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  • Traditions et Croyances au Cameroun

    Traditions et Croyances au Cameroun

    Au Cameroun, tradition c’est le geste transmis qui règle la vie — nommer l’enfant, saluer les aînés, marier, enterrer. Croyance c’est ce qui fait tenir ces gestes : les ancêtres qui bénissent ou sanctionnent, les forces des lieux, Dieu qui voit. Le visible et l’invisible marchent ensemble.

    Regarde le pays Mofu : avant un grand acte, on consulte un devin (mbidla) ; s’il parle de sacrifice, on suit le protocole — animal choisi, couteau réservé, sang posé un instant sur l’autel, parts codifiées, paroles dites. Là-bas, le sacrifice aux ancêtres est courant, concret, et c’est lui qui relie maison, lignage et terroir. Tu vois non ?

    Plus bas vers Maroua (Diamaré), même la forme des tombes parle : en montagne et en plaine, deux manières d’ensevelir qui expriment des rapports différents aux morts et aux ancêtres ; les fouilles laissent entrevoir un culte des ancêtres actif dès le début du IIᵉ millénaire. Le paysage social s’est tissé avec des allers-retours de populations, et ça se voit dans les façons d’habiter, de prier, d’enterrer.

    Donc, quand on parle de traditions et de croyances au Cameroun, on parle de répertoires où chacun puise selon le moment : la chefferie qui arbitre et protège, la famille qui “fait passer” un âge de la vie, la prière à l’église ou à la mosquée, la consultation du thérapeute. En ville comme au village, ça se combine, ça se discute, ça se réinvente — mais toujours avec ce bouclage du geste et du sens, du visible et de l’invisible. Et même la manière de parler — « Tu es même comment ? » → on rappelle la règle attendue sans la nommer, « Tu acceptes, non ? » → on attend un oui qui scelle le geste. La parole confirme l’acte. — rappelle que parler et croire vont ensemble.

    1. Héritages, gestes et cosmologies : le socle “traditionnel”
      1. Rites qui ordonnent la vie (naître, grandir, s’unir, partir)
        1. Naître sous protection — Noms, bénédictions, protections d’enfance
        2. Devenir quelqu’un — Initiations, apprentissages, responsabilités
        3. Faire alliance — Mariage, dot, parenté, médiations
        4. Rejoindre les ancêtres — Funérailles, mémoires, continuité du lignage
      2. L’invisible en cartes : ancêtres, forces et médiateurs
        1. Les ancêtres présents — mémoire, bénédiction, sanction
        2. Forces et interdits — chance, malchance, “propreté/impureté”
        3. Médiateurs du lien — chefs, notables, thérapeutes, devins
        4. Objets et lieux puissants — masques, reliquaires, arbres, sources
    2. Recompositions, cohabitations et controverses contemporaines
      1. Religions instituées et traditions locales : cohabiter, traduire, contester
        1. Traductions du sacré — catéchèses, islam local, syncrétismes, renaissances
        2. Ruptures et interdits — dénonciations de pratiques “incompatibles”.
        3. Nouveaux médiateurs — pasteurs, imams, prophètes, thérapeutes.
        4. Éthique du quotidien — soins, commerce, réussite, protection, justice.
      2. Villes, mobilités et écrans : traditions en mouvement
        1. La ville comme laboratoire — Nouveaux voisinages, recompositions d’entraide
        2. Soigner et croire autrement — Pharmacies, cliniques, thérapeutes, “prières-soins”
        3. Diaspora et retours — Réinventions, transferts, solidarités transnationales
        4. Le religieux en ligne — Prédications, rituels à distance, rumeurs, fact-checking
        5. Au bout du chemin : traditions et croyances qui tiennent la maison

    Héritages, gestes et cosmologies : le socle “traditionnel”

    Ekié, chez nous on voit d’abord ce qui se touche : masques, autels, tambours, chefferies, funérailles — le visible. Mais tous ces gestes tiennent parce qu’ils branchent les vivants sur des forces, des ancêtres, des interdits et des protections — l’invisible. Sur les Hauts-Plateaux, l’art de cour relie les chefs, quasi-sacrés, au monde des aïeux ; chaque siège perlée, chaque porte sculptée, sert de relais entre ici et là-bas (exposition “Du visible à l’invisible”). Au Littoral, le Ngondo des peuples Sawa organise la rencontre rituelle avec les puissances de l’eau pour parler santé du fleuve, pêche, avenir commun. Dans l’Ouest, les Bamilékés gardent des objets “chauds” (masques, reliquaires) dont l’efficacité symbolique peut faire et défaire le lien social — demande à Bamendou : le masque tukah qu’on réclame “au pays” reste au centre des conversations de la chefferie. Bref, on fait pour croire et on croit pour faire. Plus loin, on verra comment la ville, l’école, les Églises de réveil et la mémoire des traumatismes (par ex. les fiέ’ mènzhɛ “rites de la route” chez les Yemba) ont recomposé ces équilibres — mais gardons d’abord le socle.


    De la grossesse aux funérailles, les rites balisent les âges de la vie et accrochent l’individu à sa famille, son lignage et son terroir. Ce sont des obligations “douces” mais sérieuses : on ne joue pas avec les choses des ancêtres, abeg.


    Naître sous protection — Noms, bénédictions, protections d’enfance

    Dès la grossesse, on ferme les portes et on ouvre les bénédictions, tu vois non ? Chez les Beti, la mère qui est bèlè (enceinte) se tient loin des enterrements, évite certains animaux et nourritures : l’idée, c’est que « l’enfant mange ce que mange sa mère » et que, jusqu’à la naissance, leurs deux corps n’en font qu’un. Ces interdits protègent la vie en formation et, en même temps, règlent la conduite du couple ; si tu déroges, ce n’est pas seulement “mauvais signe”, c’est toute la maison qui porte le poids.

    Dans le nord du Cameroun, Kodoko, jeune femme Mouktélé, attend son deuxième enfant. Un rite d’exorcisme va être pratiqué pour extraire de son corps le Matsam, âme néfaste des Mouktélé autrefois exécutés pour sorcellerie, qui se loge dans le corps des femmes enceintes.

    Le nom protège aussi en ruse. Dans bien des groupes, on garde un nom secret, ou on évite d’appeler l’enfant par son nom la nuit, en brousse ou sur l’eau ; toujours chez les Ewondo (Beti), on passe par un nom codé (ekiga) : mieux vaut que l’invisible n’attrape pas ton vrai nom. Ces précautions disent une chose simple : le nom, c’est déjà un morceau de la personne ; si on le manipule mal, ça chauffe.

    Nommer, ce n’est pas seulement dire ; c’est façonner. Chez les Bamilékés, le garçon prend souvent son nom après la circoncision, la fille après le perçage des oreilles : on appelle cela shu tèsè, « envoyer le nom » ; le geste grave le statut et installe la protection qui va avec. Chez les Banen (Centre), on remet le nouveau-né à la doyenne du côté du père (ou de la mère si elle est banen) avant d’imposer le nom : qu’il prenne les qualités de celle qui le porte, non ? En filigrane, la bénédiction passe par la bonne main qui nomme.

    Quand le bébé arrive, on n’étale pas son nom n’importe comment : on lui dit d’abord, on l’attache au lignage, puis à la communauté, et c’est là que les bénédictions se déposent. Chez les Mafa (Nord Cameroun), l’aîné qui nomme mâche un peu de boule de mil et en postillonne sur l’enfant en soufflant le nom : parole + salive = vie qui prend. Chez les Kera (voisins du Logone), le père appelle le nom trois fois (garçon) ou quatre fois (fille) avant de recevoir l’enfant des bras de la mère et d’invoquer les ancêtres. Chez les Douala, on s’assure qu’un défunt a bien “pris corps” dans un nouveau-né par la reprise de son nom : ainsi, le nom devient pont entre maison des vivants et maison des anciens. Partout, le nom est bénédiction socialisée : il fait entrer l’enfant “dedans” et place la famille sous regard des aïeux.

    Et quand l’enfant “ne va pas”, on ne reste pas là à regarder. Chez les Wuli/Mfumte (Nord-Ouest), on renforce par de petits sacrifices au(x) autel(s) ; ailleurs, on change le nom pour réaligner sa trajectoire : « ce n’était pas son vrai nom », disent les anciens, on lui donne celui qui convient et, souvent, la santé revient. Même logique quand la famille lit la maladie comme un désordre relationnel : on consulte, on prie, on traite, on renomme parfois ; l’important, c’est de refermer les brèches autour de l’enfant.


    Devenir quelqu’un — Initiations, apprentissages, responsabilités

    Grandir au pays, ce n’est pas seulement « avoir l’âge » : c’est entrer dedans, apprendre les limites, et prendre sa part. Chez les Wuli encore, on “fabrique” la personne par des passages réglés autour des « sociétés initiatiques », dont : on y apprend la maîtrise de soi, les alliances utiles et la manière de parler aux puissances. Le “sacrifice” ne se fait pas dans la précipitation ; il se décompose en gestes précis — poulet immolé, libations, dépôts sur autels — qui ferment les brèches et ouvrent la route, sous l’autorité de gardiens d’objets et de paroles (transmission souvent héréditaire). Là-bas, un cycle de rites saisonniers se double d’un foisonnement de rituels “à la demande” qui initient, protègent, ou réparent ; l’initié sort avec des droits, des devoirs, et un réseau d’entraide et de justice coutumière.

    Comment devient-on un homme dans la tradition Ewondo ?

    Dans bien des maisons, la maladie ou la turbulence sont lues comme un désordre relationnel : quelqu’un a “touché” l’enfant, ou le lien entre proches s’est gâté. Chez les Beti, on nomme kong une forme de prédation occulte qu’on accuse aux fortunes trop rapides ; chez les Bamiléké, on parle de famla pour la même logique d’attaque et de capture. Ailleurs, chez les Bassa’a, on craint m’song (envoûtement par objet), et chez les Manguissa/Ossananga, mengboto viserait surtout les jeunes, comme si la réussite devait être arrêtée à la source.

    Dans ces contextes, la réponse combine parole familiale, médiation d’aînés, recours aux tradithérapies ou au devin-thérapeute, et, de plus en plus, accompagnement psychothérapeutique qui prend au sérieux la plainte de sorcellerie pour réduire l’angoisse et réorganiser les relations. Le fil commun est clair : fermer les frontières de la maison, remettre chacun à sa place, et donner à l’enfant une trajectoire où il peut respirer.

    Au bout du compte, devenir quelqu’un reste une affaire de mains multiples : les sociétés d’initiation et leurs maîtres forment et obligent ; les doyens et les thérapeutes cadrent et soignent ; la famille veille et répond. Les formes varient d’un terroir à l’autre, mais la logique est la même : on devient adulte en acceptant des règles visibles qui parlent à des puissances invisibles, et en assumant publiquement les responsabilités qui vont avec — parce que chez nous, « la personne se tient par les autres ».


    Faire alliance — Mariage, dot, parenté, médiations

    Chez les Mouktélé des Monts Mandara, au nord du Cameroun, on n’épouse pas une nga (femme) comme on buy une mangue au marché. Le mariage suit des étapes codifiées : d’abord les demandes formelles portées par des émissaires, ensuite les dons et contre-dons qui balisent la route, puis la résidence de la femme fixée par accord, enfin le haddama, prix de la fiancée, soigneusement mesuré pour ne pas froisser. Autour de ces étapes gravitent un faisceau d’interdits : respect du beau-père et de la belle-mère, conduites sexuelles réglées, et sanctions prévues pour ceux qui transgressent. Quand les choses se compliquent — stérilité, lévirat (quand un frère prend la veuve de son cadet), exogamie — des procédures reconnues par la coutume interviennent pour que la maison ne s’effondre pas. Ici, l’alliance n’est pas un simple contrat entre deux individus mais une affaire de maisons entières, une mise en circulation de femmes, de biens et de paroles qui doivent rester alignées, sinon la jalousie ou le conflit empoisonnent le village.

    Le mariage traditionnel au Cameroun, un véritable parcours du combattant

    Dans les Grassfields de l’Ouest, les Bamiléké, Bamoun et voisins multiplient les médiations : on envoie des notables, on convoque des témoins, on scelle l’accord avec des “paroles fortes” qui valent serment. La dot, appelée aussi « vin de palme de la fiancée », n’est jamais une simple transaction. C’est une attache sociale qui oblige les deux familles à collaborer et à se respecter. Le refus de restituer la dot en cas de séparation signifie clairement que l’alliance n’est pas “prêt à l’essai” : comme on dit chez nous, « on n’emprunte pas une femme deux fois ». Derrière ce proverbe, c’est tout un système juridique qui se dessine : la dot établit des droits sur les enfants, légitime les héritiers, règle les échanges de biens.

