les avocats et les enseignants des régions anglophones (Nord-Ouest et Sud-Ouest) ont dit trop c’est trop : on veut pas que nos tribunaux et nos écoles soient francisés de force. Ça a commencé comme des grèves, mais ça a vite chauffé. À partir de 2017, le truc est devenu conflit armé. Et là, le pays a senti que la fracture entre francophones et anglophones n’était plus seulement une théorie, mais une vraie plaie ouverte.

    L’État a réagi rapido. Le 23 janvier 2017, bim, décret qui crée la Commission nationale pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme (CNPBM). Le message était clair : « Cameroun un et indivisible », anglais et français égaux, on essaie de calmer le jeu et de prêcher le vivre-ensemble.

    Mais le repli identitaire, lui, n’a pas quitté le terrain. Tu connais les dégâts ? Plus d’un million de déplacés internes, environ 80 % des écoles fermées dans les zones anglophones (ça fait plus de 800 000 élèves sans école), et un tissu social complètement déchiré. C’est plus qu’un problème de politique, ça touche la vie quotidienne des familles.

    En 2019, on a encore tenté une grande thérapie collective : le Grand dialogue national (30 septembre – 4 octobre 2019 à Yaoundé). Pendant cinq jours, gouvernants, opposants, société civile, diaspora… tout le monde a parlé. On a sorti de là un « statut spécial » pour les régions anglophones, plus un Plan de reconstruction (PPRD-NO/SO). Mais jusqu’à aujourd’hui, les résultats restent mitigés : certains disent que c’est une ouverture, d’autres pensent que c’est juste du plâtre sur une plaie qui continue de saigner.

    Bref, le repli identitaire, c’est comme une fissure dans notre mosaïque : si on ne colmate pas avec confiance, justice et vraie cohabitation, ça risque de s’élargir encore. Le vivre-ensemble, ce n’est pas seulement un slogan, c’est un travail de tous les jours.


    Le rôle de la diaspora dans la redéfinition des identités

    Quand un Camer part à Mbeng, il ne part pas seulement avec son passeport. Il porte son village dans sa valise : la langue qu’il parle à la maison, le ndolé ou le eru qu’il va chercher coûte que coûte dans les restaurants camerounais ou chez de la famille, les chansons de Petit Pays ou de Tenor qu’il balance en soirée. La diaspora, c’est un Cameroun en miniature, mais transplanté ailleurs.

    Mais là-bas aussi, les choses changent. Le gars du village qui arrive à Paris, il se retrouve obligé de parler français tous les jours, son pikin mélange déjà anglais, argot de banlieue et quelques mots de bassa ou d’ewondo. Résultat : ça crée une nouvelle identité, un Camer à cheval entre ici et là-bas. Et ça revient toujours au pays : tu vois les vidéos TikTok d’une fille à Montréal qui danse le mbolé, ça tourne direct à Yaoundé, ça chauffe dans les mariages.

    La diaspora joue aussi un rôle politique et économique. Beaucoup envoient le nkap à la famille : selon la Banque mondiale, en 2022, les transferts de fonds de la diaspora vers le Cameroun représentaient plus de 300 millions de dollars. Cet argent-là, c’est pas seulement pour les funérailles ou les toits en tôles ; ça finance des business, des tontines internationales, et ça pèse même sur les décisions locales.

    Mais il faut aussi dire la vérité : parfois la diaspora met du piment dans les débats. Sur Facebook ou WhatsApp, certains parlent plus fort que les gens du pays, ils chauffent les palabres politiques, souvent avec une liberté qu’on n’a pas ici. Ça peut inspirer, mais ça peut aussi diviser.

    Au final, la diaspora, c’est comme un miroir. Elle montre aux Camerounais du pays qu’on peut garder ses racines même en vivant ailleurs, mais aussi que l’identité camerounaise n’est pas figée : elle voyage, elle s’adapte, elle se mélange. C’est un Camer version “update” : entre le mboa et mbeng, entre la chefferie et le métro parisien, entre la cuisine au feu de bois et Uber Eats.


    SOCIÉTÉ ET IDENTITÉS CULTURELLES : DES MONDES QUI S’ENTRECROISENT

    Monument de la réunification

    Au fond, notre histoire, c’est celle d’un grand pagne cousu avec des tissus venus de partout : village et chefferie, école et État, église et mosquée, marché et tontine, WhatsApp et diaspora. On a vu comment la famille élargie te tient debout, comment les chefferies gardent la mémoire, comment les rites — du Ngondo au Nguon — fabriquent du lien, et comment la tontine transforme la solidarité en action. Puis la ville est arrivée avec son vacarme, l’école avec ses cahiers, les médias avec leurs images, le smartphone avec ses notifications : rien n’a disparu, tout s’est réorganisé. La tante qui veillait sur toi au quartier, c’est parfois une note vocale ; la bénédiction du chef, c’est aussi un live ; la tontine, c’est un groupe où on lève les fonds en deux clics. Autrement dit, nos fondations n’ont pas déménagé : elles ont changé de matériau.

    Mais on n’a jamais caché l’autre face du miroir : la mosaïque qui brille peut se fissurer. La diversité qui fait notre fierté — plus de langues, plus de rythmes, plus de styles qu’on ne peut compter — peut se transformer en petites frontières : stéréotypes qui collent à la peau, rivalités de terroirs, blessures héritées de la colonisation, suspicion dans les partages du pouvoir. Quand chacun parle seulement pour “son” camp, la nation devient un ring. Et pourtant, la même diversité a déjà prouvé qu’elle sait créer : des musiques qui voyagent (du Bikutsi au Mbolé), des arts royaux qui inspirent, des cuisines qui rassemblent, des langues qui se répondent — du fulfulde au camfranglais.

    La jeunesse urbaine nous a montré la direction : elle prend racine et elle branche la prise. Elle garde la langue de la maison mais danse sur des beats mondialisés, elle honore les anciens mais s’exprime en story, elle transforme la rue en studio et le quartier en scène. Ce mélange-là, s’il est bien accompagné, n’est pas une trahison : c’est une mise à jour. Même chose pour la diaspora : partie avec la valise et le village au cœur, elle renvoie l’argent, les idées, les réseaux, parfois même des tensions — mais surtout la preuve qu’on peut être du Camer ici et ailleurs, au présent.

