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  • Sport et Loisirs au Cameroun

    Sport et Loisirs au Cameroun

    Ekiéé, regarde un peu la scène de la vidéo: un dimanche à la paroisse, les jeunes s’affrontent dans une Supercoupe locale. Ça crie, ça danse, ça vend les beignets au bord du terrain, pendant que le curé lui-même bénit la compétition. À côté du ballon, les anciens ressortent le Songo, les petits essayent les jeux de société, et les artistes viennent ambiancer tout le monde avec le micro.

    Tu vois non ? Ici, le sport et les loisirs sont indissociables. C’est comme un miroir : ça montre comment on vit ensemble, comment on se reconnaît dans une communauté. Jouer, courir derrière un ballon, brasser les cailloux du Songo ou danser après un but… tout ça raconte la même histoire. Celle d’un peuple qui transforme chaque moment libre en fête, en apprentissage, en ciment social.

    Quand on regarde un match paroissial transformé en fête, ou un Campus Sports-Loisirs Vacances où les jeunes passent de la scène de théâtre au terrain de basket, on comprend une chose : au Cameroun, le sport et les loisirs sont bien plus qu’un simple divertissement. Ce sont des miroirs de notre manière de vivre ensemble, des espaces où se fabriquent les règles du collectif, l’identité et même les rêves d’avenir.

    Événement social, sportif, artistique et culturel pour enfants de 04 à 21 ans. Fondé en 2020 par Messieurs ATONKOUMOU Aristide (Conseiller de Jeunesse et Animation) et LOE Patrick (Basketteur professionnel et Conseiller de Jeunesse et Animation)

    Mais alors, comment ces pratiques si variées – du Songo au foot, des veillées traditionnelles aux paris sportifs modernes – racontent-elles toujours la même histoire sur notre société ? Est-ce que les jeux d’hier étaient seulement une distraction ou déjà une école de la vie ? Comment les Camerounais ont-ils transformé ces jeux en grandes passions sportives capables de faire vibrer une nation entière ? Et enfin, face à la mondialisation et aux écrans, quels sont les nouveaux défis des loisirs d’aujourd’hui ?

    1. Jeux et loisirs traditionnels – la société en miniature
      1. Quand jouer, c’est apprendre à vivre ensemble
        1. Jeux traditionnels comme école de stratégie, de patience, de sociabilité.
        2. Des jeux à la dimension éducative et rituelle
      2. Les loisirs culturels : entre fête et appartenance
        1. Rituels d’équilibre et redevabilité : quand le peuple tient son roi
        2. Fêtes identitaires : chaque région montre sa couleur
        3. Fêtes de mémoire : danser pour ne pas oublier
        4. Fêtes civiques : quand l’idéal se heurte au réel
        5. Fêtes religieuses : prier et partager ensemble
        6. Fêtes sportives et créatives : quand l’effort devient spectacle
        7. La danse, colonne vertébrale des fêtes
    2. Du jeu au sport : comment le Cameroun s’est pris au jeu
      1. De l’importation à l’appropriation
        1. 1919–1959 : Les premiers pas, le temps des passeurs
        2. 1960–1972 : Indépendance, nation en chantier
        3. 1972–1990 : L’esprit Lions se forme
        4. 1990–2000 : La consécration internationale
      2. La mosaïque sportive d’aujourd’hui
        1. Héros & héroïnes : quand les victoires écrivent la mémoire
        2. Terrains, villes et argent : des chantiers aux usages
        3. Institutions & gouvernance : tenir la passion dans la règle
        4. Ce que le sport fait « de nous » aujourd’hui
    3. Les loisirs modernes : entre nature, tourisme et écrans
      1. Quand la nature devient terrain de jeu
        1. La mer et la savane : horizons ouverts
        2. Montagnes, lacs et cascades : la verticalité du défi
      2. Tourisme et villégiature : du local à l’international
        1. Le tourisme comme miroir du pays
        2. Villégiature et pratiques populaires
      3. Les loisirs numériques et urbains : un nouveau terrain commun
        1. Le by-night, scène de la modernité
        2. Numérique et jeux : du Songo aux consoles en passant par les pions
        3. Paris sportifs : une passion risquée
        4. Fitness et bien-être urbain
      4. Ce que tout cela dit de nous

    Jeux et loisirs traditionnels – la société en miniature

    On parle ici d’un langage social qui transmet des valeurs : la patience, la stratégie, le courage, la solidarité. Et même quand ça tape un peu, ces jeux éduquent. Ils forcent à lire la situation, tenir ses nerfs, respecter la règle commune… et à comprendre tôt que la vie en société mélange plaisir, rivalité, sanction, réparation et reprendre ensemble.

    Les jeux guerriers du Cameroun de l’Ouest

    Gars, ici jouer c’est pas une histoire de « tuer le temps ». C’est une vraie école, le terrain où on apprend à vivre ensemble, à calculer ses moves, à patienter et même à respecter l’autre. Depuis le bas âge, les enfants grandissent avec des jeux qui les forment à devenir des citoyens et, parfois, des guerriers.

    Le projet CAMEROUN 2019

    Jeux traditionnels comme école de stratégie, de patience, de sociabilité.

    Regarde par exemple le Ndochi, ce jeu des Grassfields qu’on joue avec des babouches et une balle. Et encore, avec mes soeurs, cousins et cousines, on faisait une boule avec la corde en caoutchouc pour attacher le bois, on emballait dans le papier puis dans le plastique et on avait une boule bien puissante.

    On croit que c’est juste pour rigoler, mais non : tu apprends vite les règles, tu te fais sanctionner si tu triches, tu découvres ce que c’est que partager, coopérer, reconnaître le mérite et souffrir quand la balle dans ce cas, te touche au mauvais endroit.

    Le Songo, qu’on retrouve beaucoup au Sud et au Littoral, c’est encore autre chose. Tu dois anticiper, calculer plusieurs coups à l’avance, rester concentré. Ça apprend la stratégie et la patience. Pareil pour l’Awalé, joué dans toute l’Afrique : un vrai entraînement mental. Dans le Sud-Cameroun, on avait aussi l’Abbia, un jeu de hasard mais avec une forte charge symbolique et rituelle : il servait parfois à renforcer les liens sociaux, voire à régler des conflits.

    À côté de ces jeux de réflexion, on avait aussi les jeux guerriers. Chez les Bamiléké par exemple, le mesongong ou d’autres parades permettaient aux jeunes de s’exercer à la force, au courage, mais aussi au respect des règles du combat. Là encore, jouer c’était déjà préparer les futurs défenseurs du village.

    On a aussi toute une galaxie de jeux « du quartier » qui forgent le caractère dès le bas âge. Le jeu de cailloux – Ndoung (nom Yemba, Grassfields) se joue assis, pieds écartés, avec 7 petits cailloux. Tu lances un caillou en l’air, tu ramasses au sol le nombre exact demandé (1, puis 2, puis 3… jusqu’à 6), et au 7ᵉ stade tu dois regrouper d’un seul geste les six restants avant de rattraper celui qui retombe. Si un caillou bouge, si tu en prends trop ou pas assez, c’est échec. Ça paraît simple, mais ça travaille la vigilance, la précision, le calme sous pression et la gestion du risque (tenter le coup difficile… ou sécuriser).


    Des jeux à la dimension éducative et rituelle

    Il y a les jeux plus « grand public » qu’on retrouve partout : cache-cache (mêmes règles que partout dans le monde : compter, se cacher, coopérer pour brouiller les pistes), 1-2-3-4 soleil… stop (immobilité, inhibition du geste, contrôle de soi quand l’arbitre se retourne). Dans nos terrains vagues, le zolo-tapé fait loi : si on te met un petit pont en jouant au ballon, tout le monde se lâche pour te taper (dans la limite convenue). Oui, c’est rude. Et c’est justement là que s’apprennent des leçons sociales pas toujours douces : ne pas humilier l’autre (sinon, retour de bâton), encaisser, faire profil bas, demander la clémence… et, côté groupe, savoir doser la sanction.