    Du côté du Littoral, chez les Sawa, les alliances s’accompagnent souvent de rites liés à l’eau et aux ancêtres : les libations de vin de palme, les prières devant les esprits de l’eau rappellent que l’union doit être bénie par le monde invisible. Les ancêtres sont invités à « boire d’abord » avant les mariés, à protéger la fertilité et la paix du foyer. Dans plusieurs villages bassa, on ne commence pas un repas de noces sans verser quelques gouttes au sol, pour que ceux qui ont précédé continuent de marcher avec les vivants.

    Partout, les logiques diffèrent, mais la trame reste la même : l’alliance crée un pont entre lignages, fonde des droits et des devoirs, obtient la bénédiction des ancêtres et cherche à neutraliser les risques — la stérilité, la jalousie, la sorcellerie. Les montants et les règles varient selon qu’on est dans les Mandara, les Grassfields ou au bord du Wouri, mais la finalité demeure : maintenir l’équilibre entre deux familles et transformer une femme et un homme en charnière vivante de deux mondes. Car ici, “se marier” ne signifie pas seulement s’aimer : c’est faire tenir les maisons ensemble.


    Rejoindre les ancêtres — Funérailles, mémoires, continuité du lignage

    Quand quelqu’un part, ce n’est pas seulement un corps qu’on enterre : c’est un passage qu’on doit ouvrir correctement, sinon la maison entière risque de “prendre”. Chez les Bamiléké de l’Ouest, la mémoire passe par les crânes gardés dans des autels reliquaires. Ces restes visibles deviennent des points de contact : on y verse vin de palme, on y dépose viande et farine de maïs. Chaque offrande entretient la présence des aïeux dans la maison et sur le champ. Si l’autel est négligé, on dit que la récolte elle-même se fâche.

    Chez les Wuli (Mfumte, Nord-Ouest), la continuité se scelle par des sacrifices organisés autour du mort. On “ferme les attaques” en immolant poulet ou chèvre, et l’on accompagne l’âme du défunt pour qu’il trouve place du côté des protecteurs. Ne pas faire ces gestes, c’est courir le risque que le disparu reste errant, sans rôle assigné, et revienne troubler les vivants par maladie ou malchance.

    Au Littoral, chez les Sawa, la grande fête du Ngondo dit publiquement ce lien : sur le fleuve, les chefs coutumiers dialoguent avec les esprits de l’eau, les Miengu/Jengu. On y plonge un message rituel qui “remonte” la réponse. Si la communauté a respecté ses devoirs, les esprits promettent protection et abondance ; si elle a fauté, on redoute accidents, disette ou naufrages. Ce pacte rappelle à chacun que la paix du groupe dépend de la fidélité au contrat avec l’invisible.

    Dans la chefferie Bamendou (Ouest, Grassfields), l’exemple du masque tukah illustre la force prêtée aux objets fondateurs. Même conservé loin, au musée en Europe, on raconte qu’il a “répondu” par colère, brisant les arbres sacrés du village. Pour les habitants, ce masque n’est pas un bois sculpté : c’est un sujet rituel qui protège ou sanctionne selon qu’on l’honore ou qu’on l’offense.

    Le masque camerounais tukah, soustrait à son peuple dans les années 1950

    Derrière ces pratiques, la logique est constante : la “bonne mort” fait la “bonne mémoire”. Si on respecte le code, le mort devient un ancêtre utile, protecteur, moteur de bénédiction. Si on bâcle les funérailles ou qu’on oublie les reliques, l’aïeul pourrait retourner en errant dangereux.


    Le visible (imposition, salive, scarification, oreille percée) et l’invisible (bénédiction, ancêtres, peurs) marchent ensemble, donc. Or ces passages de la vie n’ont de force qu’adossés à une carte de l’invisible.


    Chez nous, ce qui ne se voit pas commande souvent ce qui se voit. Les villages ont leurs “plans” de l’invisible : les ancêtres qu’on nourrit, les génies qu’on consulte, les interdits qu’on respecte, et des passeurs — chefs de maison, doyens, devins, thérapeutes — qui tiennent la ligne.


    Les ancêtres présents — mémoire, bénédiction, sanction

    Dans les montagnes du Diamaré (Mofu), on fait d’abord boire et manger les anciens avant soi : on verse à terre la première gorgée de bière de mil, mepesey, puis l’on présente aux autels des parts codifiées — viande grillée ou en sauce avec boule de mil — comme à des vivants qui gardent leurs habitudes d’antan. La parole est libre pour prier, mais les gestes suivent un code serré ; les femmes préparent, les hommes offrent, et personne ne doit “toucher” l’ustensile au hasard, sinon l’ancêtre refuse. Ici, bénédiction ou colère se lisent dans l’acceptation du sacrifice, et la moindre entorse peut « fâcher » ceux d’en haut.

    Dans Mondoblog Audio, Écclésiaste Deudjui nous raconte le déroulé d’un enterrement traditionnel en pays Bassa.
    Un article à lire ici : https://achouka.mondoblog.org/2023/01…

    Plus au sud-ouest, chez les Bangwa (Grassfields), la continuité des personnes commence à la naissance : le cordon, l’eau, le feu, la porte de la case deviennent des marqueurs de passage. Ces symboles guident des prescriptions autour du nouveau-né et de sa mère ; ils relient le bébé à la maison des aïeux et tracent d’emblée l’axe des bénédictions à venir.

    Dans tout l’arc Mandara (Mafa, Mofu-Gudur, Kapsiki, Fali, Bura, Gemjek…), la place du mort — assis, couché, selon l’âge, le sexe, la “manière” de mourir — annonce aussi son statut futur parmi les anciens ; la tombe, sa forme, son emplacement dans le cimetière de clan parlent comme un dernier message.

    Deux types de sépultures des populations montagnardes

    Forces et interdits — chance, malchance, “propreté/impureté”

    L’invisible n’est pas que douceur ; il cadre la vie par des « on ne fait pas ça » qui protègent et disciplinent. Encore chez les Mofu, on sépare nettement deuil et sacrifice : celui qui revient d’un enterrement ne boit pas la bière rituelle pendant quatre jours, pour ne pas mêler tristesse et joie, mort et offrande — la “contagion” de la mort doit rester dehors. Ils connaissent aussi des sacrifices non sanglants (libations, offrandes végétales) qui montrent que la force ne vient pas que du sang, mais du respect du temps, des gestes et des matières “propres”.

    Chez les Bangwa, les premiers mois de l’enfant sont bordés par des petites défenses : éviter certains feux, certaines eaux, certaines sorties. Rien n’est gratuit : chaque micro-interdit tient un fil entre la maisonnée et les puissances, pour “tenir le destin tranquille”.

    Les Béti eux, considèrent la stérilité de la femme comme une malédiction; elle retiendrait les enfants à venir en son sein (Nkom). Cet état pourrait venir de la rupture d’un interdit, l’action d’une puissance maléfique, d’un mauvais sort, de la pratique de la sorcellerie, du mécontentement d’un parent lésé lors du partage de la dot, ou encore d’un mariage qui est fait sans l’accord de la famille. Bref toutes les raisons sont bonnes pour rendre un fait naturel, surnaturel. Cela provoque surtout un puissant stress lors de la grossesse. C’est pourquoi les femmes Béti ne se confient d’abord qu’à une autre femme plus expérimentée dont elle ne la soupçonne pas de pratiques maléfiques; c’est là, la première protection que reçoit l’enfant à venir. En effet la croyance veut que la femme qui ne se montre pas discrète perdrait son enfant à cause d’une des raisons évoquée plus tôt.


    Médiateurs du lien — chefs, notables, thérapeutes, devins

    Au pays, le « chef » n’est pas qu’un administrateur : c’est la bouche du village et le gardien des passages vers l’invisible. L’État le reconnaît comme auxiliaire administratif (trois degrés de chefferies depuis le décret de 1977), mais sa légitimité locale s’enracine dans des charges rituelles, des sociétés coutumières et des lieux interdits au profane.

    Chez les Bamouns, on voit bien l’articulation entre autorité politique et autorité rituelle : le Ngouon est une séquence codifiée où des chefs rituels consultent le peuple, entrent de nuit au palais et « parlent » avec le Mfon (roi) pour dire l’état du royaume — un contrôle du pouvoir par le sacré autant que par la parole publique.

    Le Nguon désigne une série de rituels entre le Mfon (monarque) et son peuple. Destinés à promouvoir le dialogue, l’harmonie et la paix, ces rituels sont observés par la communauté Bamoun de la région de l’Ouest du Cameroun. Les rituels sont transmis de manière informelle et comprennent des consultations communautaires, un « procès » public sur la gouvernance du monarque et des réjouissances populaires. Les rituels du Nguon sont considérés comme une source de cohésion sociale et de résilience et comme un moyen de défendre des valeurs telles que la responsabilité et l’humilité.

    Dans les Grassfields bamiléké, autour du fo (chef), des notables et sociétés (ex. dignitaires wabo) gardent tambours sacrés, instruments et secrets ; ils tiennent la main sur certaines opérations rituelles et sur la « police » du sacré.

    Plus localement, chez les Bafou (bamiléké), chaque famille dispose d’un sanctuaire pour entrer en communion avec ses ancêtres ; le chef de lignage et les notables y orchestrent offrandes et sacrifices, preuve que la médiation n’est pas que royale : elle descend jusqu’au foyer.

    Il y a toujours quelqu’un pour “tenir la parole” entre visibles et invisibles. En pays Mofu, avant tout grand geste, on s’assure auprès du devin inspiré — mbidla, parfois femme-devin facalao — que la route est ouverte. Le responsable du sacrifice obéit alors à l’ordonnance donnée : tel ancêtre doit être servi d’abord, telle offrande doit précéder telle autre ; sans cela, le grand rite reste bloqué. Dans la cour, le sacrificateur ouvre, le doyen ponctue, chacun prend la parole à son rang — l’autorité sociale s’entrelace à l’autorité spirituelle, sans micro ni mairie, mais avec un sérieux qui ne souffre pas le désordre.

    Côté thérapeutes, la figure du nganga (devin-guérisseur) reste centrale : il enquête sur la cause « invisible » du mal, dramatise la consultation (mise en scène, parole performative) et encadre le patient au sein d’une communauté d’initiés — parfois véritable « famille de substitution » le temps de la cure. Ces pratiques de divination/soin sont décrites de l’intérieur par l’ethnographie, et le Cameroun reconnaît officiellement la médecine traditionnelle comme un sous-secteur du système de santé.

    Sur la côte Sawa, les autorités coutumières servent aussi d’intermédiaires lors du Ngondo : on « consulte » les Miengu/Jengu (esprits de l’eau) — les chefs traditionnels portent la parole du peuple vers l’élément-eau, puis ramènent la réponse oraculaire.

    Au moment des funérailles dans les monts Mandara, ce sont les jeunes hommes qui portent le corps en position assise ; ce rôle n’est pas anodin : il forme et affiche publiquement ceux qui, demain, auront charge de famille et parole rituelle.


    Objets et lieux puissants — masques, reliquaires, arbres, sources

    Les masques ne sont pas de simples « œuvres » : ils portent des charges et des procédures. Dans les Grassfields, les masques d’éléphant de la société Kùosi (perles, textile, bois) signalent rang, protection et justice rituelle. Les grandes expositions l’ont montré en insistant sur la logique « du visible à l’invisible » : trônes perlés, ndop, danses… sont des supports d’efficacité sociale.

    Les reliquaires du Sud forestier (peuples Fang/Betsi/Bulu au Cameroun) donnent la version la plus explicite du lien ancêtres/objets : une boîte d’écorce contenant os/secs d’ancêtres est coiffée d’une figure byeri (nlo/eyema byeri) — gardien qui protège, éduque (initiations) et condense des qualités morales (force calme, vitalité). La statuaire a circulé dans les musées, mais la fonction première reste la garde et l’accès aux reliques familiales.

    La société secrète Byeri et le culte des ancêtres

    Pour les arbres et forêts sacrées des bam’s par exemple, le couple chef/ancêtres se matérialise en bordure des palais : bois sacrés, cimetières royaux, cases d’initiation et autels, sous la protection d’arbres « piliers » (baobabs, fromagers/Ceiba pentandra). Ces forêts sont espaces de serments, d’enterrements de princes, de rites d’agrégation et de consultations — et, de fait, un ancien dispositif de conservation du vivant.