    Alors, qu’est-ce qui nous unit, concrètement ? Pas un uniforme qui efface tout, non. Ce sont des passerelles. L’État qui arbitre juste, l’école qui enseigne le drapeau et la chanson du terroir, les chefferies qui protègent la coutume et dialoguent avec la mairie, les médias qui célèbrent la diversité sans attiser les braises. C’est aussi chacun de nous : quand on salue la langue du voisin, quand on marie les familles sans écraser les rites, quand on fait de nos groupes WhatsApp des ponts — pas des murs. Si tu veux tester l’unité du pays, regarde un match des Lions : on chante ensemble; à la mi-temps on se chambre façon village — et puis on recolle, parce qu’on sait que le but de la seconde période n’a pas de tribu.

    Au bout du compte, le Camer n’a pas besoin de choisir entre “Nation” et “Village”. La nation, c’est la grande toile ; les villages, ce sont les motifs. Si tu tires trop fort d’un côté, ça déchire ; si tu ne brodes pas, ça reste nu. Notre travail à tous, c’est d’apprendre à faire danser les deux : tenir les institutions droites et laisser les cultures respirer, encourager l’innovation et garder la racine au frais. La vraie question pour chacun : comment je parle, je mange, je prie, je vote, je crée — pour que mon morceau de mosaïque ne brille pas contre les autres, mais avec eux ?

    Si on y arrive, on aura gagné plus qu’un slogan. On aura un pays qui sait d’où il vient, qui sait où il va, et qui ne laisse personne au bord de la route. Un Camer debout, coloré, bruyant parfois, mais fait pour durer. Ici comme à Mbeng, village comme métropole, ancien comme jeune : on est ensemble.

  • Musique et Son au Cameroun

    Musique et Son au Cameroun

    Depuis depuis, la musique du mboa c’est un vecteur culturel puissant. Elle chauffe le quartier, fait danser les gars et les nga, mais surtout, c’est un njoka entre les générations. Du Bikutsi, qui fait sheck les mamans, au Makossa qui a déjà fini le tableau à l’international, en passant par le Mbolé qui ambiance les jeunes jusqu’au petit matin, la zik camer c’est un vrai boss dans le game.

    Manu Dibango

    Gars, faut pas seulement voir le show, y’a aussi les ways qui fâchent. Ici, les artistes doivent gérer leur nkap comme des vrais warriors. L’industrie, elle est encore dans les situas du manque d’infrastructures, les fay-men qui tchoco mal les artistes, et le système de droits d’auteur qui est en jachère. Pourtant, malgré ces galères, les gars ne baissent pas les bras ! Grâce au streaming et aux collab’ avec des artistes étrangers, les sons du Mboa vont loin.

    Aujourd’hui, nos artistes pètent les scores sur Spotify et YouTube, et même des têtes comme LibiancaSalatiel ou Ko-C se retrouvent dans les charts à l’international.

    On va donc presser ce sujet en profondeur : comment le Makossa, le Bikutsi et le Mbolé ont fait leur kongossa avec le jazz, la rumba et l’Afrobeats pour créer un son unique ? Quels sont les vrais défis du game ? Qui sont les capos qui font rayonner la musique camerounaise des quartiers animés du Mboa jusqu’aux States ? Installe-toi bien, prends appui. Le Ben Sikin qu’on va take là va rouler sur des routes musicales cabossées mon frère, ça va être show comme un bon poulet DG à Bastos.

    1. Origines et Évolution de la Musique Camerounaise
      1. Racines Traditionnelles de la Musique Camerounaise
        1. Les Instruments Ancestraux : L’Identité Musicale des Peuples
          1. Des Percussions : Le Pouls de la Tradition
          2. Des Cordophones : Entre Musique et Récits Épiques
          3. Les Aérophones : La Puissance du Souffle
        2. Les Chants Rituels et Leurs Fonctions : Une Musique Spirituelle et Sociale
          1. Le Chant Mevungu (Fang-Beti) – Initiation Féminine et Mystique
          2. Le Bikutsi Funéraire (Beti) – Deuil et Passage des Âmes
          3. Chants des Piroguiers (Douala) – Travail et Connexion avec les Esprits de l’Eau
          4. Chants Guerriers Bamiléké – Courage et Protection Avant la Bataille
            1. Quelques chants ethniques en synthèse et leur fonction
        3. Les Premiers Styles Musicaux Issus des Traditions Orales
          1. Le Bikutsi : Le Son Qui Refuse de Fatiguer
          2. ​​​​​​​Le Makossa : Quand Douala a Pondu un Son Planétaire
          3. Le Mbolé : La Renaissance d’une Tradition Urbaine
      2. Influence Coloniale et Mutation Musicale
        1. L’Influence des Musiques Européennes et Américaines sur le Paysage Sonore Camerounais
          1. Période Coloniale : Adaptation et Appropriation
          2. Les Années 1920-1950 : Premiers Métissages Musicaux
            1. 🎺 Le Highlife et la Palmwine Music : Influence Ghanéenne et Nigériane
            2. 🎷 Le Jazz et le Blues Américains : Impact des Soldats Alliés
            3. 🥁 L’Ambas-Bey : Une Réponse Camerounaise à la Colonisation
        2. Impact Économique et Culturel des Mutations Musicales
          1. Les Revenus du Game : Qui Mange son DG et Qui est Gueme ?
            1. 📌 Makossa : Un moteur économique du mboa 🎷
            2. 📌 Bikutsi : Le marché local refuse de mourir 🥁
            3. 📌 Le streaming : Nouveau nkap way pour les artistes 🎧
            4. 📌 Concerts et festivals : Quand le Camer est ambiancé, ça chauffe 🔥
        3. Un Levier d’Exportation et d’Influence Culturelle
    2. LA MUSIQUE CAMEROUNAISE AUJOURD’HUI
      1. La Musique Camerounaise : Chacun pour soi?
        1. L’Essor du Digital et des Plateformes de Streaming : Un Nouveau Nkap Way
        2. La Musique : Un Poids Lourd de l’Économie Camerounaise
        3. Les Gros Défis du Game Camerounais
      2. La Musique Camerounaise, Un Game Qui Ne Dort Pas !

    Origines et Évolution de la Musique Camerounaise

    Ça ne date pas d’hier mon ami! La musique au Mboa ça chauffait les villages, ça rythme encore les cérémonies et ça permet même de faire le kongossa avec les ancêtres. Ici, chaque ngoma, chaque balafon, chaque mvett, c’est un bout de mémoire qu’on conserve à jamais.