    En cartes, on avait le cochon gratté, notre version « speed » des familles : dès qu’un joueur pose 4 cartes identiques, tous doivent poser immédiatement ; le dernier perd et devient CO, puis CO-CHON-GRAT-TÉ s’il enchaîne les défaites. À chaque palier, la pression sociale monte ; on avait souvent un totem à toucher (un objet au fond de la pièce) pour arrêter les tapes. Moralité : réactivité, lecture du groupe, anticipation… et la dure vérité des jeux d’enfants : si tu traînes, tu prends.

    On a aussi les jeux de mains en chant (clapping games) : on se tape dans les mains, puis dans celles de l’autre, sur un rythme qui accélère. L’objectif : tenir la cadence sans se tromper — coordination, écoute de l’autre, synchronisation. À plusieurs (parfois à quatre), ça devient un vrai exercice d’équipe.

    Dans la cour, la ronde-la ronde installe la solidarité : on chante en cercle, on invite au centre, on remplace, on applaudit — inclusion, prise de tour, respect du rythme commun. Et dehors, il y avait la roue : faire rouler une vieille jante/roue de vélo avec un bâton, garder la trajectoire, éviter les obstacles, corriger l’angle — école de motricité fine, de persévérance (au début, ça tombe tout le temps).

    Enfin, impossible d’oublier le foot de quartier : équipes en dix minutes, cages en sacs ou gros cailloux, lignes imaginaires, règles adaptées au terrain. On y apprend la négociation permanente (hors-jeu ? main ?), la gestion des conflits, l’esprit d’équipe et le bricolage collectif pour que « le match se joue » malgré la poussière, la chaleur et les ballons rafistolés.

    Bref, que ce soit autour d’un plateau de Songo, dans un cercle de danse, ou dans un terrain de jeu improvisé, le loisir traditionnel chez nous a toujours été plus qu’un divertissement.


    Chez nous, la fête n’est jamais juste un moment pour se distraire : c’est un espace où chacun retrouve sa place dans la communauté. Derrière chaque tambour, chaque danse, chaque défilé, il y a une manière de dire “voici qui nous sommes, voici d’où nous venons”. Et franchement, il y a autant de festivals qu’il y a d’ethnies, sans compter les grandes fêtes nationales, religieuses ou sportives qui rassemblent tout le pays. C’est cette dimension de fête et d’appartenance qui a nourri plus tard la passion pour les grands sports modernes.


    Rituels d’équilibre et redevabilité : quand le peuple tient son roi

    Chez les Bamouns, le Ngouon ce n’est pas juste un carnaval. Tous les deux ans, Foumban devient tribunal à ciel ouvert. Le roi, le Mfon, se présente devant son peuple, et là, pas de blague : on lui fait son procès. Les notables rapportent ce qu’ils ont entendu dans les quartiers, les marchés, les familles. Si le roi a bien géré, on l’applaudit et on renouvelle sa légitimité. Mais si le peuple n’est pas content, on peut lui infliger une amende… voire lui retirer sa couronne. Après ça, seulement, viennent les danses, la grande marche carnavalesque et les réjouissances. Tu vois non ? Ici, la fête devient le miroir de la responsabilité : même dans la joie, on se rappelle que le pouvoir appartient d’abord à la communauté.

    Sur les rives du Wouri, le Ngondo raconte une autre histoire. Là-bas, ce sont les Sawa qui s’alignent pour écouter les messages des ancêtres de l’eau.

    Douala époque des années 1920
    Les gens sont rassemblés au port pour la Fête du Ngondo

    On libère les offrandes dans le fleuve, on danse sur les berges, on organise des foires et des marchés. C’est à la fois rituel mystique, rendez-vous économique et vitrine identitaire. Pendant un mois, Douala devient capitale culturelle, et chaque habitant, même le simple passant, se sent partie prenante d’un peuple qui se regarde dans le miroir de son fleuve.


    Fêtes identitaires : chaque région montre sa couleur

    Dans le Ndé, le Festac Medumba c’est l’école de la fierté. On y parle la langue, on cuisine local, on raconte des contes, on danse les rythmes du terroir. On n’y va pas seulement pour se divertir, mais pour se ressourcer : la fête devient manuel scolaire en plein air. C’est aussi une plateforme économique : artisans, commerçants, musiciens y trouvent leur compte. Résultat : la fête fabrique à la fois de la mémoire et de l’argent.

    Chez les Bandjoun, au Msem Todjom, on croise des rois venus de toute l’Afrique, des stands d’artisanat, des concours de danse, de la cuisine locale. Les Bandjoun profitent de l’occasion pour dire au monde : « Voici qui nous sommes, voici ce que nous apportons. » Ici encore, le loisir devient appartenance, et l’appartenance devient ambition mondiale.


    Fêtes de mémoire : danser pour ne pas oublier

    À Tignère, dans l’Adamaoua, le festival Nyem-Nyem rejoue chaque deux ans la victoire des guerriers locaux sur les troupes allemandes. On danse, on fait la fantasia, on gravit le mont Djim, là même où les ancêtres ont stoppé les colonisateurs. Tu montes cette colline et tu comprends : la sueur d’aujourd’hui fait revivre le courage d’hier.

    À Kribi, la Fête de Mayi des Batanga commémore le retour d’exil de 1916. On y chante la douleur de l’éloignement et la joie du retour, on danse au bord de la mer qui, jadis, avait emporté les ancêtres. Ce n’est pas qu’une commémoration : c’est une manière de dire « la mer est à nous, et nous sommes à la mer ».


    Fêtes civiques : quand l’idéal se heurte au réel

    Le 20 mai, on sort les uniformes repassés, les drapeaux, les fanfares. La Fête de l’Unité nationale aligne enfants, militaires et partis politiques dans un défilé géant. Sur le papier, on célèbre la réunification.

    Même chose pour la Fête de la Jeunesse. On met les jeunes en vitrine, on organise des kermesses et des défilés… mais au moment des décisions, c’est toujours les mêmes vieux qui signent.

    La Journée Internationale de la Femme, elle, inonde les villes de pagnes officiels, de chants et de parades. Oui, l’ambiance est belle, la fierté palpable.


    Fêtes religieuses : prier et partager ensemble

    La Tabaski, qu’on appelle aussi Aïd el-Adha, dépasse la religion pour devenir fête de quartier. On prie, on sacrifie le mouton, mais surtout, on partage. Même si tu n’es pas musulman, tu reçois une part, tu goûtes, tu participes. C’est une leçon vivante : l’appartenance, ici, se fabrique dans l’assiette et dans la générosité.

    La fête du Ramadan, ou l’Aïd el-Fitr, marque la fin du jeûne. Ce jour-là, les rues sentent le beignet, le riz gras et les plats spéciaux qu’on ne prépare pas tous les jours. Les familles s’habillent en grand apparat, on va prier en masse à la mosquée puis on ouvre les maisons pour recevoir voisins, amis, collègues. C’est un moment où la patience du mois de carême se transforme en fête du partage.

    Du côté chrétien, la Pâques et la Noël tiennent la même place dans la mémoire collective. À Pâques, on sort des chants, des processions, des veillées pascales qui mélangent ferveur et convivialité. À Noël, c’est la grande célébration : messe de minuit, repas en famille, distributions de cadeaux, et même dans les quartiers les plus modestes, on trouve toujours moyen d’offrir un peu de riz parfumé, du poulet ou du poisson braisé pour que la fête soit complète.


    Fêtes sportives et créatives : quand l’effort devient spectacle

    Chaque février à Buéa, la Course de l’espoir transforme le Mont Cameroun en terrain de légende. Des centaines de coureurs, des milliers de spectateurs, des marchés improvisés, des chants et des cris d’encouragement : l’effort individuel devient liesse collective. On célèbre les champions, mais on célèbre surtout la capacité d’un peuple à se rassembler autour d’un exploit partagé.