    L’invisible aime les bonnes “adresses”. Chez les Mofu, les autels familiaux, avec leurs bols dédiés, sont le point d’ancrage des offrandes ; la viande y est déposée par parts soigneusement réglées, la bière arrose les autels et quelques gouttes vont “aux lointains”. Le lieu, l’objet et la formule font bloc : c’est la combinaison qui donne la force.

    Les sources et rochers sacrés tiennent la même place d’interface : à Bansoa (bamiléké), un site appelé tsu’Ssi combine source, roches et autels en pierre ; on y sacrifie et on y jure au nom des fondateurs divinisés — preuve que l’eau « parle » quand elle est mise en autel.

    Sur la côte Sawa, l’eau est littéralement oracle pendant le Ngondo.

    Enfin, les crânes eux-mêmes sont des objets-relais : chez les Bamilékés, leur entretien et leur consultation maintiennent le pacte entre vivants et morts ; on redoute leur colère si le lien est rompu — une autre façon de dire que la maison, la case sacrée et le reliquaire sont des « postes » de communication.


    Recompositions, cohabitations et controverses contemporaines

    Aujourd’hui, le Cameroun vit une triple articulation délicate : les chefferies traditionnelles qui revendiquent leur légitimité ancestrale, les religions missionnaires importées (christianisme, islam) désormais solidement implantées, et un État républicain qui affirme sa laïcité. Cette configuration produit à la fois des tensions et des hybridations : les chefs coutumiers gardent leur rôle de gardiens de valeurs et d’identité, tandis que les Églises et mosquées introduisent d’autres normes spirituelles et sociales, souvent concurrentes. Entre héritages locaux et modèles venus d’ailleurs, la question centrale reste la même : comment concilier la force des traditions et la neutralité d’un État pluraliste, dans un contexte où cohabitent croyances anciennes, religions instituées et modernités urbaines .


    Au pays, les mondes chrétiens et musulmans ne sont pas venus balayer ce qu’on avait déjà ; ils se sont greffés dessus. L’islam est entré par le Nord au XVIII/XIXᵉ siècle, porté par les Foulbé et les lamidats, et s’est frotté aux groupes dits Kirdi. Le christianisme arrive plus tard via les missions (protestantes d’abord, puis catholiques), avec écoles, catéchèses et traductions en langues du pays. Depuis, on vit la cohab’ : dimanche à l’église ou à la mosquée, mais les affaires d’ancêtres, de protections et de tabous continuent de structurer les familles. Et côté langage même, on cause « à la camerounaise » — le français, le pidgin et les langues locales se mélangent et déplacent les normes : tu vois non ?


    Traductions du sacré — catéchèses, islam local, syncrétismes, renaissances

    Depuis un siècle et demi, l’islam (par le Nord, avec les lamidats foulbé) et le christianisme (vagues missionnaires, écoles, catéchèses) se sont greffés sur des régimes rituels plus anciens. Aujourd’hui, la majorité se dit chrétienne (≈60 %), l’islam pèse lourd (≈35 %), et les héritages “traditionnels” restent actifs, surtout à l’Ouest, au Sud et à l’Est : on prie au temple, mais on garde les gestes de maison pour la santé, la réussite et la protection. C’est la cohabitation serrée qui fait le style camer : on traduit, on arrange, on met des limites quand “ça chauffe”.

    Missionnaire français avec le sultan de Ngaoundéré en 1920.

    Chez les Dii (Nord), l’histoire résume bien la greffe double : contact ancien avec l’islam au XIXᵉ ; au XXᵉ, vagues missionnaires et gros chantier de Bible en dii (comité de langue structuré dès 1962, Nouveau Testament bouclé vers 1970 et publication moderne en 2001). Chaque mot devient un carrefour : reprendre un terme indigène du divin ou le bannir pour éviter l’étiquette « fétiche » ?

    L’implantation n’est pas sortie du néant. Côté islam, la poussée foulbé issue du djihad d’Ousman dan Fodio a maillé les plaines d’Adamaoua et du Nord de lamidats où coran, école et justice musulmane ont circulé avec les caravanes ; la carte actuelle de l’islam (fort en Adamaoua, Nord et Extrême-Nord, présent aussi chez les Bamouns de l’Ouest) en garde la trace.

    Côté christianisme, les baptistes anglais débarquent très tôt (mission de Bimbia-Bonabéri en 1843), suivis par d’autres familles protestantes puis par l’Église catholique, qui organise aujourd’hui 20+ diocèses ; l’ensemble propulse catéchèses, écoles et traductions bibliques en langues locales.

    Lettre du Pr. Kum’a Ndumbe III au Synode Général de l’Eglise Evangélique du Cameroun 2012
    Photo: Joseph Kuoh, Charles Maître, Joseph Ekollo, Elie Allégret, Jacob Modi Din (right)

    Les catéchèses ont lancé un gros chantier de traduction biblique (comités de langue, lexiques, choix des mots pour « Dieu », « esprit », etc.). Tout le monde ne veut pas le même style : certains récupèrent des termes anciens pour « apprivoiser » la Bible, d’autres disent « danger de syncrétisme ». Résultat : ni copie, ni rupture — une foi traduite qui parle comme on parle au village et en ville.

    Dans les lamidats, l’islam lui aussi se localise : prières et apprentissages coraniques au centre, mais tolérance pragmatique pour certaines médiations coutumières (parentés rituelles, arbitrages des notables) tant que l’ordre social tient. Ce double ajustement — mosquée/église d’un côté, coutumes de l’autre — explique pourquoi, sur le terrain, beaucoup vivent la religion comme une traduction continue plus que comme un « switch » définitif.

    Chez les Beti/Fang, le parcours courant c’est baptême–confirmation–mariage à l’Église, et, en même temps, couverture spirituelle pour le commerce et la vie sociale. Gérer une boutique au marché, devenir mfan mot (statut reconnu), viser le mvoe (bien-être accompli), tout ça demande de “caler” l’Invisible : veillées, jeûnes, prières dans les Églises de réveil, parfois consultation d’un nganga de confiance pour fermer les chemins au kong (attaque occulte) et neutraliser la jalousie. Les enquêtes sur les petits commerçants beti/fang à Yaoundé décrivent clairement ce capital magico-religieux mobilisé pour sécuriser réputation, clients et chiffre du jour. Là où ça marche, “tu n’as pas la pression” ; si tu négliges, “c’est caillou”.

    À l’Ouest, Bamilékés et Bamouns conjuguent liturgies chrétiennes (paroisses denses, catéchèses) et forte centralité des chefferies/ancêtres. On peut communier le matin et, le soir, verser une libation au pas de porte, nourrir l’autel familial, ou participer à une danse de sortie de deuil. La Route des chefferies a bien rappelé ce fil “du visible à l’invisible” : masques, reliquaires, forêts sacrées, tout un patrimoine qui continue d’ordonner la mémoire et la protection, tout en dialoguant avec l’art chrétien et l’art contemporain. Côté Bamoun (islamisé de longue date), mosquées et chefferie co-régulent la vie morale, avec un islam local intégré aux institutions du royaume.

    Chez les Sawa du Littoral, la carte est lisible : catholicisme et protestantisme bien installés en ville (réseaux paroissiaux, catéchèses, envois massifs de catéchistes — par ex. à Douala), et, chaque année, le Ngondo réaffirme, sur l’eau, l’alliance avec les esprits du fleuve et la mémoire des lignages. C’est un bon exemple de syncrétisme à la camerounaise : calendrier chrétien d’un côté, fête “de la maison” de l’autre, sans forcément mélange confusionnel — plutôt une gestion des registres selon le contexte.


    Ruptures et interdits — dénonciations de pratiques “incompatibles”.

    Dès l’époque missionnaire, beaucoup de gestes “de maison” (libations, reliquaires, bains, consultations) sont reclassés fétichisme et priés de sortir de la scène publique. Les Églises s’implantent par les catéchèses, l’école et la paroisse, et posent leurs lignes rouges ; côté islam, les lamidats rappellent les distinctions halal/haram et challengent certaines pratiques locales. Cette moralisation a posé, très tôt, une grammaire du “compatible / incompatible” avec la foi importée. Aujourd’hui encore, l’équilibre national se lit dans les chiffres : majorité chrétienne, islam fort, et héritages toujours actifs — une cohabitation qui produit régulièrement des arbitrages serrés.

    Dans les paroisses très denses de l’Ouest, du Littoral et des grandes villes, la prédication comme la formation de milliers de catéchistes rendent plus visibles les dénonciations de “pratiques non compatibles” (culte des crânes, bains rituels, consultations). À Douala, l’envoi d’environ 1 000 catéchistes en décembre 2023 montre à quel point l’appareil ecclésial encadre la vie morale et appelle à “rompre avec les œuvres des ténèbres” — ce qui met la pression sur les rituels familiaux gardés en sourdine.

    Sur le terrain, le discours “Reste à Jésus, leave les choses d’avant” fait que, chez les Dii (Adamaoua–Nord), plusieurs gestes autrefois publics (paroles aux autels, bains protecteurs, dons codifiés) passent low profile : on ne les proclame plus, on les délocalise hors du regard paroissial, pendant que la foi se traduit en langue et en catéchisme.

    L’expansion des Églises de réveil en ville rend aussi la frontière plus bruyante : délivrances publiques, dénonciation de la “sorcellerie familiale”, promesses de protection et de prospérité. À Douala, les études décrivent la multiplication d’assemblées prophétiques qui occupent l’espace sonore et symbolique, bousculent les normes classiques et contestent les médiations anciennes (chefferies, notables, thérapeutes “à l’ancienne”). Résultat : des conflits ouverts autour du “qui a l’onction” pour trancher les affaires de malchance, de maladie ou de business qui “ne monte pas”.

    Quant aux dérives, au fil des décennies, le registre juridique s’en mêle. L’espace public retrouve régulièrement des controverses sur “sorcellerie” et “escroqueries spirituelles” (promesses de miracles contre argent, violences symboliques). Les autorités publiques tirent deux leviers :

    • Freiner les abus : rappels à l’ordre contre les “sectes” agressives, discours officiels sur l’emprise de la sorcellerie et l’urgence d’une délivrance qui ne vire pas à l’arnaque ; interpellations, fermetures de lieux, appels à la prudence pastorale.
    • Ouvrir une porte au vérifiable : reconnaissance encadrée de la médecine traditionnelle (bulletin officiel 2020, projet de code d’éthique, pharmacovigilance), afin de séparer nganga sérieux et charlatans. Le message est clair : “tradition, oui ; tromperie, non”.

    Au quotidien, la ligne bouge selon les lieux, les autorités en présence et… les urgences de vie. Un prêtre ou un imam peut condamner la libation à haute voix, pendant que la famille verse une goutte au sol “pour les vieux” à la maison. Une Église de réveil peut interdire les “bains”, mais proposer ses prières d’onction et de jeûne toute la semaine. L’État, lui, peut poursuivre l’escroquerie spirituelle et, en même temps, labelliser des praticiens traditionnels et des produits de pharmacopée. Entre “à proscrire” et “à réaménager”, on négocie en continu — parce que, pour beaucoup, la sécurité de la maison, la santé et le business ne se jouent pas seulement au visible.

    Dans ce climat de dénonciation de la sorcellerie, certains publics deviennent cibles (par ex. les personnes albinos, exposées à des imaginaires magico-marchands) ; les autorités sanitaires et religieuses multiplient les mises en garde pour protéger les vulnérables et couper court aux trafics “mystiques”. Là aussi, frontière mobile : sanctionner les crimes et défaire les rumeurs.


    Nouveaux médiateurs — pasteurs, imams, prophètes, thérapeutes.

    Depuis le temps des missions et des lamidats, l’autorité spirituelle au Cameroun ne se limite plus à la maison ancestrale. Elle s’est ramifiée en trois pôles qui se répondent :

    • Églises et mosquées (curés, catéchistes, pasteurs, imams) ;
    • Thérapeutes/nguɛnga, nganga, et autres praticiens de la pharmacopée ;
    • Chefferies/notables, qui gardent les règles de la parenté et l’accès aux autels.

    Cette tripode s’est renforcée avec l’urbanisation : à Douala, Yaoundé, Bafoussam, Garoua, les veillées, délivrances, ruqya, jeûnes collectifs et conseils pastoraux structurent le quotidien religieux, pendant que l’État tente de sécuriser l’offre de soins et de casser l’arnaque mystico-commerciale.

    Côté catholique, la médiation n’est pas que le prêtre du dimanche : le pays vit au rythme des catéchèses et des missions de terrain. Rien que dans l’Archidiocèse de Douala, plus de 1 000 catéchistes ont été envoyés en mission fin 2023, signe d’un encadrement serré de la prière, de l’accompagnement et de la morale dans les quartiers.