    Vidéo d’un Tam tam nkul beti en action

    Avec toutes nos tribus, notre pays c’est le DG des cultures, et chaque coin a ses propres vibes. Les tambours à fente chez les Beti, les sonnailles chez les Bamiléké, les flûtes du Grand Nord, c’est tout un processus qui s’est construit sur des siècles. Avec les colons qui sont venus faire ce qu’ils ont fait, il y a eu un mélange culturel. On a vu les guitares, les cuivres et les pianos entrer dans le game. Les gars du mboa n’ont pas dormi, ils ont capté les nouvelles vibes et ont transformé ça en Makossa et Bikutsi populaire, des styles qui ont fini le tableau à l’international.

    Dans cette première partie, on va tirer les racines du son camer, de la tradition jusqu’aux premiers grooves modernes. On va voir comment les anciens ont start le game avec leurs chants rituels et comment la colonisation a inspiré les nouveaux styles. Bref, on t’amène dans un voyage musical où le passé et le présent s’entrelacent comme un bon beat de Mbolé qui ne laisse personne assis. Accroche-toi bien gars! C’est jusqu’au matin qu’on va s’ambiancer !


    Avant que le Mboa n’envoie du lourd sur YouTube et Spotify, la musique c’était d’abord un langage, un truc sacré qui parlait au peuple et aux ancêtres. Que ce soit pour célébrer, guérir ou même régler des palabres, chaque mélodie avait son rôle. C’est cette vibe-là qui a donné naissance aux styles d’aujourd’hui, en gardant toujours ce lien fort entre tradition et modernité.


    Les Instruments Ancestraux : L’Identité Musicale des Peuples

    Avec plus de 250 ethnies, le Camer, c’est le quartier général des instruments qui donnent le vrai show. Chaque kwatta a son propre style, et si tu veux sheck au village, faut respecter le rythme.

    Des Percussions : Le Pouls de la Tradition

    Le Nkul : Chez les Beti et Bamilékés, ce tambour à fente, c’est leur WhatsApp du temps ancien. Les gars tapaient des messages codés qui passaient de village en village. Qui peut faire ça avec un iPhone ?!

    Le Balafon : C’est le piano du terroir ! Chez les Bamilékés et les Grassfields, il résonne dans les mariages, les funérailles, et même dans les réunions du chef. Un bon joueur de balafon, c’est un gars lourd.

    Les sonnailles bamilékés : Les danseurs attachent ça aux pieds pour donner un groove naturel à chaque pas. Quand ils sheck avec ça, c’est trop tchoco !

    Des Cordophones : Entre Musique et Récits Épiques

    Le Mvett : C’est un lifestyle ! Chez les Beti, seuls les vrais mbom-mvett peuvent jouer ça et captiver un public avec des récits épiques.

    La harpe Bwiti : Chez les Fang, elle se joue dans les cérémonies où les gars entrent en trance et se connectent avec l’au-delà. Faut pas tester hein !

    Les Aérophones : La Puissance du Souffle

    Le Kakaki : Trompette royale du Nord Cameroun. Quand ça sonne, même le plus nerveux des gars sait que le chef arrive.

    Les flûtes des Bali : Elles appellent les esprits des ancêtres pendant les funérailles. Ici, on ne fait pas le njoh avec les traditions !


    Les Chants Rituels et Leurs Fonctions : Une Musique Spirituelle et Sociale

    Je wanda ! Tu crois que la musique c’est juste pour bringuer et sheck au kwatta ? Faux gars ! Ici, elle a un rôle bien précis, que ce soit pour appeler les ancêtres, guider les âmes ou motiver les guerriers avant la bataille. Dans les villages du Mboa, la musique est un moyen pour transmettre la culture et assurer la connexion entre le monde visible et l’invisible. Voici quatre chants rituels qui montrent bien comment la musique est ancrée dans les traditions camerounaises.


    Le Chant Mevungu (Fang-Beti) – Initiation Féminine et Mystique

    Rituel réservé aux femmes pour renforcer leur pouvoir spirituel et leur lien avec les ancêtres.

    Ce chant mystique est utilisé dans le rite du Mevungu, une cérémonie initiatique secrète chez les Fang et les Beti. Seules les femmes mariées peuvent participer à ce rituel, qui pouvait être demandé par les hommes quand les temps étaient durs dehors…

    Le Mevungu utilise des répétitions vocales hypnotiques et des percussions discrètes pour plonger les participantes dans un état de transe. Ce chant agit comme un canal entre les initiées et les esprits des ancêtres, leur transmettant protection et sagesse.

    Le rite associé au chant? Déjà qu’il est mystique et peu documenté, on dirait qu’il a sombré dans l’oubli; le « mevul : toison pubienne de la femme« , était semble-t-il arraché de force. Les ways que les missionnaires n’ont pas compris et supprimé.


    Le Bikutsi Funéraire (Beti) – Deuil et Passage des Âmes

    Chants de lamentation et de libération spirituelle lors des funérailles.

    Avant de devenir un son qui chauffe les boogies, le Bikutsi était un chant funéraire exécuté par les femmes Beti pour accompagner le départ d’un défunt. À la base, ces chants étaient rythmés par des percussions frappées directement sur le sol (d’où le nom « Bikutsi » qui signifie « frapper la terre »). Les paroles, souvent improvisées, exprimaient la douleur du deuil et servaient à envoyer des messages au défunt pour lui assurer un passage en paix vers l’au-delà.

    Les hommes ont take le way là aux femmes à un moment, le style était là même pour accompagner l’indépendance donc depuis la fin du 20è siècle il est en place dans toute la société.

    Mais depuis les années 90, il y a des nga là ont tué le game et repris le flambeau. Maintenant le sujet principal c’est les déboires et les problèmes conjugaux qu’on entend seulement à travers le style. Si elles ont quelque chose à se dire entre femmes, c’est là que le message passe ! Donc écoutez bien messieurs…

    Le Bikutsi a les appuis solides au Mboa, et son énergie a évolué. Si à l’origine il était un chant de lamentation, aujourd’hui, il est devenu un style festif mais aussi d’expression, qui garde ses bases percussives et son intensité émotionnelle.


    Chants des Piroguiers (Douala) – Travail et Connexion avec les Esprits de l’Eau

    Rythmer le travail des pêcheurs et invoquer la protection des divinités aquatiques.