    À Yaoundé, le festival pousse-pions redonne vie aux jeux traditionnels comme le songo ou l’awalé. Parents, enfants, anciens, jeunes… tout le monde se retrouve autour des plateaux pour rejouer les stratégies d’antan. Là encore, c’est un pont entre générations, une manière de dire : « nos jeux ne meurent pas, ils se transforment en héritage vivant. »


    La danse, colonne vertébrale des fêtes

    Et puis il y a la danse. Plus de 200 danses traditionnelles sont répertoriées dans le pays. Là par contre on est pas là pour s’amuser : elles rythment les mariages, les naissances, les funérailles, les initiations. Certaines sont festives, d’autres mystiques ou guerrières comme le chez les Bamiléké, qui marque le passage à l’âge adulte. En dansant, les enfants et les jeunes apprennent à se mouvoir en groupe, à suivre une chorégraphie stricte, mais aussi à entrer dans un rituel où toute la communauté se reconnaît.


    Le Bikutsi et l’Assiko : dire, guérir, faire communauté

    Chez les Beti, le Bikutsi est d’abord une danse de parole. On bat le sol avec les pieds pour “frapper la terre” et libérer les douleurs cachées. Les femmes y racontent leurs peines, les hommes y trouvent la cadence pour accompagner. Au final, ça devient une fête, mais à la base c’est une thérapie collective. Pareil pour l’Assiko, qui chez les Bassa et Beti était une danse de guérison. Aujourd’hui, tu l’entends dans les bars, les cabarets, les fêtes populaires. Mais derrière le groove, il y a toujours cette idée : danser pour soigner, danser pour rester debout.

    Assiko

    La séduction et l’éthique sociale en mouvement

    Chez les Bafia, la danse est presque un jeu de flirt codé. Les gestes de hanche, les regards, les pauses, tout ça suit des règles implicites. C’est pas juste pour s’amuser, c’est pour apprendre aux jeunes comment approcher l’autre avec respect, comment séduire sans dépasser la limite. Là, la danse devient un terrain d’éducation sentimentale, un espace où la communauté régule les relations hommes-femmes.


    Guerriers, rois et ancêtres

    Certaines danses sont martiales. Le Mahongo, par exemple, c’est le corps qui se souvient de la guerre. Gestes brusques, postures de défi, cris et mouvements d’armes simulées : chaque pas rappelle l’éthique du guerrier, le courage et la discipline.

    D’autres danses sont royales. Dans les Grassfields, le Tsú ou le Mūseungoùon’h marquent l’intronisation des rois et notables. Là, la chorégraphie n’est pas improvisée : c’est une codification stricte où chaque mouvement exprime l’ordre, la hiérarchie, la légitimité du pouvoir. Tu regardes et tu comprends : la royauté, ici, ce n’est pas qu’un titre, c’est un corps qui se meut selon des règles ancestrales.

    Et parfois, la danse purifie. Le Ngosso sur le littoral est fait pour nettoyer symboliquement les lieux de fête. On chante et danse pour chasser les mauvais esprits, pour préparer le terrain de la joie, pour que rien ne vienne troubler l’harmonie.


    De ces terrains de fête surgit une évidence : quand un quartier apprend à battre la mesure ensemble—danses, veillées, marchés, ascensions, jeux de pions—il apprend aussi à s’organiser : former des équipes, respecter des règles communes, tenir un calendrier, chercher la performance… Bref, nos loisirs collectifs ont préparé le terrain. C’est là, exactement, que le jeu bascule en sport : même esprit de corps, mêmes rituels d’entrée, mêmes espaces, mais avec le chronomètre, la ligue et les trophées en plus.


    Du jeu au sport : comment le Cameroun s’est pris au jeu

    Quand on quitte les places de village où résonnaient le Songo et les danses d’initiation pour arriver sur les premiers terrains tracés à la chaux, on ne change pas seulement de décor : on change d’époque. Le sport moderne débarque chez nous au lendemain de la Première Guerre mondiale, amené dans les bagages des colons et des missionnaires. Mais très vite, ce qui devait rester un passe-temps “civilisateur” va devenir une vraie passion populaire, un langage commun plus fort que les frontières et les différences. Le Cameroun s’est littéralement pris au jeu, au point que le sport va finir par occuper la même place que les rites et les fêtes : un lieu où on s’éduque, où on se dispute, où on se réconcilie, où on rêve ensemble.


    Quand on parle de sport moderne au Cameroun, il ne faut pas croire que ça a commencé comme aujourd’hui avec des stades pleins, des drapeaux et des hymnes. Au début, c’était un “objet étranger”, débarqué dans nos ports et nos écoles comme une curiosité. Le ballon rond, les sifflets, les filets : tout ça appartenait d’abord au monde des colons, un monde qu’on observait de loin. Mais très vite, les Camerounais se sont réapproprié le jeu. On l’a pris, on l’a transformé, on y a mis nos propres règles sociales et nos propres manières de vibrer.

    De 1919 à l’an 2000, c’est toute une trajectoire qui se dessine. On passe d’abord par les premiers pas, quand des figures comme Charles Lalanne ou George Goethe installent les bases du football dans les années 1920. Ensuite vient l’époque de l’indépendance, où l’État naissant cherche à se doter d’institutions sportives capables de rassembler la jeunesse et de représenter le pays. Puis, avec les années 1970 et 1980, surgit l’esprit Lions, cette identité collective forgée par les victoires et les défaites, qui finit par s’imposer comme ciment national. Enfin, à l’orée des années 2000, arrive le temps de la consécration internationale, où nos victoires olympiques et continentales placent le Cameroun sur la carte du monde.

    Autrement dit, cette première grande période raconte une histoire simple mais profonde : comment un jeu importé s’est transformé en passion nationale, et comment, pas à pas, nous avons appris à voir dans le sport un miroir de nous-mêmes.


    1919–1959 : Les premiers pas, le temps des passeurs

    Tout commence dans les ports et les écoles. Douala, dans les années 1920, devient le premier théâtre d’un sport venu d’ailleurs : le football. Les dockers et les missionnaires voient les Blancs taper dans le ballon, et bientôt, des Camerounais s’y mettent. Un instituteur français, Charles Lalanne, monte les premières équipes structurées, pendant que George Goethe, photographe et commerçant, fonde en 1924 le Club Athlétique du Cameroun (CAC). Pour nous, c’est comme un déclic : le jeu n’est plus un simple amusement, il devient un rendez-vous collectif.

    En 1947, une Fédération des Sports voit le jour, ancêtre de l’actuel CNOSC. Deux ans plus tard, un comité consultatif de l’éducation physique et des sports est mis en place, signe que le sport devient affaire sérieuse. Et en 1950, le premier Centre d’Éducation Physique et Sportive à Dschang ouvre ses portes, pour former des encadreurs camerounais capables de prendre la relève des techniciens français.

    Equipe de foot de Bertoua en 1930.

    Les Jeux scolaires inter-États de Yaoundé (1956) et Dschang (1958) montrent déjà la couleur : nos jeunes savent courir, boxer, sauter, et surtout se mesurer aux autres. Le sport est encore sous tutelle coloniale, mais il prend racine. Dans les quartiers mixtes de Douala et Yaoundé, dans les écoles de missions des Grassfields et du Centre, on se met à jouer “à la sauce camerounaise”. Ce n’est plus juste copier les Européens : c’est apprendre à se défier, à se compter, à s’organiser.


    1960–1972 : Indépendance, nation en chantier

    En 1960, quand le Cameroun arrache son indépendance, le sport devient tout de suite un terrain stratégique. Il ne s’agit plus seulement de taper dans un ballon pour passer le temps, mais de montrer au monde que nous aussi, on sait organiser, briller et porter haut un drapeau. C’est dans cette logique que l’État crée l’Institut National de la Jeunesse et des Sports (INJS) en 1960, pour former les futurs encadreurs camerounais. Deux ans plus tard, le Commissariat général à la Jeunesse et aux Sports voit le jour. C’était clair : le sport devait devenir une affaire nationale, encadrée, avec ses propres règles et ses propres cadres.

    Départ le 10 Avril 1960 de Douala des 80 sportifs Camerounais qui partaient défendre les couleurs du pays aux premiers Jeux de la Communauté à Madagascar.