    Archidiocèse de Douala

    Côté protestant/pentecôtiste, les Églises de réveil ont pris une place de big médiateurs en ville : séances de délivrance, diagnostics de “blocages” (sorcellerie, jalousie), prières de prospérité pour le commerce et la santé, counseling familial. À Douala, la recherche décrit un maillage d’assemblées prophétiques qui occupent l’espace sonore et social et reconfigurent la médiation religieuse urbaine.

    Dans le Centre-Sud, chez les Beti/Fang, le pasteur devient coach mystico-éthique qui aide à tenir le business, à calmer les “kong” (attaques) et à garder la paix de la maison (source ethnographique fournie).

    Au Nord/Adamaoua, l’imam n’est pas seulement officiant : c’est un arbitre moral et un guérisseur religieux (lecture de Coran, ruqya, jeûnes, aumône) qui remplace les bains ou sacrifices jugés illicites et cadre les conflits domestiques. Historiquement adossés aux lamidats, ces imams portent une médiation sociale (conciliation, charité) autant que rituelle, avec des rappels constants halal/haram (cadre général : poids de l’islam et cartographie religieuse nationale).

    Les nganga/nguɛnga n’ont pas disparu avec les Églises et la mosquée. Quand ils sont reconnus par la communauté ou adoubés par des notables, ils restent les points d’appui pour les soins, la protection et même la palabre (médiation). L’État a choisi de faire le tri :

    • 2000s–2010s : montée d’alertes publiques contre les escroqueries spirituelles et quelques “sectes” agressives en ville.
    • 2014 : annonce d’un projet de loi pour organiser la médecine traditionnelle, poser un code d’éthique et démarrer une pharmacovigilance (sécurité des produits).
    • 2020 : Bulletin officiel du Ministère de la Santé sur la Médecine traditionnelle : définition, enregistrement des praticiens/produits, collaboration avec les hôpitaux, idée d’un sous-secteur intégré au système national de santé.

    Dans les Grassfields (Ouest), là où les Bamiléké tiennent des forêts sacrées et un système de notables, on consulte encore des spécialistes ad hoc pour la fécondité, la paix des maisons, la protection des champs ; mais on évite le tapage, par crainte de “chauffer” la chefferie et d’empiéter sur les rituels réservés. Les palais gardent les autels et les objets fondateurs ; quand ça dépasse le cadre, le chef appelle soit l’imam/pasteur, soit un thérapeute reconnu.

    Chez les Bafou (Menoua), les modalités d’offrandes et le choix des experts (sacrificateur, devin) restent codés : ce sont des médiations contrôlées par la parenté et les notables.


    Éthique du quotidien — soins, commerce, réussite, protection, justice.

    Au Cameroun, le quotidien ne se gère pas qu’avec les mains et les calculs, mais aussi avec l’invisible. Depuis la période précoloniale, l’équilibre des familles et des communautés a toujours reposé sur un double registre : ce qu’on fait devant les gens (cultiver, commercer, juger, soigner) et ce qu’on règle avec les puissances (prières, bénédictions, protections, interdits). Avec la colonisation puis les indépendances, ces gestes n’ont pas disparu. Ils se sont déplacés : désormais, ils cohabitent avec les messes, les sermons du vendredi, les écoles et les tribunaux. L’État a reconnu officiellement la médecine traditionnelle dans le système de santé (2020), signe que même au niveau national, on sait que les réalités de la vie quotidienne ne se règlent pas qu’à l’hôpital ou au tribunal.

    Justement en parlant de santé, dans les années 1960 déjà, les études ethnographiques montraient que les Camerounais passaient facilement d’un médecin moderne à un nganga, selon la nature du problème. Pour la fièvre ou une plaie : clinique. Pour la stérilité, les convulsions inexpliquées, ou une série de malheurs : thérapeute traditionnel. Aujourd’hui encore, les familles combinent. Les hôpitaux de Douala ou Yaoundé reçoivent des patients qui, en parallèle, poursuivent un traitement de plantes ou des rituels de protection. L’État a tenté de “nettoyer le champ” pour éviter les arnaques, mais il reconnaît que la demande populaire pour la pharmacopée et les pratiques rituelles reste trop forte pour être ignorée.

    Côté commerce et réussite sans alliés d’en-haut, c’est djôk! La réussite sociale ici ne se résume pas à “avoir l’argent” : on mobilise des alliés spirituels comme un entrepreneur mobilise des capitaux financiers.

    Ce qui nous mène à la protection et la justice, du village à la ville. Traditionnellement, la justice ne se limitait pas à un jugement rationnel, elle se scellait par des épreuves rituelles (serments, bénédictions, sacrifices). Dans les Grassfields, par exemple, les chefferies gardaient (et gardent encore) les forêts sacrées comme lieux où se traitent les gros litiges : l’accusé doit jurer, et c’est l’invisible qui tranche. À l’époque coloniale, les tribunaux européens ont tenté de supprimer ces épreuves, mais après l’indépendance, certains gestes ont refait surface sous d’autres formes. Dans les années 1980, on a vu des tribunaux s’appuyer sur l’expertise de thérapeutes pour juger des affaires de sorcellerie, un signe que la frontière entre “justice moderne” et “justice invisible” reste poreuse.

    Aujourd’hui, même la diaspora camerounaise continue de lire sa vie quotidienne en termes d’alliances spirituelles. Un blocage administratif en France ou en Allemagne est souvent interprété comme un obstacle invisible. Une percée professionnelle devient motif d’action de grâce. Les réseaux sociaux amplifient ces logiques : prophètes en ligne, pasteurs de réveil qui diffusent en direct, discussions de WhatsApp où l’on mêle français, pidgin et camfranglais pour analyser les coups de chance et les blocages. La langue elle-même devient signe du bricolage : on saute d’un “Alléluia” à un “tu vois non ?” pour dire la même chose — que le visible et l’invisible marchent ensemble.

    Ces cohabitations ne restent pas théoriques : elles s’éprouvent dans la ville, les migrations et les écrans, où traditions et croyances prennent de nouvelles formes.


    Depuis que les villes camerounaises gonflent comme ballon de foot, que l’école coloniale a brassé tout le monde sur les bancs, et que WhatsApp a débarqué jusque dans les villages, les traditions ne restent plus figées. La vraie question : qu’est-ce qui disparaît en route, et qu’est-ce qui se transforme pour continuer à marcher avec le quartier, la diaspora et le numérique ?


    La ville comme laboratoire — Nouveaux voisinages, recompositions d’entraide

    Depuis l’époque coloniale, les villes du pays sont devenues comme des marmites pleines de condiments : tout le monde dedans. Douala, capitale économique, et Yaoundé, capitale politique, ont commencé à gonfler sec dans les années 1950–60, quand les colons ont eu besoin de main-d’œuvre pour les chantiers, les bureaux et les services. À cette époque, les grandes familles étendues du village, où on vit en bloc avec tontons, tantines et cousins, se fragmentent. En ville, chacun cherche son coin, on se retrouve à habiter dans des concessions mélangées où Bassa, Bamiléké, Beti et Haoussa deviennent voisins de palissade. C’est là que la survie oblige les gens à inventer de nouveaux systèmes pour “tenir ensemble”.

    Au départ, dans les années 1960–70, les Camer se tournent vers les tontines urbaines, ces réunions d’argent qui remplacent les champs communautaires du village. Rapidement, ça devient plus qu’une affaire de cash : on y gère mariages, funérailles, voyages et même règlements de dettes. Dans les quartiers populaires, les associations de quartier prennent le relais. À côté, les églises, surtout les paroisses catholiques et protestantes, deviennent des nouveaux foyers de parenté : tu arrives seul à Yaoundé, mais ton groupe de chorale devient comme ta famille d’accueil.

    Chez les Bam’s, ça se formalise fort : les « réunions » (associations villageoises urbaines) rejouent carrément le modèle de la chefferie. Dans les années 1980–90, avec la grande vague de migrations vers Douala et Yaoundé, ces associations deviennent incontournables. Elles organisent les mariages et funérailles des membres, elles collectent les cotisations pour rapatrier un corps au village, elles arbitrent même des palabres entre citadins. Bref, elles recréent un mini-village dans la ville, avec son “chef” et ses notables.

    Au Nord, les dynamiques sont différentes mais le principe reste pareil. Les Peuls (Foulbé) qui tiennent les lamidats et les marchés apportent leur modèle : la mosquée devient centre de solidarité, et les marchés sont aussi des lieux d’entraide. Les groupes dits Kirdi, longtemps marginalisés, trouvent eux aussi dans la ville un espace pour recomposer leurs solidarités : ils créent des associations de migrants où la mémoire des rites villageois cohabite avec l’islam ou le christianisme.

    Aujourd’hui, avec les « villes nouvelles » comme Bonamoussadi à Douala, ou l’axe Nsimalen–Yaoundé en pleine extension, la logique s’accélère. Chaque bloc ou quartier devient un mini-laboratoire social. À Bonamoussadi, par exemple, tu retrouves côte à côte des cadres Bamiléké, des commerçants Bassa, des étudiants Beti, et des Peuls qui tiennent le bétail urbain. Chacun vient avec ses codes, mais il faut cohabiter. Résultat : on invente ses propres règles pour gérer dettes, jalousies, funérailles. Même dans les résidences modernes avec portails et vigiles, les logiques d’entraide continuent via les groupes WhatsApp du kwatt : collecte pour un malade, soutien après un décès, contributions pour la sécurité du bloc.

    La ville camer est donc devenue un vrai “laboratoire social” : on a quitté les grandes concessions lignagères, mais on a bricolé des équivalents modernes. Tantôt avec les tontines, tantôt avec les réunions villageoises, tantôt dans les Églises de réveil qui “refont famille” à travers les veillées de prière. Bref, même si les murs du village sont loin, la solidarité et les pratiques coutumières se sont juste déplacées et habillées aux couleurs du kwatt.


    Soigner et croire autrement — Pharmacies, cliniques, thérapeutes, “prières-soins”

    Au pays, la santé, c’est pas one-way. Depuis l’époque coloniale, les hostos ont pris le lead, les nganga sont passés un peu “backstage”. Mais dès les années 1970 (ambiance Alma-Ata à l’OMS), le discours a viré: on ne soigne pas le Kamer en zappant la pharmacopée locale et les tradis. Chez nous, l’État a formalisé ça noir sur blanc: la médecine traditionnelle fait partie du système national, avec bulletin dédié, cadre d’enregistrement et push pour la pharmacovigilance depuis 2020. Les textes rappellent aussi que la majorité de la population y recourt – point pour les feuilles, les racines et les mains qui savent.

    Concrètement, en ville on fait le tour de table thérapeutique: on commence à la pharmacie, on file voir l’herboriste du kwatt, puis on “fait prière” chez le pasteur pour une délivrance ou chez l’imam pour une ruqya. Cette circulation n’est pas d’hier: déjà à Ebolowa dans les années 1980, les enquêtes montraient comment les médocs circulaient aussi par le marché informel, les gens jonglant entre ordonnance et comprimés achetés “au taxi-bus”. L’anthropologie du médicament a documenté ce mix pharmacie/kwatt comme une réponse aux stress sociaux et au coût des soins.

    Depuis 2024, on a même step-up côté règle du jeu: loi n° 2024/018 qui reconnaît et organise officiellement la médecine traditionnelle et complémentaire, avec autorisation d’exercer, registre des praticiens et normes de sécurité des produits. L’idée: sécuriser les bons tradis et chasser les faux prophètes/charlatans, histoire que la feuille qui soigne ne devienne pas poison.

    Dans les pratiques, ça mixe fort selon les ethnies et les villes. Chez les Ewondo (Beti, Centre), on continue les bains de purification et protections, mais on “habille” ça en vocabulaire chrétien (on parle de bénédiction, on jeûne, on veille) pour rester clean au regard des Églises. Chez les Douala (Sawa, Littoral), des femmes combinent clinique et rituels liés au Ngondo pour “laver la route” – tu vas à l’écho, tu prends l’ordonnance, mais tu n’oublies pas l’offrande à l’eau pour la paix du foyer. Et dans les Grassfields (Bamiléké), les décoctions maison cohabitent avec l’hôpital de district; en cas de “mains qui poussent” (sorcellerie supposée), on peut compléter par prière-soin chez un prophète du Réveil. Ce pluralisme thérapeutique est devenu le mode normal: ordonnance + décoction + prière = “on ferme la porte au mal” et on avance sans pression.