    Le chant matinal des piroguiers. Sur le fleuve Wouri ( Douala ): https://www.facebook.com/share/r/1CEX2NXcyz

    Sur les côtes de Douala et Kribi, les pêcheurs chantent des mélodies entraînantes pour coordonner leurs efforts lorsqu’ils rament. Ces chants, appelés « Mouankum », ne sont pas juste un way pour passer le temps : ils sont censés apaiser les esprits de l’eau et garantir une pêche abondante.

    Le rythme des chants correspondrait aux coups de rame, créant une synergie entre les pêcheurs. En plus de renforcer la cohésion du groupe, ces mélodies ont une portée spirituelle, car elles s’adressent aux ancêtres et aux divinités marines.


    Chants Guerriers Bamiléké – Courage et Protection Avant la Bataille

    Booster le moral des guerriers avant une bataille et invoquer la force des ancêtres.

    Chez les Bamiléké, avant qu’un guerrier n’entre en combat, il devait passer par une cérémonie où les anciens exécutaient des chants de guerre. Ces chants étaient accompagnés de tambours royaux et de cloches métalliques, destinés à intimider l’ennemi et à donner du courage aux combattants.

    Les rythmes intenses et saccadés des tambours créaient une montée d’adrénaline chez les guerriers, leur donnant un mental d’acier avant d’affronter l’adversaire. Ces chants ne servaient pas seulement à motiver, mais aussi à invoquer les esprits protecteurs de la chefferie.


    Quelques chants ethniques en synthèse et leur fonction

    Les Premiers Styles Musicaux Issus des Traditions Orales

    Avant que les gros labels ne captent que l’Afrique avait un groove, le Camer avait déjà ses propres vibes béton. Du Makossa qui a traversé les océans, au Bikutsi qui refuse de vieillir, en passant par le Mbolé qui ambiance les kwattas et le Bend Skin qui fait vibrer l’Ouest, chaque coin du pays a son propre son, taillé sur mesure pour faire bouger les foules.

    Donc même si je suis fan de Ben Skin, ici on va plutôt talk de trois monstres sacrés du game : le Makossa, le Bikutsi et le Mbolé. Trois styles, trois énergies, trois histoires qui montrent comment le Camer a toujours eu une longueur d’avance sur la scène musicale africaine.


    Le Bikutsi : Le Son Qui Refuse de Fatiguer

    Mola, avant que le Bikutsi ne devienne la machine à ambiancer les boîtes et les mariages, c’était d’abord les femmes Beti qui trouvaient là un moyen de s’exprimer dans une société où elles n’avaient pas la parole.

    Après les travaux champêtres ou en rentrant du marché, elles se regroupaient et faisaient leur kongossa avec. Pas d’instruments compliqués, tu prends même la babouche pour taper le poteau avec c’est bon. C’était leur manière de parler quand la société patriarcale leur disait de fermer leurs bouches.

    Petit à petit, ce chant de résistance se structure. Il adopte son rythme en 6/8, avec des percussions lourdes et des chœurs hypnotiques. Mais c’est dans les années 60-70 que le Bikutsi commence à entrer dans une nouvelle dimension. Un gars du game, Messi Martin, arrive avec une dinguerie : la guitare balafon. Il met du papier entre les cordes pour imiter le son du xylophone, et bim, le Bikutsi prend une nouvelle couleur. Il quitte les villages et les rituels pour s’inviter dans les cabarets et sur les radios.

    Mais l’explosion arrive dans les années 80, quand des warriors comme Les Têtes Brûlées débarquent. Jean-Marie Ahanda et Zanzibar changent tout ! Exit le balafon, place aux guitares électriques saturées, aux lignes de basse qui cognent et aux shows de fou. Avec leurs corps peints et leurs performances ultra-énergiques, ils donnent au Bikutsi un look de punk africain et l’emmènent en Europe. Le son devient plus brutal, plus rebelle, c’est le rock mon frère!

    Dans les années 90 et 2000, le game change encore. Les femmes, qui avaient lancé le mouvement à la base, reviennent en force et prennent le contrôle du Bikutsi moderne. K-Tino, la femme du peuple, choque tout le monde avec des textes crus, provocateurs, sans filtre. Pas de tabous, elle balance tout ce que les autres n’osent pas dire et que les maris ne veulent pas que les femmes sachent. Derrière elle, des reines comme Lady PonceMani BellaCoco Argentée modernisent le Bikutsi, l’emmènent dans les boîtes de nuit, et le mettent dans les playlists des jeunes générations.

    Même en 2024, le Bikutsi était toujours là, il sera là en 2025 et chaque année qui va suivre. Des artistes comme Josco l’Inquiéteur et Happy d’Efoulan ramènent le genre aux sources, pendant que d’autres fusionnent avec des sons plus modernes. L’Afro-Bikutsi mélange le Bikutsi avec du Coupé-Décalé, de l’Afrobeats et des sons urbains. Ah gars!

    Mais une chose est sûre : tant qu’il y aura des basses qui cognent et des percussions qui tapent le sol, le Bikutsi restera une force. Ce son, c’est pas juste un style, c’est une culture, une identité, une énergie qui va encore ambiancer le game pendant longtemps.


    ​​​​​​​Le Makossa : Quand Douala a Pondu un Son Planétaire

    Wanda fut! Si on parle de musique au Came&Run sans talk du Makossa c’est que vraiment on a rien dit n’est ce pas? Ce son, c’est l’un des plus gros phénomènes musicaux du Mboa, un mélange de vibes Sawa et de saveurs importées qui a fini par secouer le monde entier.

    Le Makossa commence son périple dans les années 1950 du côté de Douala, la ville où tout se passe ! Avec son port et ses influences venues d’ailleurs, le son local a pris des couleurs en mixant les rythmes traditionnels Sawa comme l’Ambass-Bey et l’Assiko avec des sonorités du high-life ghanéen, de la rumba congolaise, du merengue dominicain et des musiques afro-cubaines. Bref, une pure sauce épicée qui sentait déjà l’international.

    Le mot « Makossa », tiré de « Kossa » qui veut dire « danse » en Duala, aurait été lâché en plein show par Nelle Eyoum dans les années 50. Et dès que le public a goûté au rythme, c’était déjà acté : ce son allait ambiancer le Cameroun pour de bon. Eboa LotinDikoto Mandengue et Emmanuel Nelle Eyoum ont alors posé les premières bases solides, avec des basses lourdes et des rythmiques syncopées qui forcent le corps à suivre.

    Dans les années 60 et 70, le Makossa prend d’assaut les cabarets de Douala et commence à se frayer un chemin au-delà du pays grâce à des artistes comme Ekambi BrillantPierre Didy Tchakounté et Jo Tongo.