    En 1963, sous l’impulsion de figures comme Ernest Wanko, le Cameroun entre officiellement dans la famille olympique avec la création du Comité National Olympique. L’année suivante, on envoie pour la première fois une délégation aux Jeux de Tokyo. Ce n’est pas encore la pluie de médailles, mais rien que de voir David Njitock aligné en finale du 200 mètres, c’était déjà une fierté immense. Comme pour dire : “On est jeunes dans ce mouvement, mais on est là.”

    Sur le plan local, l’État met aussi les bouchées doubles. En 1972, Yaoundé et Douala se dotent de deux cathédrales sportives : le Stade Ahmadou-Ahidjo et le Stade de la Réunification. De véritables monuments où, pour la première fois, des foules entières allaient vibrer derrière leurs équipes, comme un seul homme. Et c’est justement cette année-là qu’on organise la CAN 1972, la première sur nos terres.

    8ème Coupe d’Afrique des Nations en 1972 : élimination de l’équipe nationale du Cameroun en demi-finale à Yaoundé devant Ahmadou Ahidjo.

    Ceux qui ont vécu ce moment racontent encore l’ambiance : des rues pleines, des quartiers habillés aux couleurs du pays, des chants qui montaient de partout. Mais la désillusion est terrible : les Lions Indomptables sont battus en demi-finale. Pour beaucoup, c’était comme un deuil national, une blessure collective. Pourtant, cette défaite n’a pas brisé l’élan, au contraire. Elle a soudé le public autour de son équipe. C’est là que naît le fameux esprit “Lions Indomptables” : un mélange de rage, de fierté et de cette conviction qu’un jour, on fera trembler le monde.


    1972–1990 : L’esprit Lions se forme

    À partir des années 1970, le sport cesse d’être une simple distraction pour devenir une vraie affaire d’État et de peuple. Déjà en 1970, le Cameroun crée un ministère dédié à la Jeunesse et aux Sports : fini le temps où le sport était juste rattaché à l’éducation, il devient un pilier de la construction nationale. Le ballon rond, surtout, se transforme en drapeau.

    Canon Yaoundé – L’histoire de légendes du football

    Dans les quartiers, tout le monde vibre pour les clubs mythiques : l’Oryx de Douala, premier vainqueur de la Coupe d’Afrique des clubs champions en 1965 ; le Canon de Yaoundé, machine de guerre qui ramène trois trophées continentaux ; et l’Union de Douala, toujours redoutée sur le continent. Quand ces clubs jouaient, même les marchés ralentissaient : les mamans, les tontons, les jeunes, tout le monde se rassemblait autour d’un transistor pour suivre les matchs. On avait le sentiment que chaque victoire de club rejaillissait sur tout le pays.

    Oryx Club de Douala : Premier champion d’Afrique des Clubs

    Mais le Cameroun, ce n’est pas que le foot. Dans les rues de Yaoundé comme dans les rings improvisés de Douala, la boxe s’impose comme le “sport du peuple”. Déjà en 1968, Joseph Bessala avait fait flotter le drapeau camerounais à Mexico avec sa médaille d’argent olympique.

    Mexico 1968 : Joseph Bessala, premier médaillé olympique camerounais

    En 1976, Yaoundé suit la décision africaine de boycotter les JO de Montréal pour protester contre la tournée de rugby néo-zélandaise en Afrique du Sud de l’apartheid. Concrètement, des athlètes prêts, qualifiés, restent à la maison. C’est rude, mais le message compte : l’Afrique se tient, et le Cameroun assume que le sport parle aussi de dignité et de justice. Dans les clubs et les centres de préparation, ça laisse des traces : on comprend que la carrière d’un athlète se joue aussi dans les chancelleries et les assemblées.

    En 1980, Moscou est boudé par une partie du monde occidental ; le Cameroun y va. C’est la ligne non-alignée à la camerounaise : on privilégie la trajectoire des athlètes et la vitrine internationale. Les sélections apprennent à voyager, à gérer les villages olympiques, à respecter des standards d’organisation — toute une acculturation qui profite ensuite aux championnats d’Afrique et aux Jeux africains.

    1984, Los Angeles : le bloc de l’Est boycotte à son tour. Nous, on est là, et Ndongo Ebanga ramène le bronze en boxe.

    1988, Séoul : on consolide. Les délégations sont plus structurées, la logistique mieux huilée, le Comité national olympique joue son rôle d’interface. Pour beaucoup de disciplines (athlé, lutte, judo, hand, basket), ces années olympiques servent de laboratoire : on mesure les écarts, on comprend où investir (prépa physique, arbitrage, médecine du sport), on ramène des routines vers les fédérations.


    Les années 70-80 voient l’implantation des dojos (judo/karaté/taekwondo) via centres culturels, écoles normales, police/armée. Les dojos deviennent des lieux d’éducation post-scolaire : respect du rituel, ceinture, grading, arbitrage. Les premiers championnats zonaux naissent dans les grandes villes, et les démonstrations (galas) remplissent les foyers et maisons du parti. Ce socle explique la visibilité future du judo et l’émergence d’une filière féminine dès la fin des années 80.


    Dès 1973, l’ascension du Mont Cameroun devient un rite national : John Ekema inaugure le palmarès (5h47), puis les femmes entrent en scène en 1983, avant que des noms comme Timothy Lekunze (record 3h46’34) et surtout Sarah Liengu Etongué surnommée la “Reine du Mont Cameroun” ne marquent la légende. En 1996, sous l’impulsion de Hamad Kalkaba Malboum, elle prend une nouvelle dimension nationale et internationale.

    Sarah Etongue ou la légende du char des dieux

    Le volley grandit dans les entreprises et établissements publics (Postes & Télécoms, Sonel, régies, universités) et dans les internats. Les équipes d’entreprise offrent salaires, logements et déplacements : c’est un vrai moteur d’adhésion. À la fin des années 70, les ligues régionales tournent (Littoral, Centre, Ouest), et les finales nationales deviennent des événements qui remplissent gymnases et cours d’école. Les années 80 marquent l’entrée durable dans l’Afrique compétitive : déplacements continentaux, arbitrage formé, premiers plateaux télé. Résultat : le volley devient le “grand sport d’intérieur” des villes (tournois scolaires, matches d’entreprise, finales régionales le week-end). Sonel VB décroche le titre africain en 1980 (Tunisie). La sélection masculine frappe à nouveau plus fort en 1989 en Côte d’Ivoire—titre continental et billet pour le Mondial de Tokyo la même année.

    L’histoire de la Coupe du Cameroun de volley-ball

    Pour le Basket-ball, institutionnellement, tout est déjà en place (fédération affiliée à la FIBA depuis 1965, championnat national moderne lancé en 1971). La discipline s’organise et se structure dans les années 70–80. Sur le terrain, on forme la relève localement : à Yaoundé, le basketteur-pédagogue Charlie Tchikanda lance l’école de mini-basket de Messa, signe d’un vrai travail de base bien avant les exploits du XXIᵉ siècle. Entre 72 et 90, le basket se diffuse par la base : terrains en ciment dans les lycées et à l’INJS, sections universitaires, patronages (paroisses, foyers). Les clubs d’entreprise et bancaires structurent l’élite, mais la masse vient des tournois scolaires et des vacances (3×3 avant l’heure, “coupe du quartier”, paniers vissés sur les poteaux). Sur le plan symbolique, le basket devient le sport des campus : codifié, spectaculaire, mixte, avec une esthétique (maillots, pompes) qui séduit la jeunesse urbaine. À la fin des années 80, on a déjà un championnat stable, des arbitres formés et une génération d’entraîneurs maison.

    Hall Of Fame Basketball Cameroun History – 1ere sélection junior du Cameroun juillet 1984 : debout de g à dr. J.C Atangana, M. BOMINKO, Aristide, BESSON ,J.C LENGUE MBANGUE ,C. ASSIGA, J.E SENDE, P. MPOIGNI,A.EBONGUE, P MVENG
    Accroupis de G à dr. J. MOUKWADE , J LIBOCK, L.M MOUSSINGA BODJONGO, Y. DEKOM – avec Mohamed MbomikoAlain LibockJules Philibert Libock et 13 autres personnes, à 1983. Terrain de basket de l’ENS à Yaoundé.