    Côté gouvernance, la feuille de route est claire: enregistrer, former, contrôler la qualité (pharmacopées et labos), et articuler hôpital/therapeute/culte pour éviter les débordements. Les débats restent chauds – jusqu’où va la délivrance? quelle place pour la vente de médocs au marché? – mais la tendance lourde, c’est cohabiter intelligemment: biomédecine pour le diagnostic et l’urgence, tradipraticien sérieux pour les savoirs locaux, et communautés religieuses pour la force morale et la protection. Bref, au Kamer, on soigne en réseau: hosto – kwatt – chapelle/mosquée, chacun joue sa note pour que la vie “ne se casse pas”.


    Diaspora et retours — Réinventions, transferts, solidarités transnationales

    Depuis le temps des luttes politiques, la route du Mbeng n’a jamais été neutre. Dans les années 1950–70, les premiers grands départs sont liés aux exils UPC : des militants fuient la répression, certains trouvent asile en Guinée, au Congo ou en Europe de l’Est. Dans les années 1980–90, c’est une autre vague : étudiants, chercheurs, footballeurs, mais aussi jeunes en quête d’eldorado qui prennent la route de la France, de l’Allemagne, de la Belgique. Le Camerounais devient peu à peu ce qu’on appelle un “mbengiste” : celui qui a traversé et qui doit prouver son worth en envoyant le nkap (argent) au pays.

    Face à cette mobilité massive, l’État a longtemps joué à la méfiance, surtout dans les années 1990 où la diaspora alimentait l’opposition politique. Mais en 2014, revirement : lancement du programme officiel de gestion des Camerounais de l’étranger. Désormais, on parle de la diaspora comme d’un « partenaire stratégique » du développement.

    Aujourd’hui, les chiffres sont clairs : la diaspora envoie plus d’argent que l’aide internationale. Les transferts dépassent régulièrement les centaines de milliards de FCFA, soutenant non seulement la consommation des familles, mais aussi les investissements dans les villages. Mais l’attente des familles ne se limite pas au cash : au village, on compte sur le cousin à Mbeng pour financer l’église, la maison familiale ou les funérailles. Dans les Grassfields (Ouest, Bamiléké), on parle même de “retour” quand un notable installe une toiture flambant neuve sur la maison de chefferie ou sponsorise les danses traditionnelles pendant les fêtes du village. Ce geste n’est pas juste de prestige : il réaffirme la continuité entre la réussite en ville/diaspora et la légitimité lignagère au pays.

    À Yaoundé, chez les Fang-Beti (Centre-Sud), les mbengistes ramènent aussi des nouvelles formes religieuses : des Églises pentecôtistes importées de Belgique qui installent leurs antennes dans les quartiers périphériques, ou des prières par Zoom qui relient les fidèles de Mvog-Ada à ceux de Bruxelles. On voit naître des solidarités transnationales où une veillée funèbre locale est financée par des cotisations via Western Union, où un mariage traditionnel reçoit l’appui d’une chorale venue en live depuis Paris par visio.

    Résultat : le mvoe (le bien-être accompli, la tranquillité matérielle et sociale) se construit désormais dans un va-et-vient permanent entre Douala et Paris, Bamenda et Bruxelles, Yaoundé et Montréal. La réussite ne se mesure plus seulement au champ qu’on cultive ou à la boutique qu’on tient, mais aussi à la capacité à mobiliser cette chaîne transnationale de nkap, de prières, de savoirs et de prestige.


    Le religieux en ligne — Prédications, rituels à distance, rumeurs, fact-checking

    Depuis les années 2000, Internet a ouvert une nouvelle “paroisse” où chacun peut se brancher sans quitter son kwatt. Les pasteurs de réveil streament leurs cultes en direct sur Facebook Live ou YouTube, avec chœurs et délivrances visibles par des milliers de fidèles. Les imams font des causeries islamiques sur WhatsApp et TikTok, donnant des rappels de foi à des abonnés dispersés du Cameroun jusqu’à Dubaï. Même les nganga ont pris le train : sur WhatsApp, ils prescrivent des remèdes, envoient des vidéos de bains rituels ou des audios de prières. Bref, le smartphone est devenu une nouvelle calebasse sacrée.

    Mais ce numérique, c’est vraiment couteau à double tranchant. D’un côté, il permet à la diaspora de rester connectée : une messe à Mbalmayo peut être suivie en direct par une tante à Bruxelles, les cotisations pour un deuil se font par mobile money ou Western Union, et les prières de délivrance passent désormais aussi par Zoom. De l’autre, il amplifie les tensions : une vidéo de délivrance spectaculaire, un exorcisme bruyant ou une prophétie douteuse se retrouvent viralisés en quelques heures. Résultat : gros kongossa digital, palabres en ligne, partages massifs sur les groupes WhatsApp familiaux.

    Les jeunes, surtout, n’hésitent plus à fact-checker les hommes de Dieu. Quand un pasteur annonce un miracle, certains montent des threads entiers sur Twitter (X) pour démonter le show : “regarde bien, la sœur marchait déjà avant”, “ce médicament, c’est vendu au marché Mokolo hein”. Pareil pour les rumeurs de sorcellerie : elles circulent vite, mais elles se heurtent aussi à des contre-discours portés par journalistes, blogueurs et influenceurs.

    Au final, le religieux en ligne n’est pas seulement un prolongement du temple ou de la mosquée : c’est devenu un espace de débat public. Les autorités spirituelles ne sont plus intouchables, car tout est filmé, partagé, commenté, critiqué. Entre les vidéos virales, les preuves qu’on exige et les contre-discours qui se construisent, la foi se vit désormais aussi sur l’écran — entre croyance, soupçon et palabre numérique.


    Au finish, l’affaire est claire comme l’eau du marigot : chez nous, le geste (visible) et le sens (invisible) marchent ensemble, main dans la main. Tradition, ce n’est pas caillou figé ; croyance, ce n’est pas nuage sans prise. C’est un répertoire où chacun pioche selon le moment : la chefferie qui cadre, la famille qui fait passer l’âge, la prière à l’église ou à la mosquée, le coup d’œil chez le nganga quand la route se bloque. On mixe, on ajuste, on met la limite quand ça chauffe — et la vie tient. Tu vois non ?

    Le fil rouge qu’on a suivi depuis le début — du visible à l’invisible, et retour — tient au pays comme un nœud bien fait. Mofu là-haut : on ne joue pas avec le protocole, on consulte mbidla, on sacrifie propre, on parle aux autels, et la maison respire. Bamiléké à l’Ouest : reliquaires, forêts sacrées, masques qui gardent la mémoire — et pourtant paroisse pleine le dimanche. Beti/Fang au Centre-Sud : boutique bénie, mvoe visé, jalousie calmée. Sawa au bord de l’eau : Ngondo pour sceller le pacte, et culte à la chapelle pour tenir la semaine. En ville comme au village, on garde la même logique : on fait le geste juste, on dit la parole juste, et l’invisible répond.

    La phrase-synthèse ? Traditions et croyances au Cameroun, c’est l’art de faire tenir la maison : ça prend les règles du terroir, ça cause avec Dieu et les ancêtres, ça écoute l’imam, le pasteur, le thérapeute, et ça cherche la paix du kwatt sans perdre la face. Ce n’est ni “ancien vs moderne”, ni “Église vs coutume” ; c’est cohabitation inventive. On nettoie ce qui abîme, on garde ce qui soigne, et on avance — step by step, sans pression.

  • Musique et Son au Cameroun

    Musique et Son au Cameroun

    Depuis depuis, la musique du mboa c’est un vecteur culturel puissant. Elle chauffe le quartier, fait danser les gars et les nga, mais surtout, c’est un njoka entre les générations. Du Bikutsi, qui fait sheck les mamans, au Makossa qui a déjà fini le tableau à l’international, en passant par le Mbolé qui ambiance les jeunes jusqu’au petit matin, la zik camer c’est un vrai boss dans le game.

    Manu Dibango

    Gars, faut pas seulement voir le show, y’a aussi les ways qui fâchent. Ici, les artistes doivent gérer leur nkap comme des vrais warriors. L’industrie, elle est encore dans les situas du manque d’infrastructures, les fay-men qui tchoco mal les artistes, et le système de droits d’auteur qui est en jachère. Pourtant, malgré ces galères, les gars ne baissent pas les bras ! Grâce au streaming et aux collab’ avec des artistes étrangers, les sons du Mboa vont loin.

    Aujourd’hui, nos artistes pètent les scores sur Spotify et YouTube, et même des têtes comme LibiancaSalatiel ou Ko-C se retrouvent dans les charts à l’international.

    On va donc presser ce sujet en profondeur : comment le Makossa, le Bikutsi et le Mbolé ont fait leur kongossa avec le jazz, la rumba et l’Afrobeats pour créer un son unique ? Quels sont les vrais défis du game ? Qui sont les capos qui font rayonner la musique camerounaise des quartiers animés du Mboa jusqu’aux States ? Installe-toi bien, prends appui. Le Ben Sikin qu’on va take là va rouler sur des routes musicales cabossées mon frère, ça va être show comme un bon poulet DG à Bastos.

    1. Origines et Évolution de la Musique Camerounaise
      1. Racines Traditionnelles de la Musique Camerounaise
        1. Les Instruments Ancestraux : L’Identité Musicale des Peuples
          1. Des Percussions : Le Pouls de la Tradition
          2. Des Cordophones : Entre Musique et Récits Épiques
          3. Les Aérophones : La Puissance du Souffle
        2. Les Chants Rituels et Leurs Fonctions : Une Musique Spirituelle et Sociale
          1. Le Chant Mevungu (Fang-Beti) – Initiation Féminine et Mystique
          2. Le Bikutsi Funéraire (Beti) – Deuil et Passage des Âmes
          3. Chants des Piroguiers (Douala) – Travail et Connexion avec les Esprits de l’Eau
          4. Chants Guerriers Bamiléké – Courage et Protection Avant la Bataille
            1. Quelques chants ethniques en synthèse et leur fonction
        3. Les Premiers Styles Musicaux Issus des Traditions Orales
          1. Le Bikutsi : Le Son Qui Refuse de Fatiguer
          2. ​​​​​​​Le Makossa : Quand Douala a Pondu un Son Planétaire
          3. Le Mbolé : La Renaissance d’une Tradition Urbaine
      2. Influence Coloniale et Mutation Musicale
        1. L’Influence des Musiques Européennes et Américaines sur le Paysage Sonore Camerounais
          1. Période Coloniale : Adaptation et Appropriation
          2. Les Années 1920-1950 : Premiers Métissages Musicaux
            1. 🎺 Le Highlife et la Palmwine Music : Influence Ghanéenne et Nigériane
            2. 🎷 Le Jazz et le Blues Américains : Impact des Soldats Alliés
            3. 🥁 L’Ambas-Bey : Une Réponse Camerounaise à la Colonisation
        2. Impact Économique et Culturel des Mutations Musicales
          1. Les Revenus du Game : Qui Mange son DG et Qui est Gueme ?
            1. 📌 Makossa : Un moteur économique du mboa 🎷
            2. 📌 Bikutsi : Le marché local refuse de mourir 🥁
            3. 📌 Le streaming : Nouveau nkap way pour les artistes 🎧
            4. 📌 Concerts et festivals : Quand le Camer est ambiancé, ça chauffe 🔥
        3. Un Levier d’Exportation et d’Influence Culturelle
    2. LA MUSIQUE CAMEROUNAISE AUJOURD’HUI
      1. La Musique Camerounaise : Chacun pour soi?
        1. L’Essor du Digital et des Plateformes de Streaming : Un Nouveau Nkap Way
        2. La Musique : Un Poids Lourd de l’Économie Camerounaise
        3. Les Gros Défis du Game Camerounais
      2. La Musique Camerounaise, Un Game Qui Ne Dort Pas !

    Origines et Évolution de la Musique Camerounaise

    Ça ne date pas d’hier mon ami! La musique au Mboa ça chauffait les villages, ça rythme encore les cérémonies et ça permet même de faire le kongossa avec les ancêtres. Ici, chaque ngoma, chaque balafon, chaque mvett, c’est un bout de mémoire qu’on conserve à jamais.

    Vidéo d’un Tam tam nkul beti en action

    Avec toutes nos tribus, notre pays c’est le DG des cultures, et chaque coin a ses propres vibes. Les tambours à fente chez les Beti, les sonnailles chez les Bamiléké, les flûtes du Grand Nord, c’est tout un processus qui s’est construit sur des siècles. Avec les colons qui sont venus faire ce qu’ils ont fait, il y a eu un mélange culturel. On a vu les guitares, les cuivres et les pianos entrer dans le game. Les gars du mboa n’ont pas dormi, ils ont capté les nouvelles vibes et ont transformé ça en Makossa et Bikutsi populaire, des styles qui ont fini le tableau à l’international.