    Mais c’est en 1972 que tout bascule : Manu Dibango drop « Soul Makossa » et le monde entier se met à bouger sur le son. Paris, Bruxelles, les États-Unis : partout où il y a un Camer, y’a du Makossa qui tourne. À la radio, des stations comme RFI et Radio Nova le diffusent à fond, et le style commence même à influencer la World Music. À New York, les DJs américains kiffent tellement qu’ils le passent en boucle, inspirant même le King de la pop en 1983, Michael Jackson dans « Wanna Be Startin’ Somethin’ » et plus tard Rihanna avec « Don’t Stop The Music ».

    Les années 80 et 90, c’est donc une consécration pour ce style. Le Makossa s’enrichit avec des variantes comme le Funky Makossa, le Makossa Pop et le Jazz Makossa. À cette époque, les boss du game forment ce qu’on appelle « l’équipe nationale du Makossa », avec des légendes comme Ben DeccaNdedi EyangoDina BellGuy Lobé et Sam Fan Thomas. Partout dans les bals, les mariages et les fêtes, c’était Makossa ou Makossa !

    Et ce n’est pas que dans la zik que le Makossa impose son swag : les chaussures « Ekambi » et les casquettes « Dina Bell » deviennent des symboles, et des marques comme Toyota utilisent le Makossa dans leurs pubs.

    Mais qui dit succès dit aussi embrouilles… Des artistes internationaux comme Shakira ont pioché dans le répertoire Makossa sans forcément rendre hommage aux originaux, comme avec « Waka Waka » qui s’inspire d’un vieux tube camer du groupe Zangalewa : Waka waka. Avancez à 7:30 et vous allez voir qu’elle a juste copié sans se prendre là tête.

    Ça a créé des tensions sur la reconnaissance et la rémunération des artistes camerounais, qui se battent encore pour que leur héritage soit respecté.

    Même si aujourd’hui des genres comme l’Afrobeats et le Mbolé prennent de la place, le Makossa c’est l’enfant de la patrie. Des artistes comme Richard BonaPetit-PaysMoni Bilé et Charlotte Mbango ont maintenu la flamme allumée, en mixant les vibes classiques avec des touches modernes. Ces sons durent et leur influence continue de se faire sentir sur la scène africaine et internationale.


    Le Mbolé : La Renaissance d’une Tradition Urbaine

    Le Mbolé, c’est pas juste un son de plus dans le game musical camer. C’est un mouvement, un état d’esprit, un way de vie qui a commencé dans les ambiances funèbres des quartiers de Yaoundé avant de secouer tout le pays. Parti de là où les gars improvisaient sur les casseroles et les bancs, il ambiance maintenant les plus gros spots du Mboa et même les showcases en Europe.

    Né au début des années 2000 du côté de NkoldongoMvog-AdaEssos, le Mbolé était d’abord un son du peuple, une zik faite avec les moyens du bord comme souvent. On tapait dans les mains, sur les marmites, les seaux, et les bancs en bois pour donner le tempo. C’était la zik des kwattas, celle qui parlait de la galère, des embrouilles du ghetto, mais aussi des petites joies du quotidien.

    Les premiers soldats du Mbolé, comme Aristide Mpacko et Phil Massinga, ont posé les bases, mais c’est DJ Lexus le Monstre qui a mis le feu en studio en 2010 avec le titre « Ekondock », premier vrai morceau enregistré. La vraie explosion est arrivée en 2016 avec « Dans mon Kwatta » de Petit Malo, un hit qui a fait passer le Mbolé du rang de musique de veillée à celui de son national.

    Aujourd’hui, des artistes comme Happy d’Efoulan qu’on a déjà cité, Petit BozardCrazy Mix et Menace Toxic ont hissé le Mbolé à un autre niveau, en y ajoutant du djembé, du piano et même des vibes afrobeat. Ce son de la street a tellement pris de la force qu’il a même inspiré des variantes comme le Mbolé-Gospel et le Mbolé-Street.

    Si tu regardes bien, le Mbolé et le Rap ont des histoires qui se ressemblent :

    • 👉 Les deux viennent de la rue, nés du besoin de s’exprimer dans un monde qui regarde souvent de haut les gars des quartiers.
    • 👉 Ils ont commencé dans les coins chauds, loin des gros studios, avec des moyens de débrouillard. Le Rap est parti des battles de rue aux États-Unis, le Mbolé est né dans les veillées funèbres des quartiers de Yaoundé.
    • 👉 Les deux ont d’abord été stigmatisés : au début, on disait que le Rap, c’était la musique des voyous, pareil pour le Mbolé qui a été traité de “son de bandits” avant d’être accepté partout.
    • 👉 Ils racontent la réalité du terrain : pauvreté, débrouillardise, injustice, mais aussi espoir et résilience.

    Et comme le Rap qui a fini par conquérir le monde, le Mbolé est en train de poser ses jalons sur la scène internationale pour faire la même chose. Les artistes partent déjà en tournée en Europe et aux Émirats, des labels s’y intéressent, et la télé diffuse maintenant le Mbolé à fond.

    Aujourd’hui, aucune radio ou télé camer ne boude ce son, et même Trace Mboa diffuse cette vibe dans plusieurs pays. On le danse partout, des mariages aux festivals, en passant par les bleds et les grandes villes. Les gars sont dans les high level !

    Mais ce qui est sûr, c’est que le Mbolé est plus qu’un simple style de musique : c’est une identité, une fierté, un cri de la jeunesse camerounaise.


    C’est même quoi avec toi? Faut pas croire que la musique du mboa est sortie de nulle part hein! Avant que les gars commencent à sheck le Bikutsi et à piff le Makossa en boîte, y’a eu des influences de partout. Les colons, les soldats, même les marins, tous ont laissé leur piment dans notre son. Mais comme on dit, le Camer ne subit pas, il gère ! On a pris les vibes des white, on a mélangé ça avec nos ngomas et BOUM ! Ça a donné des classiques qui ambiancent même les States aujourd’hui.


    L’Influence des Musiques Européennes et Américaines sur le Paysage Sonore Camerounais

    Période Coloniale : Adaptation et Appropriation

    Quand les Allemands, puis les Français et les Anglais sont arrivés au Camer, ils pensaient qu’ils allaient juste nous imposer leurs pianos et leurs chants d’église. Mais les gars du pays ont vite capté le way et ont commencé à lober le système.