    Au même moment, le Handball met en place ses fondations : Hamad Kalkaba Malboum préside la Fédération (1976–1982) et donne un cadre à la discipline, faisant éclore une culture de clubs et de sélections qui s’affirmera dans les décennies suivantes. Né dans les écoles normales, l’armée et la police, il se structure au milieu des années 70 (fédération active, stages d’entraîneurs, calendriers scolaires et militaires). Son empreinte sociale tient à la double filière : d’un côté l’OSSU (sport scolaire/universitaire) qui fournit des effectifs abondants, de l’autre les corps habillés qui garantissent salles, transport et discipline d’entraînement. Dans les années 80, les finales nationales deviennent un rituel (gradins pleins, fanfares, trophées d’État), et le Cameroun s’inscrit dans les compétitions africaines de façon régulière. En bref, le hand s’enracine comme sport d’organisation : là où il y a un gymnase et une institution solide, il prospère.

    Championnats d’Afrique des clubs champions de handball : trois clubs camerounais en lice

    En Cyclisme, avant l’ère des tours modernes, la route vit d’épreuves inter-villes (Douala–Bafoussam, Yaoundé–Mbalmayo, circuits urbains) et de championnats nationaux. Les comités départementaux, l’armée et la gendarmerie assurent la sécurité et le chronométrage ; la radio commente les arrivées. Le vélo reste un sport de routards endurants (longs trajets, clubs peu dotés, mécanos “maison”), mais il occupe l’espace public : on voit les pelotons dans les carrefours, on ferme des axes, on fête les vainqueurs en place des fêtes. Entre 72 et 90, le cyclisme pose surtout une culture d’organisation routière qui servira plus tard aux grands tours.

    La ligne d’arrivée de la course Douala Bafoussam en 1974

    C’est aussi dans cette période que l’identité sportive du Cameroun prend vraiment forme. Les CAN 1984 et 1988, toutes deux remportées par les Lions Indomptables, marquent un tournant : pour la première fois, les Camerounais se reconnaissent dans une équipe qui gagne régulièrement sur la scène africaine. Chaque victoire devient une revanche sur les difficultés du quotidien, chaque but une promesse que “nous aussi, on peut”.

    Et puis arrive 1990, l’année qui change tout. Le Cameroun se qualifie pour la Coupe du monde en Italie et personne n’attend vraiment grand-chose… sauf que les Lions Indomptables, menés par Roger Milla, Thomas N’Kono et François Omam-Biyik, créent la surprise. Victoire contre l’Argentine de Maradona, quart de finale historique contre l’Angleterre : pour la première fois, une équipe africaine atteint ce niveau. Le monde entier découvre ce nom qui claque comme un cri de guerre : Lions Indomptables.

    Les souvenirs de Roger Milla : « C’était une vraie fête africaine »

    Ce mondial n’a pas seulement marqué l’histoire du sport, il a bouleversé notre imaginaire collectif. Les Camerounais, une équipe Noire Africaine, se sont vus à travers l’écran comme une nation capable de faire trembler les grandes puissances blanches et occidentales. Dans les quartiers, on rejouait les buts de Milla sur des terrains poussiéreux jusqu’à la célébration qui fut reprise ensuite par tous les joueurs de foot. Même ceux qui ne s’intéressaient pas au foot se sont mis à suivre. C’était plus qu’un jeu : c’était un miroir de notre fierté.


    1990–2000 : La consécration internationale

    Après l’exploit planétaire de 1990, le Cameroun entre dans une nouvelle ère : celle où il ne s’agit plus seulement de surprendre, mais de confirmer que nous faisons désormais partie des grandes nations de sport. Et cette décennie va apporter sa preuve éclatante : l’or olympique de Sydney en 2000. Sous la houlette de Jean-Paul Akono, une génération dorée de joueurs – avec Samuel Eto’o, Patrick Mboma, Geremi Njitap et d’autres – terrasse l’Espagne en finale. Ce jour-là, le Cameroun devient le premier pays africain à décrocher l’or olympique en football. Pour les jeunes Camerounais, c’était comme une validation : le rêve était possible, même au plus haut niveau.

    En 2000, le Cameroun remportait l’or olympique

    Dans le même temps, le sport sort définitivement du cercle des élites. La multiplication des fédérations sportives, l’intégration du sport dans les écoles, les universités, mais aussi dans l’armée, la police et la gendarmerie, massifie la pratique. Les stades militaires, les tournois de vacances dans les quartiers, les compétitions scolaires deviennent des lieux d’initiation pour toute une génération. C’est là que beaucoup de futurs champions forgent leur discipline : pas seulement par talent, mais parce que le sport est partout, de la cour d’école aux terrains poussiéreux des villages.

    À la fin des années 1990, un Camerounais pouvait vibrer devant un match des Lions à la télé, participer à un tournoi improvisé dans son quartier, applaudir une championne de judo ou une équipe de volley, et voir son voisin s’entraîner pour la course du Mont Cameroun. Bref, ce qui était un loisir importé était devenu une langue nationale que tout le monde parlait à sa manière.

    En entrant dans les années 2000, on ne se contente plus de jouer. On vit sport : à la télé, au marché, dans les écoles, dans les chefferies, partout. Le sport est devenu une manière d’être camerounais. Mais une question reste en suspens : comment canaliser cette ferveur immense pour en faire un vrai levier de développement et pas seulement une passion ?


    En franchissant l’an 2000, le Cameroun bascule dans une autre dimension. Le sport n’est plus seulement une affaire de stades pleins les jours de CAN ou d’exploits ponctuels aux Jeux Olympiques. Il devient un écosystème vivant, où se croisent la performance, l’économie, la fierté identitaire et même les contradictions de notre société.

    D’un côté, il y a les héros et héroïnes qui inscrivent leurs noms en lettres d’or : les Lionnes du volley qui empilent les trophées, Françoise Mbango qui double l’or olympique, ou encore Samuel Eto’o qui s’impose comme légende mondiale. De l’autre, il y a la réalité des terrains, des stades flambant neufs jusqu’aux parcours vita de quartier, fruits de projets comme SPORCAP. On voit aussi émerger une multitude de plus discrètes mais bien présentes : randonnées, kayak, sport scolaire, handisport.

    La vraie nouveauté, c’est la diversification et la féminisation. Le Cameroun n’est plus seulement ce pays qu’on réduit au football masculin. Les femmes prennent leur place, les jeunes explorent d’autres disciplines, et les partenariats économiques (Orange, Anafoot, sponsors divers) transforment le sport en marché où se brassent argent, image et avenir professionnel.

    Le sport, levier d’éducation et d’inclusion – Célébration de la Journée de la Diversité à l’UNESCO Yaoundé

    Mais avec ces succès viennent aussi les questions de gouvernance : fédérations en crise, migration d’athlètes, manque d’infrastructures dans certaines régions, corruption. Le Cameroun vit en direct ce paradoxe : une ferveur sportive qui ne s’essouffle pas, mais une organisation qui peine parfois à suivre.


    Héros & héroïnes : quand les victoires écrivent la mémoire

    Dans les années 2000, chaque Camerounais a senti que le sport n’était plus juste une passion du quartier, mais une histoire nationale qui s’écrivait sous nos yeux. Et comme toute histoire, elle a ses héros et ses héroïnes. Des visages qu’on cite avec émotion, parce qu’ils incarnent nos fiertés, nos colères et nos rêves.

    Le football, évidemment, reste la vitrine. Après les exploits de 1990, les Lions Indomptables confirment : CAN 2000 au Nigeria, CAN 2002 au Mali, puis le titre de 2017 au Gabon. Trois générations différentes, mais une même rage de vaincre. Derrière ces victoires, des figures gravées dans nos mémoires : Samuel Eto’o, buteur hors norme et leader charismatique ; Rigobert Song, capitaine courage ; et l’ombre toujours vivante de Roger Milla, qui reste le grand-père spirituel de toute cette aventure. Le football féminin n’est pas en reste : les Lionnes Indomptables émergent sur la scène continentale et mondiale. En 2015, Gaëlle Enganamouit devient la première Camerounaise à remporter le Ballon d’Or africain après un triplé retentissant au Mondial au Canada. Quand elle soulève ce trophée, ce sont toutes les jeunes filles du pays qui sentent que leur place sur le terrain est légitime.