    Dans cette première partie, on va tirer les racines du son camer, de la tradition jusqu’aux premiers grooves modernes. On va voir comment les anciens ont start le game avec leurs chants rituels et comment la colonisation a inspiré les nouveaux styles. Bref, on t’amène dans un voyage musical où le passé et le présent s’entrelacent comme un bon beat de Mbolé qui ne laisse personne assis. Accroche-toi bien gars! C’est jusqu’au matin qu’on va s’ambiancer !


    Avant que le Mboa n’envoie du lourd sur YouTube et Spotify, la musique c’était d’abord un langage, un truc sacré qui parlait au peuple et aux ancêtres. Que ce soit pour célébrer, guérir ou même régler des palabres, chaque mélodie avait son rôle. C’est cette vibe-là qui a donné naissance aux styles d’aujourd’hui, en gardant toujours ce lien fort entre tradition et modernité.


    Les Instruments Ancestraux : L’Identité Musicale des Peuples

    Avec plus de 250 ethnies, le Camer, c’est le quartier général des instruments qui donnent le vrai show. Chaque kwatta a son propre style, et si tu veux sheck au village, faut respecter le rythme.

    Des Percussions : Le Pouls de la Tradition

    Le Nkul : Chez les Beti et Bamilékés, ce tambour à fente, c’est leur WhatsApp du temps ancien. Les gars tapaient des messages codés qui passaient de village en village. Qui peut faire ça avec un iPhone ?!

    Le Balafon : C’est le piano du terroir ! Chez les Bamilékés et les Grassfields, il résonne dans les mariages, les funérailles, et même dans les réunions du chef. Un bon joueur de balafon, c’est un gars lourd.

    Les sonnailles bamilékés : Les danseurs attachent ça aux pieds pour donner un groove naturel à chaque pas. Quand ils sheck avec ça, c’est trop tchoco !

    Des Cordophones : Entre Musique et Récits Épiques

    Le Mvett : C’est un lifestyle ! Chez les Beti, seuls les vrais mbom-mvett peuvent jouer ça et captiver un public avec des récits épiques.

    La harpe Bwiti : Chez les Fang, elle se joue dans les cérémonies où les gars entrent en trance et se connectent avec l’au-delà. Faut pas tester hein !

    Les Aérophones : La Puissance du Souffle

    Le Kakaki : Trompette royale du Nord Cameroun. Quand ça sonne, même le plus nerveux des gars sait que le chef arrive.

    Les flûtes des Bali : Elles appellent les esprits des ancêtres pendant les funérailles. Ici, on ne fait pas le njoh avec les traditions !


    Les Chants Rituels et Leurs Fonctions : Une Musique Spirituelle et Sociale

    Je wanda ! Tu crois que la musique c’est juste pour bringuer et sheck au kwatta ? Faux gars ! Ici, elle a un rôle bien précis, que ce soit pour appeler les ancêtres, guider les âmes ou motiver les guerriers avant la bataille. Dans les villages du Mboa, la musique est un moyen pour transmettre la culture et assurer la connexion entre le monde visible et l’invisible. Voici quatre chants rituels qui montrent bien comment la musique est ancrée dans les traditions camerounaises.


    Le Chant Mevungu (Fang-Beti) – Initiation Féminine et Mystique

    Rituel réservé aux femmes pour renforcer leur pouvoir spirituel et leur lien avec les ancêtres.

    Ce chant mystique est utilisé dans le rite du Mevungu, une cérémonie initiatique secrète chez les Fang et les Beti. Seules les femmes mariées peuvent participer à ce rituel, qui pouvait être demandé par les hommes quand les temps étaient durs dehors…

    Le Mevungu utilise des répétitions vocales hypnotiques et des percussions discrètes pour plonger les participantes dans un état de transe. Ce chant agit comme un canal entre les initiées et les esprits des ancêtres, leur transmettant protection et sagesse.

    Le rite associé au chant? Déjà qu’il est mystique et peu documenté, on dirait qu’il a sombré dans l’oubli; le « mevul : toison pubienne de la femme« , était semble-t-il arraché de force. Les ways que les missionnaires n’ont pas compris et supprimé.


    Le Bikutsi Funéraire (Beti) – Deuil et Passage des Âmes

    Chants de lamentation et de libération spirituelle lors des funérailles.

    Avant de devenir un son qui chauffe les boogies, le Bikutsi était un chant funéraire exécuté par les femmes Beti pour accompagner le départ d’un défunt. À la base, ces chants étaient rythmés par des percussions frappées directement sur le sol (d’où le nom « Bikutsi » qui signifie « frapper la terre »). Les paroles, souvent improvisées, exprimaient la douleur du deuil et servaient à envoyer des messages au défunt pour lui assurer un passage en paix vers l’au-delà.

    Les hommes ont take le way là aux femmes à un moment, le style était là même pour accompagner l’indépendance donc depuis la fin du 20è siècle il est en place dans toute la société.

    Mais depuis les années 90, il y a des nga là ont tué le game et repris le flambeau. Maintenant le sujet principal c’est les déboires et les problèmes conjugaux qu’on entend seulement à travers le style. Si elles ont quelque chose à se dire entre femmes, c’est là que le message passe ! Donc écoutez bien messieurs…

    Le Bikutsi a les appuis solides au Mboa, et son énergie a évolué. Si à l’origine il était un chant de lamentation, aujourd’hui, il est devenu un style festif mais aussi d’expression, qui garde ses bases percussives et son intensité émotionnelle.


    Chants des Piroguiers (Douala) – Travail et Connexion avec les Esprits de l’Eau

    Rythmer le travail des pêcheurs et invoquer la protection des divinités aquatiques.

    Le chant matinal des piroguiers. Sur le fleuve Wouri ( Douala ): https://www.facebook.com/share/r/1CEX2NXcyz

    Sur les côtes de Douala et Kribi, les pêcheurs chantent des mélodies entraînantes pour coordonner leurs efforts lorsqu’ils rament. Ces chants, appelés « Mouankum », ne sont pas juste un way pour passer le temps : ils sont censés apaiser les esprits de l’eau et garantir une pêche abondante.

    Le rythme des chants correspondrait aux coups de rame, créant une synergie entre les pêcheurs. En plus de renforcer la cohésion du groupe, ces mélodies ont une portée spirituelle, car elles s’adressent aux ancêtres et aux divinités marines.


    Chants Guerriers Bamiléké – Courage et Protection Avant la Bataille

    Booster le moral des guerriers avant une bataille et invoquer la force des ancêtres.

    Chez les Bamiléké, avant qu’un guerrier n’entre en combat, il devait passer par une cérémonie où les anciens exécutaient des chants de guerre. Ces chants étaient accompagnés de tambours royaux et de cloches métalliques, destinés à intimider l’ennemi et à donner du courage aux combattants.

    Les rythmes intenses et saccadés des tambours créaient une montée d’adrénaline chez les guerriers, leur donnant un mental d’acier avant d’affronter l’adversaire. Ces chants ne servaient pas seulement à motiver, mais aussi à invoquer les esprits protecteurs de la chefferie.


    Quelques chants ethniques en synthèse et leur fonction

    Les Premiers Styles Musicaux Issus des Traditions Orales

    Avant que les gros labels ne captent que l’Afrique avait un groove, le Camer avait déjà ses propres vibes béton. Du Makossa qui a traversé les océans, au Bikutsi qui refuse de vieillir, en passant par le Mbolé qui ambiance les kwattas et le Bend Skin qui fait vibrer l’Ouest, chaque coin du pays a son propre son, taillé sur mesure pour faire bouger les foules.

    Donc même si je suis fan de Ben Skin, ici on va plutôt talk de trois monstres sacrés du game : le Makossa, le Bikutsi et le Mbolé. Trois styles, trois énergies, trois histoires qui montrent comment le Camer a toujours eu une longueur d’avance sur la scène musicale africaine.


    Le Bikutsi : Le Son Qui Refuse de Fatiguer

    Mola, avant que le Bikutsi ne devienne la machine à ambiancer les boîtes et les mariages, c’était d’abord les femmes Beti qui trouvaient là un moyen de s’exprimer dans une société où elles n’avaient pas la parole.

    Après les travaux champêtres ou en rentrant du marché, elles se regroupaient et faisaient leur kongossa avec. Pas d’instruments compliqués, tu prends même la babouche pour taper le poteau avec c’est bon. C’était leur manière de parler quand la société patriarcale leur disait de fermer leurs bouches.

    Petit à petit, ce chant de résistance se structure. Il adopte son rythme en 6/8, avec des percussions lourdes et des chœurs hypnotiques. Mais c’est dans les années 60-70 que le Bikutsi commence à entrer dans une nouvelle dimension. Un gars du game, Messi Martin, arrive avec une dinguerie : la guitare balafon. Il met du papier entre les cordes pour imiter le son du xylophone, et bim, le Bikutsi prend une nouvelle couleur. Il quitte les villages et les rituels pour s’inviter dans les cabarets et sur les radios.

    Mais l’explosion arrive dans les années 80, quand des warriors comme Les Têtes Brûlées débarquent. Jean-Marie Ahanda et Zanzibar changent tout ! Exit le balafon, place aux guitares électriques saturées, aux lignes de basse qui cognent et aux shows de fou. Avec leurs corps peints et leurs performances ultra-énergiques, ils donnent au Bikutsi un look de punk africain et l’emmènent en Europe. Le son devient plus brutal, plus rebelle, c’est le rock mon frère!

    Dans les années 90 et 2000, le game change encore. Les femmes, qui avaient lancé le mouvement à la base, reviennent en force et prennent le contrôle du Bikutsi moderne. K-Tino, la femme du peuple, choque tout le monde avec des textes crus, provocateurs, sans filtre. Pas de tabous, elle balance tout ce que les autres n’osent pas dire et que les maris ne veulent pas que les femmes sachent. Derrière elle, des reines comme Lady PonceMani BellaCoco Argentée modernisent le Bikutsi, l’emmènent dans les boîtes de nuit, et le mettent dans les playlists des jeunes générations.

    Même en 2024, le Bikutsi était toujours là, il sera là en 2025 et chaque année qui va suivre. Des artistes comme Josco l’Inquiéteur et Happy d’Efoulan ramènent le genre aux sources, pendant que d’autres fusionnent avec des sons plus modernes. L’Afro-Bikutsi mélange le Bikutsi avec du Coupé-Décalé, de l’Afrobeats et des sons urbains. Ah gars!

    Mais une chose est sûre : tant qu’il y aura des basses qui cognent et des percussions qui tapent le sol, le Bikutsi restera une force. Ce son, c’est pas juste un style, c’est une culture, une identité, une énergie qui va encore ambiancer le game pendant longtemps.


    ​​​​​​​Le Makossa : Quand Douala a Pondu un Son Planétaire

    Wanda fut! Si on parle de musique au Came&Run sans talk du Makossa c’est que vraiment on a rien dit n’est ce pas? Ce son, c’est l’un des plus gros phénomènes musicaux du Mboa, un mélange de vibes Sawa et de saveurs importées qui a fini par secouer le monde entier.

    Le Makossa commence son périple dans les années 1950 du côté de Douala, la ville où tout se passe ! Avec son port et ses influences venues d’ailleurs, le son local a pris des couleurs en mixant les rythmes traditionnels Sawa comme l’Ambass-Bey et l’Assiko avec des sonorités du high-life ghanéen, de la rumba congolaise, du merengue dominicain et des musiques afro-cubaines. Bref, une pure sauce épicée qui sentait déjà l’international.

    Le mot « Makossa », tiré de « Kossa » qui veut dire « danse » en Duala, aurait été lâché en plein show par Nelle Eyoum dans les années 50. Et dès que le public a goûté au rythme, c’était déjà acté : ce son allait ambiancer le Cameroun pour de bon. Eboa LotinDikoto Mandengue et Emmanuel Nelle Eyoum ont alors posé les premières bases solides, avec des basses lourdes et des rythmiques syncopées qui forcent le corps à suivre.

    Dans les années 60 et 70, le Makossa prend d’assaut les cabarets de Douala et commence à se frayer un chemin au-delà du pays grâce à des artistes comme Ekambi BrillantPierre Didy Tchakounté et Jo Tongo.