    Les instruments occidentaux sont entrés dans le game : Accordéons, orgues, guitares, violons… ça a commencé petit à petit à remplacer nos tambours et balafons dans certaines cérémonies sans pour autant bousculer les traditions qui étaient toujours en place.

    Les chants religieux ont changé la manière de composer : Les pères missionnaires sont venus avec leur solfège et ont imposé ça dans les écoles. Ça a donné des vibes plus structurées aux sons camerounais.

    L’hymne national camerounais est un bon exemple de cet héritage : Composé en 1928 par des élèves à Foulassi sous la direction d’un pasteur canadien, c’était la première fois que des Camerounais utilisaient un format musical européen pour représenter leur pays.


    Les Années 1920-1950 : Premiers Métissages Musicaux

    C’est là que les choses ont commencé à bouger sérieusement. Avec la radio qui commençait à diffuser des sons étrangers et les soldats alliés qui débarquaient, la musique camerounaise a commencé à charger.

    🎺 Le Highlife et la Palmwine Music : Influence Ghanéenne et Nigériane

    Les marins krou et ouvriers ghanéens ont ramené la Palmwine Music, et c’est pas le vin de palme môf mi dé! C’est un genre où les guitares acoustiques se mélangeaient avec des rythmes africains. Il aurait inspiré des sonorités aussi différentes que la rumba congolaise ou notre cher Makossa national.

    Le Highlife, qui venait du Ghana et du Nigeria, a chauffé le Cameroun, et les musiciens locaux ont commencé à mixer ça avec leurs propres sons.


    🎷 Le Jazz et le Blues Américains : Impact des Soldats Alliés

    Pendant la Seconde Guerre mondiale, les soldats américains ont amené le jazz et le blues avec eux. C’était l’époque où les gars découvraient les saxos, les cuivres et les harmonies complexes.

    Eboa Lotin, un des premiers à capter la vibe, il a combiné ce style avec des mélodies locales pour donner un son unique.

    Eboa Lotin

    La radio commençait à diffuser du jazz, et les musiciens du Camer ont commencé à l’intégrer dans leurs morceaux.


    🥁 L’Ambas-Bey : Une Réponse Camerounaise à la Colonisation

    Pendant que les colons allemands se croyaient trop fort en danse, les Yabassi les ont fini en musique. Ça a donné l’Ambas-Bey, un style qui se moquait des danses européennes en ajoutant des percussions improvisées.

    Sallè John a été le premier à mettre ça sur le devant de la scène dans les années 60. Il est devenu tellement chaud qu’on l’a appelé le Roi de l’Ambas-Bey. Il est encore dans le game…


    Impact Économique et Culturel des Mutations Musicales

    Entre les nkaps ramassés en concerts live, les artistes qui mettent le feu sur les scènes internationales, et les applis de streaming qui ont retourné la table, on est dans un game où seuls les plus affûtés tiennent la route. Mais hein, faut pas seulement voir les spotlights : les galères sont là aussi. Les artistes veulent juste leur DG clean, mais les fay-men du circuit les embrouillent avec des contrats déjà gâtés, des trucs où tu signes et tu pleures après.

    Quand tu regardes bien, le biz de la zik camer est en train de prendre un vrai virage. Avant, c’était les gars du kwatta qui chantaient pour ambiancer les anniversaires et les fêtes de quartier, et si ça sortait un peu du 237, c’était déjà la gloire. Aujourd’hui, même avec la piraterie qui saigne le game à plus de 5 milliards de FCFA par an, le secteur pèse lourd : des centaines de milliers de copies légales sortent chaque année dans la sous-région, et l’ambition ne fait que monter.

    Bon, on n’a pas encore nos Davido ou nos Black Coffee, mais les gars catchent leur destin doucement. Même si à peine 36 % des artistes disent être vraiment satisfaits de ce qu’ils gagnent, et que plus de la moitié bossent dans l’informel, y’a une vibe qui monte. Le Camer ne dort plus — il se chauffe, il compose, il push, et un jour ou l’autre, c’est nous qu’on va doser le continent.


    Les Revenus du Game : Qui Mange son DG et Qui est Gueme ?

    📌 Makossa : Un moteur économique du mboa 🎷

    Dans les années 80-2000, le Makossa a mis le Camer sur la map. Petit-Pays, Claudia Dikosso, Ben Decca et Manu Dibango ont sorti des hits qui ont tourné partout en Afrique, en Europe et même aux States. Résultat ? Plus de 2 millions d’euros de revenus estimé grâce aux ventes de disques, aux droits d’auteur et aux concerts. Aujourd’hui encore, des anciens classiques continuent de faire rentrer du nkap avec les redevances et les samples. Mais c’est chap de trouver des données sur n’importe quoi au pays donc on va dire que les dos rentrent toujours…


    📌 Bikutsi : Le marché local refuse de mourir 🥁

    Dans les années 90, les gens écoutaient ça à fond avec des artistes comme K-Tino et Les Têtes Brûlées. Mais comme les gars n’avaient pas de structure pour gérer les droits d’auteur, les artistes n’ont pas vraiment mangé leur DG. Même aujourd’hui, le Bikutsi reste chaud, mais son business ne suit pas toujours.


    📌 Le streaming : Nouveau nkap way pour les artistes 🎧

    Les choses ont vraiment changé hein. Avant, fallait tchop les CDs, marcher dans les kwattas pour vendre disque après disque. Aujourd’hui ? C’est fini ça. Le nkap passe maintenant par Spotify, Apple Music, YouTube et leurs collègues. Le vrai concert, c’est dans les écoutes, les vues, les streams. C’est ça qui classe les artistes maintenant. Si tu buzz pas en ligne, tu restes au quartier.

    Tu prends une go comme Libianca avec « People« , elle a cassé les scores, plusieurs millions de streams rien que sur Spotify. Les gars comme Stanley Enow, Kocee, Charlotte Dipanda, même Complex avec son dernier son « Ma Voix », ils ont bien compris le game. Ils sont là où les fans sont : en ligne, sur leurs téléphones.