    Cameroun : Samuel Eto’o élu président de la Fédération de football

    L’athlétisme, lui, offre ses propres joyaux. Cécile Ngambi qui participe à l’épreuve de pentathlon des Jeux de Moscou et termine 17e. C’est la dernière fois que cette discipline est au programme olympique, avant d’être remplacée par l’heptathlon aux Jeux de Los Angeles. Au cours de cette compétition, elle bat le record du Cameroun du saut en hauteur, avec 1,80 m. En 1985, elle remporte une médaille d’argent en 100 m haies aux Championnats d’Afrique, en 13 s 81.

    Or aux Jeux africains d’Alger 1978, puis record d’Afrique au milieu des années 80, Agnès Tchuinté arrive dans un javelot encore très “artisan” chez nous : séances sur pelouses scolaires, appuis sur terre battue, matériel hétéroclite. Elle professionnalise le geste. À une époque où l’athlétisme féminin peine à exister médiatiquement, elle installe une culture de la préparation (carnets d’entraînement, repères de distance, cycles de force) et montre qu’on peut battre des références continentales en sortant des mêmes stades que tout le monde.

    Françoise Mbango Etone, double médaillée d’or au triple saut (2004 et 2008), cloue le bec à ceux qui doutaient de la régularité des Camerounais au haut niveau. Son bond à 15,39 m reste dans les annales et dans les cœurs avant d’aller sauter pour les Français. Aujourd’hui, elle inspire des nouveaux comme Emmanuel Eseme, sprinteur qui empile les records sur 100 m et 200 m, ou Auriol Dongmo, championne d’Europe du lancer de poids, qui continue d’élever haut les couleurs malgré sa naturalisation portugaise.

    Françoise Mbango

    Dans les gymnases de Yaoundé, Douala ou Bafoussam, les parquets ont aussi forgé leurs héros et nourri des rêves entiers de jeunesse. Le basket-ball d’abord, devenu discipline-phare grâce à ses figures et à ses coups d’éclat. En 2007, les Lions basketteurs créent la surprise : finalistes de l’Afrobasket, ils imposent le Cameroun sur la carte d’un sport jusque-là dominé par les géants africains comme l’Angola.

    Derrière cette épopée se profilent des noms qui ont marqué les esprits — des intérieurs solides, des shooteurs respectés, mais surtout une génération qui a ouvert la voie aux jeunes Camerounais et Camerounaises désireux de tenter leur chance en NCAA ou en Europe. L’écho est encore plus fort quand certains, comme Pascal Siakam, propulsé star NBA avec les Toronto Raptors, deviennent des modèles mondiaux. Dans chaque terrain poussiéreux de quartier, on retrouve cette énergie : on plante des cerceaux bricolés et on rêve d’un dunk “made in Mboa” qui ferait lever tout un public.


    Les Lionnes du volley-ball deviennent la fierté silencieuse mais tenace du pays. Avec Laetitia Moma Bassoko en fer de lance, elles s’imposent triples championnes d’Afrique (2017, 2019, 2021). À chaque sacre, c’est tout le Cameroun qui découvre une équipe de guerrières, prêtes à se battre pour la bannière verte-rouge-jaune.

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    Le handball, lui, garde une saveur plus intime, presque scolaire. Depuis les compétitions inter-établissements jusqu’aux équipes universitaires, il a formé des générations de joueuses et joueurs qui, même loin des caméras, incarnent la discipline et l’esprit collectif. Le Cameroun a régulièrement figuré dans les compétitions continentales, avec des équipes féminines particulièrement combatives. Dans les années 1990 et 2000, on a vu émerger des clubs solides et des sélections prêtes à rivaliser, malgré le manque de moyens. Aujourd’hui encore, le handball conserve un rôle clé dans l’éducation sportive : il apprend aux enfants la rigueur, l’endurance et la solidarité — autant de valeurs qui dépassent le terrain.


    Le judo et la lutte ne sont pas en reste. Hortence Vanessa Mballa Atangana, avec ses médailles africaines et sa présence aux JO, symbolise la puissance et la persévérance.

    Dans les quartiers populaires, on improvise un ring avec quelques cordes tendues ; les enfants s’entraînent avec des gants rafistolés, rêvant de suivre les pas de leurs idoles. Le karaté prolonge cet héritage, avec des champions comme Dieudonné Dolassem, qui prouve que la rigueur et la discipline paient.

    Haltérophilie: le Cameroun muscle sa stratégie

    Et puis il y a Francis Ngannou, l’enfant de Batié devenu symbole planétaire des arts martiaux mixtes. Premier Africain à décrocher la ceinture UFC chez les lourds, il revient au pays comme un grand frère qui n’a pas oublié le chemin. Partout où il passe—de Yaoundé à Bafang—on l’accueille comme “la fierté du Cameroun”.


    Surnommé “le lion du cyclisme”, Joseph Kono incarne l’endurance à la camerounaise : multiples sélections en équipe nationale et présences olympiques dans les années 1970–80 (génération Munich–Moscou), il aligne les courses inter-villes (Douala–Bafoussam, Yaoundé–Mbalmayo, circuits urbains), fédère un public qui se poste aux carrefours, et habitue les comités à fermer des axes, poser de la rubalise, chronométrer proprement.


    Terrains, villes et argent : des chantiers aux usages

    Si les héros nous font rêver, encore faut-il des lieux pour les voir naître et s’exprimer. Le Cameroun a longtemps souffert du manque d’infrastructures, mais au fil des décennies, des chantiers ont transformé la géographie sportive du pays. Dès 1978, le Stade Roumdé Adjia de Garoua donne un ancrage au Nord, pendant que Yaoundé et Douala restent servies par le Stade Ahmadou-Ahidjo et le Stade de la Réunification. Puis viennent des étapes plus récentes : le Palais polyvalent des sports de Yaoundé en 2009, le Centre sportif académique de Mbankomo en 2014, les stades flambant neufs de Limbé (2014) et Kouekong à Bafoussam (2016), et enfin le gigantesque complexe d’Olembe, baptisé stade Paul-Biya. À chaque inauguration, la promesse est la même : amener le sport partout, pas seulement dans les capitales. Mais chacun sait aussi que derrière les discours, il y a des retards, des budgets qui explosent, et des débats enflammés sur l’entretien.

    Stade de football d’Olembe

    Depuis 2021, un nouveau souffle est venu avec le projet SPORCAP, porté par l’AFD et l’État. Quinze villes ciblées, de Bafoussam à Maroua, en passant par Bamenda, Bertoua et Garoua, doivent se doter d’équipements de proximité : terrains multisports, parcours vita, installations scolaires. L’objectif est clair : toucher près de 2 millions de jeunes, promouvoir la mixité, créer des métiers du sport. Dans un pays où la majorité de la population a moins de 25 ans, c’est une façon d’inscrire le sport dans le quotidien, pas seulement dans les grandes messes nationales.

    Mais le sport, ce n’est pas que du béton : c’est aussi une économie locale en pleine effervescence. Chaque été, les tournois de vacances comme le NewBelliga transforment les quartiers en mini-stades. On joue, on parie, on vend du poisson braisé et de la bière, les couturiers sortent de nouveaux maillots floqués au nom des clubs improvisés. Les bars et snacks deviennent des fan zones où l’on refait le match jusqu’au petit matin. Et autour de ça, les sponsors flairent l’opportunité : Orange, via son partenariat avec Anafoot, investit dans la formation et le branding, pendant que les nouveaux médias comme SportCamer relaient en direct l’actualité des terrains.

    ANAFOOT et ORANGE CAMEROUN : un mariage qui fait naître l’avenir du football camerounais

    Bref, les terrains, qu’ils soient flambants neufs ou tracés à la craie, ne sont plus de simples lieux de jeu. Ce sont des espaces de vie, des marchés sociaux où circulent l’argent, les idées et les rêves. Dans les gradins ou au coin du bar, chacun trouve sa place dans cette économie informelle mais vitale qui prouve que le sport, chez nous, n’est jamais coupé du quotidien.