    Mais c’est en 1972 que tout bascule : Manu Dibango drop « Soul Makossa » et le monde entier se met à bouger sur le son. Paris, Bruxelles, les États-Unis : partout où il y a un Camer, y’a du Makossa qui tourne. À la radio, des stations comme RFI et Radio Nova le diffusent à fond, et le style commence même à influencer la World Music. À New York, les DJs américains kiffent tellement qu’ils le passent en boucle, inspirant même le King de la pop en 1983, Michael Jackson dans « Wanna Be Startin’ Somethin’ » et plus tard Rihanna avec « Don’t Stop The Music ».

    Les années 80 et 90, c’est donc une consécration pour ce style. Le Makossa s’enrichit avec des variantes comme le Funky Makossa, le Makossa Pop et le Jazz Makossa. À cette époque, les boss du game forment ce qu’on appelle « l’équipe nationale du Makossa », avec des légendes comme Ben DeccaNdedi EyangoDina BellGuy Lobé et Sam Fan Thomas. Partout dans les bals, les mariages et les fêtes, c’était Makossa ou Makossa !

    Et ce n’est pas que dans la zik que le Makossa impose son swag : les chaussures « Ekambi » et les casquettes « Dina Bell » deviennent des symboles, et des marques comme Toyota utilisent le Makossa dans leurs pubs.

    Mais qui dit succès dit aussi embrouilles… Des artistes internationaux comme Shakira ont pioché dans le répertoire Makossa sans forcément rendre hommage aux originaux, comme avec « Waka Waka » qui s’inspire d’un vieux tube camer du groupe Zangalewa : Waka waka. Avancez à 7:30 et vous allez voir qu’elle a juste copié sans se prendre là tête.

    Ça a créé des tensions sur la reconnaissance et la rémunération des artistes camerounais, qui se battent encore pour que leur héritage soit respecté.

    Même si aujourd’hui des genres comme l’Afrobeats et le Mbolé prennent de la place, le Makossa c’est l’enfant de la patrie. Des artistes comme Richard BonaPetit-PaysMoni Bilé et Charlotte Mbango ont maintenu la flamme allumée, en mixant les vibes classiques avec des touches modernes. Ces sons durent et leur influence continue de se faire sentir sur la scène africaine et internationale.


    Le Mbolé : La Renaissance d’une Tradition Urbaine

    Le Mbolé, c’est pas juste un son de plus dans le game musical camer. C’est un mouvement, un état d’esprit, un way de vie qui a commencé dans les ambiances funèbres des quartiers de Yaoundé avant de secouer tout le pays. Parti de là où les gars improvisaient sur les casseroles et les bancs, il ambiance maintenant les plus gros spots du Mboa et même les showcases en Europe.

    Né au début des années 2000 du côté de NkoldongoMvog-AdaEssos, le Mbolé était d’abord un son du peuple, une zik faite avec les moyens du bord comme souvent. On tapait dans les mains, sur les marmites, les seaux, et les bancs en bois pour donner le tempo. C’était la zik des kwattas, celle qui parlait de la galère, des embrouilles du ghetto, mais aussi des petites joies du quotidien.

    Les premiers soldats du Mbolé, comme Aristide Mpacko et Phil Massinga, ont posé les bases, mais c’est DJ Lexus le Monstre qui a mis le feu en studio en 2010 avec le titre « Ekondock », premier vrai morceau enregistré. La vraie explosion est arrivée en 2016 avec « Dans mon Kwatta » de Petit Malo, un hit qui a fait passer le Mbolé du rang de musique de veillée à celui de son national.

    Aujourd’hui, des artistes comme Happy d’Efoulan qu’on a déjà cité, Petit BozardCrazy Mix et Menace Toxic ont hissé le Mbolé à un autre niveau, en y ajoutant du djembé, du piano et même des vibes afrobeat. Ce son de la street a tellement pris de la force qu’il a même inspiré des variantes comme le Mbolé-Gospel et le Mbolé-Street.

    Si tu regardes bien, le Mbolé et le Rap ont des histoires qui se ressemblent :

    • 👉 Les deux viennent de la rue, nés du besoin de s’exprimer dans un monde qui regarde souvent de haut les gars des quartiers.
    • 👉 Ils ont commencé dans les coins chauds, loin des gros studios, avec des moyens de débrouillard. Le Rap est parti des battles de rue aux États-Unis, le Mbolé est né dans les veillées funèbres des quartiers de Yaoundé.
    • 👉 Les deux ont d’abord été stigmatisés : au début, on disait que le Rap, c’était la musique des voyous, pareil pour le Mbolé qui a été traité de “son de bandits” avant d’être accepté partout.
    • 👉 Ils racontent la réalité du terrain : pauvreté, débrouillardise, injustice, mais aussi espoir et résilience.

    Et comme le Rap qui a fini par conquérir le monde, le Mbolé est en train de poser ses jalons sur la scène internationale pour faire la même chose. Les artistes partent déjà en tournée en Europe et aux Émirats, des labels s’y intéressent, et la télé diffuse maintenant le Mbolé à fond.

    Aujourd’hui, aucune radio ou télé camer ne boude ce son, et même Trace Mboa diffuse cette vibe dans plusieurs pays. On le danse partout, des mariages aux festivals, en passant par les bleds et les grandes villes. Les gars sont dans les high level !

    Mais ce qui est sûr, c’est que le Mbolé est plus qu’un simple style de musique : c’est une identité, une fierté, un cri de la jeunesse camerounaise.


    C’est même quoi avec toi? Faut pas croire que la musique du mboa est sortie de nulle part hein! Avant que les gars commencent à sheck le Bikutsi et à piff le Makossa en boîte, y’a eu des influences de partout. Les colons, les soldats, même les marins, tous ont laissé leur piment dans notre son. Mais comme on dit, le Camer ne subit pas, il gère ! On a pris les vibes des white, on a mélangé ça avec nos ngomas et BOUM ! Ça a donné des classiques qui ambiancent même les States aujourd’hui.


    L’Influence des Musiques Européennes et Américaines sur le Paysage Sonore Camerounais

    Période Coloniale : Adaptation et Appropriation

    Quand les Allemands, puis les Français et les Anglais sont arrivés au Camer, ils pensaient qu’ils allaient juste nous imposer leurs pianos et leurs chants d’église. Mais les gars du pays ont vite capté le way et ont commencé à lober le système.

    Les instruments occidentaux sont entrés dans le game : Accordéons, orgues, guitares, violons… ça a commencé petit à petit à remplacer nos tambours et balafons dans certaines cérémonies sans pour autant bousculer les traditions qui étaient toujours en place.

    Les chants religieux ont changé la manière de composer : Les pères missionnaires sont venus avec leur solfège et ont imposé ça dans les écoles. Ça a donné des vibes plus structurées aux sons camerounais.

    L’hymne national camerounais est un bon exemple de cet héritage : Composé en 1928 par des élèves à Foulassi sous la direction d’un pasteur canadien, c’était la première fois que des Camerounais utilisaient un format musical européen pour représenter leur pays.


    Les Années 1920-1950 : Premiers Métissages Musicaux

    C’est là que les choses ont commencé à bouger sérieusement. Avec la radio qui commençait à diffuser des sons étrangers et les soldats alliés qui débarquaient, la musique camerounaise a commencé à charger.

    🎺 Le Highlife et la Palmwine Music : Influence Ghanéenne et Nigériane

    Les marins krou et ouvriers ghanéens ont ramené la Palmwine Music, et c’est pas le vin de palme môf mi dé! C’est un genre où les guitares acoustiques se mélangeaient avec des rythmes africains. Il aurait inspiré des sonorités aussi différentes que la rumba congolaise ou notre cher Makossa national.

    Le Highlife, qui venait du Ghana et du Nigeria, a chauffé le Cameroun, et les musiciens locaux ont commencé à mixer ça avec leurs propres sons.


    🎷 Le Jazz et le Blues Américains : Impact des Soldats Alliés

    Pendant la Seconde Guerre mondiale, les soldats américains ont amené le jazz et le blues avec eux. C’était l’époque où les gars découvraient les saxos, les cuivres et les harmonies complexes.

    Eboa Lotin, un des premiers à capter la vibe, il a combiné ce style avec des mélodies locales pour donner un son unique.

    Eboa Lotin

    La radio commençait à diffuser du jazz, et les musiciens du Camer ont commencé à l’intégrer dans leurs morceaux.


    🥁 L’Ambas-Bey : Une Réponse Camerounaise à la Colonisation

    Pendant que les colons allemands se croyaient trop fort en danse, les Yabassi les ont fini en musique. Ça a donné l’Ambas-Bey, un style qui se moquait des danses européennes en ajoutant des percussions improvisées.

    Sallè John a été le premier à mettre ça sur le devant de la scène dans les années 60. Il est devenu tellement chaud qu’on l’a appelé le Roi de l’Ambas-Bey. Il est encore dans le game…


    Impact Économique et Culturel des Mutations Musicales

    Entre les nkaps ramassés en concerts live, les artistes qui mettent le feu sur les scènes internationales, et les applis de streaming qui ont retourné la table, on est dans un game où seuls les plus affûtés tiennent la route. Mais hein, faut pas seulement voir les spotlights : les galères sont là aussi. Les artistes veulent juste leur DG clean, mais les fay-men du circuit les embrouillent avec des contrats déjà gâtés, des trucs où tu signes et tu pleures après.

    Quand tu regardes bien, le biz de la zik camer est en train de prendre un vrai virage. Avant, c’était les gars du kwatta qui chantaient pour ambiancer les anniversaires et les fêtes de quartier, et si ça sortait un peu du 237, c’était déjà la gloire. Aujourd’hui, même avec la piraterie qui saigne le game à plus de 5 milliards de FCFA par an, le secteur pèse lourd : des centaines de milliers de copies légales sortent chaque année dans la sous-région, et l’ambition ne fait que monter.

    Bon, on n’a pas encore nos Davido ou nos Black Coffee, mais les gars catchent leur destin doucement. Même si à peine 36 % des artistes disent être vraiment satisfaits de ce qu’ils gagnent, et que plus de la moitié bossent dans l’informel, y’a une vibe qui monte. Le Camer ne dort plus — il se chauffe, il compose, il push, et un jour ou l’autre, c’est nous qu’on va doser le continent.


    Les Revenus du Game : Qui Mange son DG et Qui est Gueme ?

    📌 Makossa : Un moteur économique du mboa 🎷

    Dans les années 80-2000, le Makossa a mis le Camer sur la map. Petit-Pays, Claudia Dikosso, Ben Decca et Manu Dibango ont sorti des hits qui ont tourné partout en Afrique, en Europe et même aux States. Résultat ? Plus de 2 millions d’euros de revenus estimé grâce aux ventes de disques, aux droits d’auteur et aux concerts. Aujourd’hui encore, des anciens classiques continuent de faire rentrer du nkap avec les redevances et les samples. Mais c’est chap de trouver des données sur n’importe quoi au pays donc on va dire que les dos rentrent toujours…


    📌 Bikutsi : Le marché local refuse de mourir 🥁

    Dans les années 90, les gens écoutaient ça à fond avec des artistes comme K-Tino et Les Têtes Brûlées. Mais comme les gars n’avaient pas de structure pour gérer les droits d’auteur, les artistes n’ont pas vraiment mangé leur DG. Même aujourd’hui, le Bikutsi reste chaud, mais son business ne suit pas toujours.


    📌 Le streaming : Nouveau nkap way pour les artistes 🎧

    Les choses ont vraiment changé hein. Avant, fallait tchop les CDs, marcher dans les kwattas pour vendre disque après disque. Aujourd’hui ? C’est fini ça. Le nkap passe maintenant par Spotify, Apple Music, YouTube et leurs collègues. Le vrai concert, c’est dans les écoutes, les vues, les streams. C’est ça qui classe les artistes maintenant. Si tu buzz pas en ligne, tu restes au quartier.

    Tu prends une go comme Libianca avec « People« , elle a cassé les scores, plusieurs millions de streams rien que sur Spotify. Les gars comme Stanley Enow, Kocee, Charlotte Dipanda, même Complex avec son dernier son « Ma Voix », ils ont bien compris le game. Ils sont là où les fans sont : en ligne, sur leurs téléphones.

    💰 Mais combien un artiste peut vraiment prendre avec les streams ? C’est là où les choses deviennent techniques. Toutes les plateformes ne payent pas pareil. Voici ce que ça donne :

    PlateformePaiement par écoute (€)Paiement par écoute (FCFA)Écoutes pour 2 000 € / mois
    Napster0,017 €~11,160 FCFA~117 647
    Apple Music0,0069 €~4,533 FCFA~289 855
    Deezer0,0055 €~3,610 FCFA~363 636
    Spotify0,0039 €~2,556 FCFA~512 820
    YouTube0,00069 €~0,452 FCFA~2 898 550

    Tu vois le délire ? Pour toucher 2 000 euros (environ 1,3 million FCFA) par mois, un artiste camerounais a besoin de plus d’un demi-million de streams sur Spotify, ou presque 3 millions sur YouTube. Et ça, chaque mois.