    💰 Mais combien un artiste peut vraiment prendre avec les streams ? C’est là où les choses deviennent techniques. Toutes les plateformes ne payent pas pareil. Voici ce que ça donne :

    PlateformePaiement par écoute (€)Paiement par écoute (FCFA)Écoutes pour 2 000 € / mois
    Napster0,017 €~11,160 FCFA~117 647
    Apple Music0,0069 €~4,533 FCFA~289 855
    Deezer0,0055 €~3,610 FCFA~363 636
    Spotify0,0039 €~2,556 FCFA~512 820
    YouTube0,00069 €~0,452 FCFA~2 898 550

    Tu vois le délire ? Pour toucher 2 000 euros (environ 1,3 million FCFA) par mois, un artiste camerounais a besoin de plus d’un demi-million de streams sur Spotify, ou presque 3 millions sur YouTube. Et ça, chaque mois.

    Maintenant, imaginons un artiste moyen qui arrive à faire 100 000 écoutes par mois (toutes plateformes confondues, ce qui est déjà très bon au Camer). On prend une moyenne de 3 FCFA par écoute, ce qui est réaliste vu que YouTube paie moins, Napster paie plus, et les autres tournent entre les deux.

    Calcul simple :
    100 000 écoutes × 3 FCFA = 300 000 FCFA/mois

    ➡️ Ça donne 3,6 millions FCFA par an rien que sur le streaming.

    Mais attention :

    • Ce montant est brut (à partager entre maison de prod, éditeur, plateforme, impôts…)
    • Tous les artistes ne font pas 100 000 écoutes/mois
    • Et le Cameroun souffre encore de piraterie, de non-paiement des droits d’auteur, et du faible taux de monétisation locale

    Le streaming c’est pas encore l’eldorado, mais c’est le présent et le futur du game. Et si tu gères bien ton image, ta fan base, et que tu restes constant dans les releases, ton couloir est dégagé pour tchop les dos mal mauvais.


    📌 Concerts et festivals : Quand le Camer est ambiancé, ça chauffe 🔥

    Tu veux parler de zik sans parler de concerts ? Je wanda sévère sur toi. Le Camer, quand ça ambiance, c’est pas pour rien. Chaque bon show, chaque festival, c’est un vrai booster d’économie locale : les gars des taxis gonflent leurs recettes, les vendeurs de damé font leurs plus gros chiffres, les hôtels affichent complet, même les panthères de la nuit reçoivent leur part. Bref, quand un événement secoue une ville, tout le monde tchop le nkap.

    Prenons juste 6 gros rendez-vous musicaux de 2025 :

    • Cysoul le 12 avril au Palais des Congrès de Yaoundé
    • Ben Decca le 4 mai à l’Olympia de Paris
    • Petit-Pays le 17 mai au Palais des Sports de Yaoundé
    • Lydol le 23 mai (Palais des Congrès)
    • Sandrine Nnanga le 9 mai à Paris
    • Vanister le 12 juillet au Palais des Sports

    ➡️ En moyenne, un concert de cette envergure au Camer peut drainer entre 2 000 et 6 000 spectateurs selon la salle. Avec des tickets variant entre 5 000 F et 25 000 F, certains shows comme celui de Petit-Pays ou de Lydol peuvent générer entre 20 et 100 millions de FCFA de billetterie brute, hors sponsoring et ventes annexes (boissons, produits dérivés, stands).

    Compare ça à des artistes comme Niska en décembre 2024 à Yaoundé :

    • Standard : 10 000 F
    • VVIP : 100 000 F

    ➡️ Avec un Palais des Sports plein (environ 5 000 places), on frôle facilement les 150 à 200 millions de recette brute pour un seul concert.

    Mais voilà où ça coince :

    • Les artistes camerounais, même les plus solides, n’ont pas encore les mêmes moyens logistiques.
    • Les sponsors locaux sont timides.
    • L’absence de politique culturelle sérieuse freine l’industrialisation du spectacle vivant.
    • Et surtout, le marché informel bouffe une grosse partie des gains (entrées non contrôlées, tickets vendus sans reçu, cachets non déclarés).

    Pourtant, le potentiel est là, et il est massif. Si on professionnalise mieux l’organisation, la billetterie, la com’, la technique et la gestion des droits, les concerts au Camer pourraient devenir des machines économiques à part entière.

    Regarde les festivals comme DOMAF ou FOMARIC :

    • Ça ramène des milliers de personnes
    • Ça booste les hôtels, bars, petits commerces, et même les applis de livraison
    • C’est un levier de soft power culturel pour faire briller le 237 dehors

    Un Levier d’Exportation et d’Influence Culturelle

    On monte on descend, le Camer fait parler de lui sur la scène musicale mondiale. Les artistes d’ici ne nang pas ! Ils ont bûché le way pour amener leur son à l’international et nack les charts.

    📌 Manu Dibango et la percée mondiale de « Soul Makossa ». En 1972, il a fait ce que personne n’avait fait avant lui : il a mis un son camer sur le Billboard américain. Collabs avec les bosses du jazz : Herbie Hancock, Fela Kuti, Quincy Jones… Vente de plus de 500 000 copies aux États-Unis. Grammy Award pour toute sa carrière en 2010. Et devine quoi ? Chaque fois que ces stars utilisent le refrain légendaire « Mama-say mama-sa mama-ma-ko-sa », ça fait entrer du nkap dans les poches du mboa !

    📌 Les collabs internationales qui donnent du lourd : Les artistes camerounais savent gérer leurs connexions.

    Richard Bona, ce gars-là, c’est pas un musicien, c’est un alien ! Il a pris la basse, il l’a regardée et il a décidé que personne ne ferait ça mieux que lui au Continent. Il a quitté le Camer, il a long en France puis aux States, et maintenant il collabore lui aussi avec les plus gros noms du jazz mondial. Nominé aux Grammy Awards avec son album Tiki, il a joué sur plus de 200 albums internationaux. Son mix de Makossa, Jazz et Afrobeat dose partout !

    Charlotte Dipanda : Sa voix, c’est le mix parfait entre le Makossa, la folk et le R&B. Elle a mis tout le monde d’accord avec son album Mispa, 50M+ de vues sur YouTube, elle n’est pas là pour blaguer ! Elle a collab avec Papa Wemba, Lokua Kanza et Yemi Alade. Elle est aussi la lauréate du Canal 2’Or de la Meilleure Artiste Féminine Camerounaise.

    📌 Le Cameroun dans la pop culture mondiale : Tu savais que des sons du Camer ont été repris par des stars mondiales ? « Zangalewa » des Golden Sounds (1986) est devenu « Waka Waka » de Shakira en 2010 pour la Coupe du Monde. « Hot Koki » d’André-Marie Tala a été samplé par James Brown en 1980. En 2015, Blick Bassy a vu son titre « Kiki » utilisé dans une pub Apple iPhone 6. Ça fait rentrer du nkap et ça met la musique camerounaise encore plus haut.