    Institutions & gouvernance : tenir la passion dans la règle

    Avoir des champions et des terrains, c’est une chose. Mais organiser tout ça pour que ça ne parte pas dans tous les sens ou à l’étranger, c’en est une autre. Au Cameroun, cette mission revient au Comité national olympique et sportif du Cameroun (CNOSC), créé en 1963. D’Ernest Wanko, son premier président, à René Essomba, puis à Hamad Kalkaba Malboum depuis 2000, l’institution a traversé les décennies. Elle a porté nos couleurs aux Jeux, réglé des conflits entre fédérations via la chambre de conciliation ouverte en 1990, et même pensé à la mémoire collective avec la création du Panthéon du sport camerounais en 2009. Autrement dit, le CNOSC, c’est un peu le gardien du temple.

    À côté, plusieurs ministères se partagent le terrain. Le ministère des Sports et de l’Éducation physique coordonne l’essentiel, mais il n’est pas seul : l’Éducation nationale organise le sport scolaire et universitaire, la Défense s’occupe du sport militaire, et la Sûreté nationale fait la même chose pour la police. Résultat : du stade de quartier à la caserne, du lycée à l’université, le sport irrigue toute la société camerounaise.

    CdM Militaire : Le Cameroun étrille la Belgique et file en finale – Allez Les Lions

    Mais les défis sont nombreux. Les infrastructures restent inégalement réparties : certains stades flambant neufs cohabitent avec des terrains poussiéreux à peine tracés. La gouvernance des fédérations est souvent minée par des luttes de pouvoir et de corruption. La migration d’athlètes – parfois contraints de changer de nationalité pour espérer de meilleures conditions – pose la question de l’ancrage national. Sans oublier la protection des sportifs : santé, retraites, reconversions, autant de zones encore fragiles. Enfin, le renouvellement des élites dirigeantes tarde, laissant souvent la jeunesse spectatrice alors qu’elle devrait être actrice.

    Pourtant, des réponses émergent. Les grands chantiers d’infrastructures, les partenariats internationaux (AFD, sponsors privés), la professionnalisation progressive des encadreurs et des fédérations, ou encore la féminisation de plus en plus visible des pratiques et des instances montrent que les lignes bougent. Rien n’est parfait, mais l’idée est là : transformer une ferveur populaire en système durable.


    Ce que le sport fait « de nous » aujourd’hui

    Quand on regarde bien, le sport au Cameroun n’est pas juste une affaire de buts, de médailles ou de podiums. C’est devenu un véritable miroir de notre société, un langage qui nous rassemble là où, souvent, tout le reste nous divise. Dans les gradins d’un stade ou devant un écran, des gens de toutes régions, de toutes langues, chantent d’une seule voix. C’est un ciment national : on se parle, on rigole, on se dispute même, mais toujours autour d’un match ou d’une performance. Là où la politique ou l’ethnie dressent des barrières, le sport ouvre un couloir commun.

    C’est aussi une école sociale. Un gamin qui apprend à jouer dans un club découvre la discipline, le respect des règles, l’esprit d’équipe. Le sport enseigne que le collectif compte autant que l’individu, que le mérite peut faire la différence. Beaucoup d’anciens joueurs ou athlètes racontent que, sans le sport, ils n’auraient jamais appris la rigueur, ni trouvé un chemin de vie.

    Football au Cameroun : Cohésion et Développement Social

    Sur le plan international, le Cameroun se sert du sport comme d’un soft power. Les Lions Indomptables, Roger Milla, Samuel Eto’o, Françoise Mbango, Francis Ngannou ou Emmanuel Eseme sont autant d’ambassadeurs qui donnent une image fière du pays. Quand Mbango bondit à plus de 15 mètres ou quand les Lions font trembler l’Argentine en 1990, c’est tout un peuple qui rayonne au-delà de ses frontières.

    Le sport reste aussi un ascenseur social. Dans un pays où les opportunités sont souvent rares, le gazon, le parquet, le ring, le tatami ou la piste peuvent propulser des jeunes issus de quartiers modestes vers des carrières internationales. Derrière chaque star, il y a une famille, un quartier, une école qui rêve aussi de s’élever.

    Tourisme. Le Cameroun veut 3,5 millions de touristes

    Et puis, il y a le marché. Chaque tournoi attire ses vendeurs de soya, ses tailleurs de maillots, ses sponsors. Le tourisme sportif (Course de l’Espoir, CAN, Tour du Cameroun), l’événementiel (concerts, fan zones) et les sponsors internationaux font circuler de l’argent et créent des opportunités locales. Le sport devient ainsi un secteur économique, pas seulement une passion.

    Mais il reste des angles morts. L’accès n’est pas le même pour les filles et les garçons, et le handi-sport manque encore de visibilité et de moyens. La question de la sécurité et de la santé des sportifs – des retraites aux blessures mal suivies – reste posée. Enfin, la gouvernance des fédérations et des infrastructures réclame plus de transparence pour que la ferveur populaire ne soit pas trahie par les querelles de dirigeants.

    En clair, le sport au Cameroun nous façonne autant qu’on le façonne. Il nous rassemble, il nous éduque, il nous élève, mais il nous rappelle aussi nos retards.


    Les loisirs modernes : entre nature, tourisme et écrans

    Si hier nos ancêtres s’éprouvaient dans les jeux de stratégie et les danses collectives, si hier encore nos Lions ont fait battre le cœur du pays dans les stades du monde entier, aujourd’hui le Cameroun continue de jouer, mais sur de nouveaux terrains. Les plages, les montagnes, les clubs, les réseaux sociaux : partout, le loisir a pris des formes modernes sans perdre son rôle premier — celui de rassembler et de donner du souffle à la communauté. On ne parle plus seulement de fêtes ou de sport, mais d’un écosystème vivant, où nature, tourisme, numérique et culture urbaine s’entremêlent. Et derrière chaque randonnée, chaque soirée, chaque compétition e-sport, c’est toujours la même question qui résonne : comment garder l’esprit du jeu tout en avançant ensemble ?


    Cascades d’Ekom-Nkam

    Au Cameroun, il suffit parfois de lever les yeux pour comprendre que la terre elle-même est un immense terrain de jeu. Nos paysages ne sont pas qu’un décor : ils invitent à courir, grimper, nager, se perdre et se retrouver. Ici, chaque rivière, chaque montagne, chaque plage devient à la fois un lieu de repos et un défi à relever.


    La mer et la savane : horizons ouverts

    Sur la côte, les plages de Kribi et de Limbé sont devenues des destinations incontournables. À Kribi, le sable blanc s’étire à perte de vue, ponctué de cascades qui se jettent directement dans l’océan comme à Lobe. C’est le loisir balnéaire par excellence : baignade, football de sable, pêche artisanale, pique-niques de familles qui viennent “voir la mer” le week-end. À Limbé, ce sont les plages de sable noir, vestiges volcaniques, qui attirent les foules, entre baignades, sorties en bateau et compétitions improvisées.

    Mais la nature camerounaise ne se limite pas au littoral. Dans l’Extrême-Nord, les safaris du parc de Waza offrent un autre visage du loisir : observer lions, éléphants, girafes, oiseaux rares, comme si la savane s’était transformée en spectacle vivant.


    Montagnes, lacs et cascades : la verticalité du défi

    Les montagnes occupent une place particulière dans l’imaginaire camerounais. Le Mont Cameroun, les Monts Mandara ou les Bamenda Highlands offrent des sentiers escarpés, des panoramas spectaculaires, et deviennent des terrains prisés pour la randonnée et l’escalade.