    Maintenant, imaginons un artiste moyen qui arrive à faire 100 000 écoutes par mois (toutes plateformes confondues, ce qui est déjà très bon au Camer). On prend une moyenne de 3 FCFA par écoute, ce qui est réaliste vu que YouTube paie moins, Napster paie plus, et les autres tournent entre les deux.

    Calcul simple :
    100 000 écoutes × 3 FCFA = 300 000 FCFA/mois

    ➡️ Ça donne 3,6 millions FCFA par an rien que sur le streaming.

    Mais attention :

    • Ce montant est brut (à partager entre maison de prod, éditeur, plateforme, impôts…)
    • Tous les artistes ne font pas 100 000 écoutes/mois
    • Et le Cameroun souffre encore de piraterie, de non-paiement des droits d’auteur, et du faible taux de monétisation locale

    Le streaming c’est pas encore l’eldorado, mais c’est le présent et le futur du game. Et si tu gères bien ton image, ta fan base, et que tu restes constant dans les releases, ton couloir est dégagé pour tchop les dos mal mauvais.


    📌 Concerts et festivals : Quand le Camer est ambiancé, ça chauffe 🔥

    Tu veux parler de zik sans parler de concerts ? Je wanda sévère sur toi. Le Camer, quand ça ambiance, c’est pas pour rien. Chaque bon show, chaque festival, c’est un vrai booster d’économie locale : les gars des taxis gonflent leurs recettes, les vendeurs de damé font leurs plus gros chiffres, les hôtels affichent complet, même les panthères de la nuit reçoivent leur part. Bref, quand un événement secoue une ville, tout le monde tchop le nkap.

    Prenons juste 6 gros rendez-vous musicaux de 2025 :

    • Cysoul le 12 avril au Palais des Congrès de Yaoundé
    • Ben Decca le 4 mai à l’Olympia de Paris
    • Petit-Pays le 17 mai au Palais des Sports de Yaoundé
    • Lydol le 23 mai (Palais des Congrès)
    • Sandrine Nnanga le 9 mai à Paris
    • Vanister le 12 juillet au Palais des Sports

    ➡️ En moyenne, un concert de cette envergure au Camer peut drainer entre 2 000 et 6 000 spectateurs selon la salle. Avec des tickets variant entre 5 000 F et 25 000 F, certains shows comme celui de Petit-Pays ou de Lydol peuvent générer entre 20 et 100 millions de FCFA de billetterie brute, hors sponsoring et ventes annexes (boissons, produits dérivés, stands).

    Compare ça à des artistes comme Niska en décembre 2024 à Yaoundé :

    • Standard : 10 000 F
    • VVIP : 100 000 F

    ➡️ Avec un Palais des Sports plein (environ 5 000 places), on frôle facilement les 150 à 200 millions de recette brute pour un seul concert.

    Mais voilà où ça coince :

    • Les artistes camerounais, même les plus solides, n’ont pas encore les mêmes moyens logistiques.
    • Les sponsors locaux sont timides.
    • L’absence de politique culturelle sérieuse freine l’industrialisation du spectacle vivant.
    • Et surtout, le marché informel bouffe une grosse partie des gains (entrées non contrôlées, tickets vendus sans reçu, cachets non déclarés).

    Pourtant, le potentiel est là, et il est massif. Si on professionnalise mieux l’organisation, la billetterie, la com’, la technique et la gestion des droits, les concerts au Camer pourraient devenir des machines économiques à part entière.

    Regarde les festivals comme DOMAF ou FOMARIC :

    • Ça ramène des milliers de personnes
    • Ça booste les hôtels, bars, petits commerces, et même les applis de livraison
    • C’est un levier de soft power culturel pour faire briller le 237 dehors

    Un Levier d’Exportation et d’Influence Culturelle

    On monte on descend, le Camer fait parler de lui sur la scène musicale mondiale. Les artistes d’ici ne nang pas ! Ils ont bûché le way pour amener leur son à l’international et nack les charts.

    📌 Manu Dibango et la percée mondiale de « Soul Makossa ». En 1972, il a fait ce que personne n’avait fait avant lui : il a mis un son camer sur le Billboard américain. Collabs avec les bosses du jazz : Herbie Hancock, Fela Kuti, Quincy Jones… Vente de plus de 500 000 copies aux États-Unis. Grammy Award pour toute sa carrière en 2010. Et devine quoi ? Chaque fois que ces stars utilisent le refrain légendaire « Mama-say mama-sa mama-ma-ko-sa », ça fait entrer du nkap dans les poches du mboa !

    📌 Les collabs internationales qui donnent du lourd : Les artistes camerounais savent gérer leurs connexions.

    Richard Bona, ce gars-là, c’est pas un musicien, c’est un alien ! Il a pris la basse, il l’a regardée et il a décidé que personne ne ferait ça mieux que lui au Continent. Il a quitté le Camer, il a long en France puis aux States, et maintenant il collabore lui aussi avec les plus gros noms du jazz mondial. Nominé aux Grammy Awards avec son album Tiki, il a joué sur plus de 200 albums internationaux. Son mix de Makossa, Jazz et Afrobeat dose partout !

    Charlotte Dipanda : Sa voix, c’est le mix parfait entre le Makossa, la folk et le R&B. Elle a mis tout le monde d’accord avec son album Mispa, 50M+ de vues sur YouTube, elle n’est pas là pour blaguer ! Elle a collab avec Papa Wemba, Lokua Kanza et Yemi Alade. Elle est aussi la lauréate du Canal 2’Or de la Meilleure Artiste Féminine Camerounaise.

    📌 Le Cameroun dans la pop culture mondiale : Tu savais que des sons du Camer ont été repris par des stars mondiales ? « Zangalewa » des Golden Sounds (1986) est devenu « Waka Waka » de Shakira en 2010 pour la Coupe du Monde. « Hot Koki » d’André-Marie Tala a été samplé par James Brown en 1980. En 2015, Blick Bassy a vu son titre « Kiki » utilisé dans une pub Apple iPhone 6. Ça fait rentrer du nkap et ça met la musique camerounaise encore plus haut.


    LA MUSIQUE CAMEROUNAISE AUJOURD’HUI

    Entre les vibes ancestrales et les new vibes en Afrobeats et Hip-hop 237, les artistes ont capté que le game doit ambiancer et ramener du nkap.

    Mais bon, faut pas dormir sur les défis du game car ils sont nombreux.


    Massa on a vu une évolution marquante de la musique au Continent. Pourtant, le secteur est encore dans les sissongos. Les Fay-Man njotent les artistes sur les droits d’auteur, le streaming paye, mais n’est pas encore bien organisé. La mentalité du pays incite au piratage et le sponsoring est encore en mode décalage horaire, donc il y a du taf (en témoigne la dissolution de Universal Music Africa au Cameroun).

    Industrie musicale : Universal Music France dissout sa filiale au Cameroun

    L’Essor du Digital et des Plateformes de Streaming : Un Nouveau Nkap Way

    Les temps où il fallait attendre fatigué pour acheter un CD sont révolus. Maintenant, le streaming est la clé ! Les plateformes comme Spotify, Apple Music et Deezer sont devenues des monnaies sûres, mais le problème, c’est que les géants étrangers mangent tout le DG pendant que les artistes locaux chopent juste les miettes.

    Une alternative locale ? Colorfol, une start-up basée à Douala, a capté le filon et propose une plateforme 100% afro. Leur appli, téléchargée plus de 5000 fois, gère le nkap avec un abonnement à 0,2€ la journée. En plus, ils ont une billetterie en ligne pour les showcases et concerts.

    Mais y a des blocages sérieux ! Internet coûte trop cher : Seul 34,2% des Camerounais sont connectés, donc le streaming reste encore un luxe. La piraterie fait le show : 90% des CD et fichiers mp3 qui circulent au Cameroun, c’est du njoh. Les paiements digitaux sont encore limités : Tout le monde n’a pas la possibilité de payer en ligne.

    Solution ? Un vrai deal entre les plateformes locales et les opérateurs mobiles comme au Nigeria ou en Afrique du Sud pourrait booster le game. Imagine un forfait spécial où tu mimbo le streaming sans consommer ton forfait principal…

    Colorfol App

    La Musique : Un Poids Lourd de l’Économie Camerounaise

    Selon le Ministère des Arts et de la Culture, elle représente 3,5% du PIB culturel. C’est moins que le Nigeria (5,7%) ou l’Afrique du Sud (7,6%), mais le mouvement est lancé.

    Au Camer, les artistes galèrent encore pour choper des sponsors sérieux. Contrairement au Nigeria où MTN et Glo arrosent les artistes et les events, ici c’est encore timide. Pourtant, des gars comme Ko-CTenor et Magasco ont réussi à capter quelques deals solides. (Ko-C avec Itel ou Tenor avec Hennessy), mais ces cas restent isolés et peu structurés.

    Pourquoi ça coince encore au Camer ?

    Seulement 35 % des acteurs de la musique sont affiliés à une société de gestion de droits d’auteur (comme la SONACAM), donc peu peuvent justifier de revenus réguliers ou sécurisés.

    Plus de 54 % des opérateurs travaillent dans l’informel, ce qui rend tout suivi comptable, juridique ou contractuel quasi impossible

    À peine 26 % reçoivent des subventions publiques ou privées, faute de structures ou de dossiers solides

    Résultat : les sponsors fuient, ou alors n’investissent que sur des coups de cœur non suivis (un concert, un buzz, une affiche).


    Les Gros Défis du Game Camerounais

    Malgré tout, y’a encore des combats à gérer avant que la musique camerounaise explose vraiment sur la scène mondiale.

    Les gros cailloux sur la route :

    Le manque de studios de qualité : Moins de 5 studios internationaux au pays, donc les artistes doivent fly pour enregistrer ailleurs.

    Les Fay-Man dans les droits d’auteur : 70% des nkap qui devraient revenir aux artistes se perdent quelque part.

    L’exportation des talents reste compliquée : Contrairement aux Nigérians qui cassent tout partout, les artistes camerounais ont encore du mal à s’imposer hors du pays.

    Les solutions pour pimenter le game :

    Le digital doit être mieux exploité : Plus de deals avec les opérateurs mobiles pour que le streaming soit plus accessible.

    Créer des collabs solides avec d’autres marchés : Nigeria, Côte d’Ivoire, Afrique du Sud… Le Camer doit rentrer dans la danse !

    Former et structurer l’industrie : Des événements comme le Yaoundé Music Expo (Yamex) jouent déjà ce rôle en aidant les artistes et producteurs à comprendre le business.


    Massa, si t’as suivi tout le way depuis le commencement, tu as capté que la musique du mboa, c’est pas du n’importe quoi ! Y a de l’argent à se faire, dans les kwata, les salles de concert ou en streaming. Mais il sert aussi à nourrir des familles et vendre l’image du Camer à l’international. Du Makossa qui a wanda le monde au Bikutsi qui refuse de tomber dans le fatigué, en passant par le Mbolé qui chauffe les rues de Yaoundé, la musique camerounaise est un classique de chez classique.

    Mais gars, faut pas se voiler la face, hein ! Y’a encore des bastos à esquiver : les chefs bandits qui njotent les artistes, le manque de studios de qualité, le piratage, le streaming qui doit encore bien se structurer, et les sponsors qui sont encore en train de dormir sur le game. Pourtant, ceux qui captent le tempo savent que l’avenir est digital.

    Et puis, on ne va pas mentir, les talents sont là ! Que ce soit des anciens comme Manu Dibango, Petit-Pays, Grace Decca ou des jeunes qui montent comme Libianca, Tenor et Rinyu, le Camer a des soldats prêts à sheck le game mondial. Aujourd’hui, les artistes mangent leur DG sur les plateformes de streaming, et les festivals attirent les foules.

    Donc, gars, le message est clair : la musique camerounaise est en pleine évolution, elle va péter encore plus haut si les artistes, les producteurs et les sponsors se mettent en mode action. En attendant, soutiens les frangins, les tantines et les pères du game en écoutant leur musique légalement, si tu peux acheter, achètes. N’attends pas que les choses se mettent en place pour toi.

    Bon, viens juste répondre à ce questionnaire pour donner ton avis sur l’article et après je te libère… https://forms.gle/e8rhdGihZLcNV41P6

    On s’attrape !