    LA MUSIQUE CAMEROUNAISE AUJOURD’HUI

    Entre les vibes ancestrales et les new vibes en Afrobeats et Hip-hop 237, les artistes ont capté que le game doit ambiancer et ramener du nkap.

    Mais bon, faut pas dormir sur les défis du game car ils sont nombreux.


    Massa on a vu une évolution marquante de la musique au Continent. Pourtant, le secteur est encore dans les sissongos. Les Fay-Man njotent les artistes sur les droits d’auteur, le streaming paye, mais n’est pas encore bien organisé. La mentalité du pays incite au piratage et le sponsoring est encore en mode décalage horaire, donc il y a du taf (en témoigne la dissolution de Universal Music Africa au Cameroun).

    Industrie musicale : Universal Music France dissout sa filiale au Cameroun

    L’Essor du Digital et des Plateformes de Streaming : Un Nouveau Nkap Way

    Les temps où il fallait attendre fatigué pour acheter un CD sont révolus. Maintenant, le streaming est la clé ! Les plateformes comme Spotify, Apple Music et Deezer sont devenues des monnaies sûres, mais le problème, c’est que les géants étrangers mangent tout le DG pendant que les artistes locaux chopent juste les miettes.

    Une alternative locale ? Colorfol, une start-up basée à Douala, a capté le filon et propose une plateforme 100% afro. Leur appli, téléchargée plus de 5000 fois, gère le nkap avec un abonnement à 0,2€ la journée. En plus, ils ont une billetterie en ligne pour les showcases et concerts.

    Mais y a des blocages sérieux ! Internet coûte trop cher : Seul 34,2% des Camerounais sont connectés, donc le streaming reste encore un luxe. La piraterie fait le show : 90% des CD et fichiers mp3 qui circulent au Cameroun, c’est du njoh. Les paiements digitaux sont encore limités : Tout le monde n’a pas la possibilité de payer en ligne.

    Solution ? Un vrai deal entre les plateformes locales et les opérateurs mobiles comme au Nigeria ou en Afrique du Sud pourrait booster le game. Imagine un forfait spécial où tu mimbo le streaming sans consommer ton forfait principal…

    Colorfol App

    La Musique : Un Poids Lourd de l’Économie Camerounaise

    Selon le Ministère des Arts et de la Culture, elle représente 3,5% du PIB culturel. C’est moins que le Nigeria (5,7%) ou l’Afrique du Sud (7,6%), mais le mouvement est lancé.

    Au Camer, les artistes galèrent encore pour choper des sponsors sérieux. Contrairement au Nigeria où MTN et Glo arrosent les artistes et les events, ici c’est encore timide. Pourtant, des gars comme Ko-CTenor et Magasco ont réussi à capter quelques deals solides. (Ko-C avec Itel ou Tenor avec Hennessy), mais ces cas restent isolés et peu structurés.

    Pourquoi ça coince encore au Camer ?

    Seulement 35 % des acteurs de la musique sont affiliés à une société de gestion de droits d’auteur (comme la SONACAM), donc peu peuvent justifier de revenus réguliers ou sécurisés.

    Plus de 54 % des opérateurs travaillent dans l’informel, ce qui rend tout suivi comptable, juridique ou contractuel quasi impossible

    À peine 26 % reçoivent des subventions publiques ou privées, faute de structures ou de dossiers solides

    Résultat : les sponsors fuient, ou alors n’investissent que sur des coups de cœur non suivis (un concert, un buzz, une affiche).


    Les Gros Défis du Game Camerounais

    Malgré tout, y’a encore des combats à gérer avant que la musique camerounaise explose vraiment sur la scène mondiale.

    Les gros cailloux sur la route :

    Le manque de studios de qualité : Moins de 5 studios internationaux au pays, donc les artistes doivent fly pour enregistrer ailleurs.

    Les Fay-Man dans les droits d’auteur : 70% des nkap qui devraient revenir aux artistes se perdent quelque part.

    L’exportation des talents reste compliquée : Contrairement aux Nigérians qui cassent tout partout, les artistes camerounais ont encore du mal à s’imposer hors du pays.

    Les solutions pour pimenter le game :

    Le digital doit être mieux exploité : Plus de deals avec les opérateurs mobiles pour que le streaming soit plus accessible.

    Créer des collabs solides avec d’autres marchés : Nigeria, Côte d’Ivoire, Afrique du Sud… Le Camer doit rentrer dans la danse !

    Former et structurer l’industrie : Des événements comme le Yaoundé Music Expo (Yamex) jouent déjà ce rôle en aidant les artistes et producteurs à comprendre le business.


    Massa, si t’as suivi tout le way depuis le commencement, tu as capté que la musique du mboa, c’est pas du n’importe quoi ! Y a de l’argent à se faire, dans les kwata, les salles de concert ou en streaming. Mais il sert aussi à nourrir des familles et vendre l’image du Camer à l’international. Du Makossa qui a wanda le monde au Bikutsi qui refuse de tomber dans le fatigué, en passant par le Mbolé qui chauffe les rues de Yaoundé, la musique camerounaise est un classique de chez classique.

    Mais gars, faut pas se voiler la face, hein ! Y’a encore des bastos à esquiver : les chefs bandits qui njotent les artistes, le manque de studios de qualité, le piratage, le streaming qui doit encore bien se structurer, et les sponsors qui sont encore en train de dormir sur le game. Pourtant, ceux qui captent le tempo savent que l’avenir est digital.

    Et puis, on ne va pas mentir, les talents sont là ! Que ce soit des anciens comme Manu Dibango, Petit-Pays, Grace Decca ou des jeunes qui montent comme Libianca, Tenor et Rinyu, le Camer a des soldats prêts à sheck le game mondial. Aujourd’hui, les artistes mangent leur DG sur les plateformes de streaming, et les festivals attirent les foules.

    Donc, gars, le message est clair : la musique camerounaise est en pleine évolution, elle va péter encore plus haut si les artistes, les producteurs et les sponsors se mettent en mode action. En attendant, soutiens les frangins, les tantines et les pères du game en écoutant leur musique légalement, si tu peux acheter, achètes. N’attends pas que les choses se mettent en place pour toi.

    Bon, viens juste répondre à ce questionnaire pour donner ton avis sur l’article et après je te libère… https://forms.gle/e8rhdGihZLcNV41P6

    On s’attrape !