    Les lacs et cascades ne sont pas en reste. Le Lac Nyos, tristement célèbre pour son explosion en 1986, est aujourd’hui un site de mémoire et de contemplation. Le Lac de Lagdo attire les pêcheurs sportifs et les amateurs d’excursions en pirogue. Quant aux cascades d’Ekom-Nkam, immortalisées par des films comme Greystoke, la Légende de Tarzan, elles sont devenues une étape incontournable pour les touristes comme pour les Camerounais en quête de fraîcheur et de spectacle naturel. Dans ces lieux, le loisir prend une double dimension : c’est un moment de bien-être, mais aussi un exercice physique — marcher, grimper, pagayer, c’est à la fois garder la forme et célébrer la nature.

    Lagdo

    Au Cameroun, voyager n’est pas seulement un déplacement, c’est une manière de vivre son pays et de se reconnecter avec son identité. Le tourisme et la villégiature, qu’ils soient modestes ou luxueux, racontent toujours une même chose : le besoin de s’évader sans jamais quitter le Cameroun.


    Le tourisme comme miroir du pays

    Selon les chiffres récents, le Cameroun compte plus de 900 sites touristiques recensés et accueillait déjà plus d’un million de visiteurs en 2017, en hausse de 8,7 % par rapport à l’année précédente. La plupart arrivent par route (54,5 %) ou par avion (42,9 %). Mais derrière ces données, il y a des histoires bien concrètes : des familles de Yaoundé qui prennent la route de Kribi pour “voir la mer”, des groupes d’étudiants qui partent en excursion à Dschang pour profiter du climat frais et des musées, des expatriés qui, de retour au pays, font systématiquement halte dans les chefferies de l’Ouest ou sur les plages du Sud.

    BASE NAUTIQUE DE DSCHANG – ORTOC | Office Regional du Tourisme de l’Ouest Cameroun

    Les hôtels et resorts se sont multipliés (plus de 2 200 établissements en 2018), mais le tourisme camerounais ne se limite pas aux complexes de luxe. Les auberges, les cases d’hôtes et les petits restaurants de bord de route participent tout autant à cette économie. Chaque voyage devient ainsi une expérience hybride : un peu d’évasion, un peu de business, beaucoup de convivialité.


    Villégiature et pratiques populaires

    La villégiature ici, c’est autant un luxe qu’une habitude populaire. Pour certains, cela veut dire quelques jours de détente dans un hôtel de Kribi ou un resort de Limbé, à savourer poisson braisé et baignades. Pour d’autres, c’est plutôt une visite dans le village familial, avec ses rythmes propres : veillées, fêtes coutumières, immersion dans les paysages. À l’Ouest, la ville universitaire de Dschang est devenue une station climatique prisée, où le froid sec attire ceux qui veulent “respirer un autre air”.

    Et puis il y a la diaspora, dont chaque retour est aussi un acte touristique : on visite les sites patrimoniaux, on emmène les enfants “voir la terre”, on participe aux festivals locaux. Ces voyages deviennent des moments de transmission, où les Camerounais de l’extérieur renouent avec un pays qu’ils redécouvrent sous un angle festif et culturel.


    Si hier le loisir camerounais se jouait surtout sur la place du village ou dans les stades de fortune, aujourd’hui il a aussi pris ses quartiers dans les villes, les écrans et les réseaux. C’est un monde hybride, où les traditions se prolongent sous des formes nouvelles : on danse toujours, on joue toujours, mais parfois c’est devant une console, un écran de smartphone ou sous les néons d’un snack-bar.

    Le pari sportif chez les jeunes au Cameroun

    Le by-night, scène de la modernité

    À Douala comme à Yaoundé, et même dans des villes comme Bafoussam ou Garoua, la nuit est devenue un terrain de loisirs à part entière. Clubs, snacks, cabarets, concerts live : les jeunes et moins jeunes s’y retrouvent pour boire, danser, refaire le monde. Ces lieux fonctionnent comme des “salons publics” modernes, où se brassent les générations, les statuts sociaux et parfois même les cultures, avec des musiques qui vont du bikutsi au rap en passant par l’afrobeat. Le by-night, c’est une extension urbaine de la fête traditionnelle : on se reconnaît, on se mesure, on s’appartient au même rythme.


    Numérique et jeux : du Songo aux consoles en passant par les pions

    Les jeux vidéo occupent une place croissante. Dans les quartiers, des salles entières sont consacrées à FIFA ou à PES, où l’on crie aussi fort que dans un vrai stade. L’e-sport commence à s’organiser, avec des compétitions locales qui attirent un public fidèle.

    Je ne peux pas m’empêcher de mentionner le jeu de mon enfance et d’une bonne partie de mon adolescence : le Scrabble. Depuis 2016, le Cameroun a fièrement constitué une équipe nationale de Scrabble, symbole de discipline, d’excellence et de passion. Les représentants de notre pays sont sélectionnés parmi les meilleurs joueurs, reflétant l’engagement et les performances exceptionnelles observés lors des compétitions nationales. Ces athlètes portent haut les couleurs du Cameroun sur la scène internationale.


    Paris sportifs : une passion risquée

    Impossible de parler de loisirs urbains sans évoquer les paris sportifs, devenus un vrai phénomène social. Dans les kiosques PMU, dans les agences 1xBet ou directement sur mobile, des milliers de jeunes misent chaque jour sur les matchs de Ligue 1, de Premier League ou de la Champions League. Pour beaucoup, c’est un loisir excitant, une façon de vibrer encore plus fort avec le football. Mais pour d’autres, c’est un piège, une addiction qui peut ruiner un foyer. Le pari sportif est ainsi à la fois un prolongement de la ferveur footballistique et un révélateur des tensions sociales : on mise parce qu’on espère changer de vie, on perd et on se retrouve à rêver encore plus fort.


    Fitness et bien-être urbain

    Enfin, les villes voient aussi fleurir les salles de sport, les parcours vita et les clubs de loisirs. Le fitness, le jogging, le basketball ou le tennis de club deviennent des pratiques de plus en plus répandues, surtout dans les classes moyennes urbaines. On ne fait pas seulement du sport pour la compétition, mais aussi pour la santé, pour l’image, pour le bien-être. Et derrière chaque footing du dimanche matin à Yaoundé ou Douala, on retrouve la même logique que dans une danse rituelle : se sentir en phase avec soi-même et avec les autres.

    Mega Gym Fitness: Révolution Sportive et Bien-Être à Douala

    Au bout du compte, qu’on parle des jeux d’hier, des sports qui ont forgé notre identité ou des loisirs modernes, une chose saute aux yeux : au Cameroun, le loisir n’a jamais été un simple passe-temps. C’est un langage collectif. C’est l’art de dire qui nous sommes, de montrer qu’on existe ensemble, même quand tout semble nous séparer.

    Quand les ancêtres jouaient au Songo, dansaient le Bikutsi ou s’affrontaient dans des luttes rituelles, ils ne faisaient pas que s’amuser : ils éduquaient, ils transmettaient, ils soudaient la communauté.

    Les chiffres le confirment : plus de 900 sites touristiques recensés, plus d’un million de visiteurs en 2017, des infrastructures qui se construisent, des compétitions qui s’internationalisent. Mais derrière ces statistiques, il y a surtout des visages, des voix, des histoires de quartiers, de villages, de familles. Des enfants qui improvisent un but avec deux pierres, des femmes qui dansent en pagne lors des fêtes, des jeunes qui s’entraînent en espérant une bourse, des touristes qui découvrent émerveillés une mosaïque de paysages et de cultures.

    Le Cameroun vit son loisir comme une mosaïque de pratiques : tantôt traditionnelles, tantôt modernes, tantôt populaires, tantôt élitaires. Mais toutes racontent une vérité simple : nous sommes un peuple qui aime se mesurer, se rassembler, se raconter par le jeu.

    Et c’est peut-être là la conclusion la plus forte : des fêtes rituelles au sport devenu miroir national, jusqu’aux loisirs modernes, nous n’avons jamais cessé de jouer. Le jeu, sous toutes ses formes, est ce qui nous garde debout, ce qui nous aide à supporter les épreuves, ce qui nous permet de rêver encore et toujours à mieux.

    En refermant ce parcours, une évidence se dégage : au Cameroun, le loisir n’est pas seulement une pause dans la vie. Il est la vie elle-même, avec ses joies, ses contradictions et ses espoirs.